The beast under your bed

Brunhild Kraft
Brunhild Kraftvictime de cupidon
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The beast under your bed EmptyVen 26 Avr - 16:56
-Isaac ? À quoi elle ressemblait, la tasse que je viens de casser ?

Brunhild, encore en pyjama, venait de laisser tomber à terre le récipient - heureusement vide. Ses doigts remuèrent doucement dans l'air, alors qu'elle murmurait une formule pour réparer l'objet. Le sort n'était pas bien compliqué à lancer, le plus dur était de faire fi des images et des sons de ses visions qui l'assaillaient dès qu'elle ne les repoussait pas. Peut-être même que c'était cette surcharge d'informations qui la rendait plus maladroite qu'à son habitude, ça lui arrivait souvent quand elle n'avait pas encore fait taire son don... Elle s'agenouilla par terre, tâtonnant pour retrouver l'objet qui s'était reformé là où se trouvaient la majeure partie de ses morceaux, en même temps que des images de centaines de repas de midi possibles défilaient dans son esprit. Dès qu'elle eut récupéré l'objet recomposé, elle le posa soigneusement sur le plan de travail, comme si elle n'osait plus y toucher.

C'était important qu'il lui réponde, parce que si c'était la tasse bleue ça voulait dire qu'une de ses visions allait peut-être se réaliser aujourd'hui. Elle se souvenait très clairement de l'enchaînement d'images qu'elle avait vu il y a quelques jours à peine... Brunhild aurait préféré que ce soit faux. Elle aurait aimé que ce soit une erreur, et même si elle sentait au fond que sa vision se déroulerait cette nuit là elle préférait avoir la confirmation d'Isaac, à qui elle n'avait encore rien dit à ce sujet et qui ne pourrait donc qu'être impartial. Commençant à sentir un mal de tête poindre à cause de la superposition du futur et du présent dans son crâne, Brunhild se dépêcha de prononcer les quelques mots qui lui permettraient de rester tranquille un moment et surtout de réfléchir. Finissant par lancer la cafetière, elle réfléchit un peu en silence - profitant du calme rare et retrouvé de son esprit.

- Ne rentre pas trop tard cette nuit, c'est...


Encore incertaine quant à la réalisation ou non de son oracle en ce jour, Brunhild n'osa pas dire que c'était important. Elle se contenta de lui adresser un sourire, ne voulant pas l'inquiéter pour rien. Elle l'était assez pour eux deux.

- Ça me ferait plaisir, c'est tout.

Mais dans sa tête, quand elle porta la tasse à ses lèvres, elle n'était clairement pas en train de songer à lui faire une surprise ou un bon petit plat. Elle était en train de se concentrer pour se rappeler de ce qu'elle avait vu, et des endroits qui seraient les plus stratégiques pour dissimuler certains objets dont ils pourraient avoir besoin - sans savoir exactement non plus ce qui les attendait.

***

Brunhild avait prêté énormément d'attention à ses visions cette nuit là. Habituellement elle préférait éviter de s'y consacrer si longtemps : ça finissait souvent par lui faire perdre un peu pied, par troubler les frontières du réel, du présent, du futur possible qui s'imposait à ses yeux. Mais d'un autre côté c'était souvent plus passionnant que la télévision, et avec un peu d'application elle pouvait explorer des possibilités qu'on n'aurait pas pu soupçonner. Comme les différentes issues de la nuit, et plus particulièrement au sujet d'Isaac pour qui elle s'inquiétait toujours énormément en ces nuits de pleine Lune... Les images allaient trop vite pour en tirer un quelconque mode d'emploi, et se concentrer sur un élément si particulier l'épuisait autant si ce n'est plus que lorsqu'elle faisait taire l'expression de l'avenir qui lui hantait la cervelle. Mais elle ne pouvait pas s'empêcher de le faire, et quand elle glissait ses mains sur sa montre et apprenait l'heure elle sentait l'inquiétude augmenter. À part la tasse, toutes les images qu'elle avait vues se déroulaient la nuit... Ça n'avait rien de bien rassurant de savoir que l'heure approchait sans savoir à quel moment exact les choses allaient se produire...

Il y eut un bruit de... Brunhild n'aurait pas su dire. Il était si fort, par rapport aux sons étouffés de ses oracles, qu'il la fit sursauter sur le canapé, qu'elle occupait à défaut de pouvoir dormir cette nuit. C'était désagréable, un peu à la manière des craies qui crissaient sur les tableaux, et ça donnait l'impression de venir de la porte d'entrée. Et puis elle entendit frapper. Son sang ne fit qu'un tour alors qu'elle tournait instinctivement la tête vers la porte. Elle n'avait pas réussi à savoir avec exactitude ce qui les attendait mais elle en savait assez pour ne pas vouloir laisser entrer qui que ce soit.

-Isaac ?
Appela-t-elle un peu fort. Si c'est toi, utilise ta clef, je n'ouvre à personne cette nuit...

C'était encore la résolution la plus sage qu'elle puisse prendre. Elle savait que leur situation à tous les deux leur apporterait de nombreux problèmes et Brunhild n'aurait pas souhaité en ajouter en se comportant comme une demoiselle si naïve que ça. Elle fit taire son don un instant, se concentrant sur ce qu'elle pouvait entendre du monde réel... Ce qui lui parvint la terrifia. Elle ne put empêcher une image de s'imposer à elle malgré son sortilège, ses doigts se serrèrent avec force sur ses cuisses... Elle ne s'était pas trompée de nuit apparemment.

Quand l'animal arracha la porte, Brunhild pria pour que son mari la rejoigne rapidement. Les loups-garous ne faisaient pas partie de son domaine d'expertise et elle savait qu'elle ne pourrait ni le tromper ni se défendre très longtemps. Se rendre invisible ne tromperait pas son odorat, en tout cas, et fuyant à toute vitesse vers la cuisine comme si ça allait la sauver, la rouquine laissa à nouveau ses présages l'envahir pour trouver la force d'invoquer une maigre barrière entre elle et le loup. Qui ne tarda pas à se ruer dessus.
Isaac Callum
Isaac Callumvictime de cupidon
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The beast under your bed EmptySam 1 Juin - 14:50

Un vampire

Une sorcière

And together we can stand up to the beast


Je lève la main tout doucement, en tenant fermement mon pistolet dans celle-ci. Avec la crosse de mon arme, je commence à toquer à la porte de l’appartement, mais dès le premier coup, j’entends les gongs se briser et la porte tombe lourdement, soulevant un épais nuage de saleté dans le vacarme qu’elle crée. Je tousse un peu, chassant la poussière en secouant la main, entrant dans la pièce absolument noire, même si ça ne me gêne pas vraiment… En fait, j’y vois mieux quand il fait sombre…

Une odeur nauséabonde vient alors me chatouiller les narines, si brutalement que je manque de vomir mes tripes. Il me suffit de suivre le bruit des mouches pour savoir d’où ça provient… Le corps d’une vieille dame en train de se décomposer gît dans le fauteuil, les vêtements déchirés au niveau du ventre, comme si on le lui avait ouvert pour la laisser se vider de son sang, là. Je m’avance vers elle, une main devant le nez pour m’empêcher de respirer, examinant la scène pour tenter de deviner depuis combien de temps elle est morte… C’est étrange, ça a l’air de remonter à plusieurs jours, voire plusieurs semaines, pourtant, le signalement qu’un lycanthrope rôderait dans cet appartement ne date que d’hier…

Je me concentre afin d’aiguiser mes sens, notamment mon ouïe, écho-localisant mon environnement en faisant des petits claquements avec ma langue. J’ai à peine le temps de me retourner que le mur explose en mille morceaux, comme soufflé par une explosion violente. A travers les gravas, je peux apercevoir un monstre aux dents plus acérées que des sabres, qui bondit vers moi. C’est probablement la force de son saut qui a démolit ainsi le béton et les tiges de métal qui nous séparaient. Afin d’éviter de me prendre un coup mortel d’entrée de jeu, ce qui serait tout de même assez dommage, je me penche rapidement en arrière, de manière inhumaine, à tel point que mon dos touche presque le sol. Pourtant, je ne tiens que sur mes deux pieds, bloquant tous mes muscles pour ne pas tomber. L’animal, la chose, ainsi que la plupart des débris, passent au-dessus de moi en me frôlant le ventre et le nez. Le demi-homme tente de m’attraper, mais il a beaucoup trop d’élan, trop de vitesse, il continue son vol jusqu’à se heurter à l’autre mur, le brisant à moitié tant il y avait encore de la force dans son plongeon.

Je me redresse d’un coup, sans même m’aider de mes mains. De toute façon, elles sont prises par mes deux pistolets, que je braque immédiatement en direction de la bête. Je tire deux balles, mais il saute juste avant que je ne presse la détente, allant se réfugier près de la porte, avant de sortir dans le couloir pour s’abriter… Je tire deux nouvelles fois, mes balles d’argent transpercent le mur comme s’il s’agissait d’un vulgaire bout de carton et viennent se loger dans une de ses jambes, le faisant hurler de toutes ses forces. Ça ne l’arrête pas pour autant, j’entends son cri qui s’éloigne petit à petit, alors je me précipite à l’extérieur pour le poursuivre dans les escaliers qu’il a commencé à gravir. Malgré sa blessure qui saigne et tâche abondamment le sol, il ne manque pas d’agilité et saute les marches presque 10 par 10.

Je le poursuis, tirant de temps à autre sans parvenir à le toucher, mes balles allant éclater le bois de la rambarde ou les murs… Très vite, nous arrivons sur le toit, je passe la porte avec hâte et prudence, sachant que la fourberie des loups-garous n’est plus à prouver. Et j’ai raison de me méfier, à peine passes-je la porte de métal qu’elle se referme sur moi, bloquant une de mes jambes alors que le lycanthrope qui la tient essaye de me mordre. Je lâche mes armes pour le retenir à la force de mes bras, essayant par la même occasion de dégager ma jambe qui se fait lentement broyer…

Je tire sur ma jambe coincée, de longues secondes, et quand enfin j’arrive à dégager mon membre, je saute sur le côté en lâchant tout, laissant les crocs de ma cible se heurter au béton, le faisant grogner de rage. Dans ma pirouette, je récupère mes armes et libère les chargeurs vides, en prenant deux nouveaux dès que je suis revenu sur mes pieds. Je n’attends pas une seconde pour tirer sur le lycanthrope, mes balles allant se loger directement dans son torse. Alors qu’il se tient la poitrine, il tombe à genoux et reprend tout doucement une apparence plus humaine… C’est vraisemblablement la fin pour lui, alors je range mes armes en le regardant dépérir doucement. Pourtant, quelque chose me tracasse, mais je ne saurais dire quoi… Je mets quelques instants avant de comprendre que c’est son expression qui me dérange, son sourire, son petit air fier…

Je m’approche, les sourcils froncés, l’attrapant par les cheveux pour lui faire relever la tête. En me voyant, il se met à rire doucement, ce qui m’irrite encore plus, je serre si fort les dents qu’elles se mettent à grincer. J’essaye de comprendre pourquoi il est si heureux, je me remémore le début de notre rencontre, la porte qui tombe, le corps qui est là depuis trop longtemps, le… Piège. Presque dans un sursaut, je me retourne, zieutant aux alentours qu’un autre loup ne m’attaque pas par surprise. C’est évident que tout n’était qu’une mise en scène, qu’il m’attendait pour me tendre une embuscade, mais dans quel but…

« Il n’est pas ici… » Commence à dire l’homme mourant en voyant que je cherche quelque chose, ou quelqu’un. « Tu as tué la femme de mon ami… Alors je l’aide à se venger. »

J’écarquille les yeux en comprenant que Brunhild est probablement en danger, qu’elle est la proie d’un loup-garou en quête de vengeance. Ces bêtes-là vivent en meutes, ils sont très proches les uns des autres et s’attaquer à l’un d’eux, c’est s’attaquer à tous les autres… Celui qui doit être chez moi en ce moment-même est sans doute particulièrement virulent… Devant mon visage déconfit, le monstre à terre commence à rire grassement, mais je ne le laisse pas s’amuser de ma personne. D’un geste vif, avec la tranche de ma main, je lui arrache la tête, que je tiens toujours par les cheveux et que je balance dans le vide. Je suis encore plus énervé que lorsque je ne connaissais pas son plan, leur plan. Ils s’attaquent à ma femme… Et ils ne savent pas à quel point ils ont fait une erreur.

Je regarde ma main, mon alliance plus précisément, sur laquelle sont gravés quelques mots. Je commence à réciter ces courtes phrases, dans une langue dont je ne connais même pas le nom. Il s’agit d’une formule que m’a apprise Brunhild juste après notre mariage, mais dont je ne m’étais pas encore servie sérieusement… Je l’ai testée, évidemment, et je l’ai peut-être déjà utilisée pour rentrer en évitant le soleil ou faire une surprise à ma femme, mais ça ne m’a jamais été aussi utile que ce soir… Je répète plusieurs fois l’incantation, mon anneau se met à scintiller, de plus en plus fort, il commence à briller d’une lumière blanche, jusqu’à ce que ma concentration soit assez forte pour que je disparaisse, comme aspiré sur moi-même. Sur le toit de l’immeuble, ne reste plus qu’un cadavre sans tête, deux chargeurs vides et un silence de mort…

*I am in you and you in me, mutual in divine love.*

Le loup-garou s’acharne sur la barrière magique de Brunhild, ses coups de griffes et de crocs sont emplis de rage, il est acharné comme rarement le sont ces créatures… Ses yeux sont injectés de sang, sa colère doit être tellement grande que ça l’a rendu fou. Je plaindrais presque ce monstre, s’il ne s’attaquait pas à ma famille. Heureusement, Lisbeth n’est pas chez nous ce soir, je ne me fais aucune inquiétude, elle est en sécurité chez les Kraft, je sais que Wilhelmina pourrait repousser une armée de Kaijus pour protéger sa petite-fille. Brunhild en revanche, elle doit constamment lutter contre ses visions, en plus de ne rien voir. Elle n’est pas faible, mais ce n’est pas la meilleure combattante, et contre un loup assoiffé de vengeance, je ne crois pas qu’elle fasse le poids… Moi-même, je ne suis pas complètement sûr d’être à la hauteur.

La barrière faiblit indubitablement, mais elle ne cède pas, pas encore. Trois ou quatre coups de plus pourraient la briser, mais la bête n’aura pas le loisir de les donner, ces coups. J’apparais de nulle part, comme sortit d’un vortex, suspendu dans les airs avec mes armes braqués sur le lycanthrope. Je tire, mais mes balles passent juste au-dessus de la tête de la créature, qui esquive par instinct en ayant entendu l’air s’écarter pour me laisser apparaître. Avant que je ne retombe au sol, l’animal enragé me donne un coup avec sa patte, me projetant à l’autre bout de la cuisine. Je fais une pirouette pour retomber sur mes pieds, je lâche mes armes à feu qui sont trop dangereuses pour être utilisé ici et je saisis fermement les manches de mes sabres, mais je n’ai pas le temps de les dégainer que le loup se rue et se jette avec toute sa colère sur moi. Il a changé de cible, au moins, c’est déjà ça… Ca laissera un peu de répit à Brunhild.

Je lâche mes armes, que je ne pourrais de toute façon pas sortir sans me faire toucher, pour frapper le loup à la gorge tant qu’il est dans les airs. Il dévie un peu, me passant au-dessus et sortant de la cuisine en explosant l’encadrement de la porte… Oups. Je me rapproche de ma femme pour m’assurer qu’elle va bien, mais je n’ai le temps de faire que deux pas que j’entends le monstre charger à nouveau. Je me tourne vers lui en dégainant mes deux sabres, bloquant ses griffes avec mes lames en argent. Il essaie de me mordre, mais je bouge suffisamment vite pour éviter tous ses claquements de mâchoires.

Je lui donne un coup de pied dans les côtes pour le déstabiliser, au moins assez pour le repousser ensuite en forçant avec mes armes contre les siennes. Alors qu’il pose la main sur le plan de travail, comme pour se rattraper, j’enfoncer mon sabre à travers sa patte, le faisant hurler et grogner. Tandis que je le pense cloué sur place, je saute au mur, court dessus quelques pas avant que la gravité ne me rattrape et me jette derrière lui en espérant pouvoir le prendre de dos. Malheureusement, il se retourne aussitôt, arrachant le meuble du mur en gardant ma lame enfoncée dans la patte comme s’il s’agissait d’une écharde… Même si l’argent est mortel pour les lycanthropes, il a l’air de pouvoir le supporter, tant qu’il est porté par son envie de meurtre envers moi… Je dois reconnaître que je suis un peu admiratif de l’amour qu’il portait pour sa bien-aimée, pour que ça lui donne ainsi des ailes, malheureusement… Sa chère et tendre était une abomination, une abjecte tueuse d’enfants qui prenait un malin plaisir à jouer avec ses proies avant de les tuer… Ou d’en manger une partie sans les tuer, justement. C’est pour ça que je n’ai aucun remords à l’avoir tué, et après réflexion, je me dis que pour l’aimer autant, il doit être tout aussi fou.

Il me frappe avec ses pattes, j’évite ou arrête ses coups avec le sabre qu’il me reste, reculant au fur et à mesure pour ne pas tomber sous sa force monstrueuse. Il fatigue, un peu, il est de moins en moins rapide et il perd un peu de force… Je commence même à voir des ouvertures, et je profite de l’une d’elles pour lui donner un coup au visage tailladant son museau assez violemment. Il recule de plusieurs pas en râlant de douleur, arrachant au passage la lame de son bras. Il se redresse une fois que la surprise est passée, déterminé à me faire payer… Je me tiens prêt, tenant ma lame devant moi pour le moment où il se jettera sur moi.

« Chérie ! Lance ton alliance vers moi. Le plus haut possible ! »
notes
Brunhild Kraft
Brunhild Kraftvictime de cupidon
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The beast under your bed EmptySam 1 Juin - 18:13
Aussi étonnant que ça puisse paraître, Brunhild n’avait aucune envie de mourir dévorée par un loup-garou – ou de subir n’importe quel autre triste sort qui serait le sien si elle tombait entre ses griffes. Il y avait Isaac, il y avait Lisbeth, il y avait tout le clan Kraft à qui elle devait encore être utile, elle ne pouvait se permettre de faillir. Mais elle savait pourtant qu’elle ne faisait pas le poids. Il aurait fallu être fou pour imaginer qu’elle pourrait se sortir de cette situation sans aide et l’oracle ne comptait pas parmi cette catégorie.

Ses bras, tendus devant elle comme si c’étaient ses paumes qui repoussaient son assaillant, tremblaient. Ses dents serrées laissaient à peine passer sa voix sifflante alors qu’elle répétait encore et toujours les mêmes mots censés tenir le mal à distance. A la regarder, on pourrait croire qu’elle s’évertuait à appuyer contre une porte que quelqu’un tentait d’ouvrir depuis l’autre côté en la poussant vers elle. Et on remarquait alors que ladite porte semblait de plus en plus proche de s’ouvrir pour de bon. Frêle demoiselle face au colosse.

Brunhild ne manquait pas de force, mais il ne fallait pas se voiler la face. D’ici quelques coups, les griffes, les crocs, la lourde carcasse du loup-garou, plus rien ne serait retenu par le maigre écran d’un bleu translucide qu’elle tentait pourtant de maintenir coûte que coûte. Comme si ça l’aiderait à tenir le coup, la sorcière accéléra sa psalmodie, elle s’évertua à mieux articuler et même à parler plus fort. Mais les visions se succédaient de plus en plus vite dans son esprit, elle entendait trop de bruits, voyait trop d’horreurs. L’oracle n’était pas taillée pour les scènes d’actions : elles ouvraient trop de possibilités. Ce n’est pas pour rien que la plupart des gens de son espèces vivaient reculés, loin des tourments du monde, pour mieux se pencher sur l’essentiel et l’important. Être assailli de la sorte n’avait rien d’agréable et rendait au contraire vulnérable. C’en était même parfois douloureux, et elle finirait peut-être par perdre la tête au milieu de toutes les possibilités qui s’enchaînaient toujours plus rapidement en s’imposant à son esprit qui s’en désintéressait de son mieux pour l’aider à survivre.

L’arrivée d’Isaac ne fut pas une surprise. Elle l’attendait, après tout, elle savait bien qu’il allait venir. Parfois, Brunhild se sentait coupable de tant se reposer sur lui pour la tirer d’affaires. Elle faisait de son mieux pour être à la hauteur mais leur vie tourmentée la poussait souvent au devant des embûches, là où son statut d’oracle et sa spécialité de soigneuse ne lui étaient pas toujours d’un grand secours. Rarement, même. A partir de ce moment là, il fut particulièrement difficile pour Brunhild se suivre exactement ce qui était en train de se passer. Le bruit de plusieurs coups de feu l’effraya, même en sachant bien au fond qu’Isaac n’aurait jamais tiré s’il y avait le moindre risque que ça l’atteigne elle. Son sursaut dissipa tout à fait la fine protection qu’elle avait tant cherché à maintenir, et le premier réflexe de Brunhild fut de reculer précipitamment, jusqu’à ce que le bas de son dos heurte violemment un meuble de cuisine.

Le souffle court, elle tenta quelques secondes de reprendre sa respiration mais le vacarme de l’encadrement de porte qui volait en éclats pour avoir eu le malheur de se trouver sur la trajectoire de l’intrus l’empêcha de se calmer. Elle se recroquevilla, se laissant tomber contre la porte du placard, resserrant ses jambes contre sa poitrine. Difficile de faire le tri entre les bruits du combat qui se passait à cet instant et ceux qui rugissaient dans son esprit, Brunhild savait qu’elle n’avait plus le choix : il fallait faire taire ses visions. Ses doigts tremblant s’agitèrent un peu, dans des gestes censés l’aider à se calmer, avant qu’elle prononce avec détermination les mots qui lui rendraient l’esprit clair pour la laisser réfléchir. Elle dut recommencer plusieurs fois ce sort pourtant si simple à ses yeux, tant la peur et le boucan affaiblissaient sa concentration.

Un profond soupir de soulagement franchit ses lèvres : elle pouvait enfin réfléchir plus sereinement. Une idée ne tarda pas à lui venir, d’ailleurs, même si elle doutait de parvenir à la mettre en application. Hors de question cependant de laisser Isaac se débrouiller seule, Brunhild n’était pas du genre à fuir et à laisser son tendre époux faire face pour eux deux. En devenant sa femme elle lui avait juré respect, fidélité, secours et assistance. Et Brunhild ne rompait jamais ses serments. Elle se releva de son mieux, malgré la panique qui faisait battre son coeur si vite alors qu’elle entendait clairement le massacre de nouveaux meubles. Et Isaac ? Comment allait-il ? Il revenait d’une nuit de chasse pendant laquelle n’importe quoi aurait pu lui arriver, tout ça pour se trouver à ses côtés face à un lycanthrope… Les visions qu’elle avait tant observées avant ce désastreux incident semblaient lui indiquer qu’il était encore en état de se battre, mais…

L’oracle chassa tout ça de son esprit. Au lieu de s’inquiéter il fallait l’aider. Alors elle se remémora la formule, elle écouta attentivement les bruits des deux combattants. Difficile de savoir où se trouvait son mari, mais la bête était si lourde que Brunhild était certaine de ne pas se tromper à son sujet. Alors, faisant de son mieux, elle enchaîna son maléfice à lui. La tâche était aussi ardue que douloureuse. Elle avait l’impression de sentir son crâne fondre, ses mains tremblaient mais elle ne lâcha rien. Le sort n’était pas le plus difficile qui soit : sa seule fonction était de ralentir l’animal. Mais il était si costaud et si vif que c’en devenait tout de suite un calvaire. Tous les muscles de Brunhild étaient tendus comme si elle s’occupait elle-même physiquement de le retenir. Parce qu’en plus de ces difficultés là une bonne partie de son énergie alimentait toujours son précédent sortilège. Il n’était pas prudent de tenter quelque chose de si épuisant dans ces circonstances, mais la sorcière songeait aussi qu’il n’y avait que dans ces circonstances là, précisément, que ça avait un quelconque intérêt. Alors elle s’appliqua, en silence cette fois, n’osant même pas se fatiguer davantage en prononçant quoi que soit, espérant que tout serait fini au plus vite, et surtout qu’Isaac pourrait profiter de l’avantage qu’elle essayait de lui créer.

Ne plus penser aux cris, aux grognements, aux bruits de casse. Continuer de son mieux, puiser dans toutes ses ressources sans s’épargner. Brunhild n’avait jamais été très indulgente envers elle-même, c’était sans doute ce qui lui avait toujours permis de se dépasser et de ne pas se reposer sur ses lauriers. Wilhelmina elle-même aurait sans doute été fière de l’accomplissement de sa fille en ce moment, mais elle aurait aussi très probablement été morte d’inquiétude de la voir s’épuiser ainsi. Isaac avait surtout intérêt à la prévenir si le loup-garou revenait vers elle, parce que dans un tel état de lutte et de concentration il y avait fort à parier pour qu’elle ne s’en rende pas compte d’elle-même…

« Chérie ! Lance ton alliance vers moi. Le plus haut possible ! »

L’oracle releva brusquement la tête en clignant des yeux lorsqu’elle entendit qu’on l’appelait, engourdie par la puissante magie qui avait afflué dans ses veines si vite, et qu’elle avait toute la peine du monde à canaliser. Son sort se dissipa rapidement, dès qu’elle eut cessé de l’entretenir soigneusement par toute sa dévotion et ses efforts renouvelés. Le loup-garou ne serait plus ralenti que pour une poignée de secondes désormais, ou alors ce ne serait plus par la magie de Brunhild, qui vacilla une seconde et se rattrapa à un morceau de cuisine abîmé.

- Hein ?
Lâcha-t-elle, haletante.

Son alliance ? Elle n’était vraiment pas sûre d’avoir compris ce qu’il voulait mais ce n’était clairement pas le moment de remettre en cause le plan d’Isaac. Elle lui vouait une confiance éternelle et sans limites, et il n’avait qu’à demander tout ce qu’il voulait pour qu’elle le lui offre. Ses mains tremblantes s’affairèrent sans plus tarder à ôter le précieux bijou de son annulaire gauche. Brunhild n’enlevait jamais son alliance. C’était son bien le plus cher, sans aucun doute, et l’enchantement qu’elle contenait ne faisait que rendre le fait de la porter plus important encore. Isaac était la seule personne au monde qui puisse exiger d’elle qu’elle s’en sépare et la voir obéir. Priant pour qu’il n’ait pas changé de position, son seul indice tangible pour la déterminer ayant été le son de sa voix, la sorcière lança la fameuse bague en suivant de son mieux les consignes reçues. A l’aveugle, bien sûr.

Elle voulut alors reprendre l’enchantement qu’elle avait déjà lancé à leur adversaire mais à peine eut-elle prononcé les mots consacrés qu’elle sentit quelque chose céder. Ses visions reprirent leurs droits, avec la même violence que l’eau trop puissante qui rompt un barrage pourtant solide. L’oracle porta ses mains à ses tempes, étouffant de son mieux un cri qui ne cachait rien de sa douleur, intensifiée par l’épuisement. Si elle avait su elle n’aurait pas passé sa nuit à se concentrer sur ses visions pour se rassurer sur la chasse d’Isaac, elle se serait reposée… Ses doigts tremblant s’attardèrent sur un tiroir qu’elle ouvrit d’un geste brusque et elle saisit un gros couteau de cuisine. Il n’était pas en argent, il ne pourrait en aucun cas tuer un loup garou et il avait de forte chance pour qu’elle ne le blesse de toute façon jamais avec. Mais Brunhild n’était pas du genre à laisser tomber, ni sous le coup de la panique, ni sous le coup de la douleur. Si elle ne pouvait plus user de sa magie, elle ne se laisserait pas faire pour autant… Et puis, il suffirait qu’elle attende un peu pour réessayer, même si toutes les règles de prudence et de bon sens dicteraient à n’importe quelle sorcière de s’en tenir là pour cette nuit.
Isaac Callum
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The beast under your bed EmptyLun 8 Juil - 14:05

Un vampire

Une sorcière

And together we can stand up to the beast


Je fais face à la bête, resserrant mes mains autour du manche de mon sabre tout en le fixant dans les yeux pour essayer de lire en lui et d’anticiper ses mouvements… Mais tout ce que je parviens à déceler dans son regard, c’est une rage débordante, une soif de sang impossible à assouvir. Inutile de chercher à le sonder d’avantage, ce n’est plus qu’un animal fou, qui n’a pas conscience lui-même de ce qu’il fait.

Il grogne, de plus en plus, comme s’il accumulait toute sa colère pour être certain que je ne pourrais pas encaisser son prochain coup. Il est si énervé qu’il ne réagit pas lorsque je crie à ma femme de lancer son alliance vers moi… Il doit totalement avoir perdu le contrôle de lui-même pour ne pas comprendre qu’il se trame quelque chose derrière lui, mais tant mieux, ça ne peut que me donner un avantage.

La sorcière, toujours recroquevillée au fond de la cuisine, ne comprend pas pourquoi je lui demande cela, mais elle obéit tout de même, consciente que je ne le fais pas par hasard… Je la vois qui commence à retirer son alliance, alors je fais mine de m’élancer vers le loup-garou, afin de le provoquer et de le faire venir vers moi… Et ça fonctionne. La créature se rue en ma direction, mais je ne vacille pas, je reste à ma place, commençant à lâcher mon arme d’une de mes mains, en le tenant plus fermement que jamais de l’autre…

J’attends, sans bouger. J’attends… J’attends… Le lycanthrope est de plus en plus proche de moi, et il ne se doute de rien. Je relève les yeux pendant un très court instant afin de surveiller la trajectoire de l’alliance… Il faut que je m’avance un peu, si je veux que ça fonctionne… Alors je m’élance moi aussi vers la bête de plusieurs centaines de kilos qui me fonce droit dessus, diminuant de plus en plus la distance entre nous. L’animal commence à tendre son bras, ses griffes se dirigent rapidement vers mon visage, prête à me lacérer comme un vulgaire morceau de tissu.

A la dernière seconde, alors que je peux sentir le souffle provoqué par son coup qui commence à soulever mes cheveux, je disparais, laissant circonspect l’animal, qui se figerait presque, cherchant à comprendre ce qu’il se passe. Dans la même seconde, je réapparais en l’air, juste au-dessus de lui, le poing resserré autour de l’alliance de Brunhild, vers laquelle je viens de me téléporter. Je la serre aussi fort que je le peux, bien décidé à ne pas la perdre…

Alors que je commence à retomber, attiré vers le sol par la gravité, je fais une pirouette et donne un coup violent dans la nuque du monstre, sectionnant à moitié sa tête par la même occasion. Ce coup-là l’a certainement tué, mais pour bien m’en assurer, je dirige ma lame vers lui tandis que je continue de chuter et que je le plaque au sol de tout mon poids, en lui transperçant la poitrine au passage…

La fourrure du loup commence à disparaître, il rétrécit et reprend sa forme humaine doucement, alors que son sang continue de couler de ses différentes blessures. Ses yeux vides ne font plus aucun doute, il est mort… Un soupire soulagé m’échappe tandis que j’extirpe ma lame de sa chair et que je la jette sur le côté, provoquant un bruit métallique particulièrement désagréable… Je me tourne alors vers Brunhild, plaquée contre le mur derrière elle en tenant un couteau de manière menaçante, mais qui ne doit pas vraiment savoir ce qu’il se passe autour d’elle. A la grimace qu’elle fait, je devine que les prédictions se bousculent trop rapidement dans son esprit pour qu’elle parvienne à toutes les décrypter… Ça fait suffisamment de temps que je vis avec elle pour savoir quand ses visions sont coupées et quand elles ne le sont pas. D’un pas tranquille, presque las, je m’approche d’elle et vient délicatement saisir le couteau dans ses mains.

« C’est moi… Ne t’en fais pas, c’est terminé. » Lui dis-je en lui enlevant son arme et en la posant sur le meuble à côté.

Je viens alors prendre sa main, toujours avec une délicatesse qui jure avec l’agressivité dont je faisais preuve il y a quelques minutes à peine contre celui qui menaçait ma tendre épouse. Je commence seulement à desserrer mon poing, afin de libérer l’alliance de Brunhild, que j’enfile à son doigt en souriant légèrement, repensant à la fois où j’ai effectué ce geste, exactement de la même manière, devant l’autel des sorcières… Nous n’avions pas pu nous marier à l’église, pour des raisons évidentes, mais la cérémonie que nous avions pratiqué ne m’avait pas semblé si différente… Il y avait les alliances -magiques, certes-, les vœux, et surtout l’amour qui nous uni.

Une fois que la bague a retrouvé sa place à l’annulaire de la sorcière, je me jette presque dans ses bras, la serrant contre moi en soupirant de nouveau. La pauvre, elle doit être épuisée et il faudrait rapidement qu’elle parvienne à chasser ses visions, mais… Je ne peux juste pas m’empêcher de l’enlacer. J’avoue avoir eu très peur, cette nuit, même si nous nous en sommes plutôt bien sortis, au final… Nous avons connus des soirées bien pires

« La chasse est terminée… Je vais m’occuper de toi jusqu’au lever du soleil. Viens, on va aller s’assoir. » Lui dis-je en saisissant ses mains pour la conduire hors de cet enfer, pas trop fort pour éviter que ma voix ne vienne lui donner l’impression de taper contre les bords de son crâne.
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Brunhild Kraft
Brunhild Kraftvictime de cupidon
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The beast under your bed EmptyLun 8 Juil - 15:31
Elle vit Isaac abattre son arme sur le loup-garou, lui tranchant la tête. Elle vit le loup-garou tuer son époux. Elle vit Isaac la serrer dans ses bras. Elle vit le loup-garou venir s’occuper d’elle à son tour. Elle vit Isaac essuyer sa lame pour chasser le sang qui la maculait. Elle vit le loup-garou rentrer chez lui, sortant de leur maison par le même passage qui lui avait permis d’entrer. Elle vit même encore des dizaines d’autres choses, des minutes d’avenirs possibles, parfois improbables mais qui avaient encore une chance de se produire. Tout se bousculait si vite. Ça ne tenait parfois à pas grand-chose, l’issue d’un combat. La vie. La mort. Mais dans l’esprit d’un Oracle, ces choses là se bousculaient toujours trop vite, douloureusement vite. Brunhild serrait toujours son arme ridicule, s’appliquant à respirer profondément et à garder son calme. Ne pas paniquer. Isaac était là, comme elle l’avait prédit. Et elle lui faisait confiance. Peut-être qu’elle ne devrait pas, peut-être que ce n’était pas rationnel, peut-être que statistiquement il y avait plus de chances qu’il perde ce combat plutôt qu’il ne le gagne, elle ne savait pas, elle n’avait pas compté. Mais elle lui faisait confiance. Tout ce qu’elle avait vu cette nuit, tout ce qu’elle voyait depuis quelques secondes, tout la poussait à avoir foi. A moins que ce ne soit l’amour. Il y avait tant de bruits, plus désagréables les uns que les autres, manifestant plus de violence et de douleur les uns que les autres, que la sorcière ne pouvait de toute façon pas vraiment suivre. Elle ne pouvait plus qu’espérer et craindre.

Elle sentit quelque chose contre son couteau. Sans que ses lèvres ne bougent d’un millimètre, la lame se teignit d’une étrange lumière bleue qui rappelait un peu celle de son bouclier, auparavant. Cependant, cet éclair là fut tout à fait inoffensif et prit fin à la seconde même où Brunhild entendit et reconnut une voix qui lui était des plus familières… Son époux. La concentration de la demoiselle, qui lui coûtait tant dans cet état, s’envola immédiatement. Ses doigts tremblants relâchèrent l’arme sans résister une seule seconde.

« C’est moi… Ne t’en fais pas, c’est terminé. »

Sa voix était toujours plus douce dans le présent. Il y avait toujours quelque chose de délicat dans sa manière de s’adresser à elle, quelque chose de tendre qui ne rendait pas si bien quand il s’agissait d’avenir. Ses visions s’étaient calmées depuis la fin de l’affrontement, Isaac avait raison, c’était terminé. Elles défilaient moins vite, étaient plus calmes, plus lentes… Mais les voix étaient si fortes, les couleurs si vives… C’était son mal de tête et sa fatigue qui lui donnaient ce sentiment désagréable, elle le savait, mais elle ne pouvait pas y faire grand-chose pour le moment. Quoi qu’il en soit, si le loup-garou avait dû se relever d’entre les morts, elle l’aurait vu, c’était quasiment certain. Brunhild n’osa pas tenter de chasser ses visions à nouveau. Elle avait encore le sentiment que son crâne allait exploser, elle tremblait, la pression et la peur redescendaient doucement. Elle n’avait jamais eu l’âme d’une grande guerrière, elle n’avait jamais été élevée pour ça. Isaac attrapa sa main gauche et la sorcière comprit tout de suite qu’il était en train de lui mettre à nouveau la bague au doigt. Elle était si soulagée qu’il n’ait pas perdu son alliance ! Quelques larmes coulèrent, parce qu’elle était un peu sous le choc tout de même, mais un sourire furtif se peignit sur son visage alors qu’elle se mettait à murmurer des mots qu’elle avait déjà dit, une fois… Elle s’en souvenait comme si c’était hier, mais ce n’était pas très étonnant. Brunhild n’oubliait jamais ses serments.

- Je te reçois comme époux, et je promets de te rester fidèle, dans le bonheur et dans les épreuves, dans la santé et la maladie, pour t'aimer tous les jours de ma vie.

Alors qu’elle avait à peine terminé sa déclaration, elle sentit son mari la prendre dans ses bras avec force et empressement. Elle répondit à son étreinte tout en douceur, enfouissant son visage dans son cou. Il sentait le sang et le chien mouillé. Mais ce n’était pas bien grave.

- Je savais que tu viendrais
, murmura-t-elle à son oreille avec une gratitude et une reconnaissance sincère.

Brunhild n’avait jamais cessé d’espérer et d’y croire. Même quand ça tenait plus de la confiance que de la divination.

« La chasse est terminée… Je vais m’occuper de toi jusqu’au lever du soleil. Viens, on va aller s’assoir. »

Il avait saisi ses deux mains cette fois, et Brunhid le suivit sans discuter. Elle faisait de tous petits pas, craignant à chaque fois de heurter le moindre débris de meuble, de porte, de mur, de fenêtre ou de quoi que ce soit qui pourrait la faire tomber. Une vision de Lisbeth la fit sourire, elle manqua de trébucher, et se rattrapa in extremis à Isaac. Il faudrait vraiment qu’elle se focalise sur le présent mais ça demandait une force bien plus grande que se laisser aller à contempler l’avenir. Plus d’Oracles étaient morts de faim dans la contemplation qu’on pourrait le croire.

- Attends !

Elle avait l’impression d’avoir crié, presque, pourtant elle parlait à peine normalement. Les visions hurlaient, alors elle baissait sa voix pour éviter de rendre Isaac complètement sourd… Comme s’il entendait la même chose qu’elle. Elle serra ses doigts dans les siens, plus fort.

- Est-ce que tu vas bien, toi ? Ne mens pas.

Isaac n’avait pas l’âme d’un menteur mais Brunhild le connaissait assez pour savoir qu’il aurait tendance à la faire passer avant sa propre santé parfois, tout ça sous prétexte que la douleur ne le ferait pas mourir, lui. Mais elle voulait toujours savoir, elle. Toujours l’aider, le soulager. Elle pourrait vérifier elle-même, cela dit, elle connaissait des sorts pour cela mais… Premièrement, elle faisait confiance à son mari. Deuxièmement, elle ne comptait pas gaspiller son énergie comme ça.

- Raconte… Raconte moi ta nuit…
Implora-t-elle tout bas, espérant que ses visions ne l’empêcheraient pas de suivre.

Isaac Callum
Isaac Callumvictime de cupidon
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The beast under your bed EmptyVen 12 Juil - 16:23

Un vampire

Une sorcière

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La sorcière est un peu sous le choc, elle pleure quelques larmes et tremble légèrement, ce qui ne m’aide pas vraiment lorsque j’essaye de lui remettre son alliance. Ce qui me soutient, en revanche, c’est lorsque je l’entends murmurer les mots qu’elle avait prononcé le jour de notre mariage, ces mots si chers à mon cœur… J’en ai presque la larme à l’œil, mais je crois que la fatigue de mes deux affrontements et la nuit qui touche presque à sa fin me permettent de contenir mon émotion. Je me contente d’un sourire tendre et amoureux, qu’elle ne peut pas voir directement, mais qui, je l’espère, apparaîtra dans ses visions.

Une fois que sa bague est remise à sa place, je m’empresse de la serrer dans mes bras et je sens qu’elle fait de même, avec une bien plus grande délicatesse… Depuis que je suis devenu un vampire, il m’arrive d’être un peu brusque parfois. Heureusement, je n’ai jamais fait de mal à Brunhild malgré cela, ni à Lisbeth non plus. Je m’en voudrais tellement si un jour je les blessais en voulant leur prendre la main ou les serrer contre moi…

Je lui annonce que la chasse est terminée, après qu’elle m’ait murmuré quelque chose de doux à l’oreille. Je ne sais pas comment elle avait la certitude que… Ah, bien sûr, ses visions. J’aurais dû y penser de suite, étant donné qu’elle a toujours l’air d’en percevoir, même si elles ont l’air bien moins violentes que pendant l’affrontement avec le loup-garou.

Je la prends par les mains et la conduit vers le salon, tout doucement, en lui disant de faire attention quand elle s’apprête à marcher sur le corps du lycanthrope ou sur une de mes armes qui traîne par terre. Malgré cela, elle trébuche sur quelque chose, me faisant m’avancer dans un sursaut. Elle se rattrape à moi de justesse et je ris doucement, content qu’elle ne se soit pas fait mal. Elle me demande alors d’attendre, soudainement, un peu fort, comme pour me retenir de partir alors que… Je n’ai absolument pas bougé. Je la regarde donc silencieux, attendant, tandis qu’elle serre mes mains avec un peu plus de poigne.

« Est-ce que tu vas bien, toi ? Ne mens pas. » Me demande-t-elle sérieusement.

Je lui souris, attendri par le fait qu’elle s’inquiète de mon état. Elle me demande toujours plus ou moins la même chose, après une chasse, alors que depuis le temps, elle a l’habitude et elle sait que je lui demande de l’aide quand je suis réellement blessé. Alors, ce soir, comment je me sens… Bien, je crois. Je n’ai pas vraiment mal, même si je me suis pris quelques coups, et je suis avec elle, alors… Tout va bien.

« J’ai sûrement un bleu à la jambe, mais ça va… Et puis de toute façon, je ne peux pas te mentir, tu vois tout. » Lui répondis-je avec le sourire.
« Raconte… Raconte moi ta nuit… » Demande-t-elle en montrant à quel point c’est important avec son ton.
« Tout ce que tu voudras, mais avant ça, on va aller s’installer dans le salon et… Et boire un thé, d’accord ? »

J’attends son accord avant de venir cueillir un baiser sur ses lèvres et de la conduire jusqu’au canapé, dans le salon. Comme annoncé juste avant, je nous prépare un thé, je m’installe tout près d’elle, et je commence à lui raconter ma soirée, mon enquête suivie de mes deux affrontements, sans omettre un détail, romançant un peu ce qui m’est arrivé pour que ce soit plus sympa à écouter, en lui caressant les cheveux, les bras, le dos… J’essaye de la rassurer, de l’apaiser en attendant qu’elle ait assez de forces pour chasser ses visions et pouvoir peut-être dormir, ou au moins se reposer. Il ne faudra pas oublier de nettoyer la cuisine, demain…
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Brunhild Kraft
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The beast under your bed EmptyVen 12 Juil - 19:04
- Là, c’est un mensonge par exemple, répondit Brunhild avec un petit sourire quand Isaac eut fini de répondre à sa question en terminant sur le fait qu’elle voyait tout.

Non, bien sûr que non… Elle pourrait, en théorie, mais elle serait bien incapable d’accorder une attention parfaite à toutes ses visions en tout temps, comme elle serait incapable d’explorer toutes les possibles. Brunhild se focalisait sur les événements qui touchaient son environnement, ils étaient les plus simples à percevoir, ainsi que sur ceux qui auraient une grande influence, sur elle ou sur le monde. Enfin pour ces dernières ce n’était pas bien compliqué de leur accorder de l’attention : elles s’imposaient à elle avec tant de force qu’elles brisaient généralement son sortilège. Ça lui arrivait aussi quand elle serrait la main de quelque pour la première fois, quand elle venait de le rencontre… Satanée coutume d’humains, ça, qui la faisait souvent passer pour quelqu’un de bizarre quand elle se retrouvait inerte pendant quelques secondes.

Et puis, si elle voyait tout, elle… Elle n’aurait pas besoin qu’Isaac lui raconte sa chasse, elle l’aurait vue. Elle n’aurait pas laissé tout ceci se produire, elle aurait trop vite vu, trop compris, elle aurait fait quelque chose… Mais quoi ? Aucune idée. Mais elle aurait trouvé. Rester passif était sûrement le plus dur, quand on voyait l’avenir. Il le fallait parfois. Parfois il valait mieux agir. C’était une drôle de responsabilité, d’être oracle. Savoir ce qu’on pouvait ou devait dévoiler, et ce qu’on pouvait ou devait maintenir caché. Isaac savait souvent ce qu’elle voyait, elle ressentait généralement le besoin d’en parler à quelqu’un. Elle n’avait en revanche personne à qui parler de ce qu’elle voyait à son sujet, ou au sujet de Lisbeth. Comme… Non. Ne pas y penser. Demander à Isaac de raconter sa nuit…

« Tout ce que tu voudras, mais avant ça, on va aller s’installer dans le salon et… Et boire un thé, d’accord ? »

Brunhild hocha doucement la tête, avant de suivre docilement son époux jusqu’au salon. Elle était toujours contente, soulagée qu’il lui raconte précisément ses aventures de chasse. Elle préférait nettement ça, cette marque de confiance là, plutôt qu’un récit flou qui ne ferait que l’inquiéter davantage. C’était peut-être ça, leur plus grande force : la confiance qui les liait. Et la tendresse qu’ils avaient toujours l’un pour l’autre. Isaac lui répondit par un léger baiser, et ils rejoignirent le canapé tous les deux. C’était… C’était toujours bizarre de profiter du calme après la tempête, de savoir qu’un lycanthrope était mort dans leur cuisine et gisait toujours là-bas, alors qu’ils allaient simplement boire un thé tous les deux. Brunhild avait un peu de mal avec ça. Il fallait avouer que les chasses de son clan avaient pour cibles des esprits ou des démons, la plupart du temps, et que ces engeances là ne laissaient pas le même genre de… Vestiges, une fois qu’on s’était occupé d’eux. Les sorciers et sorcières du clan Kraft ne s’attaquaient aux vampires et aux loups-garous que lorsque ceux-ci les menaçaient directement ou attaquaient des humains, peu importe la raison. Elle ne comprenait pas tout à fait les raisons qui poussaient Isaac à combattre les hommes-loups, qui lui avaient toujours été présentés de la même manière que les vampires au fond, mais elle n’aurait jamais tenté de le détourner de son but. Ils se soutenaient toujours, tous les deux, c’était important.

Tout en racontant sa nuit, Isaac ne la lâchait jamais tout à fait. Brunhild savait qu’elle avait de la chance d’avoir près d’elle un homme – enfin un vampire – tel que lui. Il était toujours si doux, si attentionné, il retenait toujours ce qui pouvait lui faire plaisir ou ce qui lui facilitait la vie, et il avait bien compris depuis tout ce temps passé ensemble, qu’elle se sentait mieux quand elle avait un contact avec lui parce qu’elle savait plus précisément et avec plus de certitude où il se trouvait, dans quel état d’esprit il était, aussi. Brunhild écouta toute l’histoire avec attention, même si elle dut parfois demander à Isaac de se répéter pour comprendre parce ses visions la dérangeaient. Mais même s’il racontait le tout avec un certain détachement, parce que la chasse était terminée et ce chapitre probablement clos, il y avait tout de même certains éléments qui inquiétaient la sorcière.

Brunhild avait l’habitude qu’on veuille sa mort. Les Oracles étaient rares, on avait rarement envie que son ennemi en ait un à disposition et son clan n’avait pas que des amis. Elle savait aussi que son couple attirait de nombreuses critiques, et que certains seraient prêts à faire disparaître l’un ou l’autre membre de cette nouvelle famille au nom de ce genre de convictions, il suffisait de se rappeler de Thomas… Mais si elle pouvait tout à fait supporter d’être une cible de choix, peu importe pourquoi exactement, elle supportait beaucoup moins bien l’idée que sa fille en soit une. Est-ce qu’ils avaient tenté une attaque ?

Comment ces loups-garous avaient-ils su ? Avaient-il suivi Isaac jusqu’à leur maison lors d’une autre pleine lune ? Espionnage, hasard… ? Ce n’était pas très rassurant non plus mais ce qui était fait était fait. Brunhild se laissa aller contre Isaac en se massant les tempes, son mal de tête refusant de passer. S’ils avaient voulu attaquer la maison de la matriarche du clan en charge de sa petite fille pendant un sabbat, il était fort probable qu’aucun d’entre eux n’en soit sorti vivant. Brunhild n’avait rien vu qui irait dans le sens d’une attaque, de toute façon.

- Je demanderai un coup de main à ma mère demain, quand elle ramènera Lisbeth, pour réparer la cuisine,
annonça-t-elle tout bas à Isaac, après un moment de réflexion. Mais… Qu’est-ce qu’on est censé faire du… Du corps ?

Brunhild n’avait jamais tué personne chez elle. Elle n’avait aucune idée de ce qu’Isaac pouvait bien faire après avoir tué un loup-garou – à part lui ramener des tapis hideux sur lesquels elle passait son temps à trébucher tellement ils pouvaient être épais. Quand on les lavait ça puait le chien mouillé, en plus.
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The beast under your bed EmptyDim 8 Sep - 12:58

Un vampire

Une sorcière

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« Là, c’est un mensonge par exemple. » Répond immédiatement Brunhild lorsque je lui dis que je ne peux pas mentir, puisqu’elle peut tout voir.

Il me faut bien une seconde ou deux pour savoir ce qu’elle accuse d’être un mensonge, mais en voyant son sourire, je comprends que ce sont les derniers mots que je lui ai dit, alors je souris légèrement à mon tour. C’est vrai que j’aurais pu nuancer mes propos, je sais bien qu’elle n’est pas capable de tout voir, à moins qu’elle consacre la moindre parcelle de son existence à son devoir d’oracle, et encore… De ce qu’elle m’a déjà raconté, il lui parvient tant d’images, de sons et de sensations, qu’une vie entière ne serait pas suffisante pour tout percevoir, tout trier et tout comprendre.

Elle me demande alors si je peux lui raconter ma nuit, ce que j’accepte volontiers, bien que j’y mette une condition. Avant cela, je veux qu’on aille s’asseoir, afin d’être certain que la sorcière ne va pas flancher sous le coup de l’émotion. Autant j’y suis habitué, autant Brunhild ne se bat pas aussi souvent que cela. Je l’accompagne jusque dans le salon et la laisse s’installer pendant que je retourne dans la cuisine pour faire chauffer de l’eau, tout en jetant un œil au cadavre du loup-garou, redevenu un humain au moment où je l’ai achevé. Je ne peux me retenir de soupirer, pas devant cette vision d’horreur à laquelle je me suis malheureusement habitué, mais plutôt en voyant l’état des meubles et le sang qui a giclé un peu partout. J’espère sincèrement que ma femme connaît des sorts pour arranger tout ça, sinon je vais passer des heures à nettoyer ce carnage, et je n’ai pas vraiment l’habitude de nettoyer après avoir chassé.

Quoi qu’il en soit, je reviens dans le salon avec deux tasses de thé fumantes que je dépose sur la table basse en venant m’asseoir près de la rouquine, prêt à lui raconter ma nuit. Je m’applique à n’oublier aucun détail, bien que je m’abstienne de lui décrire le bruit des os qui craquent, de la mâchoire du loup qui s’est fendue en deux, ce genre de choses qui ne l’auraient sans doute pas vraiment enthousiasmée. Pendant toute cette histoire, nous entamons notre thé et j’essaye de rassurer au mieux ma compagne par mes gestes, en sachant qu’elle a besoin de retrouver son calme pour pouvoir chasser ses visions et se reposer…

« Je demanderais un coup de main à ma mère demain, quand elle ramènera Lisbeth, pour réparer la cuisine. » Dit-elle tout bas, quelques instants après s’être blottie contre moi. « Mais… Qu’est-ce qu’on est censé faire du… Du corps ? »

Je réfléchis une seconde alors que j’ai ma tasse au bord des lèvres, attendant de finir ma gorgée et de la reposer pour lui répondre, tout en me disant intérieurement que je suis vraiment content qu’on ait de l’aide pour réparer la cuisine…

« Habituellement je les brûle…Mais peut-être qu’on pourrait le donner à Eichhörnchen ? C’est un chien des enfers après tout. »

Je jette un œil par la porte-vitrée tout en disant cela, surpris d’ailleurs qu’il n’ait pas rappliqué en entendant du grabuge à l’intérieur. Enfin, cet animal est bien différent d’un chien normal, il n’en fait parfois qu’à sa tête et on se demanderait presque s’il n’a pas l’intention de nous manger plutôt que de nous défendre. Sauf avec Lisbeth, étrangement… Sa simple présence a l’air de l’apaiser, comme s’il la considérait comme sa véritable maîtresse. Je remarque aussi que le ciel commence à s’éclaircir, et ça ne me plaît pas trop. Si je dois traîner le corps jusque dans le jardin, j’aimerais autant que ce soit fait avant que les premiers rayons du soleil ne pointent le bout de leur nez.

« Enfin, je m’en occuperais avant d’aller me coucher, ne t’inquiète pas. Je nettoierais le sang, aussi… » Fis-je en soupirant, l’idée de passer des heures à récurer la cuisine ne m’enchantant guère.
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The beast under your bed EmptyDim 8 Sep - 13:46
La réponse ne semblait pas évidente pour Isaac non plus puisqu’il prit quelques secondes de réflexion avant de répondre. A moins qu’il soit simplement en train de boire une gorgée de thé et que ça l’empêche de parler, à vrai dire Brunhild n’en avait pas la moindre idée et elle n’avait pas jugé utile de se fatiguer encore un peu plus à se focaliser sur des visions sans réelle importance.

« Habituellement je les brûle…Mais peut-être qu’on pourrait le donner à Eichhörnchen ? C’est un chien des enfers après tout. »


Cette réponse fit réfléchir Brunhild à son tour. Alors comme ça il brûlait les loups-garous… Est-ce que c’était leur tradition ? Est-ce qu’Isaac respectait leur manière de faire, ou est-ce qu’au contraire il s‘agissait d’une dernière insulte à leur race ? Elle n’osa pas de demander. Peut-être même que le vampire n’en savait rien, de toute façon. L’idée de confier la disparition du cadavre à leur chien, en revanche n’enchantait pas vraiment la sorcière. C’était un chien des Enfers, certes, et même si on pouvait certainement lui faire confiance pour faire un sort à toute cette viande bien vite, elle craignait qu’il soit assez gourmand pour s’étouffer avec un os. Il ne ressemblait pas à ce qu’Isaac lui avait décrit comme étant un « chien normal » pour des humains, mais elle connaissait assez bien ces animaux magiques là pour savoir qu’il ne fallait pas non plus les surestimer. Et pour savoir aussi qu’ils étaient passablement imprévisible.

- Je pense qu’il vaut mieux éviter. Après il va croire qu’il peut manger les humains, vu la forme… Et il risque de s’étouffer avec un os.


Isaac en tout cas, même après avoir hésité, ne semblait pas particulièrement perturbé. Il était vrai qu’il chassait régulièrement lui, et des êtres qui, à la différence des démons, avaient un corps qui persistait après leur mort. Voilà qui expliquait sans doute sa relative tranquillité d’esprit à l’idée de se débarrasser d’un cadavre, ou même à l’idée de l’avoir dans leur cuisine. Un petit sourire étendit les lèvres de Brunhild. Si on lui avait dit, quelques années auparavant, qu’elle finirait par épouser un vampire chasseur de loup-garou et qu’ils devraient réparer leur maison ou lancer de grandes opérations de nettoyage à cause de ce genre de désagrément, elle aurait sans doute un peu ri… Avant de tomber sur une vision qui aurait corroboré toute cette histoire.

« Enfin, je m’en occuperais avant d’aller me coucher, ne t’inquiète pas. Je nettoierais le sang, aussi… »

La sorcière se redressa doucement, laissant un peu son mari tranquille. Comme si elle allait le laisser gérer tout ça tout seul ! Effectivement, il n’y avait pas vraiment de doute quant au fait que ce loup-garou était venu à cause de certaines activités qui étaient plutôt celles d’Isaac que celles de Brunhild. Mais ils étaient ensemble, tout ceci se passait chez eux et il était hors de question qu’elle se repose tranquillement pendant qu’il s’occuperait du reste. Surtout que, sans vouloir lui manquer de respect, les techniques non-magiques étaient souvent plus lentes et surtout plus inefficaces que celles des sorcières. Même quand on y mettait toute sa bonne volonté.

- Non, non, je vais m’occuper du ménage, ce sera vite fait.

L’Oracle reposa avec mille précautions sa tasse sur la table, avant de s’étirer, les traits un peu tirés par la fatigue et son mal de crâne persistant.

- Je vais chercher mon collier. Et je t’aiderai à brûler le corps si tu as besoin,
ajouta-t-elle avec un peu plus d’hésitation.

Son mari n’avait très certainement pas besoin d’elle pour ça si c’était sa technique habituelle, et elle n’avait jamais brûler de cadavre en dehors d’une cérémonie tout à fait réglementaire de bûcher funéraire pour une des sorcières de son clan. Mais si elle pouvait l’aider à faire ça plus vite ou plus facilement, elle n’avait aucune raison de ne pas le faire n’est-ce pas ? Enfin. Elle se leva tout d’abord pour aller chercher ce qui lui permettrait de lancer les sorts dont elle avait besoin sans flancher, ce serait bête d’aller complètement épuiser ses forces pour ce genre de choses, surtout en sachant qu’elle avait de quoi éviter un tel désagrément.

Quelques marches, un couloir, une chambre à traverser, et là voilà donc en possession de l’objet tant convoité. Il brillait d’une lumière assez peu naturelle, souvent verte, à cause d’une drôle de pierre contenue à l’intérieur. Ce collier avait beaucoup de valeur, après tout il était puissant et assez rare. Il n’étaient néanmoins pas une pièce unique, et même si s’en procurer un n’était pas évident c’était loin d’être un objet qui pourrait déclencher de quelconque guerre. Et ça tombait bien, parce que Brunhild avait largement eu sa dose de combat pour un moment. S’opposer physiquement et magiquement à quelqu’un n’était pas vraiment ce qu’elle savait le mieux faire, c’était évident.

Après avoir enfilé le collier, la demoiselle se servit tout de suite de son pouvoir pour chasser ses visions. Cette libération lui fit pousser un profond soupir de soulagement et d’aise. Son mal de tête sembla presque disparaître tout à fait au même moment. Il ne fallait parfois pas grand-chose pour que tout s’arrange, songea-t-elle en descendant les escaliers pour rejoindre la cuisine. La rouquine n’osa pas réellement avancer dans la pièce, craignant de trébucher sur un débris ou pire sur un cadavre…

- Isaac ? J’ai besoin de toi
, appela-t-elle avec douceur, comme à chaque fois qu’elle s’adressait au vampire qui avait accepté de partager sa vie avec elle. Il faudrait que tu me dises quand ce sera propre, s’il te plaît, pour éviter que je continue pour rien… Je t’aiderai avec le cadavre après, si tu veux.

Et effectivement, la sorcière agita ses doigts comme pour chasser des fourmillements qui les parcourraient tout en prononçant une formule qu’elle paraissait connaître extrêmement bien. Il fallait dire qu’elle avait l’habitude de nettoyer de cette manière, c’était plus pratique pour tout le monde. Le collier voyait sa lumière briller plus intensément en même temps que les mots s’enchaînaient les uns aux autres, Isaac devait en avoir l’habitude puisqu’il avait lui-même utilisé l’objet il y a de ça déjà quelques années.

La poussière, le sang, les poils arrachés, les débris inutilisables, tout sembla se mettre en mouvement pour former une étrange boule, un étrange condensé de saleté au milieu de la cuisine, flottant à quelques centimètres du sol pour éviter de le salir. Voilà qui allait bien plus vite que le récurage humain du sol, c’était certain. Le sort censé réparer la cuisine n’était pas bien plus compliqué mais il demandait une énergie qu’elle n’avait pas envie de fournir ce soir, seule, et l’aide d’une sorcière qui y voyait quelque chose serait quand même fort appréciable pour ce genre d’opération là… Il faudrait donc attendre le lendemain pour  les gros travaux ! Ce qui n’empêchait pas de vouloir se débarrasser de tout ce bazar, songeait Brunhild, qui se sentirait bien plus soulagée quand sa cuisine ne sentirait plus le chien mouillé et le sang. Ce n’était vraiment pas un endroit convenable pour élever une enfant !
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The beast under your bed EmptyMar 10 Sep - 17:52

Un vampire

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And together we can stand up to the beast


« Je pense qu’il vaut mieux éviter. Après il va croire qu’il peut manger les humains, vu la forme… Et il risque de s’étouffer avec un os. » Répond ma femme à ma proposition de donner le corps du lycanthrope à notre cerbère.

Je souris, amusé, et me retiens même de rire. Son premier argument contre cette idée est tout à fait recevable, ce serait fâcheux qu’il se mette à attaquer les humains qu’il croise en pensant qu’il a le droit de les manger. Cependant, son deuxième point m’étonne autant qu’il me donne envie de m’esclaffer. Qui aurait cru qu’avec une telle bête dans le jardin, son inquiétude soit qu’il s’étouffe avec un os… Comme quoi, son monde et le mien, enfin celui des humains, ne sont pas bien différents.

Je hoche la tête, acquiescent également d’un petit « H-mh ! » pour qu’elle n’ait pas besoin de me voir à travers ses visions pour savoir ce que je pense de sa remarque. Bon, je n’ai donc pas le choix, il faudra que je brûle ce corps, d’une manière ou d’une autre… Je ne pourrais pas le faire à l’intérieur, ça va de soit, mais s’il faut le faire dehors, il faut le faire maintenant. Je suis de plus en plus inquiet à l’idée que le soleil se lève, et plus les minutes défilent, plus le souvenir douloureux du jour où mes mains ont été exposées à sa lumière se réveille.

Pour ne pas que Brunhild se prenne la tête avec tout ça, et surtout pour qu’elle puisse aller se reposer rapidement, je la rassure en lui disant que je m’occuperais de tout. Enfin, mis à part les travaux, ça, ça pourra attendre demain. Immédiatement, elle m’arrête et me dit qu’elle va s’occuper du ménage, que ce sera vite fait… Et je dois bien reconnaître que sur ce point-là, elle est plus efficace que moi, ou que n’importe quel humain. Je crois que si les gens normaux pouvaient apprendre un seul sort, ils choisiraient celui qu’elle a en tête… Ou peut-être la téléportation, ça aussi c’est cool. Alors je ris tout bas en la regardant s’étirer et se redresser, visiblement prête à s’en occuper ! Du moins, lorsqu’elle sera allé chercher son collier de magie. Elle me dit qu’elle m’aidera aussi à brûler le corps, si j’en ai besoin, et je dois bien avouer que l’aide d’une sorcière ne serait pas de refus si je veux être certain d’avoir fini avant que le jour se lève.

« D’accord, je t’attends ici. » Lui répondis-je très simplement en reprenant ma tasse pour en boire une gorgée, tout en fixant du regard mon épouse qui commence à se lever pour partir dans la chambre.

Je sais qu’elle ne doit pas trop forcer, vu comme elle se sentait après la mort du loup-garou, mais étant donné qu’elle va chercher son collier, j’estime qu’elle est suffisamment raisonnable. De toute façon, c’est une adulte, et elle connaît mieux ses limites que moi, alors je peux bien la laisser faire. Alors que la rouquine grimpe les escaliers et finit par disparaître de mon champ de vision, je me lève du canapé pour emmener nos deux tasses dans la cuisine et les déposer dans l’évier, comme si de rien n’était, comme s’il n’y avait pas de sang partout, comme si je ne venais pas d’enjamber un corps et de manquer de trébucher sur un de mes sabres… Je profite d’être là pour ramasser mes armes, d’ailleurs, et les poser sur le plan de travail pour qu’ils soient décrassés en même temps que le reste de la pièce. Il ne faudra pas que j’oublie de les ranger ensuite, je ne veux pas qu’ils soient sortis lorsque Lisbeth est dans les parages.

« Isaac ? J’ai besoin de toi. » Entendis-je soudainement.
« Je suis dans la cuisine ! » Lui fis-je en retour.

Elle m’explique alors qu’elle aura besoin de mon aide, plus précisément de ma vue, pour lui indiquer quand arrêter son sort. Je me précipite hors de la pièce pour venir me tenir derrière elle, même si j’aurais moi aussi besoin de me laver, je préfère prendre une bonne douche plutôt que de me faire prendre dans ce sortilège. Je ne sais pas quelle sensation ça doit faire, mais je ne préfère pas essayer. La sorcière se met alors à remuer ses doigts devant elle tout en récitant la formule du ménage, comme j’aime l’appeler. Toute la cuisine commence à s’agiter, la poussière et le sang se soulèvent dans les airs comme s’il n’y avait plus de gravité, donnant à cette pièce une atmosphère très particulière. C’était moins impressionnant quand je la voyais nettoyer un peu de poussière sous un meuble ou les cheveux qu’on avait laissés dans la salle de bain…

Toute la saleté commence à se réunir au centre de la pièce, comme attirée par un point précis. Petit à petit, une petite boule se forme près du sol, une sorte de mini-planète de sang, de poils de loup et d’autres saletés. Le genre de chose qu’on n’aimerait pas renifler de trop près… Il faudra sortir la poubelle avant de nous coucher, si on ne veut pas que ça pue pendant des jours !

« Ok, arrêtes-toi ! » Lui indiqué-je comme elle m’a demandé de le faire.

J’attends que la fille fasse cesser son sort pour m’aventurer dans la cuisine et attraper la boule dans un sac sans la toucher moi-même. Ça ne me dégoûte pas vraiment, j’ai touché bien pire que ça, mais si je peux éviter de me salir encore plus, autant le faire. Je ferme ensuite le sac aussi bien que faire se peut, et je le mets dans la poubelle que je ferme elle aussi, prête à être descendue ! Je me retourne alors vers ma femme, jetant un coup d’œil rapide à son médaillon, dont la lumière commence à s’estomper légèrement, bien qu’il continue de briller légèrement, sans doute parce qu’elle puise dans les réserves du bijou pour maintenir sa barrière contre les visions.

« Le cadavre, maintenant… Je vais le sortir dans le jardin, il faudra le brûler ensuite… Enfin, il faut surtout éviter que le feu se répande, je sais pas si t’as un sort pour ça ? »

En attendant sa réponse, je me baisse pour attraper l’homme mort et nu qui gît sur notre carrelage et je le mets sur mon épaule pour pouvoir le transporter rapidement. Je préviens Brunhild, évidemment, pour qu’elle s’écarte et que je ne lui rentre pas dedans, puis je passe par le salon pour me diriger jusqu’à la baie vitrée, que j’ouvre afin d’accéder au jardin. Un long soupire m’échappe tandis que je mets le pied dehors, pas vraiment rassuré par la couleur du ciel, même si je sais qu’il peut faire clair un moment avant que je sois exposé aux rayons meurtriers du soleil…

Je lâche le corps au beau milieu du jardin, le laissant écraser les brins d’herbe qui seront bientôt calcinés. C’est pas bien grave, on peut pas dire que notre jardin soit le plus joli qui soit, on ne l’entretient sans doute pas assez… Peut-être que je devrais m’y mettre, pour que Lisbeth puisse profiter de cet espace quand elle sera plus grande… Mais ça risque d’être compliqué, je doute que nos voisins acceptent que je passe la tondeuse le soir et je ne me vois pas tailler à la main notre petit terrain. Tant pis, l’important c’est qu’on ait un endroit où les chiens puissent se dépenser.

Je me retourne alors vers la porte vitrée, vers l’intérieur du salon, pour voir si ma femme m’a suivi ou non. Comme je lui ai dit, un sort pour éviter que toute notre maison crame m’aiderait bien, mais pour foutre le feu au corps, en soit, je n’ai pas vraiment besoin d’aide, même si elle y arrivera plus facilement que moi. C’est toujours une galère, de se débarrasser de mes proies après les avoir tué… Au début, je me contentais de laisser les corps ou de les jeter à la mer, quand j’étais proche de l’eau, mais… Mais l’un d’eux, agonisant, m’avais supplié de le brûler, pour que son esprit rejoigne la nature et qu’il puisse continuer de veiller sur son clan. Je ne sais pas si c’était une lubie de cet homme en particulier ou une de leur coutume, mais quoi qu’il en soit, depuis, je m’efforce de réduire leurs corps en cendres, juste au cas où, parce que… Si ça m’arrivait, je voudrais pouvoir veiller sur Brunhild et Lisbeth, moi aussi…
notes
Brunhild Kraft
Brunhild Kraftvictime de cupidon
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Profil Académie Waverly
The beast under your bed EmptyMar 10 Sep - 18:32
Il ne fallut pas bien longtemps pour que la cuisine retrouve une relative propreté. Oh, il restait toujours un cadavre au milieu et des dégâts impressionnants, mais plus une seule trace de poussière, pas la moindre goutte de sang. Même le corps semblait avoir été… Nettoyé. Toutes les saletés avaient été regroupées au même endroit, et dès que la sorcière entendit son mari annoncer que le sort avait suffisamment fait effet elle y mit fin, se contentant alors de maintenir la boule impropre en place jusqu’à ce qu’Isaac enferme le tout dans un sac poubelle. Voilà une bonne chose de faite. C’était aussi simple que lorsqu’il fallait seulement se débarrasser d’un peu de farine tombée par terre ou d’éclats d’un verre brisé qu’on ne prendrait pas la peine de réparer. Pourtant, ils venaient quand même de tuer… Quelqu’un ?

Brunhild n’avait pas de problème avec le fait de tuer des démons : ils n’étaient que des concentrés de pouvoirs et de haine. Ils étaient avides de ce que les humains possédaient de plus qu’eux et cherchaient à le leur prendre, ils n’étaient pas vraiment des gens, ils étaient… Des entités magiques néfastes, dangereuses. Satan n’aimait pas que ses sorcières se mettent sur la route de ses autres créations, c’était pour cela que le clan des Kraft avait été maudit. Mais ils ne tuaient pas des gens.

Pourtant, ce loup-garou, Brunhild avait bien vu sa forme humaine. Elle savait qu’elle trônait là, sur son carrelage. Être l’épouse d’un meurtrier, voilà qui lui faisait tout drôle. Et pourtant. Pourtant elle l’aimait, elle ne l’aurait jamais quitté. Il devait avoir ses raisons, elle n’avait jamais osé demander, elle n’avait fait que respecter ça et… Et l’aider. Il l’avait attaquée, elle n’avait pas eu d’autre choix… Est-ce qu’Isaac ressentait cette culpabilité là, lui aussi ? Parfois ? Jamais ? Quoique. Peut-être que les loups-garous étaient comme les démons ? Brunhild n’en avait jamais côtoyé, comme elle n’avait jamais côtoyé de vampire avant son époux. Mais cette question là, voilà qui la hantait bien plus que le simple fait d’avoir un cadavre dans sa cuisine.

« Le cadavre, maintenant… Je vais le sortir dans le jardin, il faudra le brûler ensuite… Enfin, il faut surtout éviter que le feu se répande, je sais pas si t’as un sort pour ça ? »

Elle entendit du bruit. Isaac avait bien assez de force pour porter un homme mort, elle n’en aurait jamais douté. Il n’avait jamais usé de cette force contre elle, mais elle ne pouvait pas oublié qu’elle était là, tapie quelque part. Elle ne pouvait pas oublier avec quelle violence il avait arraché les crocs de Thomas de son cou, avec quelle violence il avait dû se battre lui aussi pour que leur cuisine finisse aussi ravagée. Elle ne l’entendit pas soupirer, pas geindre, pas se plaindre. Il… Il avait l’habitude, lui.

- Je peux faire ça
, répondit-elle sobrement. Il me faut juste… J’arrive, attends moi dehors.

Le vampire lui annonça qu’elle devait s’écarter pour qu’il puisse passer, ce qu’elle fit doucement pour être sûre de ne pas foncer n’importe où, avant de se diriger une nouvelle fois vers la cuisine pour y récupérer ce qui pourrait l’aider.

Contenir un feu n’était pas le sortilège lui plus dur à lancer qui soit, mais il fallait le maîtriser. Trouver l’équilibre pour qu’il ne brûle pas tout sur son passage, et pour ne pas l’éteindre complètement non plus. Sans le voir, c’était moins évident. Mais l’Oracle avait l’habitude de devoir pallier ces désagréments, et elle savait ce qu’elle pourrait utiliser. Du sel. Elle allait tracer une limite en sel autour du cadavre, et maintenir le feu à l’intérieur. Il brûlerait autant qu’il voudrait, mais sans pouvoir sortir. Et ce serait moins épuisant pour elle de se reposer sur une limite physique.

- Chéri ?
Appela-t-elle doucement en franchissant avec précaution la porte vitrée pour être certaine de ne pas se prendre les pieds dans le bas de la fenêtre qu’elle ne pouvait pas voir. Je vais encore avoir besoin de toi, annonça-t-elle alors un peu plus bas encore, presque un peu honteuse. Il faut faire un cercle autour du corps avec ça, je tiendrai le feu à l’intérieur jusqu’à ce que tu me dises de l’éteindre. Ça ira ?

Elle sentit Isaac prendre le sel et en déduisit avant même d’entendre quoi que ce soit qu’il venait d’accéder à sa requête. Profitant qu’il soit tout proche, Brunhild posa une main sur lui pour approcher du cadavre avec son aide, et pour s’asseoir à la base du cercle qu’il allait tracer. Elle posa ses doigts sur l’herbe, jusqu’à sentir la délimitation. Jusqu’à sentir qu’elle était complète, que son époux avait fait ça correctement, qu’il n’y avait pas de brèche. Alors l’oracle se remémora les mots dont elle aurait besoin, prête à faire appel encore une fois aux pouvoirs de son collier. Ou aux siens, s’il le fallait. Mais si le feu n’était pas magique, il ne serait sans doute pas bien farouche.

- Tu… Tu veux que je l’enflamme ou tu t’en charges ?

Si on lui avait dit un jour qu’elle brûlerait un cadavre avec Isaac. Quelle drôle de fin de nuit, tout ça. Quelle drôle d’activité à partager en couple. Et pourtant ! Elle n’aurait échangé sa place pour rien au monde, parce qu’être auprès de lui et l’aider était son devoir, tout aussi sacré que l’aide qu’elle avait juré aux humains contre les démons, et tout aussi sacré que son allégeance à son clan. Isaac était son époux, et les mots qu’elle avait répété quand il avait glissé une nouvelle fois la bague à son doigt prouvaient bien toute l’importance que ça avait pour elle. Au point d’être complice d’un meurtre – légitime défense !- et de la disparition du corps.
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