Vies et morts des femmes illustres

Brunhild Kraft
Brunhild Kraftvictime de cupidon
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Date d'inscription : 18/02/2019
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Vies et morts des femmes illustres EmptyMar 28 Mai - 21:16
Brunhild - 8 ans - alternatif




 - Dépêche toi Brunhild.  

Wilhelmina avait toujours été particulièrement exigeante envers sa fille, mais cette dernière sentait bien que cette fois c'était différent. Parce que cette fois il y avait un enjeu, une mission. Parce qu'elle était entourée des sorcières du Clan Kraft, parce que si elle échouait ce ne serait pas que son échec mais aussi celui de sa mère qui perdrait la face devant tant de ses soeurs et celui de leur clan tout entier. Brunhild ferma les yeux. Elle porta ses mains à ses tempes comme sa mère lui avait conseillé de le faire pour l'aider à se focaliser sur ses visions.

Elle n'aimait pas être l'oracle. On lui avait expliqué qu'elle allait devenir aveugle à cause de ça, ça avait d'ailleurs bien commencé déjà, et ça suffisait pour dégoûter une gamine de 8 ans de son destin. Et encore, c'était sans parler de toutes les autres règles qu'elle allait devoir appliquer dans sa vie uniquement parce qu'elle avait été choisie. Comme celle d'être toujours au service des sorcières, et donc de pouvoir être consultée n'importe quand, par n'importe laquelle d'entre elles. Même à trois heures du matin, quand toutes les autres petites filles de son âge dormaient tranquillement.

 - Il faut que je répète ?
S'enquit une des sorcières d'un air inquiet.  

L'oracle hocha la tête, sans rouvrir ses paupières et sans déplacer ses doigts. Elle craignait trop la colère de Wilhelmina si elle donnait l'impression de se déconcentrer. Elle ne vit d'ailleurs pas sa mère, agacée, lever les yeux au ciel comme si sa fille y mettait de la mauvaise volonté. Mais ce n'était pas facile d'utiliser un don pareil ! De se concentrer sur la bonne personne, sur le bon moment... Surtout quand ladite personne n'était même pas là, qu'on la connaissait à peine, et qu'on ne pouvait donc pas la toucher pour faciliter les choses.

 - C'est au sujet d'Helga. La grande sorcière toute pâle avec les cheveux noirs, celle qui te fait peur, tu vois ?


Brunhild hocha une nouvelle fois la tête. Elle voyait tout à fait. Alors la sorcière enchaîna, expliquant que la fameuse Helga avait disparu et qu'il fallait chercher ce qui allait lui arriver, le moindre indice qui permettrait de la retrouver ou au moins de savoir ce qui allait lui arriver. Mais Brunhild ne voyait rien à ce sujet. Les visions se succédaient mais elle était épuisée, bien trop pour réussir à se concentrer sur celles qui pouvaient les aider.

Elle voyait son avenir à elle, bien des années plus tard, celui de sa mère, de son père, de certaines des sorcières qui se trouvaient là. Mais pas Helga. L'assemblée de sorcières, toutes massées dans la cuisine autour d'elle et de sa mère, n'était pas des plus silencieuse. Il y avait leurs murmures, les soupirs de sa mère, tous les petits bruits qui pouvaient la déconcentrer, les voix de ses visions... Le tout formait un brouhaha insupportable qui agaçait l'enfant au moins autant que son silence agaçait sa mère.

 - Concentre toi Brunhild !

Elle ne faisait qu'essayer, mais elle n'avait envie que d'une chose au fond: retourner se coucher. Elle se frotta les yeux, avala sa salive, se dandina un peu sur sa chaise, mal à l'aise.

 - J'y arrive pas, maman...
Se plaignit-elle d'une voix faible, sachant pertinemment que cet aveu ne resterait pas impuni.

Wilhelmina n'était pas la meilleure pédagogue. Le soupir agacé et la main presque violente qu'elle referma sur la poignet de sa fille en temoignèrent. Elle n'était pas méchante, mais terriblement inquiète parce qu'Helga était une excellente amie. Sa fille était le meilleur espoir de la retrouver à ce jour et les Kraft n'abandonnaient jamais. Wilhelmina relâcha sa poigne, avant de se baisser pour se mettre au niveau de l'oracle assise sur la chaise de sa cuisine. Elle se rendait vaguement compte qu'elle se montrait sévère mais c'était pour le bien de tous, et même si son avis de mère s'opposait à celui de matriarche elle ne pouvait pas se permettre de privilégier le premier au détriment du second. Brunhild comprendrait quand elle serait grande.

 - Sois forte. Fais le.  

Brunhild avait envie de pleurer mais elle savait que ça ne ferait qu'empirer les choses. Elle renifla maladroitement, replaça ses mains sur ses tempes. Penser à Helga. Se rappeler de toutes les fois où elle l'avait effrayée. Retrouver la plus récente. Aller vers l'avenir...

C'était difficile. Wilhelmina disait toujours qu'avec le temps ça viendrait, ce serait facile pour elle, comme respirer. Brunhild en avait eu un aperçu dans certaines visions la concernant, oui. Mais elle n'avait aucune idée de ce qu'elle était censée faire pour atteindre cette maîtrise. L'enfant réclama du silence d'une voix timide, et toutes les sorcières se turent d'un coup, comme une seule voix, comme une seule personne. Étrange autorité pour une gamine de son âge. Le don de divination - ou la malédiction, selon le point de vue - n'attendait pas vraiment le nombre d'années et imposait visiblement un certain respect... C'était probablement le point positif, mais la pauvre fille ne ressentait pour le moment que la pression que son rôle faisait peser sur ses épaules.

Il y eut quelques longues secondes de silence, donc, qui se changèrent en minutes. Jusqu'à ce que les mains de Brunhild commencent à trembler avec force contre sa tête. Ses paupières se rouvrirent sur ses yeux revulsés, provoquant une vague de commentaires de plus en plus vifs dans l'assemblée réunie à l'intérieur de la cuisine de Wilhelmina. La respiration de la jeune fille s'emballa brusquement, comme si elle venait de se mettre à courir pour fuir quelque chose, mais en dehors des quelques gestes qui l'agitaient déjà il n'y eu rien.


 - Brunhild ?
Appela doucement sa mère d'une voix sincèrement inquiète cette fois.

Ces réactions n'étaient pas habituelles. Il ne se passait rien de si violent en temps normal ! Devant l'absence de réponse de son interlocutrice, la matriarche posa sa main sur l'épaule de sa fille, resserrant ses doigts parfaitement manucurés sur le pyjama à motif de licornes de l'enfant. Ce contact se voulait rassurant. Il n'eut néanmoins pas beaucoup d'effet. Brunhild continua de trembler pendant de longues secondes, avant de revenir à elle.

Et elle se mit à pleurer. Sa mère, toutes les sorcières, tout le monde la pressait de questions pour savoir ce qu'elle avait enfin vu. Et elle continua à pleurer. Wilhelmina lui fit lever le visage d'un geste brusque, plongeant ses yeux dans les siens, capturant quelques bribes d'attention de sa fille qui percevait vaguement encore la forme de sa face. Au milieu des sanglots si durs qui la secouaient.

 - Parle, par Satan !
Rala-t-elle avec force, ce qui effraya un peu plus encore la petite.  


Alors Brunhild se força. Mais les mots déformés par les pleurs étaient difficilement compréhensibles, ce qui ne faisait qu'agacer plus encore Wilhelmina, accroupie devant sa fille et cherchant à remettre le tout dans l'ordre. Elle insista, répéta les mots qui lui venaient pour décrire la scène que son esprit venait de lui montrer en espérant satisfaire sa mère mais ça ne chassa pas les horreurs que celle-ci contenait.

Brunhild n'avait que huit ans, trouver les mots justes pour représenter ce qu'elle avait vu était difficile et encore plus dans son état. Mais quand Wilhelmina comprit, elle fit taire tout le monde. Elle ne pleura pas du triste sort réservé à son amie, elle se contenta par quelques mots simples de demander à sa fille quand cette prédiction devait se réaliser. La réponse lui glaça le sang: elles n'auraient pas le temps d'empêcher cet oracle de se réaliser... Alors elle demanda à Brunhild s'il y avait d'autres options, d'autres futurs possibles. Et l'enfant répondit que non, entre deux sanglots qui ne suffisaient pas à éloigner les terribles images de sa vision que son cerveau trouvait judicieux de repasser en boucle.

Il fallut néanmoins attendre que toutes les sorcières prennent congé pour que Wilhelmina prenne sa fille dans ses bras. Elle la serra maladroitement contre sa poitrine, mal à l'aise, honteuse de lui avoir infligé ça mais sachant tout aussi bien qu'elle n'avait pas eu le choix vis à vis de son clan.

 - Je suis désolée Brunhild...  

Et pourtant ce ne fut pas la dernière fois qu'elle la réveilla pour la forcer à contempler des horreurs. Ce fut en revanche la première fois qu'elle donna un somnifère à sa fille pour l'aider à supporter sa condition. Oracle qui bientôt ne verrait plus le présent mais seulement l'avenir dans son esprit si jeune encore. La fatigue, l'épuisement même, ne suffisait parfois plus à forcer son esprit à se reposer.
Brunhild Kraft
Brunhild Kraftvictime de cupidon
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Profil Académie Waverly
Vies et morts des femmes illustres EmptyMar 4 Juin - 12:33
Brunhild - alternatif

Il lui plaisait. Elle aurait aimé pouvoir en parler à quelqu’un, débattre sur les meilleures techniques pour le lui annoncer, pour savoir s’il y avait la moindre chance que ce soit réciproque… Mais elle ne le pouvait pas. Il n’y avait personne qui soit susceptible de recevoir cette confidence, parce que celle-ci était trop… Dangereuse ? Difficile à dire. En tout cas, son entourage la trouverait à coup sûr déplaisante et Brunhild n’avait vraiment pas besoin d’entendre leurs réprimandes. Si ça avait été un sorcier, elle aurait peut-être osé en glisser un mot à sa mère… Mais un vampire ! Brunhild n’avait même pas osé chercher la réaction qu’aurait sa mère si jamais elle choisissait là, maintenant, tout de suite, d’avouer.

Et puis, avouer quoi ? Elle avait tout de même vu assez de choses pour savoir qu’Isaac et elle, ce serait du sérieux. C’était peut-être ça qui l’effrayait, aussi. Si elle faisait les choses bien, il lui semblait qu’un avenir agréable les attendait tous les deux mais… Et si ce n’était pas le bon moment pour lui déclarer ses sentiments ? Et si le fait de dire un mot à ce sujet faisait tout voler en éclat ? De toute façon, avant d’envisager cet aveu là, il y en avait un autre. Il faudrait bien qu’elle lui annonce qu’elle… Etait une oracle. Et c’était sûrement plus effrayant encore.

Peut-être qu’il l’aimait bien. Mais qu’est-ce qui pourrait garantir que ce serait toujours le cas, une fois qu’il saurait ? Est-ce qu’il n’aurait pas peur, comme tous les autres, qu’elle le manipule ou qu’elle lui attire des ennuis, ou qu’elle lui porte malheur d’une manière ou d’une autre… Elle n’osait pas espionner ses visions, ni se concentrer sur le moment de cette annonce. Brunhild était comme tout le monde, au fond, elle n’avait pas envie de vivre de mauvais moments, et elle savait mieux que tous les autres la douleur que c’était de les voir venir tout en sachant qu’il n’y avait rien à y faire. Si elle tombait sur une vision où Isaac la repoussait à cause de son statut d’oracle, que pourrait-elle faire à part s’empêcher de lui en parler ? Rien. Et si elle s’empêchait de lui en parler, elle renoncerait en même temps à la moindre déclaration, et même à son amitié. Parce que crier sa particularité sur tous les toits n’avait rien de commun, certes, mais la dissimuler sciemment était autre chose. Ce serait un mensonge. Et on ne peut pas mentir à des gens qu’on considère comme des amis.

Brunhild, elle aurait aimé pouvoir rencontrer un autre oracle, un jour. Savoir s’ils rencontraient les mêmes problèmes, s’ils avaient les mêmes peurs. Elle n’osait pas imaginer être la seule à vivre avec un tel fardeau mais elle devait avouer qu’elle n’avait jamais entendu parler de qui que ce soit d’autre avec une malédiction semblable. Au lieu de ça, elle devait encore aller assister à une réunion idiote de tout le clan. Un de ces rassemblements où personne ne lui parlerait en dehors de questions sur leurs avenirs, où elle se sentirait comme une voyante ridicule, où elle se fatiguerait à leur faire des prédictions sur des sujets anodins et où, malgré son amabilité, on la laisserait toute seule dans un coin à attendre la fin de la soirée. Traîner avec une aveugle n’était déjà pas drôle, mais avec une oracle aveugle ? Elle n’était même pas sûre que la moitié du clan sache son prénom.

Et puis, même si tout se passait bien, si Isaac l’aimait bien et qu’il ne s’enfuyait pas en apprenant qu’elle pouvait déjà savoir un certain nombre de choses sur son avenir, et leur avenir, peut-être que leur différence d’espèce lui poserait un problème qu’il ne pourrait pas surmonter. Ou que son entourage ne pourrait pas surmonter. Etait-elle certaine que le sien le pourrait, déjà ? Non… Toutes ces pensées semblaient lui peser et la sorcière avait vraiment une boule au ventre, ce que son expression triste et renfermée ne l’aidait pas à dissimuler.

- Brunhild ? Tu m’écoutes ?

Elle soupira. Elle avait presque réussi à oublier que sa mère lui faisait la conversation. Ce n’était pas bien dur : Wilhelmina était du genre à monologuer tant qu’on hochait la tête en signe de compréhension en face. Mais elle avait apparemment bien compris que sa fille avait décroché.

- Je te trouve vraiment distraite ces temps-ci. Je veux dire, plus que d’habitude. Il y a quelque chose dont tu voudrais me parler ? Tu as… vu quelque chose ?

- Non rien, c’est juste… J’ai pas envie d’aller à la réunion du clan ce soir…
Mentit Brunhild pour toute réponse.

Enfin, ce n’était pas un mensonge. Seulement ce n’était pas l’information que sa mère aurait dû recevoir si elle avait été entièrement honnête avec elle. Wilhelmina reposa sa tasse de thé dans sa soucoupe, sur la tasse. Brunhild aurait reconnu ce bruit entre mille et elle savait très bien ce qu’il voulait dire : sa mère était contrariée. La cadette baissa la tête, laissant ses mèches rousses cacher son visage. Elle aurait mieux fait de se taire, elle l’avait déjà compris.

- Nous en avons déjà parlé, jeune fille. La place de l’oracle est auprès des siens parce que c’est par eux et pour…

-Eux qu’il doit vivre, il doit être fier de servir et loyal, ne jamais mentir et faire preuve de la plus complète abnégation. Je sais, maman.


Un silence pesant prit place, seulement entrecoupée par le bruit de la tasse de Wilhelmina, qu’elle venait de récupérer en la heurtant légèrement à sa soucoupe. La matriarche savait que la vie n’était pas simple pour sa fille. Elle aurait aimé lui offrir plus de liberté, plus d’amusement, mais elle n’y pouvait rien s’il y avait tant de règles, tant d’obligations. Elle n’y pouvait rien si sa fille était si spéciale, elle n’avait rien fait pour ça. Et elle savait, au fond, qu’elle n’aurait pas voulu non plus être à sa place, malgré l’immense honneur que c’était que d’être l’oracle.

- Tu es sûre qu’il n’y a rien d’autre ?
Finit-elle par demander.

Brunhild réfléchit un peu, juste quelques secondes, avant de prendre une grande inspiration.

- Qu’est-ce que tu dirais si… Si…


Si je t’apprenais que j’aime quelqu’un. Mais ces derniers mots ne franchirent jamais les lèvres de Brunhild, qui termina dans un très éloquent laisse tomber que sa mère n’eut pas le courage de braver cette fois.
Brunhild Kraft
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Vies et morts des femmes illustres EmptyMer 6 Nov - 21:38
Brunhild - 2eme alternatif

Il y avait des fleurs sur la table.

Elles sentaient bon, elles étaient sûrement belles, et à défaut de les accompagner d’un mot qu’elle ne serait pas capable de lire, Thomas lui avait indiqué qu’elles étaient pour elle, pour qu’elle lui pardonne. Il avait juré que c’était la dernière fois, qu’il ne savait pas ce qui lui avait pris. Il avait juré qu’il l’aimait, qu’il ne serait rien sans elle, et puis le lendemain matin il était parti comme si de rien n’était, comme si tout était réparé, comme neuf.

Mais il y avait des fleurs sur la table.

C’était la combientième « dernière fois » ? Quel triste anniversaire ces plantes commémoraient-elles ? Brunhild aurait été incapable de le dire avec précision. Ce n’était sans doute pas le premier qui attirait sa méfiance en tout cas. Les fleurs sentaient bon. En passant timidement ses doigts le long du vase puis du bouquet, elle avait même déduit que le bouquet était imposant. Sûrement cher. Elle aurait préféré qu’il lui donne tout cet argent gaspillé, voilà ce qu’elle songeait en réalisant cela.

Mais sur la table, il n’y avait que des fleurs.

Est-ce qu’il avait choisi les couleurs avec soin, pour leur signification ? Elle eut envie de rire en se posant la question, sachant qu’il était capable de l’avoir fait et qu’elle ne le saurait jamais à moins de le lui demander. Mais elle n’avait aucune envie de poser la moindre question sur ce présent, elle connaissait trop la chanson. Il tapait d’abord, il se faisait pardonner ensuite. Elle aurait au moins préféré des chocolats, si elle avait pu choisir, mais se plaindre du dit cadeau ne ferait qu’accélérer le retour à l’étape numéro une de son fonctionnement avec elle. Elle avait toujours adoré les fleurs, mais elle sentait qu’un jour elle les détesterait pour les avoir trop reçues dans ces circonstances. Elle mourait déjà d’envie de les arracher à leurs tiges, comme si ça pourrait la soulager un tant soit peu. Mais il y avait peut-être des épines, elle se ferait sûrement plus de mal qu’autre chose.

Alors les fleurs restèrent sur la table.

Et elles n’eurent pas le temps de faner avant d’être remplacées par d’autres.

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