Reluctant heroines [Pv. Nemza]

Ghiss D'Amour
Ghiss D'Amourvictime de cupidon
Avatars : Clara Paget - Zuz'
Messages : 31
Date d'inscription : 17/06/2019
Profil Académie Waverly
Reluctant heroines [Pv. Nemza] EmptyMer 19 Juin - 19:25

Ghiss

Nemza

Nobody want to die too fast


Assise au sol, les fesses enfoncées dans la boue mêlée au sang des bêtes qui gisent autour de moi, je lève les yeux vers le cadavre d’une de ces créatures, en train d’être déplacé par un soldat… Je soupire en me relevant, tout doucement, ignorant le fait qu’il pointe sa lance vers moi. Je regarde mes mains, elles sont dégueulasses, je les tape l’une contre l’autre pour essayer de me débarrasser du « liquide » marron, mais il laisse des traces infectes sur mes paumes. Un nouveau soupire m’échappe quand l’homme, vraisemblablement impatient, me pique avec la pointe de son arme en me sommant de lui répondre. Je le fixe méchamment, je ne sais pas quoi lui dire car je n’ai pas écouté ce qu’il m’a demandé. Je l’évalue rapidement d’un coup d’œil, fixant ses pieds avant de remonter rapidement vers son visage. Le pauvre, il a l’air d’une toute jeune recrue, j’ai de la peine pour lui…

« Je t’ai demandé ce que tu fais ici ? Qui a tué ces monstres ? » s’énerve-t-il. Je fronce les sourcils alors que ma main empoigne le manche de mon épée, le garde réagit immédiatement, de colère ou de peur, je n’en sais rien… En tout cas, il essaye de m’embrocher avec son bout de bois. Je me décale sur le côté en tournant sur moi-même, évitant son coup et dégainant ma lame en même temps pour briser d’un coup sec son arme, la privant de sa partie métallique et pointue. Tandis que je le regarde, il fixe le bout de sa lance avec un air hébété… J’ai un léger sourire en coin, pauvre petite chose. Je ne veux pas le tuer, le pauvre chou, alors je lui envoie plutôt mon pied dans le visage, l’assommant sur le coup.

Au moment où ma botte se renfonce dans la boue, j’entends des cris un peu lointain, des beuglements incompréhensibles… D’autres gardes. Je les regarde du coin de l’œil, sans me tourner vers eux, et je vois ils s’approchent rapidement, toutes armes sorties. J’attrape alors la lame de mon épée près de la garde, faisant glisser ensuite ma main tout le long du métal. Quelques gouttes de mon sang restent sur mon arme, mais le plus important, c’est qu’elle commence à être incandescente, lumineuse et rougeoyante, comme si elle venait d’être chauffée à une très haute température…

L’un des hommes en armure approche de moi et lève son épée pour l’abattre sur moi. Je le fixe d’un regard si sombre qu’il se fige une seconde, me laissant l’opportunité de lui porter un coup, pas directement à lui, mais à son arme. Ma lame tranche la sienne avec une facilité déconcertante, comme un couteau dans du beurre, faisant voler le bout de métal dans les airs, fendant l’air dans un léger sifflement satisfaisant. Malheureusement pour lui, je ne pourrais pas le garder en vie, c’est trop dangereux, surtout que ses deux collègues approchent… Je fais alors tourner mon épée dans ma main avant de l’enfoncer dans sa poitrine, à travers son armure qui fond comme neige au soleil. Je soupire en regardant son corps inanimé s’effondrer devant moi, je n’aime pas en arriver là.

Lorsque je me retourne de nouveau, les deux acolytes du garde qui vient de mourir sont juste là, déjà prêts à me planter. Ma lame encore chaude vient s’abattre sur les poignets d’un des deux hommes, lui tranchant les mains sur le coup, avant de se mettre sur le chemin de l’arme de l’autre, déviant son coup de justesse. Je souffle un peu, ça commence à faire pas mal d’effort, surtout avec les bestioles qui m’ont attaquées, encore avant. Je pares un nouveau coup d’estoc, puis un coup particulièrement violent, à tel point que mon épée me tombe des mains. Je grince des dents en me précipitant pour la récupérer, mais le garde pose sa lame sous ma gorge, m’empêchant de bouger… Il m’insulte, me traite de « salope », je crois, avant de me donner un coup sur la tête. Je ne sais même pas si j’ai eu mal, parce que j’ai perdu connaissance instantanément.

*

J’ouvre doucement les paupières et je me sens immédiatement secouée par le véhicule dans lequel je me trouve. Je suis prise de nausée, j’ai du mal à réaliser ce qu’il se passe, mais j’entends des cliquetis qui me sont malheureusement assez familiers… Je secoue mes poignets pour être sûre, avant de baisser les yeux sur les menottes qui me lient aux autres personnes avec moi, aux autres prisonniers… Je soupire bruyamment alors que je me redresse et que je m’assois. Je me doute déjà de ce qui nous attend, car c’est ce qui attend tous les prisonniers de l’inquisition…

Je déglutis rien que d’y penser et je pose mon regard sur les 3 autres personnes qui se sont fait prendre. Enfin, 4, si on compte le loup muselé qui est allongé et qui nous empêche de tendre un peu mieux nos jambes. Sur tout ce beau monde, il n’y a qu’un seul homme. Un grand brun à la peau caramel, musclé comme un taureau ! Je me demande comment des menottes qui ont autant vécues peuvent retenir un tel gaillard. A côté de moi, il y a une belle blonde en robe de chambre, sûrement une ancienne servante ou la maîtresse d’un noble qu’on envoie se faire exécuter. Et enfin… Il y a une rousse, cachée derrière ses cheveux, qui n’a pas l’air très sympathique de prime abord… Je hausse les sourcils avant de soupirer et de me tourner vers l’homme qui dirige les chevaux de la charrette, un homme froid, tout de noir vêtu, avec le visage caché par l’ombre de son chapeau à plume. Tout le monde reste étonnamment silencieux et ça me démange de plus en plus de parler.

« Alors, pourquoi vous êtes là, vous ? » Demandé-je. Et la première réponse que j’obtiens, c’est le regard noir de l’homme en face de moi, comme s’il allait m’étrangler au moindre mot que je prononcerais...
notes
Nemza Samnos
Nemza Samnosvictime de cupidon
Avatars : Morgin Railey
Messages : 32
Date d'inscription : 24/05/2019
Profil Académie Waverly
Reluctant heroines [Pv. Nemza] EmptyMer 19 Juin - 21:58
Qu’est-ce qu’ils pouvaient la soûler, cette bande d’abrutis ! Nemza n’était déjà pas bien fière de se retrouver enchaînée dans cette saleté de calèche, elle aurait apprécié que ce soit au moins en bonne compagnie. Mais même ça, c’était trop demander aux autorités ! Il y avait un type bien baraqué à côté d’elle, qui se tenait pourtant étonnamment sage. Nemza n’était pas assez idiote pour oser parler de rébellion et de plan d’évasion à voix haute alors que leur chauffeur pouvait tout entendre – et écoutait sûrement tout avec attention d’ailleurs. Elle trouvait néanmoins un peu stupide qu’un type aussi bien bâti reste aussi bêtement installé là sans rien faire. Quand elle avait trouvé qu’il s’avachissait un peu trop de son côté, elle s’était même pas gênée pour lui lancer un sacré coup de coude en espérant le foutre en rogne. Peut-être qu’il arriverait à péter quelque chose et au pire, s’il choisissait de l’assommer, ça lui ferait passer le trajet plus vite. Mais non, il s’était décalé bien gentiment et c’était à peine s’il ne lui avait pas présenté d’excuses. Nemza avait soupiré d’un air grognon, entendant en plus de tout ça le loup qui se moquait bien d’elle et de ses idées stupides dans son cerveau. Le grand gaillard crut peut-être que c’était lui qui la mettait dans cet état. Mais s’il n’y avait que lui !

En face d’elle, de l’autre côté d’Aeron qui était sagement couché et s’appliquait à essayer de retirer sa muselière avec ses pattes, il y avait une pleurnicheuse. Elle était pas moche, loin de là d’ailleurs, mais on peinait à comprendre ce qu’elle pouvait bien faire là. Elle n’avait pas l’air bien plus au courant d’ailleurs. Jolis cheveux blonds, jolies robe même pas trop tachée de boue, la brillance des broderies laissait clairement voir qu’elle devait posséder un sacré pactole. Et au lieu de se tenir dignement comme tout le monde, ça faisait des heures entières qu’elle pleurait, qu’elle reniflait, qu’elle se mouchait avec dégoût dans sa manche. Même le chauffeur avait fini par lui dire de se la fermer, et si Nemza n’avait pas eu les poignet si lourds elle l’aurait peut-être applaudi. Et c’était pas tous les jours qu’elle tombait d’accord avec un sale type comme lui.

A la limite, la seule personne supportable de cette calèche c’était l’autre rouquine. Et si elle était agréable, c’était peut-être parce qu’elle avait l’air de bien roupiller. Ils avaient dû taper fort, les salauds, pour qu’elle dorme aussi longtemps. Nemza, la première de cette équipée à avoir fini dans le chariot de la mort, pouvait certifier que ça faisait un bon moment qu’elle avait les yeux fermés. Depuis qu’ils l’avaient balancée là, en fait. Elle s’était même un peu demandé si elle était pas morte, mais en tendant sa magie vers elle elle avait bien senti qu’il s’agissait toujours d’un être vivant. Alors elle avait engueulé l’abruti qui avait fait mine de la remuer du pieds pour s’assurer qu’ils voyageaient pas avec un cadavre. Autant la laisser dormir, ou comater. De toute façon ils étaient en route pour crever, qu’est-ce que ça pouvait bien faire qu’elle soit réveillée pour le savoir ?

Personne ne dit rien. La pleurnicheuse avait fini par se calmer et elle craignait sûrement trop de s’attirer des ennuis supplémentaires en se mettant à jacasser. Nemza la détailla de son seul œil valide, avec insistance. Leurs regards se croisèrent mais il était évident que la blondinette avait vraiment peur. L’oeil de verre, la balafre affreuse, son air assumé de barbare, ça devait pas trop plaire à une fille comme elle, sans doute. Elle devait pas avoir l’habitude de fricoter avec des criminels et cette pensée fit rire Nemza. Ça lui donna un air drôlement sadique, et la rouquine se força finalement à baisser la tête pour laisser ses cheveux masquer la partie si abîmée de son visage. Pas la peine de pousser l’autre idiote à pleurer à nouveau, elle avait déjà été assez insupportable. Et puis, ça blessait toujours Nemza de voir autant de dégoût et de peur dans le regard d’un inconnu. Est-ce que ça aurait été pire si elle avait pu apercevoir les trois marques au fer rouges sur son avant bras gauche ? Peut-être. Elle préférait pas savoir.

Alors pendant un moment, il y eut juste le bruit des sabots de l’animal qui tirait la carriole. Et les petits oiseaux. Nemza, elle aimait bien les chants d’oiseaux. Elle ne savait pas trop si elle reconnaissait leurs chants par talent ou grâce à sa magie, aidée par cette espèce de radar qui était le sien. Mais toujours est-il qu’elle était en train de mener une passionnante discussion avec un rossignol qui s’était posé non loin, sur le bois qui leur servait de dossier. Aeron n’appréciait jamais vraiment qu’elle partage son esprit avec un autre que lui, mais il était si occupé à essayer de se défaire de sa muselière qu’il ne râlait même pas à ce sujet. Et Nemza elle-même avait l’impression d’avoir du mal à ouvrir la bouche tant cette sensation semblait déranger son compagnon.

« Alors, pourquoi vous êtes là, vous ? »

Nemza releva la tête, surprise. Son regard croisa celui de la rouquine qui venait de se réveiller, avant de balayer les visages de leur petite compagnie. Pourquoi ils étaient là ? Bah… Parce qu’ils l’avaient mérité, d’une manière ou d’une autre. Nemza, elle avait même pas pensé à poser cette question. Elle était pas sûre que ça l’intéresse, de toute façon. Le gars à côté d’elle semblait aussi docile qu’un agneau et la fille en face avait sûrement eu le malheur de tomber enceinte d’un gars qu’il fallait vraiment pas. Rien de passionnant. D’ailleurs, la blondinette fondit en larmes dès qu’elle entendit la question. Et Nemza sentait bien ; avec sa magie, qu’elle n’était pas toute seule. Pas besoin d’attendre qu’elle pose une main sur son ventre pour être sûre de son intuition. Elle lui faisait un peu pitié au fond, c’était dommage qu’elle se retrouve dans ce genre de situation. Mais elle insupportait trop Nemza pour qu’elle prenne la peine de se montrer gentille cette fois. Après tout elle allait mourir, elle aussi, elle avait bien le droit de se montrer désagréable.

- Il paraît que c’est interdit de tuer des nobles prétentieux, injustes et méchants. Incroyable, hein ? Tu le savais, toi ?


Nemza se moquait de la rouquine. Elle avait pris l’air d’une imbécile qui découvrait une loi vraiment surprenante et tout à fait inédite. Le chauffeur lui intima assez rapidement de baisser d’un ton cela dit, ce qui lui fit lever les yeux au ciel. Enfin, l’œil.

- La belle au bois dormant, je sais pas dans quel lit elle a traîné mais visiblement il voulait vraiment pas d’enfant, lui.


Et la blondinette fondit en larmes une nouvelle fois, elle redoubla de sanglots après avoir affiché sa surprise en se rendant compte que la barbare avait deviné son secret. Nemza s’en voulut un peu, c’était franchement méchant de dire ça, mais elle avait pas pu s’en empêcher. Ce serait sa vengeance pour tout ce qu’elle avait vu de rejet dans le regard qu’elle lui avait lancé.

- Et lui là je sais pas. Il a pas l’air bien bavard.

Le grand gaillard tourna finalement un regard un peu vide vers Nemza, puis vers chacune des autres camarades d’infortune qui partageait cette charrette. Il soupira bruyamment avant d’afficher un air résigné en ouvrant la bouche, pour laisser voir que sa langue n’était définitivement pas assez entière pour qu’il puisse leur faire la discussion. Peut-être que c’était ce qui les attendait si elles continuaient à tailler le bout de gras mais bon, si elles devaient mourir, ça changerait pas grand-chose qu’elles soient muettes en plus. Nemza haussa les épaules, avant de secouer la tête à nouveau pour chasser ses cheveux de sa balafre, et tourner bien la tête pour être sûre que le gars voit bien. Il lui adressa un sourire, elle aussi. La cicatrice déforma complètement sa bouche, et quand elle le sentit, Nemza reprit un air plus sombre, baissant les yeux vers Aeron. Qu’est-ce qu’il avait fait lui ? Rien. Il avait eu le malheur d’être son compagnon, et de préférer se laisser capturer plutôt que de s’enfuir. Il aurait pu suivre la carriole de loin, l’aider à s’évader… Il aurait peut-être dû. Tant pis. Nemza ne dit rien à son sujet.

- Et toi ?
Eut-elle le temps de demander avant que le chauffeur ne fasse arrêter l'animal. S'ils n'étaient pas arrivés, ça n'allait pas tarder. A moins, peut-être, qu'ils ne viennent chercher un autre passager. Ce qui semblait... Peu probable.
Ghiss D'Amour
Ghiss D'Amourvictime de cupidon
Avatars : Clara Paget - Zuz'
Messages : 31
Date d'inscription : 17/06/2019
Profil Académie Waverly
Reluctant heroines [Pv. Nemza] EmptyLun 24 Juin - 22:23

Ghiss

Nemza

Nobody want to die too fast


« Alors, pourquoi vous êtes là, vous ? » Demandé-je, espérant lancer une conversation banale entre prisonniers, histoire de faire passer le trajet un peu plus rapidement. L’autre rouquine, qui avait l’air d’être un peu perdue dans ses pensées jusqu’à maintenant, tourne rapidement sa tête vers moi, avant de regarder les deux autres détenus. Je fais les mêmes mouvements qu’elle, regardant d’abord le seul mec avec des fers autour des poignets, qui ne réagit pas plus que ça, qui m’ignore carrément, à vrai dire. Je tourne ensuite la tête vers la femme trop bien habillée pour être avec nous… Celle-ci a tout bonnement fondu en larmes. Je hausse les sourcils, avant de réaliser que ce n’est pas bien étonnant qu’elle réagisse comme ça, je l’aurais parié si j’avais eu les idées un peu plus claires.

Tandis que je me passe une main dans les cheveux, découvrant assez rapidement que mon mal de crâne persistant provient d’une sacrée bosse, la fille cachée derrière sa chevelure répond enfin à ma question, ne me laissant pas me prendre un vent monstrueux. De toute façon, même si elle n’avait rien dit, je me serais mise à monologuer et peut-être bien qu’ils m’auraient tranchés la tête avant qu’on arrive à destination. Je fais souvent cet effet-là aux gens.

« Il paraît que c’est interdit de tuer des nobles prétentieux, injustes et méchants. Incroyable, hein ? Tu le savais, toi ? » Lance-t-elle sur un ton ironique, comme pour se moquer. Pourtant, ça me fait sourire, c’est pas un humour très fin, mais j’aime bien. Enfin, elle se fait un peu recadrer par le conducteur, comme si elle était à ça près. Je n’ai pas le temps de répondre que la fille renchérit, parlant à la place des deux autres. Pourtant, elle n’a pas l’air de les connaître depuis bien longtemps, vu comme elle en parle…

La « belle au bois dormant », titre que je me serais plutôt attribué étant donné la bonne sieste que je me suis tapé, se remet à pleurer à chaudes larmes quand la femme en face annonce qu’elle est sûrement là parce que celui qui l’a engrossée ne voulait pas d’enfants. Je la fixe quelques instants, comme si j’allais pouvoir vérifier qu’elle est enceinte d’un simple coup d’œil. Enfin, même si elle n’a pas un ventre rond, sa simple réaction suffit à me faire comprendre que c’est bel et bien le cas… Par contre, pour le gars avec nous, elle n’a pas grand-chose à dire… Et lui non plus. Il ouvre grand la bouche quand elle dit qu’il n’a pas l’air bien bavard, afin de nous montrer sa langue, ou plutôt ce qu’il en reste… Je grimace en imaginant l’ennuie que j’aurais si on m’ôtait la capacité de parler, je serais vraiment triste… Et puis, il y a aussi la douleur de se faire couper la langue, il n’y a aucune chance pour que ça soit agréable.

Les deux d’en-face s’échangent un regard, puis un sourire quand la rouquine révèle l’autre moitié de son visage qui était cachée sous ses cheveux. Elle est totalement défigurée par une énorme cicatrice, qui la rend assez monstrueuse… Dans les contes, c’est des visages comme le sien qu’on dessine pour effrayer les enfants. Nul doute que si la blondasse avait levé les yeux à ce moment, elle se serait mise à hurler. Moi, je me contente de l’observer en faisant une moue sérieuse, pensive. Ça ne m’amuse pas de voir un visage dans un tel état, mais ça ne m’écœure pas non plus… J’en ai vu, des « belles gueules », je suis plus curieuse de savoir ce qu’il lui ait arrivé que rebutée ou choquée…

Je soupire en me redressant, même si je ne sais toujours pas pourquoi le muet est là, j’ai déjà une meilleure idée de pourquoi mes « compagnons » vont se faire tuer. La charrette commence à ralentir, le conducteur demande au cheval de s’arrêter, et au même moment, l’autre rousse me retourne ma question, très simplement. Je la regarde en souriant, puis je croise les jambes en levant les yeux au ciel, réalisant seulement maintenant que je n’ai plus mon chapeau, ni mon manteau… Décidemment, ce coup sur la tête ne m’a pas fait du bien.

« Boarf, la routine, l’inquisition s’en ait prit à moi parce que… Je sais pas, ça doit les amuser. Donc j’en ai buté un et après ça, je me suis fait chopper. »
« Bon, taisez-vous ! Et descendez, on est arrivés. » Nous lance le charretier.

Je soupire en lui lançant un regard, et il me fait un signe de la tête pour me dire de me dépêcher. Celle qui a le moins envie d’être là, avec ses deux anglaises dorés, obéit très sagement et descend avant même que j’ai levé mon cul du bois, inconfortable au possible d’ailleurs. En descendant, j’essaye de faire attention au chien, ou au loup, même si je ne risque pas de me faire mordre, je n’ai pas de raison de lui faire du mal, à ce pauvre animal. Une fois que nous sommes tous les cinq sortis, le conducteur nous somme d’avancer en pointant un petit pistolet vers nous… Si l’un de nous tente une rébellion, il se fera descendre à coup sûr… Et même si son arme ne peut contenir qu’une seule balle à la fois, je doute qu’il y ait une âme charitable prête à se sacrifier pour que les autres se libèrent.

Alors nous marchons, presque trop disciplinés, vers l’endroit où nous allons mourir. Nous suivons un chemin à travers les arbres d’une forêt dense, en direction d’un échafaud en bois blanc, assez haut, à au moins deux mètres du sol, tel une scène pour un spectacle macabre. On nous fait monter quelques marches et je suis surprise qu’aucun de nous ne tente quoi que ce soit et accepte son sort aussi facilement… J’ai déjà été dans une situation similaire, une fois, et ça s’était fini par un beau carnage… Tout ceux qui sont morts ce jour-là n’étaient pas des condamnés. De l’autre côté du bois, on peut voir une petite foule, d’une vingtaine ou une trentaine de personne, attendant de voir nos têtes voler avec un enthousiasme démesuré. Je déteste ce genre de voyeurisme, je trouve ça tellement morbide de venir assister à la mort de parfaits inconnus.

On nous met en rang sur l’échafaud, où deux hommes nous attendent, en plus de celui avec son chapeau ridicule. Il y a notre bourreau, évidemment, ainsi qu’un inquisiteur, venu pour s’adresser à la foule. Il leur dit… Des conneries. Je m’en fous en fait, son baratin ne m’intéresse pas. Je préfère observer les gens, les détaillant comme si je pourrait reconnaître quelqu’un… Le speech du chevalier ne dure pas très longtemps, il approche rapidement de nous et choppe la princesse aux cheveux blonds par le bras, la tirant vers le bourreau alors qu’elle crie et se débat… Il était temps qu’elle essaye quelque chose, mais c’est un peu tard. Un coup dans les genoux plus tard, elle se retrouve au sol, la tête posée sur un support qui a l’air adapté à la décapitation… Elle nous regarde, les yeux brouillés par les larmes, comme si nous allions lui venir en aide… Malheureusement pour elle, le bourreau soulève sa hache et l’abat violemment sur son cou. Mais… Peut-être pas assez violemment. Sa tête ne se détache pas de son corps, même si son sang gicle. Un second coup est nécessaire pour que son minois roule sur le bois déjà tâché de sang, et je me dis que c’est peut-être pour ça que cet échafaud est blanc, pour qu’on puisse voir tout le sang qui a été versé ici…

L’inquisiteur pousse le corps inanimé de la jeune femme, pour faire de la place… Pour me faire de la place. Alors qu’il s’approche de moi avec un air sévère, j’avance de moi-même, espérant éviter de me faire humilier comme la donzelle d’avant. Je n’échappe pourtant pas à l’attrapage de bras pour me tirer vers le centre. J’inspire profondément, il faut que je tente quelque chose, n’importe quoi. De toute façon, je vais mourir, alors… Autant essayer quelque chose. Quand l’homme me relâche pour que je m’agenouille, je lui donne un coup de coude dans le nez et profite de sa surprise pour saisir son épée à sa ceinture. Malheureusement, elle est retenue dans son fourreau par une sorte de sécurité… C’est un peu bizarre, mais quand j’essaye de tirer dessus, elle reste bloquée. L’inquisiteur en profite alors pour me mettre un coup dans la gueule dont je me souviendrais un moment. Il me fait tomber au sol avec une telle violence, je suis surprise de ne pas avoir la mâchoire brisée. Je suis tout de même un peu sonnée et je n’ai pas le temps de me remettre les idées en place qu’il m’attrape par les cheveux pour me plaquer le visage contre le bois trempé de larmes et de sang de la victime précédente. Il ne le fait évidemment pas avec délicatesse, mais je ne lui en veut pas, je l’ai bien cherché…

L’homme à la capuche noire lève sa hache au-dessus de sa tête, cette fois-ci il n’a pas l’intention de rater son coup, il faut que ma tête vole d’un seul coup, pour que le public s’en souvienne. Alors je ferme les yeux en respirant profondément, et je me passe la langue sur les lèvres, juste avant qu’il n’abatte son arme lourde sur ma pauvre petite nuque…

Quelques mèches rousses tombent par terre, ainsi que des morceaux de métal appartenant à la hache, qui s’est brisée au contact de mes muscles. Tout le monde a pu entendre le bruit de sa hache heurtant quelque chose de trop résistant pour elle, mais je ne pense pas que quelqu’un ait remarqué la fumée jaillissant de mon nez juste avant l’impact… Je rouvre alors les yeux, mais mes pupilles sont différentes, j’ai les iris très fins, comme les yeux d’un serpent, et la pupille rouge et orange, comme si elle était enflammée…

Le bourreau reste paralysé, hébété par ce qui vient d’arriver. Il ne comprend pas comment c’est possible, aucun cou ne devrait pouvoir résister à un coup de hache, alors que celle-ci se brise, c’est encore plus impensable. L’inquisiteur, lui, pense que c’est la hache qui avait un soucis. Entre le coup raté sur la femme d’avant et ça… Il s’en prend directement au bourreau et le menace avec son épée devant tout le monde. Quant à moi, je commence à grossir, petit à petit, sans que l’inquisiteur ne le remarque, pour l’instant…

***

La silhouette de la rouquine commence à se déformer, ses vêtements se déchirent et commencent à dévoiler une peau blanche comme la neige et scintillante… De loin, personne ne peut le voir, mais elle est recouverte d’écailles qui grossissent au fur et à mesure qu’elle-même prend de la masse. Le chevalier commence à s’inquiéter quand il entend la foule crier, il se retourne alors vers la femme en train de… De muter. Il panique en voyant cet espèce de monstre prendre vie sous ses yeux et il essaye de la frapper avec son épée. Son coup rebondit comme s’il s’était attaqué à une porte en fer, à la différence près que la femme, dont le visage ne ressemble déjà plus à celui d’un humain, se met à le fixer en montrant ses dents, comme un loup féroce (ce qu’une porte n’aurait pas fait, il me semble). L’homme lâche son épée, recule de quelques pas, espérant s’en sortir… Mais la bête déjà à moitié formée lui saute au visage et le fait tomber derrière l’échafaud avec sa tête coincée dans sa mâchoire.

La foule se met à hurler et à courir dans tous les sens, mais ils n’assistent pas à la fin de la transformation de Ghiss, dont les bras commencent à s’allonger et à former des ailes. Rapidement, on peut reconnaître la forme d’un dragon, dévorant l’inquisiteur qui a l’air de souffrir, mais qui reste en vie, sûrement malgré lui.
notes
Nemza Samnos
Nemza Samnosvictime de cupidon
Avatars : Morgin Railey
Messages : 32
Date d'inscription : 24/05/2019
Profil Académie Waverly
Reluctant heroines [Pv. Nemza] EmptyMar 25 Juin - 19:32
Elle était drôle, l’autre rouquine. Elle au moins, elle avait pas l’air d’une sainte nitouche pathétique comme la troisième fille de leur carrosse. Elle avait même l’air de savoir bien s’amuser, si on en croyait son motif d’arrestation. La « routine ». Ouais, c’était le même genre de routine que celle de Nemza, elles auraient peut-être pu bien s’entendre dans une autre vie. Ou alors elles se seraient détestées parce qu’elles empiétaient chacune sur le territoire de l’autre ?  Elles ne le sauraient jamais. Parce qu’elles étaient là, à descendre gentiment de leur charrette pour aller se faire tuer.

Nemza, elle voulait pas se laisser faire. Puisqu’elle allait mourir, pourquoi ne pas mourir en se rebellant, au moins ? Ça ressemblerait bien au reste de sa vie, quand on y réfléchissait. Elle regarda les trois autres descendre avant d’obtempérer à son tour. Aeron émit un grognement qui ne cachait rien de son mécontentement à l’idée de ne plus pouvoir tenter de se débarrasser de sa muselière. Mais Nemza, elle sentait bien qu’il était surtout content de se dégourdir les pattes. C’était un loup. La mort ne l’effrayait pas autant que les humains, mais il lui semblait pourtant déceler une certaine forme de regret. Celle de toutes ces chasses qu’ils n’auraient pas le temps d’accomplir, sans doute. Le conducteur attrapa la chaîne qui retenait le loup et prit bien la peine de l’éloigner de la barbare, pour éviter qu’il marche à côté, mais pas assez pour les mettre mal à l’aise. Aeron aurait pu s’enfuir. La chaîne était vieille, rouillée, preuve qu’elle avait dû traîner dans un coin jusqu’à ce qu’on ait indubitablement besoin d’elle. On ne devait pas attraper de loups tous les jours, sans doute. Mais s’il s’enfuyait, il souffrirait le martyr au fur et à mesure qu’il s’éloignerait et Nemza aussi, tout ça pour risquer de toute façon de mourir en même temps qu’elle se ferait décapiter sur la place publique. Alors le loup se tenait tranquille, marchant calmement comme le ferait un chien bien dressé même s’il détestait ça. Il se contentait de grogner quand on l’approchait de trop près, mais ne semblait pas montrer de signe plus clair d’hostilité.

Ils n’ont pas l’esprit de la Meute, glissa-t-il à Nemza qui osa les épaules. Le conducteur, soupçonnant sans doute la discussion à cause de cette marque de connivence, donna un coup de crosse sur lesdites épaules en intimant à la barbare de réfréner sa magie impie et de chercher le salut dans la repentance, ou quelque chose comme ça. Nemza se mit à rire entre ses dents, ce qui ne sembla pas lui plaire, mais le reste du chemin se passa sans encombres. Quel incident aurait de l’importance, de toute façon, quand on savait ce qui les attendait ? Aeron avait raison, les humains ne fonctionnaient pas comme les loups. Ils n’hésitaient pas à tuer leurs semblables sans raison particulière, juste parce qu’ils ne leur convenaient pas, parce qu’ils avaient enfreint les règles. Peut-être que Nemza mériterait de mourir, vu le nombre de vies qu’elle avait déjà prises. Mais elle ne regrettait certainement pas d’avoir tué ce noble et d’avoir libéré ses esclaves. Et si c’était pour ça qu’elle devait mourir, soit. Pour la liberté. Mais la blondinette ? Elle allait mourir parce qu’elle devait avoir un bébé ? Ça, aussi insupportable soit la fille, c’était inadmissible. Les gens ne devraient pas donner tant de pouvoir à d’autres.

Leur petite équipe ne tarda pas à arriver sur les lieux de la fête, on les fit avancer jusqu’à les mettre bien en évidence, pour que tout le monde puisse voir. Nemza, elle savait ce qui les attendait. Ils allaient tuer les trois autres, et quand viendrait son tour, ils ne la feraient pas avancer pour lui trancher la tête. Ils trancheraient celle d’Aeron, en laissant le peuple regarder son agonie. C’était comme ça qu’on tuait les barbares des clans qui possédaient cette magie là, parce que c’était impressionnant, parce que ça montrait à tout le monde à quel point l’homme barbare se liait à l’animal. Ça contribuait à la mauvaise image des clans nomades, de leur langue que tous qualifiaient de langue « des esclaves » depuis qu’ils composaient la majeure partie de cette classe sociale – si on pouvait considérer même qu’ils étaient autre chose que des meubles. Mais Nemza elle n’avait plus honte. Et si elle devait se jeter sous la hache pour empêcher le bourreau de donner sa mort en spectacle, elle n’allait pas se gêner.

La belle au bois dormant fut la première à y passer, après un discours des plus plats sur la puissance de l’inquisition, le respect dû à l’autorité du royaume, et d’autres conneries du même acabit. La première victime se débattit un peu, mais c’était évident qu’elle ne faisait pas le poids. C’était peut-être la terreur qui la poussait à agir, l’envie de se dire qu’elle aurait tenté quelque chose. Nemza, elle sentit le fil de la vie de la demoiselle se rompre dès le premier coup de hache. Parce que sa magie, ce n’était pas uniquement pouvoir discuter avec des animaux et avoir l’honneur de tenir compagnie à un loup. C’était aussi sentir la vie au plus profond de soi, ce qui lui avait permis de remarquer l’enfant dans le ventre de sa mère. C’était ce qui la rendait aussi habile combattante malgré son œil de verre, cette capacité à sentir les êtres tous proches. L’instinct, en somme, mais un instinct plus aiguisé que les autres. Elle sentit aussi l’enfant mourir, Nemza. Un air sombre se peignit sur ses traits, alors qu’on donnait un coup de pied au cadavre de la fille pour faire de la place. Ils traitaient son peuple de barbare, mais chez elle on ne traitait pas les morts avec une telle indifférence. Même les ennemis.

L’autre rouquine était bien plus digne que la princesse qui venait de se faire achever avec des airs de victime de sacrifice injustement abattue. Elle avança comme si elle comptait doubler la mort elle-même. Ça n’empêcha pas qu’on l’attrape aussi brusquement que l’autre pour la mettre à la même place. Enfin, elle au moins elle ne se laissa pas faire. Voulant profiter de ce qui pouvait faire une bonne diversion, Nemza tenta bien de sauter sur l’occasion pour se faire la malle mais elle n’eut pas l’occasion de faire grand-chose. Dès qu’elle entreprit un mouvement, le conducteur de la carriole qui tenait toujours Aeron fit mine de l’étouffer avec la chaîne. Nemza resta étrangement tranquille. Aeron allait mourir par sa faute, autant éviter qu’il souffre en plus. Elle ne put que regarder l’autre fille et la voir plier. A ce moment là, elle se rendit compte qu’elle ne connaissait même pas les prénoms de ses acolytes. Ils allaient mourir ensemble, mis à égalité pour des méfaits qui n’avaient rien à voir, et sans même connaître leurs prénoms. Sans pouvoir prier les uns pour les autres. Sans pouvoir recommander leurs âmes aux ancêtres. De toute façon, les trois autres n’avaient pas l’air comme elle. Ils seraient sûrement plus réticents qu’heureux à l’idée qu’une prière barbare s’intéresse à leur âme. Nemza détourna les yeux quand le bourreau leva son arme. Et toute son attention revint vers la victime quand un drôle de bruit se fit entendre. Pas le bruit d’une lame qui tranchait une gorge. Au contraire.

Personne ne comprit ce qui s’était passé mais la hache avait visiblement souffert. C’était comme si le bourreau l’avait abattue sur une armure au lieu de viser la chair pourtant presque tout à fait nue de la demoiselle. Mais il venait de trancher des cheveux et de briser sa lame. Les choses devenaient intéressantes ! Le sourire toujours carnassier de Nemza déforma à nouveau son visage. Cette fille avait l’air pleine de ressources ! Elle avait l’air incroyable ! Et si ce devait être le dernier spectacle qu’elle verrait avant de mourir, il avait au moins l’air d’être divertissant. Le bourreau et l’inquisiteur commencèrent sérieusement à s’embrouiller, ce qui augmenta encore un peu le sourire de la barbare. Tuées pour l’exemple ? Quel exemple !

La foule se mit à crier si fort que Nemza détourna l’oeil de la dispute pourtant passionnante qui se déroulait là. Et elle comprit, en voyant les quelques changements qui semblaient se produire chez la fille agenouillée devant la mort, qu’il y avait peut-être encore une chance. Une possibilité de faire quelque chose. Le peuple se mit à fuir, bien sûr, et l’inquisiteur lui-même commença à paniquer. Son épée, déjà sortie pour menacer le bourreau, frappa à plusieurs reprises la peau désormais trop pâle et visiblement écaillée de sa deuxième victime du jour. Nemza ne bougea pas. L’oeil écarquillé, elle observait avec une admiration non feinte ce qui était en train de se produire. La lame qui ripa contre la peau trop dure, avant que le guerrier ne la lâche. Et que la fille – ou ce qu’il en restait – lui saute à la gorge.

Nemza, elle n’avait pas peur. Elle bondit tout de suite, profitant de l’occasion, pour attraper la lame tombée à terre. Reculant, elle entreprit de briser sa chaîne trop fragile pour résister, avant de se précipiter pour détacher la muselière d’Aeron. Cette fille, ça ne pouvait être qu’une métamorphe. Nemza n’en avait rencontré que deux dans sa vie, leurs clans vivaient plus loin encore que le sien, mais elle en savait assez pour se dire que la demoiselle n’allait probablement pas lui sauter au cou. Parce qu’elle ne lui avait rien fait, elle ! Elle avait partagé une carriole avec elle, elle avait répondu à sa question – en se moquant un peu mais rien de plus. Peut-être qu’elle aurait dû avoir peur. Un frisson la parcourut quand le dragon eut visiblement atteint son envergure habituelle. Cette fille était encore plus incroyable que ce qu’elle avait cru ! Et il y avait même fort à parier pour qu’elle soit au moins un peu barbare, non, si elle partageait la magie des ancêtres ? Ça ne pouvait que la rendre plus appréciable. Ça, et le fait qu’elle semblait bien partie pour avaler un inquisiteur.

Elle devrait fuir, Nemza. Comme tous les autres, comme le muet qu’elle venait aussi de libérer d’un bon coup d’épée et qui, après un hochement de tête pour la remercier, avait pris ses jambes à son cou. Les gardes avaient autre chose à faire que tenter de retenir deux pauvres criminels alors qu’un dragon pourrait tout anéantir quand il aurait fini son repas. Un dragon ! Nemza n’aurait jamais pensé qu’on puisse se métamorphoser en une telle bête, c’était… Une légende ? Ouais, voilà, un conte qu’on lui avait raconté. Elle, elle avait vu une fille qui se transformait en serpent, et un homme qui se changeait en colibris. Fallait avouer que ça avait nettement moins de gueule.

Mais Nemza, elle était curieuse. Trop, peut-être. Elle tendit doucement son esprit vers celui de la fille, se demandant si ça allait marcher. Elle ne pouvait pas parler ainsi aux humains, mais après tout son interlocutrice avait la forme d’un dragon… Et quand elle sentit que ça fonctionnait, elle prit véritablement peur. Est-ce que… Est-ce que la fille était encore là ? Est-ce qu’elle allait s’arrêter à l’inquisiteur ou commencer à manger ou enflammer ou geler tout le public, tout le village ? … Des innocents ? Nemza elle pouvait rester là. C’était déjà censé être le jour de sa mort, de toute façon. Aeron se mit à grogner, montrant ses crocs comme si ça avait la moindre chance d’intimider le dragon. Passablement énervé de sentir son lien avec Nemza s’affaiblir pour la laisser discuter avec la métamorphe hyper bizarre, aussi.

- Un plan ?
Glissa-t-elle dans son esprit pour se faire une idée, les mains fermement jointes sur une épée qui ne lui serait de toute façon pas d’un grand secours s’il arrivait que le dragon décidait effectivement de bouffer tout le monde et qu’elle tentait de l’en empêcher. Mais tant qu’elles pouvaient discuter, pas la peine de s’inquiéter… Hein ?

Les animaux n'aimaient que rarement les présentations, ils préféraient quand on allait droit au but. Nemza le savait, c'était pour ça qu'elle avait entamé la discussion ainsi. Mais plus elle regardait ce dragon, moins elle y reconnaissait les traces d'humanité que les métamorphes étaient censés conserver. Elle sentit ses bras trembler un peu. Peut-être qu'elle aurait mieux fait de fuir, ouais, au lieu d'ouvrir encore sa grande gueule.
Ghiss D'Amour
Ghiss D'Amourvictime de cupidon
Avatars : Clara Paget - Zuz'
Messages : 31
Date d'inscription : 17/06/2019
Profil Académie Waverly
Reluctant heroines [Pv. Nemza] EmptyMar 25 Juin - 23:55

Ghiss

Nemza

Nobody want to die too fast


La dragonne a enfin prit forme, elle se tient au-dessus du corps déchiqueté que la vie a fini par abandonner, le museau rougit par le sang, contrastant totalement avec la blancheur marmoréenne du reste de son corps… Du moins, des parties écailleuses, puisque sur sa tête, au bout de sa queue et au niveau de ses ailes se trouvent des sortes de voiles qui paraissent rouges, mais dont les nuances varient au fur et à mesure que la lumière qui les traverse change. Maintenant que l’inquisiteur est mort, la bête se redresse, grognant en observant la foule qui se disperse dans la panique à travers le bois de l’échafaud.

C’est alors qu’elle entend une voix dans son esprit. Elle a un léger sursaut et se met à regarder tout autour d’elle sans trouver d’où peuvent venir ces mots qui lui sont parvenus. Pendant un instant, elle se demande si c’est sa conscience humaine qui essaye de lui parler, l’animal sachant qu’elle partage plus ou moins son corps avec une femme… Enfin, ça ne marche pas exactement comme ça, mais c’est ainsi que Ghiss le ressent, sous sa forme animale. Au fur et à mesure qu’elle cherche et qu’elle se concentre, la dragonne ressent une sorte de connexion, comme si son esprit s’était ouvert et qu’elle pouvait partager certaines pensées via ce lien, ce pont psychique dont elle ne parvient pas à visualiser l’autre rive.

Plutôt que des mots, bien qu’elle ait pas mal de vocabulaire en langue commune grâce à son alter-égo, la bestiole préfère partager son ressenti immédiat, son désir de liberté et de vivre, que ses grands yeux rouges et sa gueule ensanglantée ne laissent pas paraître, la montrant plutôt comme une bête sanguinaire, assoiffée de sang et désireuse de semer le chaos et la destruction. Sans savoir où sont parties ces pensées qu’elle a bien voulu partager, le monstre bat des ailes pour se propulser en un saut sur la structure de bois, qui craque de multiples fois sous son poids, même s’il n’est pas si gros que ça, à peine trois mètres de haut, sans compter ses ailes.

Le dragon, de sa hauteur, observe l’endroit où il devait être abattu. Tout le monde semble s’être enfuit, mis à part la blonde, décapitée un peu plus tôt et… La rousse avec sa grosse cicatrice. Elle est là, se tenant droite, comme si elle n’avait pas peur, comme si un dragon ce n’était rien. A côté d’elle, le loup qui était encore muselé il y a quelques minutes grogne, comme s’il faisait arme égale avec la créature ailée, qui se met à grogner aussi pour les intimider et les faire fuir.

C’est alors que son regard croise celui de la femme et que la dragonne comprend, sans vraiment savoir comment, que c’est elle qui a intimé leur connexion mentale. D’un seul coup, la bête semble se résigner à les effrayer, elle se recule un peu en respirant très fortement, hésitante… Elle secoue la tête avant de commencer à s’envoler en fouettant l’air avec ses ailes voluptueuses, créant un souffle à chaque battement de ses membres. Stagnant dans les airs, elle jette un dernier regard à la rouquine et au loup avant de hurler pour se faire entendre dans toutes les rues de la ville, déjà bien bruyante à cause des cris et des bruits de pas des gens qui s’éloignent toujours plus de la scène. Alors que son cri se termine, la dragonne baisse la tête et ouvre la gueule pour laisser s’échapper un immense jet de flammes, droit vers l’échafaud en bois… Mais en évitant tout de même le côté où se trouvent la rousse et les escaliers, pour qu’elle puisse s’échapper. Le but de Ghiss, à ce moment-là, n’est pas de tuer, mais plutôt de détruire cette structure de malheur, pour être sûre que l’inquisition ne donnera plus jamais de spectacle macabre ici.

Une fois que le bois blanc a commencé à noircir et à se consumer, la bête volante se met à battre des ailes plus violement en se retournant, s’éloignant de la ville en survolant les arbres de la forêt. Quelques mètres plus loin, une flèche vient lui frôler l’aile, la déstabilisant un peu. Elle ne cherche même pas à savoir d’où ça peut provenir, mais étant consciente du danger, elle fonce en piquet vers le sol pour aller se cacher au milieu des feuillages, espérant ne pas se faire retrouver par les gardes, s’ils osent venir à sa poursuite. Tandis qu’elle marche rapidement au travers des arbres, la dragonne finit par tomber sur un court d’eau sur lequel elle se rue pour boire et se rincer le visage, toujours ensanglanté. Après ça, elle commence à se sentir fatiguée et lourde. Elle essaie de luter, mais ses pattes perdent de plus en plus leur force, et la bête finit par s’écrouler et s’endormir…

***

Je ne sais pas exactement combien de temps se passe entre le moment où je me cache et le moment où je reprends forme humaine. Quelques dizaines de minutes, tout au plus. Bien que j’ai repris mon apparence « normale », je n’ai pas encore repris connaissance. Dans cette petite clairière où je me suis perdue, au bord de la rivière, je dors profondément, complètement nue, à même la terre et les feuillages. Heureusement qu’il fait bien chaud en cette période de l’année, sinon je serais sans doute tombée malade.
notes
Nemza Samnos
Nemza Samnosvictime de cupidon
Avatars : Morgin Railey
Messages : 32
Date d'inscription : 24/05/2019
Profil Académie Waverly
Reluctant heroines [Pv. Nemza] EmptyMer 26 Juin - 16:21
Le dragon ne la regardait pas. C’était peut-être un signe, une opportunité de fuir tant qu’il en était encore temps. Elle pourrait faire demi tour au lieu de rester plantée là, courir, sauver sa peau et sa liberté. Et à la place, Nemza n’arrivait pas à détacher ses yeux des écailles blanches, luisantes, magnifiques du reptile volant. De ses ailes incroyables. Mais il y eut la réponse. Un sentiment grisant de liberté, une avidité de grands espaces, presque de solitude. Elle sentait bien qu’elle voulait vivre cette fille, ou du moins ce dragon… La situation n’était plus très claire à ce sujet. N’empêche, voilà une réponse qui plaisait tout à fait à l’ancienne esclave. Ça voulait dire qu’il n’y avait plus rien à faire ici, et qu’elle pouvait se tirer avant que la situation ne redevienne assez calme pour qu’on songe à nouveau à lui voler la vie. Nemza, elle avait bien compris que le dragon n’était pas le monstre que les autres devaient voir. Elle avait bien compris que si elle avait défoncé cet inquisiteur c’était pas vraiment par goût du sang. Les autres, ils devaient pas voir ça. Les autres, de toute façon, ils voyaient jamais rien.

C’était quand même un sacré soulagement. Parce que ça voulait bien dire qu’elle allait pas se faire bouffer, hein ? Le dragon sauta sur l’estrade, déplaçant assez d’air et créant bien assez de vent pour faire voler les cheveux de Nemza en lui faisant tourner la tête. Elle se protégea avec ses mains et son épée tant bien que mal pendant que leur estrade craquait sous la violence du choc. Nemza, elle baissa les yeux sur le cadavre de la blondinette qui traînait là jusqu’à ce que le grognement du dragon réponde à celui d’Aeron. C’était assez… Impressionnant. Un peu effrayant. Mais elle l’aurait pas avoué Nemza. Un peu hébétée, son regard croisa celui du dragon qui arrêta de grogner avant qu’elle se décide à bouger. Ouah. Si elle se tirait de ce mauvais pas, ça lui ferait une sacrée histoire à raconter. Elle pourrait peut-être même s’en servir comme d’une nouvelle excuse quand on lui demanderait d’où venait sa cicatrice. Mais pour ça, déjà, il fallait survivre. Alors quand le dragon s’envola en déplaçant des tonnes d’air, quand il hurla, quand il se mit à cracher des flammes, Nemza se mit surtout à courir. Elle dévala les escaliers de l’estrade avec une énergie qu’on ne pouvait avoir que lorsqu’on échappait à la mort, Aeron sur ses talons. Le loup, bien plus taillé pour la course, ne tarda pas à la dépasser. Ils se séparèrent plus ou moins en continuant à avaler les mètres les uns après les autres. Elle aurait peut-être pu dire au revoir au dragon. Ou merci. Mais elle était pas sûre que ce genre de chose soit important pour un dragon, hein.

Alors Nemza, elle serra de toutes ses forces l’épée qu’elle avait récupérée, elle profita de la pagaille pour voler quelques trucs au pif sur des étales de marchands, et elle détala aussi vite qu’elle put pour sortir de la ville. La forêt. Voilà où elle comptait bien se rendre. La forêt c’était son élément, c’était dans des forêts que vivait son clan et les siens. Elle saurait s’y fondre, s’y faire oublier. Et après ? Rentrer près des siens, retourner les défendre comme elle l’avait promis, ou reprendre sa quête de vengeance, peut-être. Elle aurait le temps d’aviser, quand elle aurait dormi une nuit et mangé un bout. Libre. Elle avait pas pensé vivre si longtemps, mais ça faisait vraiment plaisir.

La foule s’éloignait de son mieux, tout le monde courait dans tous les sens, ça se bousculait, ça se marchait dessus. Quand Nemza eut passé les portes de la ville, les gens se dispersèrent un peu plus mais personne ne sembla vraiment prendre la même direction qu’elle. Ils devaient se dire qu’un dragon manquerait pas de tout cramer et que c’était pas la meilleure planque. Ils avaient pas tort, peut-être. Mais avec Aeron ils se posaient pas la question. Serrant la nourriture et les quelques autres trucs qu’elle avait piqué sur son chemin, Nemza s’enfonça dans les bois.

Une fois qu’elle fut sûre qu’elle ne croiserait plus personne elle posa le tout et tria rapidement. Un bout de bois, un morceau de tissu, et la voilà avec un baluchon qu’elle remplit de quelques pommes et des quelques autres trucs qu’elle avait récupéré. Le loup ne tarda pas à la rejoindre et après une pause nécessaire, ils se remirent en route plus tranquillement en laissant derrière eux ce qui était inutile et lourd. Des bruits incroyables résonnèrent dans la forêt, comme si on couchait violemment quelques arbres ou quelque chose comme ça… Nemza n’y accorda pas vraiment d’importance. Avec Aeron, ils comptaient bien savourer leur nouvelle liberté sans se faire rattraper par les salauds de l’inquisition.

Ils marchèrent un peu, se rapprochant d’une rivière d’après ce qu’elle entendait. Ouais c’était pas mal ça, ils pourraient boire ça leur ferait du bien. Ils pourraient se trouver un coin tranquille pour se poser et réfléchir. La forêt semblait vide. Nemza n’y sentait pas autant de vie qu’habituellement, ça le mettait mal à l’aise. La plupart des animaux avaient peut-être eu peur du dragon, ils n’étaient pas si loin de la ville après tout… Ça devait être ça, ouais. Nemza était en train de réfléchir à tout ça, à ce qui venait de se passer, à cette métamorphe qui surpassait tout ce qu’elle avait vu jusque là, à sa forme de dragon. A l’inquisition qui risquait de lui valoir encore pas mal de soucis vu l’importance du délit qui l’avait conduite jusqu’à cette carriole de l’enfer. A Aeron, qui ne cessait pas de lui transmettre les odeurs aiguës qui lui parvenaient, sapins, animaux, fleurs.

Mais quand ils arrivèrent enfin jusqu’à la rivière qu’ils entendaient depuis un moment, ce fut pas la beauté de l’eau qui attira leur attention. Il y avait une fille. Nue. Nemza approcha, surprise plus qu’inquiète, jusqu’à ce qu’on son oeil valide se pose sur le visage de la demoiselle et reconnaisse la rouquine de tout à l’heure. Celle du chariot. Celle de l’estrade, avant qu’elle se change en dragon. Mais qu’est-ce qu’elle foutait là ? Nue, en plus ? Les deux métamorphes que Nemza avait déjà vus, ils avaient pas fini nus, hein. Elle commençait à trouver tout ce bazar vraiment bizarre. Peut-être… Peut-être qu’elle était morte ? Non, impossible, elle la sentait trop bien, juste là.

Aeron se mit de nouveau à grogner, comme s’il tentant de l’intimider. Nemza, elle approcha doucement, jusqu’à remuer l’épaule de la fille avec le bout de sa botte. Elle pourrait s’en aller. Boire un coup dans l’eau de la rivière et passer son chemin. Mais cette fille, toute seule, nue, apparemment inconsciente, elle lui avait sauvé la vie et elle l’avait épargnée. Ce serait franchement pas honnête de la laisser se débrouiller toute seule, hein ? Nemza soupira, elle balança son épée et son baluchon par terre avant de se laisser tomber et de s’asseoir à côté de la fille.

Qu’est-ce que tu fais?, ne tarda pas à demander Aeron. Il lui parla de chasse, de proie, de terrains plus propices pour se nourrir, de retrouver le clan, la Meute. Il fit remarquer qu’une fille nue et inconsciente, c’était pas bon pour le groupe, qu’il fallait pas garder les faibles. Mais Nemza lui répondit par l’image de sa transformation en dragon et le loup se contenta de s’éloigner pour courir.

La rouquine ouvrit le baluchon. Elle avait pas volé de fringues, elle s’était pas douté qu’elle en aurait besoin. Alors pour le moment elle balança sa veste trouée sur le corps de la fille dans un geste un peu brute.

-Hé ! Hé ! Réveille toi !


Nemza la secoua un peu en se demanda si elle ferait pas mieux de lui verser de l’eau de la rivière sur la tête. Il faudrait être aveugle pour ne pas remarquer le trou dans la végétation que le dragon avait fait, si les gardes partaient à sa recherche ils allaient forcément arriver jusqu’ici. Et même si l’ancienne esclave se sentait redevable, elle n’était pas certaine de vouloir prendre un tel risque.
Ghiss D'Amour
Ghiss D'Amourvictime de cupidon
Avatars : Clara Paget - Zuz'
Messages : 31
Date d'inscription : 17/06/2019
Profil Académie Waverly
Reluctant heroines [Pv. Nemza] EmptyMer 26 Juin - 23:43

Ghiss

Nemza

Nobody want to die too fast


Grrr…

J’entends un grognement, mais il me paraît si lointain que je ne réagis pas. De toute façon, même si j’aurais voulu, je suis comme bloquée, incapable de bouger ou d’ouvrir les yeux. Je suis piégée dans l’obscurité, dans le silence, dans le néant… C’est très étrange, parce que je ressens quand même quelque chose, je me sens un peu secouée, comme si je voguais sur un bateau en pleine tempête. Le temps me semble défiler à grande vitesse, il n’y a aucun temps mort entre les différentes sensations qui me parviennent, entre les paroles et les secousses…

« Hé ! Hé ! Réveille toi ! » Entends-je, toujours de loin, comme si j’avais les oreilles couvertes par une épaisse fourrure.

Une nouvelle fois, je me sens agitée, un peu plus brusquement cette fois. Je cligne des yeux avant même d’avoir l’impression d’émerger et je me retrouve d’un seul coup submergée par toutes les informations que m’envoient mes sens, par la lumière du soleil qui perce à travers les feuillages des arbres, par la chaleur ambiante qui semble se battre avec la fraîcheur d’une brise légère, par les sons de la rivière qui coule ou des branches qui bruissent… Je me redresse, laissant tomber la veste lourde que je n’avais pourtant pas sentit jusque-là. Je rougis un peu en voyant que je suis nue, puis je sursaute en remarquant la rouquine qui était censée se faire exécuter avec moi il y a un moment de ça… Qu’est-ce qu’elle fait là ? Est-ce qu’elle attendait que je me réveille ? Mais… Pourquoi ?

Je me relève vite, trop vite même. Je suis prise de vertiges, mais je fais comme si de rien n’était, m’éloignant de quelques pas en plaquant le seul vêtement que je peux contre moi, histoire de garder un peu de pudeur. Au fond, ça ne me dérange pas vraiment de rester à poil, mais j’ai ouïe dire que les autres étaient facilement gênés ou, au contraire, tellement ravis qu’ils étaient distraits. Je l’observe en me demandant ce qu’elle peut bien vouloir… Vu l’état dans lequel je suis, et les derniers souvenirs que j’ai de l’estrade en bois, je n’ai aucun doute sur le fait que « l’autre » soit apparue… Est-ce qu’elle voudrait me tuer ? Ou me relivrer à l’inquisition à cause de ma « sorcellerie » ? Je fronce un peu les sourcils en me redressant, maintenant que je n’ai plus l’esprit embrouillé par ma relevée précipitée.

« Qu’est-ce que tu fais là ? » Demandé-je, un peu froidement.

Alors que j’attends sa réponse, je commence à mettre la veste, remarquant à ce moment qu’elle ne descend pas bien bas… Même si j’ai la poitrine cachée, il n’en est rien pour mes fesses et mon intimité. Après un soupire, j’enlève le vêtement que je viens d’enfiler et j’arrache les manches, que je noue entre elles pour en faire une bande suffisamment longue pour pouvoir faire le tour de ma poitrine et l’attacher dans le dos. J’enfile ensuite le reste de la veste à ma taille, la fermant avec les boutons pour m’en faire une sorte de jupe très moche. Vivement que je me trouve de vrais vêtements… Mais en attendant, ça fera l’affaire. J’espère.

Je reporte mon attention sur la rousse, sur son épée au sol, son baluchon ouvert avec de la nourriture dedans. Je me demande ce qui a bien pu se passer pour qu’on en arrive là, il y a un instant à peine, j’entendais une hache se briser, alors je m’imaginais plutôt reprendre conscience seule, au beau milieu d’une ville réduite en cendres ou quelque chose comme ça… Après tout, il paraît que je me transforme en dragon pendant mes « absences », alors… Je ne comprends pas tout. J'espère qu'elle pourra rendre la situation un peu plus claire, même si j'ai du mal à imaginer qu'elle soit restée pour de bonnes intentions... Il faudrait être folle pour rester avec une fille qu'on vient de voir se transformer en dragon, non ?
notes
[/quote]
Nemza Samnos
Nemza Samnosvictime de cupidon
Avatars : Morgin Railey
Messages : 32
Date d'inscription : 24/05/2019
Profil Académie Waverly
Reluctant heroines [Pv. Nemza] EmptyJeu 27 Juin - 9:55
La fille nue ne tarda pas à ouvrir les yeux. Le réveil était peut-être un peu brutal, ouais, mais Nemza n’avait pas trop le choix. Elle ne voulait vraiment pas gaspiller la chance qu’elle avait d’être en vie en restant dans un coin comme celui-là, même pour la fille qui lui avait justement permis de vivre quelques jours de plus. L’abandonner, non. Mais ça ne voulait pas dire qu’il fallait agir comme une insensée. La fille se redressa rapidement, sans prendre la peine de retenir la veste contre elle. Nemza était assez pudique, ce n’était pas qu’elle avait honte de son corps, c’était surtout qu’elle avait honte des traces de fer rouge sur ses poignets, et de la laideur de son visage. Ça l’avait incitée à penser que la fille n’apprécierait peut-être pas de se retrouver nue, comme ça, au milieu de la forêt, et elle l’avait recouverte du seul vêtement dont elle pouvait se séparer. Sa tunique avait des manches assez longues pour cacher ce qui devait encore absolument l’être… Et la fille nue, relevant les yeux vers Nemza, sursauta.

Ça faisait toujours mal. Peut-être qu’elle était juste surprise de la trouver là à son réveil, mais l’ancienne esclave ne pouvait pas s’empêcher de penser que c’était à cause de sa cicatrice hideuse, de sa tronche ravagée, de son œil de verre. Ça faisait toujours mal. A défaut de pouvoir se cacher sous la capuche de sa veste, elle se contenta de pencher la tête pour faire disparaître la moitié de son visage sous ses cheveux avec un air plus sombre. Comme si elle s’était retrouvée brutalement face à un monstre, la métamorphe se releva à toute vitesse avant de reculer. Nemza se prit à regretter d’être encore là. Elle, elle avait fait face à un putain de dragon et elle avait pas eu si peur que ça. Elle avait même pas fait de geste menaçant et Aeron était même pas là. Peut-être qu’elle devrait juste ramasser ses affaires et se tirer, qu’elle et cette fille n’avaient rien à se dire, qu’elle était trop monstrueuse pour oser tenir compagnie à une fille qui avait bouffé un inquisiteur sous ses yeux. Peut-être. Ça faisait toujours mal.

« Qu’est-ce que tu fais là ? »

Le ton froid de la question piqua un peu plus Nemza. Comment ça, qu’est-ce qu’elle faisait là ? Elle avait voulu rendre service à une fille qui lui avait sauvé la fille, et elle se sentait pourtant comme une indésirable. Ça ne changeait pas beaucoup de d’habitude, de toute façon. Les gens étaient des ingrats, toujours trop heureux de se faire aider, toujours trop méchants quand ils comprenaient d’où venait l’aide qu’ils avaient reçue.

- Je cueille des pâquerettes,
répondit-elle d’un ton véritablement glacial, regardant la fille enfiler la veste avant de la retirer. Et de la déchirer. Elle écarquilla les yeux en voyant sa veste en lambeau, que la fille réarrangea pour s’habiller un peu plus dignement. Dans le fond c’était pas gênant : la veste était pas terrible, un peu trouée, Nemza s’y serait pas opposée. Mais elle lui avait même pas demandé son avis, alors même qu’elle lui parlait comme si elle comptait la livrer à l’inquisition ! Nemza, elle avait pas l’habitude de considérer les gens à qui elle venait en aide comme des traîtres alors qu’ils n’avaient rien fait mais apparemment ce n’était pas la politique de tout le monde. La fille, elle avait semblé sympa au premier abord. Dans la charrette. Elle avait semblé très cool ensuite, en se transformant en dragon sur l’estrade. Mais maintenant… C’était plus la même chose. Bien sûr, déchire ma veste, pas de problème, je te la donne, lâcha-t-elle sans rien cacher de son agacement, tentant de faire comprendre le problème de son comportement à l’autre fille, alors qu’elle se penchait pour ramasser les affaires qu’elle avait laissé par terre.

Avec des gestes rapides qui prouvaient qu’elle avait bien l’habitude de rassembler ses affaires en vitesse, l’ancienne esclave remit son baluchon en place et récupéra son épée en silence. Elle était apparemment indésirable, elle l’avait compris. Ce serait évident même pour un aveugle.

- Merci de m’avoir sauvé la vie, tout ça tout ça. A ta place je resterais pas là parce que vu l’état des arbres si les gardes te cherchent ils vont radiner ici tout droit. Bon bah, je pense que je t’ai tout dit ? Ah ouais, t’étais plus sympa en dragon. Sur ce..


Nemza se fendit d’une révérence moqueuse, prête à s’en aller.
Ghiss D'Amour
Ghiss D'Amourvictime de cupidon
Avatars : Clara Paget - Zuz'
Messages : 31
Date d'inscription : 17/06/2019
Profil Académie Waverly
Reluctant heroines [Pv. Nemza] EmptyJeu 27 Juin - 16:39

Ghiss

Nemza

Nobody want to die too fast


« Je cueille des pâquerettes » me répond la rouquine, encore plus froidement que moi lorsque je lui ai demandé ce qu’elle fichait là. Alors que je suis en train d’essayer la veste qui était sur moi à mon réveil, je lève les yeux au ciel et me retient de soupirer. Elle reste fidèle à elle-même, comme dans la charrette, tout à l’heure. Enfin, cette fois, j’aurais aimé qu’elle soit un peu plus sérieuse, que je sache réellement pourquoi elle attendait que je me réveille… Elle aurait pu me tuer pendant mon sommeil, si elle ne voulait que ça.

« Bien sûr, déchire ma veste, pas de problème, je te la donne. » Me lance-t-elle alors que je viens d’enfiler les restes du vêtement déchiré.

Je relève la tête pour la regarder, remarquant l’agacement sur son visage, même si j’aurais pu le deviner rien qu’avec ses mots. C’était sa veste ? Merde, je n’y avait même pas pensé… Je ne sais pas pourquoi, je m’étais imaginé que ça devait être un butin de l’autre moi, qu’il aurait emmené par inadvertance ici… Enfin, avec du recul, c’est vrai que ça aurait été surprenant qu’il n’y ait aucun cadavre à l’intérieur des vêtements que le dragon aurait pu garder. Je fais une mine un peu désolée, non content de lui avoir déchiré sa veste, je réalise qu’elle l’a sûrement déposée sur moi alors que j’étais en train de roupiller dans ces bois…

Je vois alors que la fille est en train de réunir ses affaires, visiblement décidée à ne pas rester plus longtemps ici. Je n’ai pas l’intention de la retenir, même si j’ai l’impression, de plus en plus, qu’elle ne me voulait aucun mal et que c’est sûrement moi la moins agréable de nous deux, dans ce cas-là. Je ne la quitte pas du regard cela dit, espérant presque voir un signe d’hostilité pour me rassurer sur mon attitude. Mais il ne se passe rien, elle a juste l’air soulée. Je soupire en m’avançant d’un pas, même si je n’espère pas devenir sa grande amie, je pourrais peut-être au moins lui soutirer quelques informations sur ce qu’il s’est passé.

« Ecoutes, je… Je suis »
« Merci de m’avoir sauvé la vie, tout ça tout ça. A ta place je resterais pas là parce que vu l’état des arbres si les gardes te cherchent ils vont radiner ici tout droit. Bon bah, je pense que je t’ai tout dit ? Ah ouais, t’étais plus sympa en dragon. Sur ce… » Me coupe-t-elle avant que je puisse m’excuser pour sa veste.

Je hausse les sourcils et écarquille les yeux quand elle me dit ça, plus choquée que surprise. Je ne suis pas vraiment sûre de si elle est sérieuse ou si c’est une sorte de moquerie pour dire que je suis tellement méchante que même en dragon j’étais moins désagréable… Je vois qu’elle commence à s’en aller, alors je me rue pour me mettre sur son chemin, poussée par le doute qu’elle a fait naître en moi avec sa phrase. Je la regarde droit dans les yeux avec un air interrogateur, ou plutôt dans l’œil…

« Attends, qu’est-ce que tu viens de dire ? Comment ça, j’étais plus sympa en dragon ? Qu’est-ce qu’il a fait, ce dragon ? »

J’ai peu d’espoir qu’elle soit sérieuse, mais c’est la première fois depuis bien longtemps qu’on ne s’est pas mit à paniquer ou à vouloir m’exterminer en voyant l’autre facette de moi-même. Je me dis que, peut-être, en apprenant ce qu'il s'est passé, j'arriverais un jour à dompter cette chose qui me hante depuis toujours...
notes
Nemza Samnos
Nemza Samnosvictime de cupidon
Avatars : Morgin Railey
Messages : 32
Date d'inscription : 24/05/2019
Profil Académie Waverly
Reluctant heroines [Pv. Nemza] EmptyJeu 27 Juin - 21:13

Nemza s'apprêtait à fausser compagnie à l'autre fille puisqu'elle n'était visiblement plus la bienvenue. Elle commençait déjà à ruminer tout bas, plus touchée qu'elle n'aurait voulu l'admettre par leur échange. C'était toujours comme ça de toute façon. À quoi ça servait de faire des efforts, hein ? Au moins on pourrait pas dire qu'elle n'avait pas voulu montrer de reconnaissance pour sa sauveuse... Qui n'était apparemment pas décidée à la laisser tranquille, finalement, puisqu'elle se mit sur sa route. Comme s'il n'y avait pas assez de place dans cette putain de forêt pour qu'elles marchent sans se rentrer dedans. Nemza soupira bruyamment et leva l'oeil au ciel. Quoi ? Pourquoi elle ne la laissait pas simplement partir puisqu'elle ne voulait pas d'elle ?

« Attends, qu’est-ce que tu viens de dire ? Comment ça, j’étais plus sympa en dragon ? Qu’est-ce qu’il a fait, ce dragon ? »

Même si Nemza avait d'abord pensé pousser gentiment la fille pour continuer sa route en l'ignorant, l'air sincèrement interrogatif de l'autre rouquine l'en dissuada rapidement. La barbare avait beau ne pas être une spécialiste de métamorphose, il lui semblait tout de même qu'il y avait un problème dans sa question. Et elle était assez curieuse pour le pointer en espérant comprendre.

- Comment ça, il a fait quoi ? C'est pas toi qui te changes en dragon ? Il me semblait, pourtant.


Elle dévisagea la fille, l'observant de haut en bas avec attention. C'était bien elle sur l'estrade, sous la hache. C'était bien elle dont le corps s'était déformé pour laisser place au dragon. Elle se souvenait bien, Nemza, que c'était sûrement pas normal d'avoir pu parler au dragon. Elle se souvenait bien que certains détails lui avaient semblé étranges mais... Des métamorphes, elle n'en avait côtoyé que deux. Ça ne faisait pas d'elle une référence en la matière, même si ça suffisait à attiser sa curiosité.

- Lui au moins il avait l'air de supporter ma tronche
, cracha-t-elle, toujours un peu énervée. Alors c'était bien gentil de cramer l'estrade et de bouffer l'inquisiteur, ça m'a bien rendu service, merci. Mais si t'avais pas envie de me bouffer sur le moment, j'imagine que tu vas pas tenter quelque chose maintenant, hein ?

Nemza s'arrêta brusquement. Les alentours étaient plutôt vides, désertés de toute vie autre que les leurs depuis le départ d'Aeron... Du moins normalement. Elle sentait pourtant quelque chose, ce qui la poussa à scruter les buissons de son oeil valide. Nemza, elle faisait toujours confiance à son instinct, c'était ce qu'elle avait de mieux. C'était sans doute pour ça qu'elle était bonne chasseuse, d'ailleurs, malgré le handicap évident que représentait la perte d'un oeil. Et son instinct, il lui disait clairement de se tirer. Ça sentait pas bon. C'était pas un signe discret. Probablement des humains ou plus gros que ça, et peu importe laquelle de ces options était la bonne, aucune ne plaisait à la barbare. Le simple fait qu'il s'agisse d'un groupe lui indiquait que déguerpir était plus sûr.

- Tu fais ce que tu veux mais moi, je reste pas là.


La barbare avança rapidement, avec détermination, passant à côté de la fille comme si elle n'avait pas été là. Combien de temps avant qu'elles aient de la visite ? Quelques secondes, sans doute, pas le temps de traîner. Et il y avait peu de chances que ce soit leur ami muet et des camarades à lui. Mais après quelques mètres, Nemza ne put pas s'empêcher de se retourner vers la fille. Ouais, elle avait pas été très sympa. Non, elle comptait pas lui expliquer pourquoi elle sentait que c'était le moment de partir. Mais si ce qu'elle pensait se produisait, il vaudrait peut-être mieux qu'elles soient deux. Quoique, si la fille pouvait se transformer en dragon, c'était peut-être Nemza qui aurait besoin d'elle et pas l'inverse. Autant savoir tout de suite à quoi s'attendre pour la suite - et elle n'était pas du genre à tourner autour du pot.

- Tu viens ou tu restes plantée là ?

Mais apparemment c'était déjà trop tard pour tenter la discrétion et s'évanouir dans la nature. Nemza aperçut un visage, un uniforme, et elle leva bien haut son épée, laissant tomber les affaires qui risquaient de l'encombrer. Aeron aussi les avait vu, dissimulé à peine plus loin. Seraient-ils hostiles envers deux femmes seules ? S'ils cherchaient un dragon et qu'ils n'avaient pas assisté eux même à la scène, elles avaient une chance de se faire passer pour des innocentes.... Dans une certaine mesure. Mais sinon...

Ghiss D'Amour
Ghiss D'Amourvictime de cupidon
Avatars : Clara Paget - Zuz'
Messages : 31
Date d'inscription : 17/06/2019
Profil Académie Waverly
Reluctant heroines [Pv. Nemza] EmptyJeu 27 Juin - 23:27

Ghiss

Nemza

Nobody want to die too fast


La rouquine a l’air agacée que je la retienne plus longtemps ici, du moins jusqu’à ce qu’elle entende ce que j’ai à lui demander. Enfin, elle a toujours l’air d’être remontée contre moi, mais elle a tout de même ce petit éclat dans l’œil, probablement le même que le mien, désireuse d’en savoir un peu plus sur cette étrange situation.

« Comment ça, il a fait quoi ? C’est pas toi qui te changes en dragon ? Il me semblait, pourtant. » me lance-t-elle, tout en m’observant plus longuement, en faisant attention aux détails. Je soupire, évidemment que c’était moi, mais c’est plus compliqué que ça. Je ne sais pas vraiment comment lui expliquer tout cela sans me perdre dans des détails inutiles et sans en dire trop peu en même temps…

« C’était bien moi, mais… Pas exactement moi. »
« Lui au moins il avait l’air de supporter ma tronche. » M’envoie-t-elle à la gueule, un peu violemment.

Quand elle me dit ça, je fronce les sourcils d’incompréhension et recule légèrement la tête, réfléchissant à ce que j’avais pu dire pour qu’elle me rétorque ça. Je ne vois vraiment pas le rapport entre son visage et moi, il ne me semble pas avoir fait la moindre remarque, même si c’est vrai que je l’ai un peu dévisagée dans la charrette, car j’étais un peu déconcertée par une telle cicatrice… C’est inhabituel de voir des femmes avec des blessures de guerre.

Enfin, je n’ai pas trop le temps de réfléchir, parce qu’elle enchaîne bien vite et me décrit vaguement ce qu’il s’est passé. Visiblement, j’aurais juste cramé l’estrade et bouffé un inquisiteur… Si ce n’est que ça, ça va, je n’aurais pas causé trop de ravages. J’espère juste qu’elle n’omet pas de me raconter ce qu’il y a eut avant ou après ces événements… En tout cas, il semblerait que je ne m’en sois pas prise à elle, c’est peut-être pour ça qu’elle n’a pas peur de moi, parce que le dragon l’a ignorée ? Elle s’arrête un peu brusquement à la fin de sa phrase, alors j’en profite pour commencer à parler.

« Je ne vais rien te faire… J’ai juste eut peur que tu veuilles me capturer ou quelque chose du genre, vu que c’est ce qui m’arrive à chaque fois que ce putain de dragon montre son… Eh, tu m’écoutes ? » Lui demandé-je en la voyant être distraite, à écouter le bruissement du vent entre les branches des arbres.
« Tu fais ce que tu veux mais moi, je reste pas là. »
« Hein ? »

Elle se met à marcher rapidement, me dépassant sans me donner la moindre explication. Dans l’incompréhension la plus totale, je reste sur place, me retournant tantôt vers elle, tantôt vers les buissons qu’elle observait, à l’écoute d’un bruit suspect ou de n’importe quoi d’autre. « Tu viens ou tu restes plantée là ? » me lance alors l’autre rousse, qui a prit le temps de s’arrêter pour s’avoir si j’allais la suivre ou si j’attendais qu’il se passe quelque chose pour savoir si elle a raison de s’inquiéter ou non. Je préfère la première option, alors je me dirige vers elle, mais je n’ai le temps de faire qu’un pas avant de la voir saisir son épée et d’entendre derrière moi la voix d’un homme, avertissant qu’il a trouvé quelqu’un.

Je me fige sur place, me retournant pour voir les personnes qui sont tombés sur nous. Ils ne sont que deux, mais aucun doute, ils font partie de l’inquisition eux aussi… Ils parlent entre eux alors qu’ils approchent de nous, toutes armes dehors. Sûrement à cause de l’autre fille, qui n’a pas l’air très encline à la discussion, avec son épée levée comme si elle allait trancher la tête à un cheval. Il faut que je prenne les devants si je veux qu’on ait une chance de nous en sortir sans avoir à nous débarrasser de ces deux chevaliers.

« Messires ! Est-ce qu’on peut vous venir en aide ? » Demandé-je, d’un air innocent.
« La sauvage avec la gueule défoncée, elle faisait partie des prisonniers. Elle doit savoir où est allé le dragon… » Les entendis-je marmonner, alors qu’ils venaient de m’ignorer.

Je jette un coup d’œil rapide à la rouquine dont ils parlent, les salauds. S’ils savent qu’elle était là-bas, ils ne tarderont pas à se dire que j’y étais aussi… Et même s’ils ne se doutent pas que le dragon qu’ils traquent, c’est moi, je ne pense pas qu’ils nous laissent repartir en vie alors que nous devions être exécutées… Je soupire en fermant les yeux, après avoir échangé un dernier regard avec l’autre fille… Je crois qu’on ne va pas trop avoir de choix.

Tandis que je me retourne, je fixe l’un des deux hommes, le plus proche, avec un regard ardent. Il ne le remarque pas, je crois… Pas encore. Brusquement, je lève mes mains en les joignant au-dessus de ma tête et je pousse un hurlement qui me râcle la gorge, comme si j’avais la voix cassée. A ce moment précis, le garde que je fixe prend feu, des flammes jaillissent de son armure, semblant sortir de son propre corps. Avant que ses cris ne cessent et qu’il tombe, totalement brûlé, son collègue prend la fuite, laissant derrière lui son épée qui tinte en touchant le sol…

Immédiatement, je me rue sur l’arme et je me retourne vers la fille en pointant l’arme vers elle. Elle sait maintenant que si l’inquisition m’a emmené ici, ce n’est pas seulement parce que j’ai tué l’un des leurs… Elle devait peut-être croire que c’était à cause de ma nature de métamorphe, mais c’est surtout parce que je suis une « sorcière »… Autant, elle n’a rien dit sur ma seconde nature, autant j’ai l’impression qu’elle me déteste déjà suffisamment pour digérer le fait que je fasse de la sorcellerie. Je reste plantée là, l’épée tendue vers elle alors que plusieurs mètres nous séparent. J’ai l’air d’être un peu perdue, je la regarde en respirant un peu trop vite, comme si j’étais un animal apeuré…

« Ecoutes… Je ne te veux aucun mal… Alors fais comme si tu n’avais rien vu, et… Et je te promets qu’on ne se reverra plus jamais ! » Lui dis-je avant d’avaler ma salive, espérant de tout cœur qu’elle s’enfuit plutôt qu’elle cherche à m’affronter.
notes
Nemza Samnos
Nemza Samnosvictime de cupidon
Avatars : Morgin Railey
Messages : 32
Date d'inscription : 24/05/2019
Profil Académie Waverly
Reluctant heroines [Pv. Nemza] EmptyVen 28 Juin - 2:38
La fille avait l'air de vouloir la suivre mais elle n'en eut pas le temps. Deux hommes dont les uniformes criaient leur appartenance à l'inquisition venaient d'apparaître dans leur champ de vision - même dans celui plus restreint de Nemza. Elle n'avait pas envie de discuter. Ça ne servait jamais à rien avec ces gens là. Ce qu'il leur fallait, c'était un coup d'épée entre les deux yeux et la barbare ne rechignerait pas à la tâche. Elle était déjà là pour meurtre, de toute façon, et sans compter ce "regretable incident" ça n'était même pas le premier.

« Messires ! Est-ce qu’on peut vous venir en aide ? »

Comment ça pouvait être possible d'avoir une voix aussi innocente quand on abritait un dragon ? Nemza n'en avait pas la moindre idée mais ce qui était sûr, c'était qu'elles n'avaient vraiment pas la même approche de la situation. Et les soldats, ils semblaient plutôt s'accorder avec Nemza quant à la suite des opérations.

« La sauvage avec la gueule défoncée, elle faisait partie des prisonniers. Elle doit savoir où est allé le dragon… »


La sauvage. LA SAUVAGE. Sans même relever ce qu'il avait dit sur son visage c'était déjà une insulte. Nemza se sentit bouillir, et elle n'était pas du genre à contrôler sa rage.

-Répète ça pour voir !
Commença-t-elle avant de cracher par terre et de leur lancer une sacrée liste de jurons dans la langue des siens, que ces deux abrutis ne devaient pas comprendre.

Ils la traitaient de sauvage ? Alors elle serait sauvage. Cette barbare qui leur ôterait la vie sans remord plutôt que de leur livrer une prisonnière qui lui avait sauvé la vie. Nemza, serrant bien plus fort la garde de son épée, se mit en mouvement pour aller en découdre. Elle savait se battre. Ils la prenaient sûrement pour une incapable, quand on voyait le mépris qui avait teinté leurs mots, c'était un avantage pour elle. Ils ne se doutaient sûrement pas de la facilité avec laquelle elle pouvait manier une arme.

Cependant Nemza n'eut pas le temps de faire étalage de ses talents d'escrime. Un hurlement lui fit tourner brutalement la tête vers l'autre fille. Nemza, elle aurait pu crever si le gars d'en face n'avait pas été aussi déboussolé qu'elle par ce qu'ils venaient d'entendre. Son collègue était en train de brûler. De grandes flammes rougeoyantes s'échappaient de son armure en même temps qu'il hurlait à la mort et son visage calciné se tordait sous les cris et la douleur. Ça effrayait bien plus Nemza que le dragon. La métamorphose c'était une magie des siens, ça lui rendait l'autre fille sympathique... Mais ça ? Ça lui rappelait sa cicatrice. La violence de la punition. Elle frémit en reculant d'un pas, Nemza. Elle remarqua à peine l'autre garde qui prebait la fuite, tandis que le brûlé s'écroulait. Mort. Pas besoin d'aller vérifier, c'était une évidence même sans l'instinct de Nemza.

Hébétée, la barbare ne bougea pas tout de suite. Elle ne put qu'observer l'autre fille se ruer sur l'arme du cadavre pour s'en saisir et... Lui faire face. La menacer. Nemza serra les dents. Rien lui faire, hein ? C'était pas ça qu'elle avait commencé à lui baragouiner avant que les deux soldats arrivent ? Mensonge. À la première occasion elle se retournait contre elle. Alors que Nemza ne lui avait strictement rien fait ! D'habitude, elle se serait dit que c'était à cause d'Aeron. Mais est-ce que la fille avait compris ? Quand bien même. Se faire juger là dessus par une fille qui se transformait en dragon ce serait vraiment la meilleure !

« Ecoutes… Je ne te veux aucun mal… Alors fais comme si tu n’avais rien vu, et… Et je te promets qu’on ne se reverra plus jamais ! »


Nemza fronça les sourcils. Faire comme si elle n'avait rien vu ? Comme si elle n'avait pas vu quoi ? Le dragon ? Les flammes ? Mes deux ? La pauvre fille avait l'air quasiment terrorisée, ça s'entendait à sa respiration, ça se sentait. Un loup esseulé, acculé loin de sa meute, qui cherchait à se défendre. Nemza planta la pointe de son épée dans la terre.

- Eh ! J'ai pas prévu de te trancher la gorge, respire. Les histoires sur les barbares qui boivent le sang des gens c'est des conneries !


Peut-être que c'était à elle de s'inquièter. Face à une mage pyromancienne et métamorphe... Ses chances étaient visiblement réduites. Et puis, si cette fille était bien la même que ce dragon qui lui avait partagé son envie de vivre et de liberté, Nemza avait le sentiment de la comprendre un peu.

- Je voulais juste rendre service. 'Fin, quand on s'est séparées je voulais juste me tirer dans la forêt, et je t'ai trouvée là. Vu l'endroit je me disais qu'ils allaient forcément te tomber dessus et comme t'as pris la peine de pas me cramer sur place sur l'estrade bah... Je me suis dit que je t'en devais une.


Elle lâcha la garde de son épée, levant doucement ses mains comme elle le ferait pour prouver son innocence. Quoique, dans le cas de la fille, ça aurait aussi pu être le signe qu'elle allait la cramer. Mais Nemza ne maîtrisait pas cette magie là.

- Après si tu tiens vraiment à ce que je me tire, ok, mais je te fais remarquer que t'es toute seule et à moitié à poil. Même si, avec un dragon et des flammes, je pense que t'as pas besoin de moi, hein. S'il te plaît, crame pas la forêt, hein...


Elle finit par reposer ses doigts sur son arme, lentement.

- Du coup, j'y vais ?
Ghiss D'Amour
Ghiss D'Amourvictime de cupidon
Avatars : Clara Paget - Zuz'
Messages : 31
Date d'inscription : 17/06/2019
Profil Académie Waverly
Reluctant heroines [Pv. Nemza] EmptyVen 28 Juin - 20:09

Ghiss

Nemza

Nobody want to die too fast


La femme à un seul œil, dont je ne connais toujours pas le nom malgré les émotions intenses que nous avons partagées, plante son épée dans le sol après avoir froncé les sourcils, m’envoyant des signes contradictoires. Enfin, ça doit être pareil de son point de vue, elle qui me voit tenir ma lame en tremblant alors que je suis devenue un dragon et que j’ai fait cramer un homme en quelques secondes à peine par la simple force d’un cri.

La rousse en face de moi me dit qu’elle n’a pas l’intention de me trancher la gorge et que les histoires sur les barbares sont fausses, pour me rassurer. Mon visage se décrispe un peu, je la regarde plus en détails et me demande comment je n’ai pas pu remarquer plus tôt qu’elle était une « barbare »… C’est ce nom qu’on donne aux clans qui vivent loin de la société qu’on cherche à nous imposer, aux peuples libres. Enfin, libres… Pour ceux qui ne se font pas transformer en esclaves par les nobles et les rois.

« Je voulais juste rendre service. ‘Fin, quand on s’est séparées, je voulais juste me tirer dans la forêt, et je t’ai trouvée là. Vu l’endroit je me disais qu’ils allaient forcément te tomber dessus et comme t’as pris la peine de pas me cramer sur place sur l’estrade bah… Je me suis dit que je t’en devais une. » Fit-elle en relâchant son arme et en levant les mains en l’air, comme si j’étais un fusil de chasse ou un canon…

Je soupire en baissant un peu la tête, réfléchissant à ce qu’elle vient de me dire. Si elle était là à mon réveil, c’est parce qu’elle se sentait… Reconnaissante ? C’est à n’y rien comprendre, qui pourrait se sentir reconnaissant envers un dragon, un simple animal ? Jusqu’à maintenant, les gens essayaient plutôt de me fuir dès qu’ils apprenaient ma véritable nature. Je ne sais pas si je dois la croire, mais je me convainc de le faire, parce que je me sens soulagée rien qu’à l’idée que, pour une fois, quelqu’un ne me voit pas comme un monstre. Même mon maître, qui aurait sans aucun doute tout sacrifié pour moi, avait peur de ce dragon. Il s’était même battu avec, une fois, et avait failli perdre sa jambe.

Mes sens commencent à se brouiller un peu, la pression redescend d’un seul coup et ça me fatigue énormément. J’entends que l’autre fille me parle, elle me dit que je suis toute seule et à moitié nue, sous-entendant qu’elle peut m’apporter son aide, même si elle pense que je n’en ai pas vraiment besoin, au fond. Les larmes ne coulent pas, mais elle me montent aux yeux, alors que je lâche l’épée que j’ai récupéré et que je m’effondre, à genoux, le visage entre mes mains. « Du coup, j’y vais ? » demande-t-elle, alors que mes mains retombent sur mes genoux et que je fixe le sol avec un regard vide.

« Merci… » Dis-je tout simplement, la voix un peu enrouée.

Je relève la tête et la regarde, un léger sourire accroché à mes lèvres. Je me passe une main dans les cheveux pour les rabattre en arrière et je soupire profondément, extériorisant les derniers soupçons de la pression qui m’accablait à l’idée qu’elle veuille m’éliminer en apprenant que je suis une sorcière… Je me relève avec un peu de mal, à cause de la veste serrée autour de mes genoux, puis je récupère l’épée à mes pieds et essaye de la caler quelque part pour l’emmener avec moi… Comme je n’y arrive pas, je finis par aller récupérer la ceinture encore chaude, mais pas détruite, sur le cadavre fumant du garde que j’ai incendié, littéralement. J’enfile la ceinture et le fourreau qui va avec, avant d’y glisser l’épée et de me tourner vers la fille, vers laquelle je fais un mouvement de tête pour indiquer que je m’adresse à elle.

« Je te trouverais une nouvelle veste, et après on sera quitte… Comment tu t’appelles, Rebelle ? »

…Bah quoi, y a pas qu’elle qui a le droit de faire référence à des personnages de pop culture appartenant à un autre univers !
notes
Nemza Samnos
Nemza Samnosvictime de cupidon
Avatars : Morgin Railey
Messages : 32
Date d'inscription : 24/05/2019
Profil Académie Waverly
Reluctant heroines [Pv. Nemza] EmptyVen 28 Juin - 22:53
La fille avait lâché son épée et elle était à genoux par terre. Elle n’avait pas l’air hyper bien, sans que Nemza comprenne vraiment d’où venait le problème. Peut-être que c’était fatiguant de cramer des types en hurlant, elle savait pas trop, elle avait pas tellement d’expérience dans ce domaine. Quoique, la fille se passa les mains sur la tête comme si elle allait se mettre à pleurer et ça acheva de plonger l’autre rousse dans une abîme de perplexité. Peut-être qu’elle ferait vraiment mieux de s’en aller, hein. Décidément c’était pas sa journée, ou alors c’était cette fille qui lui donnait toujours l’impression de pas être au bon endroit, d’être de trop. Les mains serrées sur la garde de son épée, maintenant qu’elle pensait avoir été assez claire sur ses intentions, elle la retira de terre, prête à disparaître.

« Merci… »


La fille leva la tête, son regard croisa celui de Nemza qui aperçut le sourire qui l’accompagnait. Mais elle ne sourit pas en réponse, Nemza. Elle faisait assez peur comme ça, elle avait appris à contenir sa joie. Plus elle montrait qu’elle était heureuse, plus ça déformait sa tête avec sa cicatrice trop épaisse… La fille d’en face avait vaguement l’air d’avoir révisé son jugement c’était peut-être pas le moment de la faire changer d’avis une nouvelle fois avec sa sale tête. Elle l’avait bien vu sursauter et reculer, un peu plus tôt, elle oubliait pas. Elle replaça ses cheveux pour qu’ils cachent ce qu’il y avait à cacher, sans oser lui répondre « de rien » ni quoi que ce soir d’autre. Soulagée, au fond, qu’on ne la menace plus.

La métamorphe finit par se relever, récupérer son épée, et dépouiller le cadavre. Nemza ne se permit pas vraiment de juger. Les quelques trucs qu’elle avait encore, c’était parce qu’elle les avait volés. C’était pas bien, elle détestait ça plus que tout, mais elle savait aussi que les circonstances étaient particulières. Nemza, elle voulait pas être une voleuse. Elle regrettait déjà. On l’avait marquée à vie pour un vol qu’elle n’avait pas commis, elle tenait assez à son honneur pour jurer qu’elle se rachèterai d’une manière ou d’une autre pour celui-ci qui était effectivement de son fait. Mais aux grands maux les grands remèdes. Elle avait peut-être le droit à ce genre d’écart une fois dans sa vie. Non. Elle ne pouvait pas se le permettre. En tout cas elle ne s’amuserait pas à juger l’autre fille parce qu’elle récupérait du matériel qui ne serait de toute façon pas utile à un mort. C’était moins honteux que ce qu’elle avait fait, elle. Nemza se contenta de la regarder en silence jusqu’à ce qu’elle lui adresse un signe de tête qui attira un peu plus son attention.

« Je te trouverais une nouvelle veste, et après on sera quitte… Comment tu t’appelles, Rebelle ? »

Nemza éclata de rire. C’était elle qui devait quelque chose à la fille, pas l’inverse. Mais si elle proposait de lui trouver une veste, et en plus d’annuler sa dette, elle n’allait pas s’en plaindre ! Elle était pas si méchante, cette fille. En y réfléchissant, de toute façon, Nemza comprenait un peu mieux ce qui avait pu lui passer par la tête. Elle aussi elle aurait eu peur, si cette fille l’avait vraiment surprise avec Aeron. Remarque, elle avait peut-être compris en le voyant dans la charrette ? Il aurait pu être le loup de n’importe qui, et puis, ce n’était même pas si exotique un loup. Quand le conducteur de la charrette lui avait fait une réflexion ? Peut-être. Ou pas. Quand on allait mourir, on faisait sûrement pas attention à ce genre de détails nuls.

- Nemza. Désolée de te décevoir mais ça veut pas dire rebelle, non… Ça veut dire « pâquerette ».

Elle guettait la réaction de la fille. Nemza ne se vantait pas vraiment de la signification bucolique de son prénom, ça ne faisait généralement que lui rappeler qu’on ne pouvait connaître quelqu’un après l’avoir vu cinq minutes, sinon sa mère aurait très probablement choisi autre chose. Comme elle avait compris que la fille n’avait pas l’air d’être une barbare, elle, malgré sa magie qui aurait pu être issue de ce peuple là, elle avait considéré qu’elle ne devait pas comprendre cette langue là.

- Et toi ?
Demanda-t-elle avec une curiosité sincère.

Vérifiant qu’elle avait toutes ses affaires d’un coup d’oeil rapide, et essayant de jauger si tout était bon pour l’autre fille aussi, Nemza désigna une direction de la main – très exactement celle qu’elle avait prise quand elle avait signifié qu’elle ne souhaitait pas s’attarder ici un peu plus tôt.

- Eh bien, si tu veux venir avec nous, on allait par là.


Merde. Nemza se rendit compte qu’elle avait dit « nous », parlant bien sûr d’Aeron qui n’avait pas cessé de les observer, dissimulé un peu plus loin, attendant sans doute de déterminer s’il devait intervenir ou non, et si oui, comment. Elle dévisagea un peu la rouquine, essayant de savoir ce qu’elle allait dire, ce qu’elle allait faire, si elle se rendait compte qu’elle avait proposé quelque chose à une barbare qui, non contente d’appartenir à un peuple aussi mal considéré, était également une sorcière pratiquant une magie censée la descendre au niveau des bêtes… Et cette fois, juste cette fois, ça la fit rire. Parce que s’il y avait une personne au monde qui ne devrait pas faire la maline face à cette annonce, c’était bien cette fille là. Nemza ne donna néanmoins aucune explication, alors qu’Aeron approchait d’elle et qu’ils se mettaient tous les deux en marche.
Ghiss D'Amour
Ghiss D'Amourvictime de cupidon
Avatars : Clara Paget - Zuz'
Messages : 31
Date d'inscription : 17/06/2019
Profil Académie Waverly
Reluctant heroines [Pv. Nemza] EmptySam 29 Juin - 19:20

Ghiss

Nemza

Nobody want to die too fast


La femme éclate tout bonnement de rire à cause de ce que je dis, même si je ne sais pas exactement quelle partie provoque cet amusement si soudain. Peu importe, la voir aussi égayée me fait sourire, moins tristement que lorsque j’ai réalisé qu’elle ne me voulait aucun mal. « Nemza. Désolée de te décevoir mais ça veut pas dire rebelle, non… Ça veut dire "pâquerette" » répond-t-elle à ma question. Sur le coup, je hausse un sourcil, avant de partir à rire franchement à mon tour. Je ne veux pas me moquer, ce n’est pas bien, mais… Ce n’est pas l’image que je me fais d’une pâquerette. Ça ne lui correspond vraiment pas.

Je me calme assez rapidement, respirant profondément pour m’empêcher de rire, il faut que je sois plus sérieuse… Elle s’appelle donc Nemza. C’est original, je ne sais même pas de quelle région ça peut provenir, un nom comme ça. Enfin, si elle est issue d’un peuple libre, ce n’est pas étonnant que ça ne me parle pas, je n’ai jamais eu l’occasion de côtoyer ces gens-là. La fille à la cicatrice me retourne la question, je m’apprête donc à lui répondre, mais le fait d’ouvrir la bouche me fait repartir en fou-rire pendant quelques secondes, avant que je ne me calme pour de bon.

« Fiou… Moi c’est Ghiss et ça ne veut rien dire en particulier. »

Je vois qu’elle n’est pas trop amusée par mes rires, en même temps je peux le comprendre, ce n’est bien de rire du nom de quelqu’un, mais… Pâquerette, quoi !

« Eh bien, si tu veux venir avec nous, on allait par là. » Dit Nemza, peut-être pour changer de sujet, en pointant une direction avec sa main.

Nous ? C’est bien ce qu’elle vient de dire ? Je fronce un peu les sourcils face à ce lapsus, est-ce qu’elle m’aurait caché l’existence d’un compagnon ? J’espère qu’elle ne prépare rien de tordu, sinon je me verrais dans l’obligation de les cramer sur place, tous autant qu’ils sont ! Enfin, pas trop non plus, ce sort de combustion spontanée me prend énormément d’énergie, je ne pourrais pas en abuser…

Alors qu’elle est en train de rire sincèrement, je me rapproche jusqu’à atteindre son niveau. Je souris en coin en la regardant dans son œil valide. « Nous ? Toi aussi, t’es pas toute seule dans ta tête ? » lui dis-je en me tapant le crâne doucement avec mon poing et en faisant comme si ce coup sur la tête me rendait folle, en tirant la langue et en riant. Je me mets ensuite en route, prenant la direction qu’elle a indiqué plus tôt, la dépassant par la même occasion. C’est alors que je le remarque, le loup qui était avec nous dans la charrette un peu plus tôt dans la journée, sauf que cette fois-ci, il n’est plus muselé. Je me fige un instant, posant la main sur le manche de mon épée en l’observant… Très vite, je remarque qu’il n’est pas du tout hostile, ce qui est surprenant pour un loup isolé de sa meute. Encore plus étonnant, Nemza n’a pas l’air d’avoir peur de lui, elle se laisse suivre comme s’il s’agissait de son animal de compagnie… Je soupire et me rassure en me disant que si elle ne réagit pas, c’est qu’elle doit avoir l’habitude. Ou qu’elle est complètement folle. Je reprends ma route en les suivant, sans pour autant lâcher mon épée, au cas où.

« Comme c’est mignon, on dirait presque une réunion d’anciens détenus. » Lancé-je, histoire de détendre un peu l’atmosphère, même s’il n’y a que moi qui soit tendue dans cette histoire.[/b][/color] »

***

Nous prîmes donc la route en direction de Marrault, à en croire les panneaux sur notre route. Je ne connaissais pas cette ville, mais il semblerait qu’elle ne soit pas très grande. Je suis heureuse qu’aucune de nous ne se soit faite attaquée par l’animal qui nous accompagne en chemin, je me suis même faite à sa présence. Nous pénétrons à peine entre les murs de la ville que tous les visages se tournent vers nous, à cause de mon accoutrement, à cause du loup qui nous suit ou à cause du visage défiguré de Nemza, je ne saurais le dire… En tout cas, on dirait que nous avons tout fait pour ne pas passer inaperçues.

« Il faut que je me trouve des fringues, très vite. » Lui chuchoté-je après m’être rapproché d’elle, tout en continuant d’avancer, regardant tout autour dans l’espoir de trouver un marché, une boutique, un vestiaire ou n’importe quoi dans lequel je pourrais trouver de vrais vêtements.
notes
Nemza Samnos
Nemza Samnosvictime de cupidon
Avatars : Morgin Railey
Messages : 32
Date d'inscription : 24/05/2019
Profil Académie Waverly
Reluctant heroines [Pv. Nemza] EmptyDim 30 Juin - 13:02
Ghiss avait l'air d'être une femme joyeuse, ou moqueuse peut-être. En tout cas depuis que Nemza s'était présentée elle ne s'était pas gênée pour rire, ce qui rendait l'ancienne esclave un peu amère. Ouais, elle aimait plaisanter et elle reconnaissait elle-même que son prénom avait quelque chose de comique. Mais il ne fallait pas exagérer. Nemza espérait au moins que c'était de ça qu'elle se moquait, et pas de la langue de son peuple... Ça ne l'empêcha pas de rire en songeant que cette fille serait bien mal placée pour lui faire des remarques sur quoi que ce soit étant donné ce qu'elle avait laissé voir. Enfin, la rouquine au beau visage semblait de toute façon aimer plaisanter, à voir sa réaction à la proposition que lui faisait l'autre femme...

« Nous ? Toi aussi, t’es pas toute seule dans ta tête ? »

Nemza haussa un sourcil, avant de rire un peu en voyant Ghiss faire l'idiote. Elle n'aurait jamais présenté les choses de cette manière et elle entendait distinctement tout le mal qu'Aeron pensait de cette conception des choses. Ils étaient liés d'une manière difficilement descriptible mais il ne s'agissait pas simplement d'avoir l'autre dans sa tête. Elle se doutait bien cependant que Ghiss devait simplement la prendre une illuminée. Ça lui passerait quand elle aurait vu Aeron, sans doute qu'elle comprendrait. Les barbares n'étaient pas nombreux à assumer cette magie là, ils n'étaient pas nombreux à oser se lier avec un animal lorsqu'ils ne vivaient pas au sein du clan, il était probable que Ghiss n'ait jamais vu ça. Mais les rumeurs, les légendes, elles étaient cpnnues de tous et participaient même à l'esclavage. Si les barbares se liaient aux bêtes ou se transformaient en bêtes, pourquoi les traiter mieux que ça ? Nemza se contenta donc de garder le silence et Aeron, qui avait suivi la discussion, approcha. Ils se mirent en route tranquillement mais l'ancienne esclave remarqua très vite la main de Ghiss sur son épée. Ça ne lui plaisait pas mais elle ne dit rien. Elle me menace ? avait commencé le loup en dévoilant quelques crocs. Elle a peur c'est tout. Laisse la s'il te plaît

« Comme c’est mignon, on dirait presque une réunion d’anciens détenus. »


***
Retrouver la route ne fut pas dur. Même si Nemza aurait préféré en rester le plus éloignée possible elle devait reconnaître qu'elles avaient besoin de croiser un village si elle voulait s'en sortir. Il faudrait trouver un moyen de se faire un peu d'argent mais à vrai dire ça ne l'inquiétait pas: elle trouverait bien un contrat à remplir, elle avait une épée après tout ça devrait suffir !

Elle déchanta rapidement dès que leur petit groupe passa près des premières habitations. Nemza baissait la tête, cherchant à dissimuler au mieux son visage derrière ses cheveux mais ça ne suffisait pas. Les regards de ceux qui croisaient leur route s'arrêtaient invariablement sur son oeil de verre et sur sa balafre hideuse. Elle voyait leurs airs effrayés ou dégoûtés. Un air sombre se peignit sur son visage, elle serra les dents. Elle devrait avoir l'habitude depuis le temps. Mais elle savait au fond qu'elle ne s'y ferait jamais.

Pire encore, après avoir scruté son visage ravagé, les gens tombaient sur Aeron. Habituellement, quand ils devaient passer dans un village, Nemza lui enfilait un collier et une laisse. Les gens parvenaient parfoisà le prendre pour un chien-loup de cette manière. D'autres fois elle lui demandait d'attendre à l'extérieur de la ville mais si elle devait rester un moment à l'intérieur ça finissait par la rendre nerveuse et irritable. Encore plus que d'habitude, vous imaginez ? Et pour ne rien arranger, elle était accompagnée d'une charmante rouquine à moitié nue. Elles allaient finir par avoir des ennuis avec les gardes, encore, si elles ne se décidaient pas à faire vraiment profil bas. Et à trouver des fingues à Ghiss, d'ailleurs. Instinctivement Aeron vint marcher presque contre la jambe de Nemza, rassemblant la Meute.

« Il faut que je me trouve des fringues, très vite. »

La métamorphe avait chuchoté en se rapprochant elle aussi de Nemza. Les gens avaient bien plus l'habitude de l'éviter que de s'approcher d'elle et il arrivait même qu'on crache par terre sur son chemin pour conjurer le sort... Sans qu'elle sache trop si son statut de barbare les effrayait, ou simplement son visage.

- Déjà, on doit trouver de l'argent.

Nemza avait volé une fois dans sa vie et même s'il ne s'agissait que de nourriture qui aurait fini piétinée une fois les étales tombées avec la panique elle s'en voulait à mort. Drôle hein, pour une mercenaire qui n'hésitait pas à ôter la vie ? En tout cas, hors de question qu'elle s'abaisse à recommencer. Ghiss faisait ce qu'elle voulait mais si elle choisissait de commettre un vol Nemza ne voudrait pas y être associée.

- D'ailleurs, je veux une capuche
, précisa Nemza d'un ton froid qui n'aurait accepté aucune contradiction.

La capuche c'était l'élément le plus important, il était inimaginable de s'en passer. Si Ghiss lui offrait une cape plutôt qu'une veste elle s'en moquait bien, ce qui comptait c'était de pouvoir se cacher en dessous et passer relativement inaperçu. Une capuche ça intriguait, mais ça ne faisait pas naître le même dégoût que sa face. Même les gardes qui insistaient souvent pour voir les gens à visage découvert avaient assez souvent pitié et la laissaient la conserver. Elle indiqua une boutique d'un geste de la main, alors qu'elles continuaient d'avancer dans la rue principale.

- On peut peut-être voir avec le marchand, si on peut pas lui rendre un service contre des fringues.


Nemza doutait que ça marche. On faisait rarement assez confiance à une barbare avec un loup pour ce genre de choses, et chaque minute passée ici augmentait le risque qu'on lui tombe dessus en hurlant à la sorcière. Elle, on l'engageait pour tuer parce que tout chez elle criait que c'était ce qu'elle faisait le mieux. Barbare. Mais peut-être que Ghiss aurait plus de chance, peut-être que son doux visage et sa situation pourraient attendrir le vendeur.

- Je t'attends dehors,
statua Nemza. Autant mettre toutes les chances de leur côté.

Ghiss D'Amour
Ghiss D'Amourvictime de cupidon
Avatars : Clara Paget - Zuz'
Messages : 31
Date d'inscription : 17/06/2019
Profil Académie Waverly
Reluctant heroines [Pv. Nemza] EmptyDim 30 Juin - 18:14

Ghiss

Nemza

Nobody want to die too fast


« Déjà, on doit trouver de l’argent. » Me répond Nemza quand je lui dis qu’il faut me dégoter des fringues de toute urgence.

Je m’arrête net, la regardant avec de grands yeux. Elle est pas sérieuse quand même ? On va pas s’emmerder à trouver de l’argent pour acheter des fringues alors qu’on pourrait trouver des vêtements directement ! Malheureusement, j’ai bien peur qu’elle soit sincère, elle renchérit même en me disant qu’elle veut une capuche, en parlant probablement de la veste que je lui dois. Je soupire doucement en comprenant que je ne vais pas avoir le choix, à moins de me mettre la barbare à dos. Manquerait plus que le loup soit de son avis, et ce serait le pompon…

Enfin, quelque part, elle n’a pas tort. Les commerçants, ils n’ont rien demandé, ils essayent juste de survivre eux aussi. Si on avait l’occasion de voler à un noble qui a bâti sa richesse sur le dos des pauvres, je me serais sûrement foutu de ses états d’âme, mais dans ces circonstances, je peux comprendre… Je lève les yeux au ciel, puis je reprends la marche, rattrapant Nemza avant de me caler sur sa vitesse. Je veux bien faire un effort, mais si je reste plus d’une journée comme ça, j’irai emprunter des affaires que je rembourserais plus tard !

« Et comment on va trouver de l’argent ? Dans ma tenue, je doute qu’on m’engage pour faire autre chose que la pute. »

Elle me montre alors une boutique avec la main, visiblement un vendeur de tuniques et de robes, pas vraiment le genre à fournir des armures ou ce genre de tenues. Tant mieux, je ne supporte pas de porter du métal, c’est beaucoup trop lourd et encombrant. On est sans cesse gêné avec ça. « On peut peut-être voir avec le marchant, si on peut pas lui rendre un service contre des fringues. » me dit la fille alors que nous approchons doucement de l’enseigne. Je souffle du nez en hochant la tête, ce n’est pas une si mauvaise idée, encore faut-il voir ce dont ce monsieur aurait besoin…

« Je t’attends dehors. »

Je tourne la tête vers elle en fronçant les sourcils. Non content de m’obliger à suivre ses idéaux, elle me laisse faire tout le travail en plus ? Quel culot… Je soupire, capitulant immédiatement. C’est peut-être mieux comme ça, vu comme elle s’est comportée face aux gardes qui nous ont retrouvés dans la forêt… Je pense que je suis la mieux placée pour pouvoir négocier. J’enlève alors la ceinture qui tient le fourreau et l’épée que je gardais sur moi et la confie à l’autre rousse avant de m’aventurer dans le magasin.

Ici, il fait frais et l’odeur du cuir est omniprésente, s’en est presque étouffant. Je me cache le nez quelques secondes, le temps de m’habituer, avant de marcher vers le comptoir au fond. Un homme d’une cinquantaine d’années se tient là, nettoyant ses lunettes avec un morceau de tissu. Je me racle la gorge pour l’avertir de ma présence, mais il ne relève même pas les yeux. « Monsieur ? » L’appelé-je pour attirer son attention. Malgré ça, je dois tout de même attendre qu’il ait fini de nettoyer ses verres pour enfiler sa paire et me regarder. « Que puis-je pour vous ? » me demande-t-il.

« Bonjour, je suis navrée de vous déranger, mais… Comme vous pouvez le voir, je suis un peu dans la galère. Mon amie qui est à l’extérieur et moi-même, nous voudrions nous acheter des vêtements, mais nous n’avons rien… Serait-il possible de vous rendre un service en échange d’une ou deux tenue ? »

J’essaye de rester calme, mais l’homme en face de moi est si mollasson, c’est frustrant que Nemza me mette la pression, je suis sûre que ça serait d’une facilité déconcertante de lui voler ce dont on a besoin. Il a l’air de réfléchir, il prend son temps, regarde ailleurs, puis me regarde de nouveau… Je continue de sourire, attendant patiemment qu’il ait une mission à nous confier.

« Et bien… Il y a un griffon qui terrorise la région. Il attaque nos cargaisons, mange nos bêtes, et… » Il se coup en voyant mon air dépité, lui faisant comprendre que je ne suis pas taillée pour affronter un putain de griffon. Il se racle alors la gorge. « J’ai commandé du fil, mais ce matin, le conducteur de la charrette est arrivé en ville seul, en nous disant que son cheval s’était fait attaqué par la créature dont je vous parlais plus tôt… Il a laissé son chariot sur place, à l’intersection entre Marrault et Carvendis, au nord. J’aimerais… Au moins récupérer mon fil. Et vous aurez ce que vous voudrez. »
« Bien ! Nous allons voir si on peut récupérer ce chariot toutes les deux. Je vous remercie d’avoir pris le temps d’accéder à ma requête ! » Lui dis-je avant de le saluer et de sortir de son échoppe.

Je soupire fortement en rejoignant l’extérieur, me tournant vers Nemza en récupérant immédiatement la ceinture pour l’enfiler de nouveau. Je la retiens, la barbare, avec ses idées. Je commence à regarder de part et d’autre de la rue, me demandant dans quelle direction nous devrions aller.

« Il a accepté, à condition qu’on lui ramène du fil qu’il avait commandé et qui n’est jamais arrivé. Apparemment, un griffon sévie dans les environs et il aurait bouffé le cheval qui tirait la charrette. J’espère que t’es prête à la tirer jusqu’ici ! » Lui lancé-je avec un sourire en coin en me demandant sa réaction.
notes
Nemza Samnos
Nemza Samnosvictime de cupidon
Avatars : Morgin Railey
Messages : 32
Date d'inscription : 24/05/2019
Profil Académie Waverly
Reluctant heroines [Pv. Nemza] EmptyLun 1 Juil - 16:18
Nemza avait bien remarqué que ses suggestions n’avaient pas l’air du goût de Ghiss. Elle était ouverte à toutes les autres propositions, bien entendu, mais elle se doutait bien que son acolyte n’en formula pas c’était que la seule qui lui venait en tête était le vol, que la barbare avait tout de suite écarté en insistant sur leur besoin de se trouver de l’argent. Capitulant finalement, non sans avoir fait remarquer son manque d’enthousiasme, Ghiss finit par retirer son épée et son fourreau, sans doute pour ne pas effrayer le commerçant en laissant sous-entendre que s’il n’acceptait pas leur requête elle pourrait tout aussi bien prendre ce qu’elle convoitait par la force. Nemza s’empressa surtout de la cacher dans son dos, contre la boutique. C’était une épée de soldat de l’inquisition, si  on les voyait se promener avec ça elles auraient sans doute des ennuis. Et, égoïstement, Nemza ne pouvait pas s’empêcher de penser que ce serait encore pire si c’était elle qu’on surprenait avec. Une barbare défigurée, ancienne esclave, pratiquant une magie considérée comme impie, avec ce genre d’armes, hein… Elle ne donnait pas cher de sa peau.

Elle était un peu nerveuse, et Aeron aussi. A eux deux, pas besoin de vraiment tourner la tête pour observer les deux côtés de la rue, chacun partageant ses perceptions avec l’autre dans une osmose naturelle, mais elle craignait tout de même de voir passer la moindre patrouille de soldats et de gardes qui risqueraient de venir leur chercher des noises. Elle n’était pas peureuse Nemza, simplement réaliste. Heureusement, les rares personnes armées qui passèrent dans la rue ne semblèrent pas lui accorder trop d’attention, dévisageant toujours son visage et son loup mais ne paraissant pas décidés réellement à lui causer des ennuis. La porte qui s’ouvrit en laissant Ghiss ressortir fut néanmoins un soulagement. Nemza n’attendait qu’une chose : qu’elles puissent se tirer de là. Elle lui tendit son fourreau et son épée, la laissant d’équiper en attendant tout de même un compte-rendu de sa discussion avec le marchand.

« Il a accepté, à condition qu’on lui ramène du fil qu’il avait commandé et qui n’est jamais arrivé. Apparemment, un griffon sévie dans les environs et il aurait bouffé le cheval qui tirait la charrette. J’espère que t’es prête à la tirer jusqu’ici ! »


Ghiss avait l’air enjouée, presque comme si elle plaisantait un peu. Mais Nemza, ça ne la faisait pas rire. Des charrettes, elle en avait déjà tirées ou poussées un paquet dans sa vie. Remplies de foin, de légumes, de tout ce que leur dur labeur dans le champ de son maître avait pu faire naître. La vie d’un cheval valait souvent bien plus que celle d’un esclave, et en particulier d’un esclave avec la tronche de Nemza et accusé de vol. Ça ne lui rappelait pas de bons souvenirs, à tel point qu’elle ne se concentra même pas vraiment sur l’information qui devait être capitale : la présence d’un griffon, et tout ce que ça pouvait impliquer.

- Où c’est ?
Se contenta-t-elle de demander.

Elles n’avaient pas bien le choix, Ghiss n’allait pas rester à moitié nue pendant trois semaines, elles avaient besoin d’obtenir ces vêtements. Mais si elles prenaient le risque et la peine d’aller récupérer les affaires du couturier, Nemza espérait que la récompense serait à la hauteur et qu’il ne leur refourguerait pas des trucs miteux. Elle avait envoyé Ghiss négocier en espérant ne pas effrayer le vendeur mais elle n’hésiterait pas à se charger elle-même des réclamations si tout ce ne se passait pas exactement comme convenu. Ça s’appelait la division du travail.

- Il faut ramener toute la charrette ?
Finit-elle par demander, espérant qu’il n’y aurait finalement pas tant de choses que ça à rapporter, mais ne laissant rien paraître dans sa voix, ni agacement ni joie.

Et que ce ne serait pas trop loin. Et qu’elles ne se feraient pas dévorer. Ce serait quand même un peu bête de survivre à l’inquisition, à la rencontre d’un dragon, et de mourir bêtement pour des fringues à cause d’un griffon… Mais elles n’avaient, d’après la barbare, aucune meilleure option que celle-là. Et puis, vu le petit sourire de Ghiss, Nemza concluait qu’elle ne devait plus être si mécontente de cette idée, non ?

La barbare ne tarda pas à se mettre en route, dès que Ghiss lui eut donné la plus petite indication sur leur destination. Elles n’avaient pas de temps à perdre, surtout si elles souhaitaient régler cette histoire avant qu’il ne fasse nuit… Les charrettes ne s’éloignaient que rarement des routes, mais si un griffon se mêlait réellement à toute cette histoire, le voyage ne serait pas des plus sûrs, c’était certain. Enfin, ça se saurait si la sécurité était sa préoccupation première !

- Et fais attention avec ton épée. Si les gardes reconnaissent d'où elle vient, on aura des problèmes.
Ghiss D'Amour
Ghiss D'Amourvictime de cupidon
Avatars : Clara Paget - Zuz'
Messages : 31
Date d'inscription : 17/06/2019
Profil Académie Waverly
Reluctant heroines [Pv. Nemza] EmptySam 6 Juil - 14:33

Ghiss

Nemza

Nobody want to die too fast


Nemza garde son visage fermé, comme si elle prenait beaucoup trop au sérieux cette mission, alors que je ne pense pas que l’on aura réellement du mal à la mener à bien. Je l’imagine avec le même air si je lui avais demandé de déplacer un château ou de défaire une armée complète à nous deux… Je ne me retiens pas de rire en me faisant la réflexion, tandis qu’elle me demande où est-ce que se trouve la charrette dont nous devons récupérer le contenu.

« C’est au nord, à une intersection apparemment… Si on suit la route, on devrait finir par tomber dessus je pense. »
« Il faut ramener toute la charrette ? » Ajoute-t-elle sur un ton neutre, comme une machine prête à exécuter les ordres qu’on lui donnera.
« Écoutes, lui il a demandé que le fil. On verra ce qu’il y a d’autre, si ça nous intéresse on piochera dedans, ou on le ramènera pour se faire un peu plus d’argent. » Réponds-je en espérant qu’elle ne considérera pas ça comme du vol, sachant qu’on nous envoie pour récupérer le contenu du véhicule.

Nous nous mettons donc toutes les deux en route, d’un entrain commun qui fait plaisir. Personnellement, je suis pressée d’en finir, mais c’est surtout pour avoir de nouveaux vêtements… Je dois avouer que la compagnie de Nemza ne me gêne pas, bien que je sois plus à l’aise en solitaire. J’ai déjà dû faire équipe avec des gens bien moins sympathiques que ça… Même si c’est bien la première fois qu’un compagnon provisoire attire autant les regards. Sans compter le loup qui nous suit depuis un moment déjà, lui par contre, je dois avouer qu’il me fait un peu plus peur… Les animaux sont imprévisibles, il suffit de voir comment je suis quand je me transforme en dragon… Je ne réponds plus de moi dans ces moments-là.

« Et fais attention avec ton épée. Si les gardes reconnaissent d’où elle vient, on aura des problèmes. » Me dit la rousse alors que nous approchons de la sortie de la ville, où des gardes pourraient justement se trouver.

Je baisse un instant les yeux sur ma ceinture, constatant à quel point il est vrai que cet équipement n’est pas le plus discret, avec ses couleurs claires, ses ornements en métaux précieux et sa forme unique… Il y a fort à parier que n’importe qui ayant déjà croisé l’inquisition un jour se rappelle de la particularité de leurs armures et de leurs armes, forgées spécialement pour eux par l’église, à la capitale.

« Je m’en débarrasserais dès que possible, mais entre le griffon et les pillards sur la route, je préfère la garder le temps qu’on soit revenues avec le fil. Et je peux pas vraiment la cacher, elle passerait pas sous la veste… » Lui chuchoté-je, afin d’éviter que des petits curieux n’entendent qu’il y ait quelque chose de louche.

Nous arrivons aux portes de la ville, je me redresse alors en inspirant profondément, la tête haute, comme s’il n’y avait rien d’anormal… Je sens que les regards se posent sur moi, les gardes en particulier ne me lâchent pas… Et je suis bien contente d’avoir ces vêtements improvisés, parce qu’à en juger par leurs expressions, ils se fichent pas mal de mon épée, ce qui les intéresse, c’est plutôt la moitié de mon corps exposée, ainsi que l’autre moitié qui n’est cachée que par deux manches nouées entre elles et une partie de veste boutonnée à l’arrache… Je suis sûre qu’ils se disent que ça doit pouvoir s’enlever facilement, ces porcs !

Enfin, au moins nous passons la « sécurité » sans nous faire emmerder. Je tâcherais de me débarrasser de l’épée au retour, quand on sera suffisamment proches de la ville pour ne plus nous sentir en danger. Je soupire quand nous avons dépassé de plusieurs mètres les portes, m’assurant qu’il n’y a personne aux alentours pour pouvoir m’exprimer à voix haute.

« Qu’est-ce que tu crois qu’on va trouver d’autre, dans ce chariot ? J’aimerais tellement qu’il y ait des fruits ! J’adore les fruits… » Demandé-je sans m’arrêter de gesticuler, accompagnant toutes mes tirades de gestes, soit de mains, soit en laissant tomber ma tête de manière dramatique…
notes
Nemza Samnos
Nemza Samnosvictime de cupidon
Avatars : Morgin Railey
Messages : 32
Date d'inscription : 24/05/2019
Profil Académie Waverly
Reluctant heroines [Pv. Nemza] EmptySam 6 Juil - 18:55
Nemza pouvait comprendre que Ghiss n’ait pas envie de se séparer de son épée – ce n’était d’ailleurs pas exactement ce qu’elle lui avait demandé. Elle lui avait dit de faire attention, ce qui était sensiblement différent, même s’il fallait reconnaître que s’en débarrasser serait le moyen le plus sage et le plus efficace de ne courir aucun risque à cause de cet objet. La barbare se contenta de hocher la tête pour signifier qu’elle avait bien pris note de la réponse de Ghiss, alors qu’elles s’apprêtaient à passer les portes pour sortir de la ville.

C’était toujours un moment de stress intense mais si Nemza savait bien une chose, c’était que les gardes préféraient toujours la savoir à l’extérieur de l’enceinte qu’à l’intérieur. Elle n’avait quasiment jamais de problème pour sortir, même si les regards dégoûtés ou méprisants qu’on lui lançait ne diminuaient pas. Sa vocation de sorcière barbare ne pouvait pas échapper entièrement à ces gens, ils devaient au moins s’en douter en voyant le loup la suivre de si près sans le moindre problème. Mais tant qu’elle n’avait pas commis d’autre délit, ils n’étaient pas censé lui chercher des ennuis… Et tout était dans ce simple mot, « censés ». Alors elle se força à baisser les yeux, à garder un air neutre, à ignorer tous les porcs qui jetaient leurs yeux avides sur la peau de Ghiss. Et les dieux savaient que ce n’était pas facile pour elle de se taire.

Au fur et à mesure qu’elles s’éloignaient des portes et de leurs gardiens, la vie semblait reprendre. Personne n’appréciait de se faire juger comme ils pouvaient l’être en passant une frontière, aussi insignifiante soit-elle que celle d’une ville, et même les autres passants baissaient d’un ton quand ils passaient là. Mais rapidement, elles se retrouvèrent tout de même seules sur la route. La journée avançait, le soleil continuait à décroître, il y avait fort à parier que les honnêtes gens rechignaient à s’éloigner de la ville désormais. Pauvres agneaux, ne put s’empêcher de penser Nemza, alors qu’Aeron se séparait tout naturellement d’elle pour marcher plus loin, d’une manière qui lui était bien plus naturelle.

« Qu’est-ce que tu crois qu’on va trouver d’autre, dans ce chariot ? J’aimerais tellement qu’il y ait des fruits ! J’adore les fruits… »

Cette fille ne savait-elle donc pas se taire ? Nemza était habituellement solitaire et taciturne, même s’il lui arrivait parfois d’avoir de grands moments d’éloquence quand il s’agissait de se moquer de quelqu’un ou de l’envoyer paître. Il n’était cependant pas dans ses habitudes de faire la conversation sans arrêt – en tout cas pas avec des humains. Ghiss, en revanche. Elle avait vraiment l’air d’aimer parler. Vite, beaucoup, de manière très expressive, et pas toujours intéressante. Nemza, elle aurait bien voulu lui dire de se calmer. Parce que sa voix était quand même vraiment forte, et qu’elle l’entendait encore plus nettement que les autres grâce aux sens qu’elle partageait avec Aeron. Mais elle avait une autre idée.

- Ah ouais, des fruits recouverts du sang du cheval ou du boeuf sûrement buté par le griffon, tombés dans la boue, dévorés par les vers depuis des semaines, ouais moi aussi j’adore ouais…


Elle tourna la tête vers Ghiss, la dévisageant un peu de son œil valide, espérant que ça lui donnerait envie de ralentir le rythme de ses bêtises. Est-ce qu’elle se rendait compte, de toute façon, que peu importe ce qui se trouvait dans cette putain de charrette, ça ne leur appartenait pas ? Enfin, c’était moins pire que de voler les biens de quelqu’un directement. Les marchands avaient l’air de considérer cette marchandise comme perdue… Est-ce que les fils qu’ils aillaient chercher s’y trouveraient encore, déjà ? La menace d’un griffon avait peut-être découragé les moins téméraires des voleurs. Mais si c’était de bons fils… Ça avait, de fait, une certaine valeur.

- Tiens, si t’aimes les fruits,
finit par ajouter Nemza.

Elle ralentit une minute pour sortir de son baluchon deux pommes. Elle les avait volé, elle savait qu’elle serait incapable de les manger. Autant qu’elles servent à quelqu’un d’autre, et si Ghiss aimait ça et croquait dedans ça la ferait peut-être taire cinq minutes. Nemza n’avait même pas trop écouté, si ça se trouve elle parlait même plus de fruits depuis dix minutes mais tant pis. C’était difficile de se concentrer sur une discussion qui ne nous intéressait qu’à moitié.

Ça ne voulait pas dire qu’elle n’appréciait pas son acolyte, au contraire. Elle avait un côté enthousiaste et motivé qui l’amusait bien. Elle n’avait simplement pas l’habitude de se retrouver en compagnie de qui que ce soit d’autre qu’Aeron en temps ordinaire… Même son clan la considérait comme quelqu’un de très solitaire… La barbare s’arrêta brusquement, en alerte, sans plus songer aux bavardages de l’autre fille, sans même lui dire de se taire tout de suite.

Il y avait une odeur de sang. Ghiss ne la sentait peut-être pas, peut-être que c’était Aeron qui la lui faisait sentir à elle. La borgne sortit son épée. Soit c’était la carriole qu’elles cherchaient, et le griffon n’était pas forcément loin, soit c’étaient des cadavres sans rapport mais il y avait forcément quelque chose ou quelqu’un qui leur avait ôté la vie. Autant être prudents. Elle avança plus doucement, concentrée, tendue, cherchant à sentir avec précision les moindres variations que sa magie lui permettrait de remarquer. Le moindre être vivant qui les entouraient. C’étaient comme des fils, reliant chacun aux autres jusqu’à se faire couper par la mort. Elle sentait la présence insignifiante de quelques oiseaux, elle sentait celle d’un lapin qui… Détalait. Les proies qui fuyaient n’étaient jamais bon signe. Elles annonçaient les prédateurs et…

-Attends.

Nemza avait levé sa main libre, comme signe de se taire et de ne plus bouger à la fois. Son visage arborait une expression sévère et concentrée, que sa cicatrice rendait encore plus effrayante au fond, presque un peu sadique. Elle sentait quelque chose. Un de ces fils magiques bien particuliers, une de ces vie plus… Vacillante. Une vie humaine. Elle tendit l’oreille, cherchant un autre signe, un bruit. Ça semblait venir d’un peu plus loin, en direction de cette odeur de sang qui lui encombrait les narines depuis quelques temps et qui semblait se mêler finalement à celle de la pourriture. La viande qu’on laissait en plein soleil, à la portée de tous les charognards. Mais elle ne sentait rien d’autre pour le moment.

- Fais attention, je crois qu’on approche,
se contenta-t-elle de dire à Ghiss dans un premier temps, avant d’ajouter, curieuse, tu sens l’odeur ?
Ghiss D'Amour
Ghiss D'Amourvictime de cupidon
Avatars : Clara Paget - Zuz'
Messages : 31
Date d'inscription : 17/06/2019
Profil Académie Waverly
Reluctant heroines [Pv. Nemza] EmptyLun 8 Juil - 1:48

Ghiss

Nemza

Nobody want to die too fast


Je me tourne vers Nemza, un sourire tout ce qu’il y a de plus sincère sur le visage. Elle, en revanche, ne sourit pas, même pas un petit peu… Elle a même plutôt l’air d’être agacée par tout ce que je déblatère. « Ah ouais, des fruits recouverts du sang du cheval ou du bœuf sûrement buté par le griffon, tombés dans la boue, dévorés par les vers depuis des semaines, ouais moi aussi j’adore ouais… » répond-t-elle avant de tourner la tête pour me fixer avec son regard étrange. Quelle rabat-joie.

Je fais un peu la moue en posant les mains sur mes hanches et lui rétorque que la charrette n’est sûrement pas à l’arrêt depuis plusieurs semaines, étant donné que l’homme qui nous envoie chercher sa marchandise m’a dit que celui qui conduisait le chariot était arrivé en ville ce matin. Bon, pour ses autres arguments, je n’ai pas grand-chose à dire, peut-être bien que les fruits pourraient être couverts de sangs ou qu’ils sont tombés dans la boue… Ou bien il n’y en a pas du tout et le problème serait vite réglé.

« Tiens, si t’aimes les fruits. » Lance la rousse en ralentissant le rythme, s’arrêtant presque pour fouiller dans son baluchon.

J’avais vu, tout à l’heure, tout ce qu’elle avait regroupé dans son bout de tissu, mais j’avais totalement oublié son existence, je dois l’avouer. Je suis toute contente en voyant les deux pommes qu’elle sort, j’en prends une dans ma main et je la regarde un instant avant de l’attaquer. Elle est bien rouge, bien lisse… Je ne doute pas qu’elle soit aussi succulente que belle ! Je croque dans la chair du fruit sans une once d’hésitation, son jus coulant un peu au coin de mes lèvres. Je ris un peu alors que je m’essuie le menton avec mon avant-bras, tout en mâchant l’énorme morceau de pomme que j’ai détaché avec mes dents.

Tandis que je tourne la tête sur le côté, dans l’optique de remercier Nemza, je remarque qu’elle s’est arrêtée quelques mètres plus tôt. Je reviens alors sur mes pas en me demandant pourquoi elle a l’air aussi alerte… Je la vois dégainer son épée, alors je commence aussitôt à regarder les environs à la recherche de ce qui peut l’inquiéter autant, la main sur le manche de mon arme, que je garde rangée dans son fourreau.

La barbare, la sauvage, comme l’avaient appelé les gardes qui nous étaient tombés dessus tout à l’heure, se remet doucement à marcher, quelques pas à peine avant de me dire d’attendre et de lever la main, comme pour m’indiquer de ne plus faire le moindre geste, ni le moindre bruit. Je m’exécute immédiatement, m’immobilisant dans l’attente d’une nouvelle directive. Je n’ai pas l’habitude de suivre les ordres qu’on me donne, mais je sais que Nemza n’est pas en train d’essayer de me dresser, elle essaie simplement de nous éloigner de tout danger potentiel, alors autant l’écouter. En plus, vu la tête qu’elle tire, je doute que ça ne soit pas sérieux… Elle est si effrayante, comme ça, que si je la voyais dans mes rêves, je me réveillerais sans doute en sueur.

« Fais attention, je crois qu’on approche. Tu sens l’odeur ? » M’indique et me demande-t-elle, me faisant respirer profondément avant de secouer la tête.
« Rien d’inhabituel pour ce genre d’endroit. »

Enfin, il ne me faut pas longtemps avant d’effectivement percevoir une odeur à laquelle je suis moins habituée. Quelque chose de fort, qui prend aux tripes et qui fait vomir la première fois qu’on la sent… L’odeur de la mort. Toujours prudentes, nous avançons à pas de loup en nous tenant près des feuillages au cas où il y aurait quelqu’un, ou quelque chose, dans les parages…

Soudain, un cri retentit non loin de nous et me fait m’accroupir par réflexe. On dirait le cri d’un oiseau, d’un aigle ou d’un faucon, mais j’ai peu d’espoir que ça ne soit que cela, étant donné le danger qui nous guette dans ces environs… Je m’avance en restant proche du sol et en sortant finalement mon épée, regardant à travers les branches feuillues ce qui peut bien nous attendre un peu plus loin, sur la route. Je m’arrête immédiatement lorsque j’aperçois quelque chose, une sorte de grande forme marron, comme un cheval… De loin, c’est difficile à décrire… Enfin, ça l’est, jusqu’à ce que l’animal que j’observe déploie ses grandes ailes et relève la tête, comme s’il avait entendu quelque chose qui avait attiré son attention.

« Merde, le griffon… Il est en train de bouffer je crois… » Chuchoté-je à Nemza, avant de me tourner vers elle. « Mais j’imagine que tu sais depuis plus longtemps que moi qu’il est là. C’est lui que t’a senti ? » Lui demandé-je, même si elle n’a pas vraiment le gabarit d’un chien de chasse capable de suivre du gibier à l’odeur… Le loup qui était avec nous aurait pu le faire, cela dit. « On fait quoi, on le contourne ? Il a l’air occupé, je pense qu’on pourrait en profiter… T’en penses quoi ? »
notes
Nemza Samnos
Nemza Samnosvictime de cupidon
Avatars : Morgin Railey
Messages : 32
Date d'inscription : 24/05/2019
Profil Académie Waverly
Reluctant heroines [Pv. Nemza] EmptyLun 8 Juil - 14:02
Ghiss ne sentait définitivement pas la même chose qu’elle, sans même parler de magie. Nemza avait tendance à considérer l’odorat d’Aeron comme un avantage mais elle se serait bien passé de sentir si fort et de si loin une odeur aussi pestilentielle. Et comme elles n’allaient tout de même pas rester plantées là comme des abruties, elles se remirent en marche à pas lents et discrets, approchant de la source de cette effluve moribonde. Nemza ne rangea pas son épée, elle la garda au contraire bien en main. Le contact de l’arme entre ses doigts était sûrement la sensation la plus rassurante qu’elle connaisse… Avec celle de ses discussions avec son loup.

Elle sentit quelque chose approcher. Impossible de douter : c’était déjà un bel animal ! Avant même qu’il pousse son cri, la plupart des bestioles les plus petites avaient déjà fuit, probablement alertées par leur instinct. Nemza ne sursauta pas, quand la voix de l’animal se fit entendre. C’était prévisible pour elle, elle n’était pas surprise puisqu’elle savait déjà qu’il se trouvait là. Elle se contenta de s’écarter de la route, se glissant comme une ombre derrière un buisson, profitant de son expérience de chasseuse. De ce qu’elle pouvait voir, Ghiss avait fait de même et avait sorti son épée, alors elles avancèrent lentement en tentant de se faire discrète, jusqu’à pouvoir observer un peu mieux ce qui les attendait.

Mais on n’attaquait pas un griffon à l’épée, il leur faudrait au moins un arc… Ou alors une grande patience, une bonne endurance, une armure, de quoi l’appâter convenablement. Parce qu’avec un cri pareil, et la silhouette qu’elle apercevait alors qu’il commençait à battre des ailes, ce ne pouvait être que cette créature là. Danger, ce fut le seul mot qui semblait occuper l’esprit d’Aeron en ce moment, lui qui était un peu plus loin, de l’autre côté du chemin. Les voilà bien… Si l’oiseau les remarquait elles auraient probablement des problèmes. Du type problèmes mortels. Parce qu’un animal pareil, ça pouvait tuer un cheval et le porter entre ses serres. Ça donnait pas envie de se mettre sur sa route.

« Merde, le griffon… Il est en train de bouffer je crois… » 

Effectivement vu les bruits absolument dégoûtants qui leur parvenaient, d’arrachages et de craquements entre autres, il devait soit manger soit dépecer sa proie pour l’embarquer plus facilement. Nemza ne répondit rien à cette phrase. Ghiss voyait sûrement mieux qu’elle, elle avait deux yeux après tout. Et puis, parler c’était prendre le risque d’attirer l’attention de l’animal. Est-ce que ça avait une bonne audition un griffon ? Probablement. Elle ne voulait pas prendre le risque de faire l’expérience.

« Mais j’imagine que tu sais depuis plus longtemps que moi qu’il est là. C’est lui que t’a senti ? »

La barbare tourna la tête vers son acolyte. Oui, elle savait depuis plus longtemps, c’était certain. Mais quant à sa question, elle ne savait pas trop quoi lui dire. Est-ce que Ghiss pensait qu’elle avait parlé de son odeur, ou est-ce qu’elle avait compris sa magie ? Sûrement l’odeur, elle devait faire référence à la remarque qu’elle avait faite… Et ça aurait pu faire rire Nemza. Elle leva les yeux – enfin l’oeil- au ciel. Ce n’était pas si stupide, Aeron avait peu-être tout à fait perçu l’odeur du griffon, lui, mais ce n’était vraiment pas de ça qu’elle avait voulu parler. Elle avait senti le sang et la mort, au départ. Le griffon n’était pas encore là quand elle avait sa remarque.

- Non,
grogna-t-elle tout bas. Enfin, si mais c’est pas de lui que je parlais.
« On fait quoi, on le contourne ? Il a l’air occupé, je pense qu’on pourrait en profiter… T’en penses quoi ? »

Le contourner ? C’était risqué mais pas impossible. Combien de temps serait-il occupé, cela-dit ? Nemza n’était pas vraiment emballée par cette idée. Les animaux étaient plus féroces quand ils devaient défendre leur repas, si elles approchaient trop près et se faisaient remarquer elles se feraient attaquer à coup sûr. Elle ne mourait pas d’envie de taper la discussion à un griffon, encore moins dans la panique pour essayer de le détourner d’elles. Ces animaux là avaient une conversation déplorable, suintante de cruauté et impitoyable. C’était parfois assez éprouvant.

- Je crois qu’on est pas seules. Y a quelqu’un dans le coin.

Elle n’osa pas rajouter qu’il lui semblait bien blessé, ce « quelqu’un ». Elle n’avait aucune idée de ce qu’elles devraient faire de cette information mais elle préférait partager ce qu’elle savait avec Ghiss, au moins en partie. Elles pourraient revenir plus tard mais elle doutait que sa camarade d’infortune soit enchantée à cette idée. Et le fil se coupa. Et Nemza réalisa que le blessé, c’était sans aucun doute devenu le repas du grffon. L’appât qui l’avait attiré ici à nouveau...Beurk.

- Laisse tomber, il est mort.
Passant directement à autre chose, comme si cette information était une évidence et qu’elle ne méritait pas la moindre explication supplémentaire, elle reprit : Si le griffon mange ici, c’est qu’on est proche de son nid, sinon il le ramènerait avec lui. Il sera plus violent s’il nous trouve. On a intérêt à être loin quand il aura fini…

Nemza commença à bouger, tout doucement. Ghiss pensait qu’elles pouvaient en profiter, c’était clairement ce qu’elle avait dit, alors autant tenter leur chance, et… Advienne que pourra. La chasseresse se mut donc avec discrétion entre les branchages et les feuilles. Oui, c’était comme une chasse. A la différence près qu’elles étaient les proies. Elle entendait encore Aeron lui transmettre son appréhension, sa méfiance, sa crainte hargneuse. Il n’encourageait clairement pas le plan de la métamorphe, lui, il savait reconnaître quand un autre animal était trop dangereux pour lui. Tant pis. Le loup se mit à suivre la direction indiquée par les deux femmes, tout en restant assez éloigné. Quand tu sens ta proie, elle peut te sentir aussi se contenta-t-il d’avertir Nemza. La barbare restait concentrée, sa magie à l’affût, guettant le moindre signe de mouvement.

- Il nous a vues
, souffla-t-elle quelques secondes avant que la tête hideuse de l’oiseau ne se tourne vers elles.
Ghiss D'Amour
Ghiss D'Amourvictime de cupidon
Avatars : Clara Paget - Zuz'
Messages : 31
Date d'inscription : 17/06/2019
Profil Académie Waverly
Reluctant heroines [Pv. Nemza] EmptyMar 9 Juil - 22:24

Ghiss

Nemza

Nobody want to die too fast


Le griffon est là, juste devant nous. Enfin, il y a tout même une bonne cinquantaine de mètres qui nous sépare, peut-être un peu plus… Il ne semble pas nous avoir vues, même s’il a l’air attentif. Peut-être qu’il nous a senties, comme Nemza a dit avoir senti quelque chose, un peu plus tôt. Quand je lui demande si c’est de lui qu’elle parlait quand elle m’a posé sa question, elle me dit que non… Enfin, oui, mais non. Une réponse pas très claire, en somme.

Je lui propose alors de contourner la bête, tant qu’elle est en train de manger. Peut-être qu’avec un peu de chance elle ne fera pas attention et nous pourrons passer sans avoir à nous défendre. Après tout, on a juste pour mission de ramener du fil, pas de chasser un griffon ! La rouquine, elle ne me répond pas, mais elle ne fait pas exprès de m’ignorer. Elle m’indique qu’il y a quelqu’un d’autre dans les environs. Vu que je lui fais confiance, je serre mon épée dans ma main et commence à épier les alentours à la recherche d’une silhouette, d’un bruit de branche qui se casse, ou de quoi que ce soit d’autre qui corrèle avec ce que vient de me dire ma compagne de voyage.

« Laisse tomber, il est mort. » ajoute-t-elle, presque immédiatement après qu’on ait entendu un craquement venir depuis le griffon. Je suis un peu surprise, mais si elle le dit… Elle doit en être sûre. « Si le griffon mange ici, c’est qu’on est proche de son nid, sinon il le ramènerait avec lui. Il sera plus violent s’il nous trouve. On a intérêt à être loin quand il aura fini… » Dit-elle, même si elle n’a pas l’air très inquiète.

Son assurance fait plaisir à voir, elle me rend courageuse, moi aussi ! Je hoche la tête pour lui indiquer que j’ai compris, essayant de minimiser nos échanges verbaux pour ne pas augmenter le risque de nous faire griller. Je jette un coup d’œil à l’animal sauvage, bien occupé à arracher des morceaux de sa proie, avant de suivre la barbare qui commence à se mouvoir très doucement et très prudemment. Je ne quitte quasiment pas l’oiseau quadripède des yeux, je me fige presque à chacun de ses mouvements, le cœur faisant un bond à chaque fois.

Plus nous avançons, plus je me dis qu’on peut réussir, qu’on se rapproche du but. C’est sans compter Nemza, qui vient un peu anéantir tous mes espoirs. « [orange]Il nous a vues.[/orange] » murmure-t-elle, me faisant grimacer d’incompréhension, juste avant que le griffon ne tourne effectivement la tête en notre direction, nous fixant avec son regard perçant, comme un chasseur ayant débusqué sa proie. Eh merde…

Il commence à cabrer, déployant ses ailes et hurlant, sans doute pour nous intimider. Je grince des dents, sans savoir exactement la meilleure solution pour nous sortir de ce pétrin. Je ne connais malheureusement aucun sort d’invisibilité ou de téléportation, seulement de la magie de feu… Mais peut-être que je pourrais faire quelque chose avec ça ?

« Est-ce que tu penses pouvoir me couvrir ? Juste 15 secondes. Non, 10 secondes ! » Demandé-je sans jeter un regard à Nemza, trop occupée à surveiller le griffon enragé qui s’élance vers nous au galop et en battant des ailes, soulevant la poussière autour de lui, lui conférant une aura encore plus menaçante comme ça.

Je ne sais pas si la rousse pourrait effectivement me faire gagner du temps, mais même des coups d’épée dans le vent, ça m’irait… Il faut simplement que je me concentre un peu pour réaliser mon idée, pour donner une forme aux flammes et les faire se mouvoir ensuite. Un animal n’aura pas peur tant qu’il ne se retrouvera pas face à une autre créature plus dangereuse que lui, n’est-ce pas ? Si je parviens à lui faire croire que mon feu est un serpent gigantesque, qui le blessera à chaque fois qu’il essaiera de le toucher, peut-être qu’il nous laissera tranquille… Et dans le pire des cas, je pourrais essayer de le brûler avec toutes ces flammes, si mon premier plan ne fonctionne pas. Malheureusement, je n’ai pas le temps de tout expliquer à Nemza, sur ce coup-là, il faudrait… Qu’elle me fasse confiance. Ou qu’elle ait une meilleure idée, mais vite !
notes
Nemza Samnos
Nemza Samnosvictime de cupidon
Avatars : Morgin Railey
Messages : 32
Date d'inscription : 24/05/2019
Profil Académie Waverly
Reluctant heroines [Pv. Nemza] EmptyMar 9 Juil - 23:35
L'animal semblait bien décidé à les faire fuir ou à les manger. Pas besoin d'entamer la moindre conversation avec lui pour le savoir : sa position, ses cris... Normalement c'était le moment où elles feraient mieux de faire profil bas et de se tirer de là en vitesse pour maximiser leurs chances de survie. Mais au lieu de ça, Ghiss semblait avoir un plan et apparemment ça nécessitait un coup de main. La borgne, elle sentait Aeron détaler, et elle aurait volontiers fui avec lui sans se retourner.

« Est-ce que tu penses pouvoir me couvrir ? Juste 15 secondes. Non, 10 secondes ! » 

10 secondes, c'était faisaible. Mais qu'est-ce qui lui garantissait que Ghiss n'utiliserait pas ces fameuses secondes pour fuir en l'abandonnant à son triste sort ici ? Nemza n'était pas du genre à accorder sa confiance à n'importe qui n'importe comment. Mais vu les circonstances elle devait capituler: elle n'avait pas le choix. Le griffon commença à courir vers elles... Nemza sentait son lien avec Aeron se distendre d'une manière désagréable, et ce ne fut pas arrangé lorsqu'elle tendit son esprit vers la bête enragée.

Non, ce n'était pas que de la rage. Les pensées d'une bête pareille étaient loin d'être articulées, ou en tout cas pas à la manière des humains. Il y avait de la peur, une envie farouche de garder son territoire, de faire comprendre qui était le maître. Et Nemza se dit que pour gagner ces quelques secondes manquantes, elle n'avait qu'à se prendre au jeu. Montrer qui était le chef de la Meute. Aeron approuverait sûrement ce plan. Nemza se mit à courir à son tour droit vers le griffon en lui transmettant une seule pensée, très claire, parfaitement compréhensible pour un prédateur. Défi

Les deux s'arrêtèrent à quelques mètres et se dévisagèrent. Le griffon déployait ses ailes en hurlant, menaçant Nemza autant qu'il le pouvait... Et franchement, même si elle essayait de le garder pour elle, ça marchait drôlement bien. Elle savait qu'elle avait fait quelque chose de stupide et qu'elle n'avait aucune chance de remporter une querelle de territoire avec une griffon, surtout équipée comme elle l'était. Mais Ghiss avait largement ses dix secondes. Quand vint le tour de Nemza elle leva les bras comme si c'étaient ses ailes, elle montra ses dents d'un air carnassier et haineux, comme la sauvage qu'on voudrait voir chez elle pour la faire cramer vive. Et si pour une humain civilisé ce devait être terrifiant, il y avait très peu de chance que ça ait le moindre effet sur son adversaire du jour. Il avait déjà été bien gentil de répondre à la provocation au lieu de la bouffer toute crue. Oh. Elle pouvait peut-être utiliser ça aussi. Nemza se concentra. Et elle s'efforça de partager aussi violemment que possible toutes les images les plus affreuses qui lui venaient. Du feu. Du sang.

Sa magie pouvait servir à contrôler les bêtes, à imposer sa domination sur elles. Mais c'était interdit, c'était sacrilège, Nemza ne trahirait pas les préceptes des anciens même pour sauver sa vie. Il fallait montrer du respect aux animaux et toujours rechercher l'équilibre. Elle ne dominait pas Aeron, ils s'étaient liés de leur plein gré. De la même manière Aeron ne la dominait pas. Ça pouvait arriver, ces accidents étaient sûrement ce qui avait nourri des siècles de légendes discréditant les peuples nomades et libres. Mais ça aussi c'était sacrilège. La violence dont elle faisait preuve dans cet échange était déjà plus que limite, la borgne savait qu'elle n'irait pas au-delà. À voir ce que Ghiss allait proposer... À moins que la vision de cet étrange face à face ne la perturbe trop dans son plan. Nemza face au griffon, les deux cherchant à s'intimider... Ce devait être impressionnant, sans doute. Même si le vainqueur était déjà tout désigné.

Ghiss D'Amour
Ghiss D'Amourvictime de cupidon
Avatars : Clara Paget - Zuz'
Messages : 31
Date d'inscription : 17/06/2019
Profil Académie Waverly
Reluctant heroines [Pv. Nemza] EmptyMer 10 Juil - 20:02

Ghiss

Nemza

Nobody want to die too fast


Le griffon tape au sol avec ses pattes, toujours aussi menaçant. Il commence à charger, sans se soucier des branches qui se brisent sur son passage comme de vulgaires brindilles, comme si rien ne pourrait l’arrêter. Je demande à Nemza si elle peut me couvrir, juste 10 secondes pour pouvoir me concentrer… Elle ne me répond pas, mais vraisemblablement, elle accepte de collaborer. Je la vois se relever et courir en direction de la bête qui nous attaque. C’est complètement fou, je me demande un instant si elle ne va pas se laisser dévorer pour que j’ai mes 10 précieuses secondes…

Je n’ai malheureusement pas le loisir de suivre le plan de la rousse comme je suivrais une pièce de théâtre, il faut que je profite du peu de temps que je vais avoir pour faire naître des flammes. Pour mieux m’y aider, je ferme les yeux et m’auto-convainc que je suis sereine, qu’il n’y a aucun danger. La protection indirecte de Nemza m’aide beaucoup, grâce à cela, en quelques secondes, un cercle de feu se dessine au sol, tout autour de moi. Les flammes jaunes qui viennent de se créer spontanément s’étendent de plus en plus, s’élevant presque miraculeusement dans les airs pour former peu à peu une vague silhouette de serpent.

Voilà la partie une de mon plan. La création. Je rouvre alors les yeux, ravie d’assister à ce qui semble être la meilleure partie du spectacle. Nemza, en train d’imiter un prédateur, battant des bras comme si elle allait s’envoler et montrant les dents tel un lion sauvage. J’ai du mal à ne pas me déconcentrer, à ne pas rire, mais il faut que je sois forte, c’est nos vies qui sont en jeu. Il y a tout de même une chose que je n’avais pas prévu dans mon plan, il y a tant de végétation dans les alentours, je doute qu’aucun arbre ne s’enflamme dans la manœuvre… Enfin, je pourrais toujours apaiser les flammes pour éviter un incendie de trop grande ampleur, si ça dérape.

Le faux serpent de feu commence à se mouvoir, tout en grossissant, suffisamment pour pouvoir paraître menaçant aux yeux du griffon. Il s’approche des deux alphas, prenant position derrière Nemza tout en se redressant, pour que le véritable animal l’ait bien face à lui. Bien sûr, il n’y a pas une once de vie dans ce reptile, tout n’est qu’une illusion que je donne en faisant bouger les flammes d’une certaine manière, pour le rendre crédible. Si j’ai besoin de tant de concentration, c’est justement pour que ça paraisse réel. Faire bouger du feu, ce n’est pas très compliqué, j’ai l’habitude, mais faire des mouvements différents, en même temps, sans que tout parte en couilles, c’est autre chose… C’est aussi pour cela que je privilégie les serpents ou les oiseaux sans pattes, quand je réalise mon tour, car il y a moins de choses à animer, si on peut dire.

« Nemza ! Dégages de là ! » Crié-je pour être sûre qu’elle ne se fasse pas cramer sans que je le veuille. Ce serait quand même dommage, pour une fois que quelqu’un ne veut pas me faire la peau.

J’attends quelques instants pour être sûre que l’autre fille soit hors de danger, et je commence à donner vie à mon invocation, je la fait claquer des dents près du griffon, comme s’il essayer de le mordre, je le fais ramper au sol de manière à ce qu’il encercle l’autre créature et lui fasse croire qu’il est prit au piège. Bien sûr, l’oiseau ne se laisse pas faire, il tente de se défendre, mais il se brûle en donnant un coup de bec au serpent intangible. Malgré ça, il réessaie, une fois, avant de capituler. Il n’est pas assez bête pour recommencer encore et encore en se blessant à chaque nouvelle tentative…

Je maintiens le serpent entre nous et le griffon, ouvrant tout de même un passage à l’animal pour lui laisser une chance de s’enfuir et de nous laisser tranquille. Je doute qu’il ne revienne pas un peu plus tard, mais s’il s’envole, nous aurons suffisamment de temps pour aller récupérer le fil dans la charrette… J’espère tout de même que personne ne m’aura vu utiliser ma magie, personne d’autre que Nemza en tout cas… Même si, elle aussi, elle pourrait finir par avoir peur de moi, à force de me voir faire toutes ces choses de sorcière…
notes
Contenu sponsorisé
Profil Académie Waverly
Reluctant heroines [Pv. Nemza] Empty