Reluctant heroines [Pv. Nemza]

Ghiss D'Amour
Ghiss D'Amourvictime de cupidon
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Reluctant heroines [Pv. Nemza] - Page 3 EmptyDim 8 Sep - 15:10

Ghiss

Nemza

Nobody want to die too fast


Nemza cesse de dépecer la carcasse de l’animal que son loup a chassé pour nous, lui jetant justement les restes du lapin. Je souris à l’animal avant de recentrer mon attention sur la barbare, pour lui demander comment elle aime manger sa viande. Puisque je suis en charge de la cuisson, je m’en voudrais de ne pas la servir correctement ! Elle rit un peu, sans doute à cause de ma boutade sur les chaussures, plus que sur ma demande qui n’a rien de fantasque. Alors je continue de sourire, contente de la voir s’amuser.

« Je te prête les miennes si tu veux, mais faut me les rendre avant d’arriver en ville. Les gardes me détestent déjà assez comme ça, faudrait pas que j’aie l’air encore plus… Bref, saignante, sinon, pour la viande. »

Encore plus sauvage ? C’est cela que tu allais dire ? Je ris un peu en hochant la tête pour l’informer que j’ai bien pris en compte sa requête. Une viande saignante pour la dame, et un peu plus cuite pour moi… A priori, si j’attends que les premiers morceaux mit sur le feu soient bien cuits, les derniers qu’on ait piqués devraient être parfaits pour Nemza.

« Non t’inquiète pas, il vaut mieux que tu les gardes ! Moi j’ai déjà l’air de m’être habillée dans des poubelles, autant qu’il y en ait une de nous deux qui reste un peu classe ! » Répondis-je, riant un peu ensuite en me rappelant de ces fois où je me suis retrouvée nue et surtout pieds nus après mes transformations. Je ne vais pas dire que ça m’enchante de marcher sans rien aux pieds, mais j’ai plus ou moins l’habitude, je devrais survivre jusqu’à ce qu’on arrive en ville.

Il faut quelques minutes pour que la viande soit prête, mais lorsque ça me paraît bon, je m’empresse de retirer les branches du feu, sans me soucier de me brûler ou non, les flammes ne me faisant plus rien depuis longtemps. J’en plante une au sol, devant Nemza, en lui disant de faire attention au fait que ce soit chaud, même si toute la fumée qui se dégage de la viande devrait suffire à la persuader d’attendre quelques instants avant de se jeter sur son repas.

Quant à moi, je n’attends pas et arrache un bon morceau de lapin avec mes dents pour commencer à le mâcher longuement. Ce n’est pas ce que je préfère manger au petit matin, mais je me suis déjà réveillé avec pire goût dans la bouche, alors on va dire que ça me convient. Et puis ça nous donnera des forces, et on ne peut pas faire l’impasse sur cela !

« Tu vas lui demander quoi, au marchand ? Je t’imagine bien dans une jolie robe, un peu verte ou bleue tiens… » Me demande la barbare après avoir goûté à son morceau de viande.

Je la regarde en grimaçant d’un seul coup. Une robe ? Et puis encore, des collants et des porte-jarretelles ? Quelle idée saugrenue. Je secoue vivement la tête comme pour chasser cette image de ma tête, me redressant par la même occasion en m’efforçant d’avaler ce que j’ai dans la bouche pour pouvoir lui répondre avant qu’elle ne s’imagine que ça pourrait me plaire.

« Certainement pas ! C’est tout sauf pratique, surtout si je dois encore me faire enguirlander par des gardes, je la déchirerais trop vite… Non, je vais sûrement demander des trucs souples pour combattants, et peut-être un manteau en cuir ! Et toi, t’aimerais quoi comme capuche ? Un truc un peu stylé, genre en forme de bec de faucon ? » Lui rétorqué-je, le sourire au lèvres, bien que je sois plus sérieuse qu’elle avec son histoire de robe. Non mais sérieusement, une robe…

Tandis que j’attends sa réponse, je jette mon morceau de bois dans l’herbe en engloutissant presque le dernier morceau de viande qu’il me reste. Je soupire ensuite, rassasié, et me relève tout doucement avant de m’étirer longuement, faisant ainsi craquer la plupart des os qui composent mon squelette. Ah, que ça fait du bien !

« Bon, on y va ? J’ai un peu peur que l’autre mec cherche à nous entuber en faisant genre de nous oublier ou un truc comme ça. »
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Nemza Samnos
Nemza Samnosvictime de cupidon
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Reluctant heroines [Pv. Nemza] - Page 3 EmptyLun 9 Sep - 15:49
Nemza avait parfois été du genre à se jeter sur la nourriture. Elle avait parfois été affamée au point de rêver ne serait-ce que d’un bout de pain. On ne nourrissait les esclaves que parce qu’ils en avaient besoin pour ne pas mourir, pour continuer à travailler. On leur donnait les restes, les trucs un peu mauvais, abîmés. Ils tombaient malades, et ça coûtait moins cher d’en racheter un que de le soigner. Les esclaves ne vivaient jamais vieux, Nemza l’avait toujours su. Elle l’avait vu des centaines de fois, ce spectacle écoeurant d’un enfant, d’une jeune fille ou d’un garçon qui ne tenait pas le choc et qui mourait avant l’heure. Impossible de ne pas y penser devant ces morceaux de viande qu’elle n’aurait jamais pu espérer manger un jour au service de son maître. La fumée sentait bon, vraiment, à moins que ce ne soient les sens d’Aeron qui l’aident à percevoir toutes les nuances de cette odeur de viande. C’était chaud, bien sûr, c’était évident. La barbare ferma les yeux un instant, le temps de prononcer une ancienne prière de son peuple, qu’on disait toujours avant de manger. Et quand ce fut assez froid pour éviter qu’elle ne se brûle, elle croqua dans un morceau à pleines dents. On ne savait jamais quel serait notre dernier repas.

Après ça, elle demanda à Ghiss ce qu’elle comptait bien demander au marchand quand elles lui auraient rapporté ce qu’il avait exigé. Se retenir de rire fut vraiment difficile et pourtant, la réponse de son acolyte laissa presque penser qu’elle la croyait sérieuse. Ghiss n’avait vraiment pas l’air d’une demoiselle de la cour pourtant, et encore moins d’une quelconque paysanne ! Les robes lui iraient sans doute merveilleusement bien, parce qu’elle était jolie. Elle pourrait sans doute se fondre dans la masse des demoiselles d’honneur d’une princesse… En contrôlant un peu mieux sa langue, certes. Nemza, même avec une robe, elle resterait cet espèce de monstre, la barbare défigurée, parce que rien ne pourrait cacher ni sa cicatrice au visage, ni celles sur son poignet, ni les tatouages de son clan dont elle était si fière. Ghiss avait de la chance, c’était comme si elle pouvait encore tout à fait choisir son rôle. Et pourtant elle était là, à traîner avec elle et son loup après avoir failli mourir, profitant que leurs bourreaux soient morts et que personne ne soit là pour les reconnaître comme criminelles. C’était drôle la vie, hein. On finissait parfois par faire des choses qu’on n’aurait pas imaginées.

« Certainement pas ! C’est tout sauf pratique, surtout si je dois encore me faire enguirlander par des gardes, je la déchirerais trop vite… Non, je vais sûrement demander des trucs souples pour combattants, et peut-être un manteau en cuir ! Et toi, t’aimerais quoi comme capuche ? Un truc un peu stylé, genre en forme de bec de faucon ? »


Nemza se contenta tout d’abord de hausser les épaules en affichant une moue indécise, du moins ce qui aurait été une moue indécise si son visage n’était pas si particulier. Elle se moquait bien de la capuche en question, il faudrait qu’elle cache son visage du mieux possible et qu’elle soit d’une couleur discrète pour la chasse. Voilà qui ne devrait pas ruiner le marchand, contrairement à la tenue que semblait convoiter Ghiss… La sauvage eut envie de rire en pensant à ça. Il était presque certain que le marchand allait essayer de les entourlouper pour éviter de leur donner ce qu’elles demandaient – et auquel elles avaient droit puisque leur marché avait été clair. Sans répondre plus que cela, la rousse continua de manger sa viande avec rapidité… Mais moins qu’Aeron, qui avait déjà terminé.

« Bon, on y va ? J’ai un peu peur que l’autre mec cherche à nous entuber en faisant genre de nous oublier ou un truc comme ça. »


L’ancienne esclave releva la tête, quittant des yeux la pique de bois qui venait de perdre toute utilité maintenant qu’elle avait englouti le dernier morceau de lièvre. L’autre fille avait fini, apparemment, et elle s’étirait doucement. Sa voix avait l’air plus décidée que son corps ! Mais Nemza ne se fit pas prier. Plus vite elles iraient récupérer leurs fringues, plus vite elle pourrait retourner dans la forêt. Elle avait toujours détesté la ville. Même si sa destination n’était pas encore évidente, elle prendrait le temps d’y réfléchir au calme, et loin de ces abrutis de « civilisés » qui perdaient de vue bien des choses en se repliant sur eux mêmes et en massacrant leurs congénères sans respect, pour des futilités.

- C’est parti
, annonça-t-elle en se relevant à son tour.

Elle n’eut pas besoin de donner d’indication à Aeron, le loup se dressa fièrement sur ses pattes à son tour. De son œil valide, sa compagnonne l’observa. Il faudrait un bout de fil ou de ficelle pour lui faire un collier en ville, aussi. Ça le ferait peut-être passer pour un chien, du moins assez pour qu’on ne vienne pas l’accuser de sorcellerie dangereuse. Officiellement sa magie n’était pas interdite. Officieusement…

- Moi aussi je pense qu’il va essayer de nous avoir. Sauf s’il a de l’honneur. Mais c’est rare dans cette profession.


Elle baissa les yeux, observant le sol d’un air plus renfermé. Le marchand chez lequel elle avait récupéré le colis qu’on l’accusait d’avoir volé n’avait pas témoigné en sa faveur. Il avait préféré insister sur l’air curieux qu’elle avait eu dans sa boutique pour laisser sous-entendre qu’il la croyait capable d’un tel vol. Pourtant, elle le connaissait. Elle avait souvent récupéré là des paquets de son maître, à lui rapporter ou à emporter ailleurs en son nom. Elle avait cru qu’il l’aiderait. Elle lui en avait voulu. Et puis elle avait fini par comprendre que son maître avait déjà décidé de sa culpabilité, et qu’il aurait fallu être fou pour essayer de s’opposer à lui, à moins d’être son égal ou son ami proche. Le marchand ne l’avait pas détrompé parce que c’était le plus simple pour lui. Parce que la vérité lui importait peu. Et quand Nemza l’avait revu, des années après, défigurée, elle avait vu son regard se vider. Il avait feint de ne pas la reconnaître.

Inutile de dire que lorsqu’elles approchèrent de la ville à nouveau, Nemza ne sourit pas. Qu’elles se dépêchent, qu’elles sortent de là. Les villes n’apportaient des problèmes, aussi petites soient-elles. Surtout que cette fois, elle allait devoir rentrer avec Ghiss et voir le marchand. Nemza n’était pas bête, elle savait qu’elle lui ferait sûrement peur. Que s’il refusait effectivement de les aider, il dirait que c’était de sa faute à elle, que Ghiss ne lui avait pas dit que son amie était une sauvage, qu’il n’aurait pas accepté s’il avait su, que leur accord ne tenait plus. Mais Nemza ne se laisserait pas faire cette fois, elle n’était plus l’enfant qui s’était fait avoir. Et si les gardes devaient venir la chercher et la jeter dehors, elle repartirait quand même avec ce qu’elles avaient gagné. Au moins des vêtements pour Ghiss.

Elle refusa de baisser les yeux. Elle observa les villageois qui ne cachaient pas leur dégoût et les enfants effrayés. Elle ne chercha pas à sourire, à atténuer quoi que ce soit. Le seul moment où Nemza accepta de faire profil bas fut le moment où elles croisèrent une patrouille de gardes qui ne manqua pas de ralentir et de juger leur dégaine à tous les trois. Sans les arrêter, pour le moment. Mais en se promettant sans doute de les avoir à l’oeil, en les regardant prendre la direction de la boutique de la veille. Nemza en entendit un cracher, elle le vit même par les yeux d’Aeron. Son sang ne fit qu’un tour mais pour cette fois, elle réussit à garder son sang froid. Ce n’était pas le moment. Mais elle aurait sa revanche.
Ghiss D'Amour
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Reluctant heroines [Pv. Nemza] - Page 3 EmptyVen 20 Sep - 16:31

Ghiss

Nemza

Nobody want to die too fast


Nemza hausse les épaules sans répondre à ma question, alors même que c’est elle qui a commencé à parler de fringues. Ce n’est pas bien grave, je crois que je connais déjà la réponse en fait. Elle s’en fout de ce à quoi va ressembler ce qu’elle va récupérer, elle n’est pas intéressée par le style, sa capuche ne lui servira qu’à caché sa gueule… Je comprends pourquoi elle veut faire ça, parce que les gens ont peur d’elle et la dévisagent comme si c’était un monstre, moi la première, mais je trouve ça dommage, parce qu’une fois qu’on s’y habitude, ce n’est plus vraiment dérangeant… Au contraire, je trouve que ça la rend… Charismatique. J’inspire profondément en me faisant la réflexion, sentant au passage mes joues chauffer très légèrement, puis je me relève en lui demandant si on peut partir. Je sais que le retour en ville marquera la fin de notre collaboration, ça me peine un peu, mais je pense que pour elle, ce sera plutôt un soulagement, alors autant ne pas traîner. Et en plus de ça, comme je lui dis si bien, je ne fais pas trop confiance à celui qui nous a confié notre quête.

« C’est parti. » Répond simplement la barbare en se levant à son tour.

Aeron se lève lui aussi, alors je le regarde en repensant à tout ce qu’ils m’ont expliqués ce matin… Leur lien est si particulier… Je me demande si je pourrais m’entendre aussi bien avec le dragon qui sommeille en moi, un jour. Ça m’étonnerait, mais je pense qu’il n’y a rien qui me ferait plus plaisir que de m’entendre avec cette chose. Tandis que je m’apprête à emboiter le pas, Nemza me confit qu’elle aussi a des doutes quant au fait que le marchand honorera sa parole. Alors je lui souris en même temps que je récupère le sac de fils pour le mettre sur mon épaule.

« S’il essaye de nous rouler, je ferais cramer sa boutique ! » Fis-je sur le ton de la rigolade, bien qu’un soupçon de vérité se cache dans mes paroles.

Je ne compte pas lui faire de mal, à lui. Je ne vais pas le tuer simplement parce qu’il ne veut pas honorer sa promesse… Cependant, je le forcerais à nous donner notre récompense. Ça ne sera pas vraiment du vol, cette fois, j’aurais bien le droit de me servir. Et s’il m’en empêche, et bien… Il perdra de l’or, beaucoup d’or, et ça lui apprendra à essayer de rouler une sorcière !

Pour une fois, je suis plutôt calme sur le trajet. Sans doute parce que je ne suis pas encore très bien réveillée. Enfin, ça ne m’empêche pas de parler quand même, de commenter quelques trucs devant lesquels on passe, de remarquer que j’ai égaré l’épée que j’ai volé à un garde hier, de proposer des baies à Nemza avant qu’elle ne me dise qu’elles ne sont pas comestibles… Même si j’essayais, je ne saurais pas me taire complètement.

Nous arrivons alors en ville, et l’ambiance est tout de suite différente, plus pesante je dirais… Je jette quelques coups d’œil à l’autre rousse, mais elle a l’air de s’être totalement fermée, elle ne sourit pas un seul instant. Je peux le comprendre, étant donné comment les gens nous dévisagent. Enfin, surtout elle, parce que personnellement, on ne m’avait jamais regardé de la sorte avant que je la rencontre… Et je n’ose pas imaginer ce qu’elle doit endurer depuis qu’elle a cette cicatrice sur la gueule.

Ça commence à m’exaspérer, au bout d’un moment. Entre les enfants qui sur-jouent la peur en la traitant de monstre, les gardes qui nous arrêteraient presque alors qu’on ne fait que marcher ou les gens qui ont l’ait indignés de sa simple existence. Je ne sais pas comment elle fait pour garder son calme, moi-même je peux sentir mon sang bouillir. Alors qu’on approche de la boutique de vêtements où nous sommes entrées hier, je me rapproche jusqu’à coller mon bras au sien pour lui chuchoter discrètement quelque chose.

« Si jamais ça tourne mal… Enfuis-toi avant qu’il appelle les gardes. Je veux pas qu’il t’arrive d’ennuis à cause de moi. »

Je me sépare alors d’elle en lui souriant et me poste juste devant la porte du magasin, en m’inclinant légèrement et en lui faisant signe d’entrer avant moi, par politesse, même si j’appréhende un peu ce qu’il va se passer avec le marchand… S’il faut, ça ne sera même plus lui à l’accueil, mais sa femme ou un de ses enfants. Alors on aura du mal à les convaincre qu’on n’a pas volé les bobines de fil, mais qu’on est allés les chercher pour lui…
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Nemza Samnos
Nemza Samnosvictime de cupidon
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Reluctant heroines [Pv. Nemza] - Page 3 EmptyLun 23 Sep - 8:21
Quand les deux demoiselles atteignirent la boutique du marchand, Nemza fut surprise de constater que Ghiss s’approchait d’elle. Enfin, elle ne fut pas vraiment surprise par son mouvement, mais plutôt curieuse d’en comprendre l’intention jusqu’à ce que la fille commence à chuchoter tout bas, comme si elle avait un secret à partager. En vérité, elles partageaient déjà ce genre de choses si on voulait être exact. Nemza savait que son acolyte était une sorcière et métamorphe ayant échappé à l’échafaud, et sa fameuse camarade savait qu’elle y avait échappé également. Elle avait avoué devant elle avoir tué quelqu’un. Et il était désormais évident qu’elle pratiquait la magie des Anciens, raison supplémentaire sans doute pour que les gardes soient si agressifs en ne la voyant pourtant que marcher dans leur ville. Qui savait quelles perversions cette magie des bêtes allait apporter en ville, n’est-ce pas ?

« Si jamais ça tourne mal… Enfuis-toi avant qu’il appelle les gardes. Je veux pas qu’il t’arrive d’ennuis à cause de moi. »


La borgne ne put pas empêcher un bref éclat de rire de sortir de sa gorge. Elle n’aimait pas fuir, c’était lâche, ce n’était pas ce qu’on faisait chez elle. Abelard avait pourtant insisté sur le fait qu’il valait mieux parfois reconnaître la supériorité d’un ennemi, il est vrai, mais Nemza avait toujours été sceptique. Il était hors de question qu’elle laisse un marchand l’accuser de vol. Il était tout aussi hors de question qu’elle laisse un marchand accuser son amie de vol, alors qu’elle avait insisté personnellement pour qu’elles fassent les choses bien. Peut-être qu’elle n’avait pas les talents de son amie pour tout brûler, mais elle avait d’autres cordes à son arc. Nemza savait se montrer… Persuasive. Menaçante, surtout. Ça ne donnait jamais vraiment envie de se mettre sur son chemin.

Ghiss lui adressa un sourire en s’éloignant un peu, juste assez pour qu’elles retrouvent leur espace personnel. Elle lui souriait. C’était presque bizarre, les gens n’avaient pas pour habitude de lui sourire ici, ils faisaient ça entre eux. Il n’y avait que les autres nomades qui lui aient déjà adressé ce genre de petite attention. Et puis, parfois, les rares fois où cela se produisait chez les autres, les « civilisés »… Il y avait une lueur de pitié quelque part dans leurs yeux qui ne lui plaisait jamais. Mais Ghiss ne se borna pas à sourire ! Elle fit également signe à l’ancienne esclave d’entrer la première.

Si on avait demandé son avis, Nemza aurait dit que c’était une mauvaise idée. Il n’était néanmoins probablement pas très stratégique de se disputer sur ce sujet alors la « barbare » ne tarda pas à se glisser à l’intérieur. Aeron se coucha dehors, à côté de la porte, dans une position propice pour leur servir de guet. Nemza n’inspirait jamais la confiance aux « honnêtes gens », pas la peine d’en rajouter avec un loup à ses côtés… Du moins pas la peine pour l’instant.

Alors qu’elle venait de pénétrer dans l’échoppe, son œil valide aperçut une femme qui avait l’air de travailler là toute seule. La demoiselle était fort bien apprêtée, toute jolie, probablement même un peu trop pour ce genre d’endroit perdu, pour ce genre de village entouré de forêt. Si elle appartenait à la famille du marchand, nul doute qu’ils devaient voyager ou que le marchand lui rapportait de beaux cadeaux de ses escapades. Nuls doute aussi qu’ils avaient beaucoup d’argent, il suffisait de voir que la robe entière de la femme était teinte du pigment le plus rare, le bleu. Nemza avait l’oeil pour juger les riches. Les années au service de son maître avaient été riches d’enseignement, justement. Elle n’eut cependant besoin de rien pour constater que la femme était extrêmement gênée de voir une barbare couverte de tatouages traditionnels et défigurée entrer. Nemza leva les yeux aux ciel, enfin l’oeil, plutôt. Son œil blanc ne bougea pas d’un millimètre, renforçant sans doute l’air bizarre qu’elle devait avoir.

- Qu’est-ce que tu… Vous faites là ?
Demanda la femme, mal à l’aise.
- Bonjour, se contenta tout d’abord de répondre Nemza, agacée.

Sans ajouter un seul mot, ne sachant pas vraiment comment gérer ce genre de situations là sans tout envenimer, la nomade posa lourdement le sac de fils sur le comptoir. Autant laisser Ghiss choisir quoi dire, elle, il valait mieux qu’elle se tienne en retrait dans cette histoire. Sa présence suffisait à rendre la provenance de ses fils suspecte. On traitait son peuple de voleurs trop souvent pour que cette fille soit dénuée de tous préjugés, il suffirait d’un seul mot pour que Nemza s’enflamme, alors autant essayer de rester calme et de se mêler le moins possible de la conversation.

- Où est-ce que vous avez eu ça ?
Demanda la femme en jolie robe d’un air suspicieux et méfiant.
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