L'appel du ventre

Esperanza Blackwood
Esperanza Blackwoodvictime de cupidon
Avatars : Daniella Pineda
Messages : 62
Date d'inscription : 28/04/2019
Profil Académie Waverly
L'appel du ventre EmptyDim 23 Juin - 21:10
Aujourd’hui, elle allait lui dire. Ou peut-être pas, en fait. Peut-être que c’était une mauvaise idée ? Esperanza avait beau fouiller sa mémoire, elle n’arrivait pas à se rappeler. Avait-il une alliance ? Avait-il déjà laissé échapper le moindre indice concernant une copine, une fiancée, une femme ? Elle n’aurait pas su dire s’il était resté discret ou si son cerveau avait préféré occulter ces informations. Qu’est-ce qu’elle aurait honte, si elle osait enfin faire un pas et qu’elle apprenait que rien ne serait possible pas uniquement parce qu’elle ne lui plaisait pas – ça, elle savait qu’il y avait de grandes chances que ça se produise – mais simplement parce qu’il y en avait une autre et qu’elle l’ignorait… Elle ne voulait de mal à personne, Esperanza, encore moins à un couple qui, s’il existait, était sans aucun doute charmant.

Alors peut-être qu’elle ne dirait rien. Peut-être qu’il allait venir, comme souvent, et qu’elle baisserait les yeux vers ses mains. Peut-être qu’un anneau doré la dissuaderait de prononcer le moindre mot, peut-être qu’elle se sentirait mourir sur place d’avoir osé imaginer ne serait-ce qu’un café avec cet homme… Ou peut-être qu’elle lui dirait. Peut-être qu’elle trouverait le courage de l’inviter. Un café, un cinéma, peu importait au fond, ce qu’il fallait c’était juste… Une possibilité. Une tentative. N’importe quoi qui puisse lui faire plaisir, ou au moins la satisfaction d’avoir osé et de ne plus se cacher. Peut-être qu’il allait lui mettre un vent et refuser de mettre les pieds à nouveau dans sa boutique. Cette idée lui serra le coeur.

Esperanza, elle avait prévu tout un discours. Elle avait réfléchi. Elle savait bien qu’en étant aussi timide qu’elle, elle n’oserait rien dire sans l’avoir un peu prémédité. Alors maintenant qu’elle réarrangeait les gâteaux dans la petite vitrine, elle se répétait les passages clefs de ce qu’elle avait prévu de lui dire. Comme elle était seule pour tenir la boutique, elle devait à la fois pâtisser et vendre, ce qui n’était pas toujours facile mais avait au moins l’avantage de la laisser tout gérer comme elle le voulait. Ça la faisait travailler beaucoup, tard aussi, mais elle ne le regrettait pas. Elle regrettait seulement de ne pas avoir plus de temps à consacrer à Iris, à sa chère Iris, sa tendre petite sœur qui aurait bien besoin d’un peu plus de son attention pourtant… Un doux sourire prit place sur le visage d’Esperanza, comme souvent, alors qu’elle pensait à son adelphe. Enfin, le mot « adelphe » serait mal choisi, étant donné qu’elles n’avaient pas les mêmes géniteurs. Mais ce n’était qu’un détail, ça.

Esperanza, elle était un peu… Stressée. Elle faillit faire une erreur en rendant la monnaie à une vieille dame, cliente habituée de la boutique et qui ne manquait jamais une occasion d’acheter une de ses verrines de mousse au chocolat. Et faire des erreurs, c’était inadmissible ! Alors son niveau d’angoisse augmenta encore un peu, avec l’aide de quelques pensées parasites qui ne manquaient jamais de venir s’ajouter au problème de départ, comme toujours. Et s’il ne venait pas aujourd’hui, finalement ? Pire, et s’il ne venait plus jamais ? Peut-être qu’elle avait loupé toutes les opportunités qu’elle aurait pu avoir pour faire un pas vers lui ! Peut-être que leurs chemins ne se recroiseraient plus jamais, peut-être qu’il avait déménagé dans une autre ville, un autre état, un autre pays. Peut-être qu’il avait été écrasé par le bus en venant chercher un gâteau, justement. Esperanza secoua la tête, sachant très bien qu’elle divaguait sérieusement en se mettant à envisager de telles hypothèses.

Mais voilà, elle n’était pas douée en…. Drague. Ni même en invitation. Elle n’était pas sûre d’être douée en amitié tout court, d’ailleurs, malgré tous les efforts qu’elle avait toujours pu faire pour les autres, malgré sa générosité qu’elle considérait comme normale alors qu’elle était assez grande pour la mettre régulièrement dans des situations difficiles. Mais ça allait être facile, pas vrai ? Il allait entrer, elle allait lui dire « bonjour » et il répondrait sûrement pareil. Et comme ils discutaient souvent un peu parce qu’il n’y avait pas grand-monde, elle lui demanderait s’il allait bien. Elle regarderait s’il avait une alliance, et dans l’hypothèse où il n’y en ait pas, elle n’aurait qu’à lui dire quelque chose comme « au fait, ça te dirait si on prenait un café ensemble un de ces jours ? » et il lui dirait « oui » ou « non » et l’affaire serait close. De manière positive ou négative, ça restait à voir, mais elle serait close. Il suffisait de s’en tenir à ces quelques mots et de respirer. Hein ?
Sauf que quand elle le vit arriver, Esperanza, elle perdit tous ces moyens. En le voyant ouvrir la porte, ses mains tremblèrent assez pour que l’énorme charlotte au chocolat qu’elle s’apprêtait à ajouter à la vitrine lui tombe des mains. Un air catastrophé prit place sur son visage, sans qu’elle parvienne à détourner le regard de son client. Et le seul mot qui quitta ses lèvres fut…

- Bonjoir !


… Ça s’annonçait bien.
Koda Lupesco
Koda Lupescovictime de cupidon
Avatars : Jake G ©andthereisawoman
Messages : 29
Date d'inscription : 23/03/2019
Profil Académie Waverly
L'appel du ventre EmptyJeu 25 Juil - 18:59
Have you ever felt love slowly dying?
But can it be born again? Lord, I’m trying.
Attitude

You don’t think I’m trying

La vie passe si vite. Si vite. Ça va parfois trop vite et trop fort pour toi. Tu subis les changements sans comprendre réellement d’où ils viennent. Tu t’en rends compte quand tu prends le temps d’arrêter un peu. De penser à autre chose que tes millions de responsabilités , tes centaines d’occupations. Quand tu prends le temps de seulement t’arrêter. De regarder autours de toi. Quand tu prends le temps de te poser , de faire ce bilan qui attends parfois des années par manque de temps. Par manque d’investissement aussi. Tu sais, Koda. Il y aura bien un jour où il faudra que tu te décide à t’investir. Y’a un moment où tu pourras plus faire semblant de pas voir le temps qui passe. Tu vois les tiens grandir. Devenir des adultes. Tes petites soeurs et tes petits frères sont presque tous des adultes maintenant. Et tu vois la vie passé. Filer à toute vitesse. Les gens changent et toi aussi, sans même t’en rendre compte. T’en est a ton troisième mariage raté. Tu vois ton mariage se décrépir, mourir. L’amour s’est fait la malle y’a un bon moment déjà. Tu le constate chaque jours un peu plus. Et depuis quelques mois, vous ne portez même plus vos alliances. Vous ne faites même plus l’effort de vous faire croire que vous y croyez encore. Tu passes le plus clair de ton temps en dehors de votre appartement, loin, très loin d’elle. T’as plus le courage de l’affronter quand tu rentre comme aujourd’hui. Elle et sa mine austère. Le visage grandiloquent, l’air amère qu’elle a toujours lorsque tu apparais dans une pièce sans qu’elle ne s’y attende, elle te toise de ses grands yeux verts que tu as un jour aimer, choyer et chéri. Ce n’était pas il y’a si longtemps, il te semble. Tu crois te souvenir avoir eut un jour le coeur qui bat pour ce regard. Pour cette femme. Tu penses l’avoir aimer un jour pas si lointain. Tu passes encore ton temps à te convaincre que cette relation n’était pas vaine. Elle a son regard glaçant, créature à sang froid, reptile rampant vers toi pour embrasser d’un geste automatique ta joue. Toi qui n’as jamais su jauger les émotions de cette femme, tu te retrouve perdu de nouveau. Et tu déposes les clefs de ta voiture dans l’entrée d’un appartement qui t’appartient sans réellement t’appartenir. Un foyer qui n’est pas vraiment le tien non plus. Un foyer que t’as été forcé de voir évoluer un peu à tes dépends. Sans toi. T’as vu ta femme s'installer, décorer, mettre en place des choses ici et t’as fini par oublier que c’était chez toi. T’as oublié que tu devrais être maître des lieux, que cet appartement avait vu d’autres femmes, d’autres grands yeux froids, d’autres disputes, d’autres amours, d’autres passions éteintes aussi vite que celle-là. Elles s'enchaînent, mais ne se ressemblent jamais, ces histoires d’amour qui tombent en désillusions. Perdues dans quelques mois et quelques années. Des tendresses fugaces qui s’éteignent plus vite qu’elles ne sont arrivées. Et tu voudrais dire que t’aimerais croire ça. Que t’aimerais croire que l’amour c’est vrai. Qu’il dure pour toujours. Qu’il suffit d’avoir un peu de courage. Qu’il suffit de faire des efforts. Mais t’es pas comme ça , toi. T’es pas ce genre d’homme. Tu tombe plus vraiment amoureux. T’es même pas certain d’avoir aimer un jour. T’as jamais ressentis les passions qu’on décrit dans les livres et les films et les séries. T’as jamais ressenti cette passion-là.

T’as bel et bien prononcé des voeux. T’as bel et bien promis que tu resterais avec ces femmes jusqu’à ta mort ou la leur. Mais la vérité c’est que t’as jamais cru en ces paroles. T’as jamais pensé ça possible. Et t’oses pas de nouveau demander un divorce qui va te pomper du fric, de l’énergie, qui va créer des disputes, des discussions sans fins. Alors vous restez ensemble. Vous continuez vos vies sans que l’un ou l’autre n’y participe vraiment. Elle est présente à tes repas de famille et toi aux siens. Mais en dehors des événements particuliers, vous ne discutez plus vraiment. Vous n’avez plus rien à vous dire, à vrai dire. Et ça te manque pas. Elle te manque pas. Tu es très bien sans elle. T’es trés bien dans ta petite vie. Et plus le temps avance, plus tu te rends compte que la solitude te convient de mieux en mieux. « - Tu déjeunes avec moi ? » Elle semble espérer un peu que vous passerez du temps ensemble mais tu hausses les épaules en observant ta montre d’un air distrait. Tu cherches une raison d’accepter. Une seule. Mais, tu trouves rien. T’as pas envie de passer du temps avec cette femme. T’as pas envie de la voir ni de lui parler. T’as aucune envie de discuter de choses banales avec elle et s’il faut, tu préférerais inventer une excuse. T’en as pas vraiment besoin parce que de toute façon, tu as des choses à faire. « -Non, pas aujourd’hui, trebuie să-l văd pe Maria în după-amiaza asta.» Tu lui embrasses la joue avant de filer dans la chambre, changer de vêtements. T’as pas envie de rester ici. T’as pas envie spécialement de discuter avec elle parce que tu sais que ça finirait de toute façon en dispute. Et t’as plus le courage de te disputer. T’as plus le courage de débattre sur les raisons de l’échec de votre mariage. Et pourquoi vous ne parlez plus. Et tu sais qu’elle pourra plus retenir ses reproches. Qu’elle te dira que tu gâche tout. Que tu fais jamais assez. Jamais suffisamment. Tu sais qu’elle a l’impression que tu l’as jamais aimer. Et c’est peut-être le cas.

Tu sais au fond qu’elle a probablement raison en vérité lorsqu’elle t’accuse de l’abandonner un petit peu plus chaque jour. Tu sais que t’es démissionnaire au possible. Que t’as toujours préféré cent fois passé une après-midi avec ta soeur qu’une heure avec elle. T’as toujours préféré la compagnie de ta famille que celles des autres. Parce qu’au bout du compte, c’est eux qui s’occupent vraiment de toi. C’est eux qui prennent soin de toi quand tu n’arrive même plus à relever la tête. Tu ne peux même plus compter les fois où ta soeur t’as traîné jusque dans la baignoire pour te laver alors que tu avais passé la nuit à juste vomir encore et encore. Peut-être bien que tout ça , ça te pousse à vouloir être plus proche de ta famille encore. Dans l’idéal et si vous aviez de l’argent, t’aimerais bien vivre avec eux tous dans une grande propriété. Le problème c’est que vous avez pas une thune. Et vous avez beau essayer de mettre de côté, essayez de vous cotiser pour garder la maison debout, les traitements de maman, ceux de Nelu, les études de Nicu, celles d’Andreï, celles de Mimjka. Vous vous en sortez à peine. Tu penses même pas à toi et ta santé. T’oses plus aller chez le médecin parce que tu sais que ton cas est en train de s'aggraver. Tu sais que tu finiras sourd, d’une façon ou d’une autre. T’entends déjà plus très bien du côté gauche, et t’oses pas dire à Olga que ça fait plus d’un mois que ton oreille est constamment en acouphènes parce que tu sais bien qu’elle finira par te traîner à l’hôpital, que ça engrangerait des frais qui vous dépassent complètement. Et tu veux pas être responsable de ça. Tu supportes pas l’idée de retirer le pain de la bouche de toute ta famille pour ton propre confort. L’idée même est inacceptable. Ta pas le courage de te battre avec eux à ce sujet, parce que tu sais que pour eux, t’es inconscient. Que t’as pas à faire tous ces sacrifices pour qu’ils soient heureux. Mais t’arrive pas à supporter ça.

C’est peut-être pour ça que même si ta petite soeur est infernale. Même si elle se comporte mal au lycée, même si elle a du mal à l’école et avec les règlements, tu continue inlassablement d’aller dans des petites pâtisseries un jeudi sur deux pour lui acheter une tarte à la framboise et déjeuner avec elle. Elle a dix-huit ans, pourtant tu la vois encore comme cette toute petite fille qui suivait partout Olga et Gabi en hurlant qu’elle voulait jouer avec elles. Tu sais que vous lui avez pas assez offert. Pas assez donner. Sans doute parce qu’elle est la petite dernière et qu’il fallait nourrir tout le monde. Elle a sans doute eut la pire des enfance de la famille. Elle n’était pas attendue, elle n’avait pas assez de place pour grandir, pas un seul placard à elle toute seule, des jouets qui appartenaient à ses frères et soeurs, elle n’avait jamais de vêtements neufs et à la mode. Et c’est peut-être pour ça qu’elle a aujourd’hui ce besoin de se faire remarquer d’une façon ou d’une autre. Peut-être pour ça qu’elle a ce besoin-là. Tu peux pas lui en vouloir vraiment mais tu t’inquiète pour elle et pour son avenir. Tu t'inquiète de ce chemin qu’elle semble si décidé à prendre. T’as peur qu’elle se perde un peu. Qu’elle finisse par regretter ou même pire. Qu’elle finisse par avoir de vraiment mauvaises fréquentations qui l’entrainent véritablement dans un quotidien dangereux. Tu essaies de lui parler. De la convaincre. De lui faire entendre raison. Lui montrer que vous êtes pas contre elle mais que vous vous inquiétez. Et tu regardes ta montre, t’es un peu en avance mais tu crains de t’attarder un peu trop à la pâtisserie parce que tu as tendance à parfois un peu flâner et discuter avec la pâtissière. Tu aime bien cette petite boutique. Elle te rappelle lorsque t’étais encore un gamin qui dépensait ses premières paies pour acheter des sucreries à ses parents et le reste de sa famille. T’as l’impression que cette époque était plus douce. L’époque où ton père était en vie. Où ta mère n’était pas tomber malade. Cet endroit te rappelle de bons moments. Des moments plus simple. Plus beaux.

Tu entres dans la boutique dans un fracas, t’as un sourire aux lèvres qui disparaît quand la jeune femme fait tomber une énorme charlotte au sol qui s’étale contre le carrelage blanc dans un gros fracas. Tu te précipites pour l’aider mais elle semble presque figée quand elle te sort un « -Bonjoir ! » un peu paniquée. Tu souris, toi. Parce qu’il n’y a franchement pas mort d’homme. Et tu t’avances un peu vers elle, le sourire toujours ancré sur les lèvres. Elle est toute rouge et tu te baisse en même temps qu’elle pour ramasser le plateau. « -Bonjour. Tu as besoin d’aide ? » Tu crache avec ton accent à couper au couteau, simplement par politesse. T’avais jamais remarqué les détails de son visage, ni même les contours qui le forme. Tu peux pas mentir, elle est vraiment jolie, même couverte de chocolat. « - Je ne te pensais pas si maladroite. » Tu dis un peu ça pour rire, surtout pour faire la conversation, t’aime bien cette boutique, et t’es assez fidèle à tes habitudes.


(c) DΛNDELION
Esperanza Blackwood
Esperanza Blackwoodvictime de cupidon
Avatars : Daniella Pineda
Messages : 62
Date d'inscription : 28/04/2019
Profil Académie Waverly
L'appel du ventre EmptyLun 29 Juil - 17:36
La mission du jour avait évoluée, l’objectif était désormais différent. Il ne s’agissait plus d’oser ou non demander un rencard, un numéro de téléphone ou n’importe quoi de ce genre, il s’agissait désormais d’éviter la casse, de ne pas paraître trop ridicule, de rester… Digne et naturelle ? Pour la naturel, c’était déjà raté ! Esperanza croisa le regard de son client, juste un instant. Elle le vit sourire, alors elle sourit un peu à son tour, les joues rouges, l’air mal à l’aise. Elle était comme paralysée, incapable de se remettre en mouvement alors qu’elle devrait nettoyer, comme si l’interruption qu’avait été cette entrée avait totalement vidé son cerveau. Elle ne se pencha que lorsqu’elle entendit la voix de l’homme la saluer et lui proposer de l’aide, avec des gestes un peu précipités.

« -Bonjour. Tu as besoin d’aide ? »

Son accent était vraiment mignon. Il était de toute façon impossible de ne pas le remarquer. Quelle langue pouvait-il bien parler, pour que son anglais ait quelque chose de chantant comme ça ? Esperanza ne savait pas, elle n’avait jamais osé demander. De toute façon ce qui comptait, c’était sûrement que ça faisait vraiment partie de son charme…

- Non, non merci, ça va aller
, bafouilla-t-elle alors qu’elle récupérait le plateau tombé à terre.

Le gâteau s’était totalement affaissé avec la chute, elle avait reçu du chocolat sur ses vêtements et il y avait des taches sur le carrelage. Ce n’était pas sa journée mais bon, ça aurait pu être vraiment pire. La perte du gâteau n’était rien, de toute façon, face à sa peur de passer pour une imbécile aux yeux de celui avec qui elle aurait aimé prendre un verre. Est-ce qu’elle devrait lui proposer de « prendre un verre » ou de « prendre un café » d’ailleurs ? Pourquoi tout était toujours si compliqué ?

 « - Je ne te pensais pas si maladroite. »

Aïe. Esperanza n’avait jamais été maladroite, l’homme avait effectivement de quoi être surpris ! Quand on voyait la finesse de la décoration de ses pâtisseries, il aurait été difficile de l’imaginer avec des mains tremblantes ou même avec la moindre hésitation. Quand on la connaissait, on apprenait même que son habileté ne se cantonnait pas au domaine culinaire, mais qu’elle était au contraire une femme débrouillarde, pleine de ressources et douée de ses mains : réparation de meubles, plomberie, électricité, décoration, rien ne lui résistait jamais… Sauf la mise en vitrine d’une charlotte au chocolat, apparemment.

- Je fais pas autant de bêtises d’habitude,
répondit-elle alors qu’elle s’éloignait un peu en direction de la cuisine, pour se débarrasser de son gâteau explosé sur son plateau et revenir avec de quoi nettoyer… A moins que son client soit pressé, et qu’il vaille mieux le servir avant de terminer de nettoyer par terre. Les deux devaient être faits, de toute façon. Je reviens tout de suite ! s’exclama-t-elle en passant les portes de sa cuisine pour poser le cadavre de la charlotte désormais impossible à vendre, et revenir quelques secondes plus tard.

Restant derrière le comptoir, elle fit son plus plus beau sourire alors que ses yeux descendaient le long des bras de son client pour observer ses doigts, première étape d’un plan finalement pas si oublié que ça. Tout ça pour se faire jeter, est-ce que ça valait bien la peine ? Les messages qu’elle avait échangés avec Isaac lui donnèrent un peu de courage, tout de même. Il valait mieux savoir, voilà ce qu’il lui avait dit, en substance, et comme c’était un bon ami elle se disait qu’elle ferait mieux de l’écouter. Et puis, il avait trouvé une copine lui, même si elle était aveugle, alors il devait être de bon conseil, sans doute. Enfin, la fille l’avait trompé, donc peut-être que… Elle cligna des yeux, ce n’était vraiment pas le moment de se perdre dans ce genre de considérations ridicules.

- Je nettoierai après, je veux pas te faire attendre,
commença-t-elle Qu’est-ce qui te ferait plaisir, comme d’habitude ?

Après tout il venait souvent. Non, pas forcément souvent, mais disons plutôt régulièrement. Le même jour, toutes les deux semaines, pour être précise. C’était le genre d’information qu’Esperanza retenait, pas seulement pour lui mais au sujet de quasiment tous ses clients réguliers. C’était important de connaître sa clientèle, et d’en être proche. C’était la base du commerce, même… Et Esperanza finissait souvent par s’attacher sincèrement à ceux qui lui rendaient souvent visite – c’était comme ça qu’elle s’était liée d’amitié avec Isaac – voire à s’inquiéter quand elle ne les voyait plus pendant un temps – comme avec Isaac, d’ailleurs…

Elle ne le quitta pas des yeux pendant un moment, profitant un peu de cette rencontre pas vraiment prévue mais pas vraiment fortuite non plus. Il était vraiment mignon… Est-ce qu’elle avait la moindre chance de l’intéresser, déjà ? Difficile de le savoir. Est-ce qu’il aimait les femmes, même ? Comment le savoir ? Certains diraient sans doute qu’elle n’avait aucune raison d’en douter mais Esperanza n’était pas certaine que ce soit forcément toujours si évident que ça… Aller. Il ne partirait pas d’ici sans qu’elle ait au moins demandé son numéro. Même si elle s’était sans doute bien assez ridiculisée pour qu’il refuse. Même si, entre la pâtisserie, Isaac et Iris, elle n’aurait sans doute pas énormément de temps. Quoi, elle avait bien le droit de penser un peu à elle, non ? Oh Seigneur, que cette pensée lui semblait égoïste !
Koda Lupesco
Koda Lupescovictime de cupidon
Avatars : Jake G ©andthereisawoman
Messages : 29
Date d'inscription : 23/03/2019
Profil Académie Waverly
L'appel du ventre EmptyJeu 12 Sep - 15:08
Have you ever felt love slowly dying?
But can it be born again? Lord, I’m trying.
Attitude

You don’t think I’m trying

Tu sais , tu perd de plus en plus le contrôle sur ta famille. Sur les plus petit. Et avant, avant, il y a bien longtemps, on t’écoutait ne serait-ce qu’un peu. Avant, il y a bien longtemps, on te prenait au sérieux lorsque tu tentait de t’imposer. Peut-être que tu as été trop laxiste avec tout le monde. Peut-être que tu as trop donner de libertés en te disant que de toute façon, cette rébellion presque généralisée était due au fait que tu n’avais pas pu offrir à chacun toutes les belles choses qu’ils voulaient. Oui c’est sûr, vous avez tous dû vous privé. Vous avez tous dû vous empêcher de vous offrir de plus beaux vêtements, de la bonne viande, des livres qui coûtent trop chère et puis toutes les choses pourtant évidente que tous les autres ont eut. Mais, c’est pas de ta faute à toi , si ta mère et ton père connaissaient pas les capotes. C’est pas ta faute à toi, si elle voulait pas de la contraception. Si elle voulait des enfants encore et encore , des enfants alors que vous aviez pas de thune. Ils pensent peut-être que t’as jamais essayer de l’empêcher de faire des enfants ?! Y’a même un moment, après la naissance d’Anca, où tu réfléchissait à mettre la pillule dans le petit déjeuner de ta mère. C’est pas de ta faute , à toi, si vous êtes pauvres, si vous avez jamais eut les moyens de payer des études, jamais eut les moyens d’offrir de belles choses. T’es un adulte, le plus vieux de la famille, l'aîné. Et pour ça, on oublie souvent que t’as dû sacrifier sans doute bien plus de choses que tous les autres pour assurer le minimum médiocre qu’ils ont eut. Tu te souviens que quand t’étais petit , tu demandais à tes parents de rien t’offrir aux fêtes, à ton anniversaire, à noël pour qu’ils puissent se permettre d’acheter ce livre qu’Anca voulait tant. Ou cette guitare, que Gabi réclamait ou encore ces jouets que l’un des enfant voulait. Tu te souviens qu’à 14 ans déjà, tu te levais à 4 heure du matin pour aller faire les marchés et vendre des légumes pour à peine 60 dollars la matinée. Tu restais parfois à transporter des palettes et faire la caisse jusqu’à 14 heure. Seulement pour une petite soixantaine de dollars. Tu te souviens aussi de tes étés adolescent , à bosser en dehors de Chicago aux champs pendant toute la journée. T’as jamais pris de vacances. Tu t’es jamais offert quoi que ce soit. T’as jamais dépenser un seul sous pour toi-même qui n’était pas utile ou nécessaire. T’as jamais eu quoi que ce soit qui te fasse réellement plaisir.
Ils se rendent pas comptent et ils pensent que comme tu t’octroie le droit de prendre des décisions, tu ne te prives peut-être pas autant qu’eux. Ils pensent tous de toi que tu n’essaies pas assez de les comprendre et t’as bien conscience que c’est pour ça que t’es toujours en conflit avec eux. T’essaies de protéger tout le monde. T’essaie de faire en sorte que la baraque tourne et le soucis c’est qu’ils se rendent pas compte de tous les efforts que tu fais. Qu’Olga fait, aussi. Vous avez fini par être un peu mit de côté par les autres. Vous avez fini par être isolé alors qu’en vérité, vous ne méritez vraiment pas ça.

C’est pas de ta faute à toi, si vous êtes beaucoup et si vous avez rien. Parce que toi tu essaies. Et tu essaies aussi de garder Maria la tête hors de l’eau. De faire en sorte qu’elle reste sur un chemin sûr pour elle. En sécurité. Tu essaies de faire en sorte qu’elle s’ouvre à toi aussi, qu’elle te parle de ses problèmes, parce que tu es certain que son comportement ne vient pas de nulle part. Tu as voulu aménager du temps avec Maria seul à seul. Du temps où tu t’intéresse pas aux autres mais seulement à elle. Vous déjeunez ensemble une semaine sur deux, lorsqu’elle daigne venir te rejoindre. C’est un temps où tu ne te mets pas en colère. Ni pour ses tenues extravagantes, ni pour ses notes en chutes libre, ni pour ses fréquentations douteuses. Sans doute parce qu’au fond, tu as peur qu’elle finisse par fuguer. Qu’elle finisse par partir avec l’un de ces hommes trop âgés qu’elle fréquente. Tu as peur qu’elle tourne vraiment mal et tu sais que s’il lui arrivait quelque chose, tu ne pourrais jamais te pardonner de ne pas avoir su être là pour elle lorsqu’elle en avait besoin. Tu veux être certain que le jour où elle a un vrai problème, le jour où il lui arrive quelque chose de grave, elle puisse venir te voir sans craindre des répercussions. Sans avoir peur que tu te mette en colère, que tu lui en veuille ou même que tu la force à faire quoi que ce soit. Le soucis, tu le sais aussi, c’est que si elle continue comme elle le fait, il lui arrivera réellement quelque chose un jour. Et ça te terrifie. Tu sais qu’elle voudrait de toi que tu sois moins une figure parentale et plus un simple frère pour elle, mais le problème, c’est aussi que si tu n’incarne pas ce rôle, qui d’autre le fera ? Alors tu lui achète des gâteau et des tartes. Tu dépense des sous pour des repas qui lui feraient plaisir, en espérant qu’elle se rende compte un peu plus en grandissant , que tout ce que tu veux, c’est qu’elle soit heureuse, en bonne santé et hors de danger. Qu’elle réussisse elle-même sa vie, sans avoir besoin d’un homme ou d’un tiers pour y arriver. Qu’elle soit indépendante et épanouie. Est-ce que ça fait vraiment de toi une mauvaise personne ? Tu ne pense vraiment pas. Ta principale préoccupation, c’est pas qu’ils t’aiment tous. C’est qu’ils puissent compter sur toi. Et si ça se fait sans leur amour, ce n’est pas grave. S’ils décident qu’ils ne t’apprécient plus, ce n’est pas grave non plus. Tant qu’ils comptent sur toi, tu continuera de faire en sorte que tous aient une vie correcte et saine. Et particulièrement Maria.

« - Je fais pas autant de bêtises d’habitude !» La jeune pâtissière te rappelle un peu à la réalité. T’es là, sans vraiment l’être parce que t’es soucieux du comportement de la petite ces dernières semaines et peut-être que ça te rends nettement moins aimable, tu ne sais pas. C’est peut-être parce qu’elle sort de plus en plus en ce moment. De plus en plus tard et tu sais pas où elle va à chaque fois. Tu sais même pas avec qui. T’aimerais juste qu’elle puisse te dire ce qui se passe dans sa vie. T’as remarquer néanmoins qu’elle avait un peu calmer les tenues extravagante. Tu as un peu peur qu’elle se soit trouvé un garçon pas fréquentable. « - Je reviens tout de suite » Elle repart en cuisine pour y déposer le reste de la charlotte, et toi tu regarde autours de toi pour y trouver quelque chose qui te permettra de ramasser les restes de fraises pleines de crème. Mais l’endroit est si bien rangé qu’il n’y a rien pour t’y aider. Sans doute Esperanza range-t-elle les produits d’entretiens dans la cuisine. Ce qui paraît d’ailleurs plus logique. Tu jette un coup d’oeil à ta montre, tu as encore largement le temps. « -Je nettoierai après, je veux pas te faire attendre ! » dit-elle, grand sourire aux lèvres et tu te relève, un peu gêné d'abandonner le bazar que tu as toi même causé en la surprenant de cette façon. Tu devrais peut-être lui remboursé la charlotte. C’est bien de ta faute… « -Qu’est-ce qui te ferait plaisir, comme d’habitude ? » Tu hausses les épaules. Si tu dois rembourser la charlotte aux fraises, t’auras peut-être pas les moyens de payer pour autant de pâtisserie. Tu sors ton porte feuille, un peu déçu mais bien obligé de te montrer honnête et tu fais un sourire. « - Je ne vais rien prendre cette fois. Juste te rembourser pour les dégâts causé. » Tu baisses les yeux vers la vitrine, l’endroit où devrait se trouver la charlotte au fraise et tu en constate le prix. C’est cher un gâteau entier. Avec ça tu pourrais vraiment faire plaisir à tous les petits. Tu glisses les billets sur le comptoir et tu fais un sourire. « - La prochaine fois, j'espère. » Oui et puis la prochaine fois, tu espère aussi que la jolie pâtissière ne refera pas tout tomber partout. Tu tournes les talons et tu sors de la boutique avec un grand sourire aux lèvres. Maria comprendra que tu pouvais pas lui acheter une tartelette aux framboises cette fois.


(c) DΛNDELION
Esperanza Blackwood
Esperanza Blackwoodvictime de cupidon
Avatars : Daniella Pineda
Messages : 62
Date d'inscription : 28/04/2019
Profil Académie Waverly
L'appel du ventre EmptyLun 7 Oct - 12:48
L’homme haussa les épaules en face. Il n’avait vraiment pas l’air aussi enthousiaste que les autres fois, Esperanza se sentait mal à l’aise. Oui, elle avait renversé un gâteau par terre. Et alors ? Mais peut-être que ce n’était même pas ça le problème, peut-être que c’était vraiment égoïste de croire qu’elle pouvait avoir une quelconque influence sur ce qu’il pouvait ressentir. Après tout, même si elle avait très envie de lui demander son numéro et de le revoir dans un autre contexte que celui de la pâtisserie, elle n’était que la pâtissière chez qui il venait régulièrement. La demoiselle ne bougea pas d’un millimètre, un peu perdue, ne sachant pas comment interpréter ce geste. Comme d’habitude ?

 « - Je ne vais rien prendre cette fois. Juste te rembourser pour les dégâts causé. » 

Il avait déjà sorti son portefeuille et il ne tarda pas à déposer la somme exacte que coûtait la charlotte renversée sur le comptoir. Esperanza, abasourdie et surprise, n’eut pas le temps de répondre quoi que ce soit avant qu’il lui adresse un sourire en prenant congé.

« - La prochaine fois, j'espère. »

Il tourna les talons, prêt à sortir de la boutique. La femme cligna des yeux, toujours surprise. C’était gentil de vouloir la rembourser évidemment mais il n’y était pour rien lui, ce n’était pas lui qui avait lâché le gâteau, elle n’aurait jamais attendu un quelconque dédommagement de sa part pour une erreur qu’il n’avait pas commise. C’est donc tout naturellement qu’elle fit le tour, trottinant pour sortir de derrière son comptoir et rattraper Koda avant qu’il ne s’échappe, saisissant au passage les billets qu’il avait posé pour la rembourser.

- Attends !


Esperanza afficha un large sourire en tendant la liasse à Koda, un peu mal à l’aise. Elle espérait qu’elle ne passait pas pour une imbécile à lui courir après ainsi. Ou pire, pour une fille bizarre. Peut-être qu’elle était un peu bizarre parfois, mais là elle n’avait rien fait de particulier! Enfin, peut-être que ce n’était pas vraiment nécessaire de courir pour le rattraper, mais elle n’avait vraiment pas voulu qu’il ait la moindre chance de s’éloigner avant qu’elle ait pu régler cette histoire et lui rendre ce qui lui appartenait.

- Je vais pas te faire payer pour un gâteau que t’as pas renversé, et que t’as même pas touché !

La phrase était dite avec conviction, Esperanza ne souffrirait pas qu’on tente de la contredire cette fois. Elle n’était pas toujours du genre enflammé, après tout on la caractérisait bien plus souvent par  sa gentillesse que par un quelconque côté colérique. Même si elle pouvait parfois se montrer spontanée, un peu trop peut-être. Un peu maladroite. Un peu distraite. Mais ça ce n’était pas sa faute, ou en tout cas pas seulement : elle n’y pouvait rien si une part de son esprit était toujours occupée par sa sœur sur qui elle devait veiller, en partie depuis son accident et sa perte de mémoire. Iris méritait bien qu’elle pense à elle, qu’elle réfléchisse à tout ce qui pourrait lui faciliter la vie, qu’elle soit sa mémoire quand la sienne était défaillante. C’était le moins qu’une grande sœur puisse faire pour sa cadette. Ça, et lui rapporter les invendus de la pâtisserie pour qu’elles se goinfrent un peu devant un film toutes les deux. Et en revenant aux pâtisseries, autant revenir à celles que Koda aurait souhaité déguster, quand il était entré.

- Qu’est-ce qui te ferait plaisir ?

Après tout, il n’était pas entré dans la boutique avec l’intention de la surprendre pour qu’elle fasse tomber quelque chose et qu’il la rembourse. S’il était venu, c’était qu’il souhaitait des pâtisseries, et s’il était reparti sans rien acheter c’était sans aucun doute parce que le prix de la charlotte était élevé. Esperanza savait ce qu’il prenait habituellement, et elle savait que ça n’était jamais si cher. Qu’à cela ne tienne de toute façon, s’il tenait absolument à la rembourser elle lui offrirait les autres pâtisseries, celles qu’il aimait d’habitude. Et elle lui demanderait son numéro. Elle pouvait le faire, elle allait le faire, Isaac l’avait encouragée. Bon, elle ne pourrait sans doute pas mettre en application tous ses conseils parce qu’elle avait bien compris qu’ils étaient assez situationnels… Et que ça ne plairait sans doute pas autant à Koda qu’à Brunhild. A moins qu’il soit passionné de musique classique ? Elle n’en savait rien, à vrai dire, mais dans le doute elle préférait lui proposer une sortie un peu plus classique que ce que son ami lui avait conseillé. Imaginez, s’ils acceptait d’aller voir l’orchestre pour lui faire plaisir alors qu’elle n’appréciait pas ça plus que cela ? Ce serait vraiment très gênant, tout de même !


Contenu sponsorisé
Profil Académie Waverly
L'appel du ventre Empty