I'd rather feel pain than nothing at all

Isaac Callum
Isaac Callumvictime de cupidon
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I'd rather feel pain than nothing at all EmptyMar 9 Juil - 14:11

Isaac Callum

Brunhild Kraft

Chaos and earthquakes


Ce matin, pour la première fois de la semaine, j’ouvre mes volets afin de jeter un œil à la ville, par la fenêtre… Il a l’air de faire si chaud, il y a tant de reflets, tout est aussi lumineux que le soleil lui-même… C’est déprimant. Je soupire, grimaçant en appuyant sur le bouton pour abaisser de nouveau les volets et me cacher de… De la vie… J’ai promis à Esperanza que je ferais des efforts, et bien les voilà, mes efforts : 20 secondes de soleil, que je ferais passer pour 20 minutes pleines.

Au fur et à mesure que les volets redescendent, la vitre qui me permettait de voir à l’extérieur se transforme en miroir, reflétant une image de moi qui me ramène 2 ans en arrière… Une barbe et des cheveux trop longs, un teint blafard, livide, faisant ressortir un peu mieux des cernes bleues, un regard dans lequel il n’y a pas la moindre étincelle de vie, des lèvres sèches et gercées… Ma peau, aussi, est un peu sèche, et je pourrais presque contempler mes premières rides, au front et au coin des yeux… Mais est-ce que c’est dû à la vieillesse, ou plutôt à la grimace que je tire à longueur de journée ?

Devant ce constat de mon état, je soupire bruyamment et me laisse tomber lourdement sur mon lit derrière moi. Peut-être un peu trop lourdement, même, le choc résonne dans ma tête, j’ai l’impression que le monde autour de moi est en train de trembler… Et cette impression ne faiblit pas, elle s’amplifie, même. Je commence à froncer les sourcils, jusqu’à ce que j’entende mon armoire se fracasser lourdement sur le sol, me faisant bondir de surprise. Je réalise alors que les secousses que je ressens ne viennent pas de mon imagination…. La terre tremble !

J’ai pourtant bien entendu l’alarme qui a retentit ce matin, mais je ne savais pas pourquoi… J’avoue que je ne me suis pas inquiété de le savoir, puisqu’elle m’a réveillé et que j’avais juste hâte qu’elle se taise pour pouvoir me rendormir. Maintenant, je sais… Je prends une grande inspiration en me ruant contre le mur, le plus loin de la fenêtre possible. Un bon réflexe, puisque le verre explose quelques secondes à peine plus tard, projetant des éclats un peu partout, sans qu’aucun ne m’atteigne, par chance.

Recroquevillé dans un coin, je… Je m’inquiète. Je serre les poings, m’en voulant un peu de penser à elle dans un moment pareil. Enfin, ce n’est pas très étonnant, je n’arrive pas à me la sortir de la tête, même si ça fait déjà... Quoi, un mois et demi, deux mois… Même après tout ce temps, impossible de passer une journée, même une heure sans avoir une pensée pour mon ex. Et voilà que dans un moment comme celui-ci, alors que je devrais penser à ma sécurité avant tout, je me demande comment elle gère ça, comment elle peut s’en sortir sans rien y voir. Enfin… J’imagine qu’elle n’est pas toute seule, ça devrais aller… Si elle n’est pas avec son mec, elle doit sûrement être avec sa mère.

Enfin, les secousses se calment, mais le monde n’a pas l’air de revenir à la normale pour autant… Le verre brisé doit toujours être là, répandu au sol, mon armoire doit toujours être couchée au sol, près de mon lit… Et si je ne peux rien affirmer avec certitude, c’est tout simplement parce que je ne vois rien. Pendant les violents tremblements qui ont mit mon appartement sans dessus-dessous, l’électricité s’est coupée et, avec les volets fermés, je n’ai pas la moindre source de lumière. Je me relève tout doucement, soupirant et constatant que j’ai les lèvres qui tremblent, déformant le bruit de mon souffle. C’est… Ridicule. Je suis ridicule.

Avançant à tâtons, je cherche ma table de nuit pour récupérer mon téléphone. Je reste prudent, pour ne pas marcher sur un morceau de verre… Je pense avoir suffisamment douillé avec les coupures ces dernières semaines. Je parviens finalement à récupérer mon portable et j’active son flash pour m’en servir de lampe torche. Je peux alors voir l’étendu des dégâts, juste dans ma chambre… C’est… C’est effrayant.

Tout en me tenant au mur, au cas où le plafond ou le sol viendrait à s’écrouler, je quitte ma chambre, afin d’aller évaluer la casse dans les autres pièces. A chaque pas que je fais l’angoisse me saisit à la gorge, mais il faut que j’avance, il faut que je sorte… Enfin, je crois ? Je ne sais pas exactement quelles sont les précautions en cas de séisme… J’arrive dans mon salon, où tout est renversé, cassé, dérangé… Pourtant, tout ce qui me vient comme réaction, c’est un soupir. C’est alors que la première réplique nous fait replonger en enfer, je manque de perdre l’équilibre et me rattrape au mur dans l’entrée, me prenant au passage la poignée dans les côtes. Enfin, ça va, ce n’est qu’une petite douleur, rien de grave. Je lâche mon portable et me met en boule, attendant que ces secousses passent pour pouvoir bouger de nouveau.

Dès que le monde se stabilise, je me jette sur mon téléphone et m’assoit contre ma porte en allant chercher dans mon répertoire le numéro de… De Brunhild. Je me mords la langue, presque comme pour me punir, mais je ne peux juste pas m’empêcher de me demander comment elle va. Je ne compte pas reprendre contact avec elle, je veux juste qu’elle me rassure, qu’elle me dise qu’elle est à l’abri… Et je pourrais arrêter de penser à elle. Une nouvelle réplique vient me surprendre, alors je ferme les yeux en respirant profondément le temps que les murs se calment…

Je reprends mes recherches, mais je me souviens assez vite que je n’ai plus son numéro, que je l’ai supprimé aussitôt que nous nous sommes séparés. Je râle un peu contre moi-même, posant le portable par terre en me cachant le visage avec les mains. J’essaye de me souvenir des chiffres qui me permettraient de la joindre, comme s’ils pouvaient me revenir par miracle… Parce qu’il me faudrait au moins une intervention divine pour que je me souvienne de ce numéro que je n’ai composé qu’une seule fois, le jour où je l’ai enregistré dans mon répertoire.

Et tandis que je réfléchis, je me souviens de quelque chose. Un SMS, qu’elle m’avait envoyé peu de temps après notre rupture. Je ne me rappelle pas bien de ce qu’il disait, mais je crois… Je crois que je l’ai gardé. Je me précipite pour vérifier, et comme je ne parle pas à grand-monde, je retombe dessus très rapidement. Je me sens soudainement… Soulagé. Et en même temps, j’ai l’impression que mon cœur s’alourdit, comme si on venait de l’entourer de chaînes et qu’on commençait à les resserrer. Il faudrait que j’écrive, mais je... Panique, un peu. Comme si ça avait la moindre chance de me détendre, je me mets alors à lire, à relire même, le dernier message que j’ai reçu de la rouquine… Il y a déjà 5 semaines de cela…

« Mais je peux pas supporter que tu penses que je t’ai trompé. » … Comme si ce n’était pas le cas. Tu ne t’en rends même pas compte, mais même un baiser, c’est de la tromperie. « Juste trente secondes… » quémande-t-elle, comme si elle parviendrait à changer quoi que ce soit en aussi peu de temps. Je soupire bruyamment, regardant ailleurs pendant un instant, songeur. Est-ce que c’est réellement une bonne idée que je lui envoie un message ? Même dans des circonstances pareilles, je ne devrais pas… Je ne devrais pas… Ce n’est plus à moi de me soucier d’elle… Je ne devrais pas.

Et pourtant, je le fais quand même. Je suis incapable de ne pas lui envoyer de message. Je ne peux pas m’empêcher de l’imaginer en train de pleurer, écrasée sous des décombres, à chaque fois que je relève la tête et que je vois l’état de mon appartement. Alors je lui écris… Pour une fois, je lui écris, au lieu de m’enregistrer. « Tu es à l’abri ? », voilà ce que je lui demande, ni plus, ni moins.

Malheureusement, au moment d’envoyer mon message, il m’affiche immédiatement une erreur. Je regarde alors mon réseau… Pas de réseau. Merde. Les secousses étaient si violentes que ça ? A moins que tout le monde s’appelle pour demander comment est-ce que ça va, surchargeant les lignes, comme au Nouvel An… Je soupire, tapant du poing au sol et regrettant ce geste immédiatement après. Je serre les dents pour me retenir de crier, attendant une bonne dizaine de seconde avant que la douleur ne disparaisse… Je pousse un long soupire une fois que ça va mieux, en me traitant de crétin à l’intérieur.

Je ne pourrais donc pas avoir de ses nouvelles… C’est comme si le destin m’encourageait à ne plus m’occuper d’elle, à l’oublier. Seulement, c’est encore pire maintenant que je n’ai aucun moyen de savoir qu’elle va bien. Je… Je repense à la fois où je l’avais retrouvée dans sa cuisine, avec un couteau planté dans le ventre. Cette simple image me terrifie, je ferme les yeux comme si ça pouvait m’empêcher de la revoir, mais au contrait, j’ai l’impression de la voir encore mieux. Merde… Fait chier… Je ne peux pas rester sans nouvelles. Je ne peux pas.

J’inspire profondément, comme pour me remplir de courage, avant de me relever et d’enfiler mes chaussures, que j’arrive à trouver grâce au flash de mon téléphone, qui est toujours allumé. Il m’est bien utile, cela dit, puisque dans les couloirs de mon immeuble aussi, il fait sombre. Un peu moins que chez moi, grâce aux panneaux lumineux prévus pour indiquer les issues de secours, mais tout de même.

Je me précipite à l’extérieur, dans la rue… Le spectacle auquel j’assiste alors est… Encore pire que ce que j’imaginais. Le béton est fissuré de partout, des voitures sont renversées, et il y a même un arbre qui s’est cassé la figure. Il n’y a une foule très dense, la plupart des gens ayant sans doute pris leurs précautions, mais pour le peu de personnes encore dans les rues, je les vois tous courir dans une même direction, sûrement vers un centre pour accueillir les gens pendant ce genre de catastrophe. Je me hisse sur la pointe des pieds, essayant de repérer une tête rousse au milieu de tout ce monde… Mais ce serait un hasard beaucoup trop gros.

Je me mets alors à courir, dans le sens inverse du reste de la foule. Les gens me regardent avec étonnement, certains essayent même de me prévenir que le refuge est de l’autre côté, mais je me contente de les ignorer. Je n’ai pas le temps de leur répondre que je sais parfaitement que je ne vais pas au bon endroit… Que tous les signes me disent de ne pas y aller.

Pendant plusieurs minutes, j’arpente les rues dévastées de Chicago avec un pincement au cœur à chaque fois que je découvre un endroit que je connais, transformé par le tremblement de terre qui nous a frappés. Le parc, autrefois paisible, ressemble maintenant à un champ de bataille. Les quelques boutiques que je croise sont ravagées, certaines ont leur rideau de fer baissé, cachant la misère, mais d’autres ont sûrement été abandonnées au moment des premières secousses…

Il me faut plusieurs minutes de course avant d’arriver au pied de l’immeuble de Brunhild. La vitre de la porte est brisée, me permettant de l’ouvrir tel un voleur qui s’infiltrerait… La discrétion en moins. Ici aussi, il n’y a pas d’électricité, mais heureusement, il y a quelques fenêtres qui me permettent d’y voir clair dans les escaliers… Alors que je monte, j’ai le souffle de plus en plus saccadé, je sens que j’ai perdu l’habitude de faire de l’exercice… Ça se ressent aussi quand on me voit, même si je n’ai pas trop perdu de muscle, mes abdominaux sont moins saillants qu’il y a 7 semaines et mon visage commence à être un peu plus rond, même si ça ne se voit pas trop grâce à l’horrible barbe que je porte. Ce n’est pas que la faute du manque d’exercice, il y a aussi l’espagnole qui est en tort, à force de vouloir me faire manger du sucre à tous les repas… Sûrement parce que ce qu’elle cuisine le mieux.

Plusieurs répliques ont tenté de me freiner pendant que je courais dehors, mais elles n’étaient pas très violentes. Je ne sais pas si c’est le fait d’être dans un bâtiment, de prendre de la hauteur, mais la nouvelle secousse qui survient pendant que j’escalade les escaliers me paraît particulièrement virulente, au point de me faire perdre l’équilibre. Je m’écroule sur les marches, mais fort heureusement, je ne commence pas à rouler en boule vers le bas… Je sens que mon cœur battre de plus en plus vite, un peu de peur, un peu d’appréhension, et un peu… D’excitation. Revoir Brunhild… Je me demande si ce sera très différent de toutes ces fois où elle apparaît dans mes rêves. Je ne me doute pas que ça puisse être bien plus… Breathtaking.

Je me relève dès que les tremblements ont cessés, reprenant ma course, dont l’objectif n’est plus très loin désormais. J’arrive devant la porte de l’appartement de la poitrine, et j’ai l’impression d’être devenu sourd, tant mon cœur explose dabs la poitrine. Je n’entends que lui, je sens ses battements résonner à travers tout mon corps, je peux les sentir au bout de mes doigts, au moindre mouvement, à la moindre inspiration. C’est désagréable, et en même temps, je me sens plus vivant que jamais.

Je frappe à la porte, sans y mettre trop de délicatesse. Je grince un peu des dents, ça me fait mal, mais c’est pour la bonne cause. Je commence à hurler, pour que la musicienne sache que c’est moi… Pour qu’elle m’ouvre, si elle est là. « Brunhild ! Brunhild, tu es là ? Je… Si tu es là, dis-moi que tu vas bien, je t’en prie ! » lui demandé-je.

Je n’ai aucune réponse. Il y a donc deux possibilités, soit elle n’est pas chez elle et est donc en sécurité, quelque part, soit… Elle est là, mais elle ne veut pas me répondre… Ou elle ne peut pas me répondre, et cette idée me glace le sang, au point de m’empêcher de réfléchir rationnellement. Si jamais il lui arrivait quelque chose, je ne pourrais pas me le pardonner… Je ne pourrais pas me pardonner d’avoir été aussi têtu, aussi égoïste, aussi impulsif. Je voudrais la voir, juste un peu, juste trente secondes… Juste ça, ça me suffirait à savoir qu’elle va bien.

Seulement, personne ne me les accordera, ces précieuses secondes. Si je les veux, il va falloir que je me batte pour les obtenir. Je me recule, prends un peu d’élan, et je me jette sur la porte d’entrée, qui ne bouge pas d’un pouce. Ouf, la serrure est bien résistante. Je vois qu’elle a mit les moyens quand elle a dû la faire remplacer, le jour où elle s’est faite cambrioler… Malgré tout, avec les tremblements, je me dis qu’elle a dû se fragiliser un peu… Si je réessaye…

Je me jette de nouveau contre la porte, qui ne cède pas et me fait repartir en arrière. Quelle merde ! Il faut que je retente ! Alors je me redresse, et je fonce bêtement dans la porte, sautant de tout mon poids pour l’ouvrir. Trois fois. Quatre fois. Cinq. Six. Toujours pas… L’épaisse planche de bois ne bouge pas d’un centimètre, elle continue de se dresser entre moi, et Brunhild… Enfin, si elle est belle et bien chez elle. S’il faut, je m’évertue pour… Pour rien.

Je commence à douter. Je n’abandonne pas, mais… Je ne sais quoi faire de plus. Je tombe à genoux, râlant doucement en reprenant ma respiration. Je me mets à ramper à quatre pattes, tout doucement, vers la porte, contre laquelle je m’assois, les yeux clos. Je soupire en laissant ma tête reposer contre le bois, cherchant une solution, une autre solution… Je m’imagine, pendant un instant, entrer chez un de ses voisins et ressortir par la fenêtre pour me la jouer à la Spider-man, en sautant de vitre en vitre pour arriver chez elle par l’extérieur… Mais entre mes mains et le risque de nouvelles répliques, il vaut mieux que j’évite. Je continue de réfléchir, d’imaginer mille et un scénarios, mais à chaque fois, il y a quelque chose qui cloche, il y a un élément qui m’empêche de la rejoindre… Je me sens comme enchaîné à un boulet dont je n’arrive pas à me défaire, comme retenu à un mur alors qu’elle est juste là, à quelques mètres… C’est presque de la torture… Non, c’en est carrément.

Alors je relève la tête, le regard rempli d’une forme de détresse. Lentement, je tends ma main tremblante vers la poignée… J’essaye, dans un geste désespéré, de tirer la clenche pour ouvrir la porte. Mais… Il ne se passe rien… Alors je relâche la poignée et fait tout doucement tomber ma main en caressant la porte… Attendant un signe… Un espoir… Un miracle…
notes
Brunhild Kraft
Brunhild Kraftvictime de cupidon
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I'd rather feel pain than nothing at all EmptyMar 9 Juil - 19:56
Elle ne pouvait pas l’oublier. Elle avait l’impression qu’elle ne le pourrait jamais. A chaque fois que la sonnerie de son téléphone se faisait entendre, lui indiquant qu’elle avait un reçu un message, elle sentait son coeur se serrer. Peut-être que cette fois, c’était lui. Alors à chaque fois, elle demandait à son appareil de lui lire mots qui lui étaient destinés. Et ce n’était jamais lui. Mais Brunhild ne pouvait pas perdre espoir. Si elle laissait tomber ça aussi, qu’est-ce qu’il lui resterait ? Les messages de Thomas ? La rouquine était rarement capable d’en écouter un seul en entier sans pleurer. Il avait une manière si abjecte de la complimenter tout en lui faisant remarquer qu’il serait le seul à jamais lui trouver les qualités qu’il lui décrivait… Il ne se passait pas une journée sans qu’il lui parle du goût de ses lèvres, de ses cheveux roux flamboyants, de ses jambes, de ses yeux, de sa musique. Mais il ne se passait pas non plus une journée sans qu’il lui répète d’une manière ou d’une autre qu’elle avait de la chance qu’il la trouve digne d’intérêt parce qu’il serait bien le seul.

Et plus le temps passait, plus Brunhild commençait à y croire sérieusement. Avant Isaac, jamais personne n’avait eu l’air de la trouver à son goût. Et Isaac… Eh bien… Il avait été très clair. Il n’y avait donc que Thomas à qui elle pourrait plaire, sans doute. Mais même lui… Même dans une dimension parallèle où elle pourrait effectivement lui porter la plus minuscule once d’affection, elle n’était pas à la hauteur. Elle ne serait jamais à la hauteur de personne. Qui pourrait avoir envie de vivre avec quelqu’un qui ne le verrait jamais ? Qui serait un fardeau toute sa vie ? Personne. Alors la demoiselle avait accepté la seule chose qui pouvait faire naître encore un peu d’espoir.

Elle avait accepté de prendre les médicaments que sa mère lui conseillait. Depuis qu’elle avait perdu la vue, depuis qu’ils avaient su qu’elle serait aveugle, sa mère et les médecins lui avaient proposé de nombreux traitements, tous expérimentaux, que Brunhild avait toujours refusés. Elle avait toujours voulu se débrouiller au mieux, s’accepter, montrer qu’elle allait y arriver dans la vie, que ce n’était pas si dur, pas si grave. Et puis là c’était trop. Alors elle avalait ses cachets bien gentiment, en luttant à chaque fois contre l’idée stupide que si elle avalait tout d’un coup ça marcherait plus vite. Sa mère semblait ravie de cette décision, les médecins étaient moins optimistes apparemment… C’était ce qu’elle avait cru comprendre, mais comme elle n’en avait pas vu un seul depuis longtemps, elle ne savait que ce que sa mère lui avait répété.

Brunhild savait très bien ce que dirait un médecin en la voyant, de toute façon. Qu’elle était encore plus maigre qu’avant, que ça devenait vraiment dangereux cette fois. Que son bras gauche couvert de croûtes et qu’elle continuait pourtant à gratter encore mériterait qu’on s’en occupe et qu’elle fasse l’effort de se contenir. Qu’elle avait l’air épuisée. Sa mère disait qu’elle ressemblait à un squelette avec des cheveux et des cernes. Ce n’était pas de sa faute si elle n’avait pas faim, elle n’y pouvait rien. Ce n’était pas de sa faute non plus si elle avait tant de mal à dormir…

Qui ne trouverait pas ça difficile à sa place ? Parfois… Parfois elle fermait les yeux et pourtant elle sursautait dans son lit en croyant entendre une voix, sentir une main. Parfois celle d’Isaac. Parfois celle de Thomas, qui la poussait à faire disparaître cette affreuse impression en frottant de toute ses forces avec du savon. Même si elle avait du mal à manger, à dormir, à faire quoi que ce soit, on ne pouvait pas lui reprocher son hygiène. Vu le nombres d’heures qu’elle pouvait passer sous l’eau chaude ces derniers temps…

De toute façon, Brunhild avait un emploi du temps très clair. Dormir. Et jouer de la musique. Souvent, cette deuxième opération commençait par lui vider la tête et lui faire du bien, jusqu’au moment où elle jouait le moindre morceau qui lui faisait penser à Isaac… A son… Ex… Elle n’arrivait pas à intégrer ce mot. Elle n’arrivait pas à l’utiliser pour penser à lui. Elle n’aurait jamais pu dire non plus qu’ils étaient ensemble, c’était évident, mais… Elle n’arrivait pas à renoncer à lui. Elle avait même déjà réécouté les messages vocaux qu’il lui avait envoyé avant qu’ils rompent. Ceux où il lui affirmait qu’il l’aimait… Brunhild passait beaucoup de temps à pleurer. Ses joues ne perdaient jamais leur teinte rouge et la brûlaient presque, à force de supporter ces torrents.

Et son travail ? Brunhild était censée traduire Kant pour une nouvelle édition mais supporter toutes ses délibérations sur la vérité et le mensonge lui faisait trop mal. Personne n’avait le droit de mentir, en aucune circonstance, même pour sauver des millier de gens… Elle repensait à l’attentat. Elle repensait au choix qu’elle avait fait de ne rien dire à Isaac, en pensant se montrer altruiste, en pensant le ménager en gérant ça toute seule. Elle n’avait que ce qu’elle méritait, n’est-ce pas ? Elle était bien toute seule désormais. A chaque fois qu’elle entendait son lecteur reprendre la lecture de ces paragraphes là, elle finissait par pleurer, et ça ne la rendait pas très productive.

Une alarme avait sonné ce jour là. Brunhild n’aurait pas su dire à quelle heure, elle s’en moquait bien. Son rythme de vie avait toujours été un peu particulier, ce n’était pas maintenant qu’elle ne sortait plus que ça allait changer. Elle restait tant cloîtrée chez elle que sa mère avait dû se résoudre à prendre Patapouf avec elle parce qu’elle était incapable de le sortir. Pauvre chien. Sa compagnie était réconfortante mais Brunhild n’aurait jamais été assez cruelle pour le garder à tout prix avec elle. Son absence ne facilitait pas son sommeil néanmoins.

Elle tournait et virait dans son lit, sans même trouver la force de pester contre cette solitude désagréable, quand tout se mit à trembler. La rouquine s’enroula brusquement dans les couvertures, serrant ses doigts sur la couette, l’oreiller, le drap, n’importe quoi et elle ne tarda pas à se mettre à hoqueter et pleurer en entendant des bruits de chocs violents. Des bruits de verre aussi. Ça ne semblait jamais vouloir s’arrêter, c’était horrible, c’était terrifiant. Etaient-ce des secondes ou des minutes ? Même quand tout redevint stable, elle pleura encore un moment, ne comprenant pas ce qui avait pu se passer, ne faisant pas le lien avec une alarme dont elle ignorait la signification.

Comme elle gardait toujours son portable avec elle, au cas où Isaac lui enverrait un message, Brunhild l’attrapa finalement avec une main tremblante et commença à appeler sa mère. L’appel ne passa pas. Elle réessaya. Peut-être que c’était un peu pitoyable d’appeler sa mère à son âge, la rouquine en avait conscience et ça ne l’aidait pas à améliorer la maigre estime qu’elle peinait à garder d’elle-même. Mais son père était forcément en sécurité, comme toujours il était loin. Et il n’y avait personne d’autre que Wilhelmina à qui elle pouvait parler de ça… Peut-être… Peut-être qu’elle avait halluciné ? Qu’elle perdait la tête. Mais l’appel ne passa toujours pas. Alors la rouquine se leva avec précaution.

Elle sentit des morceaux de verre sous ses pieds, et un drôle de courant d’air. Est-ce que… Est-ce que c’était sa vitre qui se trouvait explosée par terre ? Elle n’aurait pas su dire. Elle n’osa pas avancer ses doigts pour aller toucher, pour aller vérifier, de peur de se couper si c’était le cas. Elle renifla, perdue. Qu’est-ce qu’elle devrait faire ? Y avait-il seulement quelque chose à faire ? Au fond, après le choc passé, ça ne l’atteignait pas vraiment. Qu’est-ce que pourrait l’atteindre, étant donné la tournure qu’avait pris sa vie ? Si ça continuait comme ça, la suite était claire : elle ne travaillerait plus, donc n’aurait plus d’argent, elle déménagerait à nouveau chez ses parents, disant adieu à des années de combat pour son autonomie et sa liberté, et elle se laisserait mourir de chagrin dans son lit d’enfant. Ce n’était pas une vitre qui allait changer quoi que ce soit…Au moins, la couette l’avait protégée.

Alors que faire ? Brunhild voulut marcher jusqu’au salon, se disant qu’elle aurait peut-être plus de chance de contacter sa mère avec succès depuis le téléphone fixe. Ses pieds se prirent dans… Quelque chose qui n’aurait pas dû être là. Elle n’eut ni l’envie ni la force de grogner et se contenta de passer ses doigts sur l’obstacle. Des vêtements et une… Planche…. Une étagère de son armoire qui était tombée, apparemment. Avalant difficilement sa salive, la rouquine se relevait pour sortir de la pièce quand les tremblements recommencèrent.

Les nombreux bruits de chutes l’effrayèrent à nouveau, elle se laissa tomber contre la porte, se recroquevillant sur elle-même en laissant échapper un cri de panique. Peut-être qu’elle allait mourir. Si ça se trouve le plafond ou les murs étaient fissurés et elle ne le savait même pas. Ou alors il n’y avait rien et elle était ridicule. Mais elle ne faisait que trembler, Brunhild, seule et effrayée. Jusqu’à ce qu’elle entende le bruit.

Sa harpe n’était jamais tombée auparavant mais pourtant c’était une évidence que c’était elle qui venait d’exploser par terre. Pourtant, la musicienne ne voulait pas y croire, elle ne voulait pas imaginer que – comme très souvent – ses oreilles aient raison. Dès qu’elle le put elle se releva, se rua vers l’endroit où devait se trouver l’instrument. Des torrents de larmes dévalaient ses joues alors qu’elle fouettait l’air avec ses mains sans rien trouver, luttant contre des vertiges qui lui rappelaient depuis quand elle n’avait rien avalé. Alors elle se laissa tomber à genou, sa peau s’écorcha un peu contre des morceaux de verre et elle passa ses mains sur le parquet, sur le tapis. Elle sentit les cordes trop lâches, les pièces brisées.

Elle avait cru que ça ne pourrait jamais être pire. Elle s’était trompée. Sa harpe brisée gisait au milieu du salon, son appartement était dévasté, la moitié des meubles avaient bougé, avaient été cassés, avaient déversé leur contenu par terre. Les larmes coulaient si vite qu’elle commençait à avoir vraiment du mal à respirer, la terreur et la tristesse se disputaient, elle entendit au loin des cris. Peut-être les autres habitants de l’immeuble, ou des gens de dehors. Maintenant qu’il n’y avait plus de fenêtres…

Qu’est-ce qu’elle allait devenir ? Elle devrait peut-être s’allonger là. Espérer que le plafond tombe, qu’un meuble l’écrase, qu’on en finisse. Un instrument comme ça valait si cher, et les réparations de l’appartement et de choses plus nécessaires à la vie allaient déjà coûter bien plus que ce qu’elle pouvait payer. Si ses parents l’aidaient, ils n’auraient jamais assez pour remplacer l’instrument perdu. Adieu l’orchestre. Adieu Isaac. Adieu la harpe. Et cette fois la question se posa à nouveau : que lui restait-il ? Dormir. Mais dormir éternellement, ça s’appelait la mort.

Elle ne bougea plus, assise en pyjama au milieu du verre brisé et des débris de harpe et d’autres meubles. Elle serrait dans ses doigts une des cordes, et elle pleurait. Pas seulement pour ce foutu tremblement de terre, pas seulement pour ces répliques qu’elle ignora presque – tout était déjà sans dessus dessous de toute façon. Elle pleura pour tout, sans pouvoir s’arrêter. Et quand elle n’eut plus de larmes à faire couler, elle recommença encore à gratter et torturer son bras déjà ravagé par ses ongles, pour le faire saigner encore, pour que la douleur l’apaise. Elle n’aurait pas su dire combien de temps elle passa comme ça. De toute façon ce n’était pas important.

A part attendre elle ne pouvait rien faire. Il devait sans doute y avoir des consignes, un lieu auquel se rendre, mais si elle ne pouvait pas appeler sa mère elle ne pouvait pas utiliser de GPS et puis de toute façon elle ne savait même pas où aller. La rue, ce serait sûrement le même chaos que pendant l’attentat, elle serait encore poussée par terre et on l’écraserait sans vergogne jusqu’à ce qu’elle meure. Autant rester dans son salon défoncé. Sa mère, si elle n’avait rien, finirait bien par venir la trouver, hein ?

Il y eut du bruit. Brunhild ne releva même pas la tête. Qu’est-ce que ça pouvait lui faire, des bruits de pas dans l’escalier ? Elle n’allait pas appeler à l’aide. Personne ne viendrait. Elle l’avait fait une fois, quand on l’avait poignardée dans sa cuisine, et même avec la porte grande ouverte personne n’était venu. Sauf Isaac. Et cette simple pensée la fit fondre en larmes de plus belle. Elle entendit à peine qu’on frappait à sa porte, malgré la force des coups.

« Brunhild ! Brunhild, tu es là ? Je… Si tu es là, dis-moi que tu vas bien, je t’en prie ! »


Ça y est, elle devenait complètement folle. C’était la voix d’Isaac qu’elle avait entendue. Mais Isaac n’était pas là. Il ne pouvait pas être là. Il avait autre chose à faire que venir voir quelqu’un qu’il ne voulait plus jamais revoir, et dont la simple vue lui donnait envie de vomir. Ces mots avaient hanté le crâne de Brunhild pendant des jours, des semaines. Elle avait espéré un SMS, mais elle n’avait jamais espéré qu’il soit réellement gentil. Ça devait être son esprit malade qui lui jouait des tours. Ou ses nouveaux médicaments. Les hallucinations, ça pouvait être un effet secondaire, non ?

Pourtant elle entendit frapper plus fort à sa porte. Tremblante, elle se força à sécher ses larmes et à arrêter de renifler pour mieux entendre. On… Enfonçait sa porte ? Brunhild sentit d’abord la panique la gagner, parce que sa mère ne ferait jamais ça, parce que personne ne ferait jamais ça, parce que personne ne s’intéressait à elle. La dernière fois que ça s’était produit, on avait fini par la voler en lui plantant un couteau dans le ventre, ça laissait des traces. Mais la rouquine se força à rester calme. Du moins, la plus calme possible vu les circonstances. Un essai… Deux… Peut-être que quelqu’un avait besoin d’aide dans l’immeuble. Peut-être que c’étaient les pompiers ? Brunhild ne réalisa pas vraiment que c’était hautement improbable. A la place, elle se leva doucement.

- Ist da jemand ?


Après des semaines sans parler à qui que ce soit d’autre que sa mère, autant dire que l’anglais ne lui venait pas du tout naturellement. Mais de toute façon sa voix enrouée ne porta pas beaucoup et il était peu probable que qui que ce soit l’entende. Après avoir vacillé quelques instants, la demoiselle commença à marcher, lentement. Très lentement. Les morceaux de verre lui coupaient les pieds et ce n’était pas agréable mais ce n’était pas le pire : tous les meubles avaient bougé. Elle se cogna une fois, deux fois, trois fois, étouffant toujours de légers grognements. Elle parvint péniblement jusqu’à son bureau, mais…

Elle ne pouvait pas passer. Ses doigts lui firent comprendre, après un examen minutieux de l’obstacle, que sa bibliothèque s’était renversée sur son bureau. La plupart des livres étaient tombés, et le tout semblait tenir d’un équilibre assez… Précaire. Comme les bruits de bélier contre sa porte avaient fini par se taire, Brunhild songea à tout laisser tomber, à rester dans son salon sans plus rien faire… Mais si sa mère venait, il faudrait bien la rejoindre. Et si elle venait pas il faudrait bien la chercher. Alors elle commença à essayer de vider un peu mieux les étagères, lançant ses livres en Braille si coûteux n’importe où pourvu qu’ils lui laissent le champ libre. Le tout devait faire un boucan épouvantable ! Alors, elle tenta de redresser la bibliothèque aux rayonnages presque complètement vides pour passer.

Mais quand on n’avait rien mangé depuis au moins deux jours et qu’on dormait si peu et si mal, on n’était clairement pas au meilleur de sa force. Tout ses essais furent infructueux, au point que la rouquine, toujours secouée de tremblements, toujours effrayée, ne sachant même plus vraiment ce qu’elle faisait, rampa sous l’étagère, écrasant des livres, se cognant plusieurs fois. Le meuble était retenu par le bureau sur lequel il était tombé, elle parvint donc de l’autre côté sans se faire écraser pour cette fois.

Essoufflée, quelques larmes glissèrent encore sur ses joues. Elle ne pouvait pas avoir rêvé, même si ce n’était pas Isaac il y avait forcément quelqu’un derrière sa porte d’entrée. En tout cas il y avait intérêt, Brunhild ne supporterait sûrement pas d’avoir fait tous ces efforts pour ne pas même entendre la moindre voix. A ce stade là, n’importe quelle présence suffirait à la rassurer un peu. Sauf celle de Thomas. Mais il n’avait pas son adresse, et il avait sûrement bien mieux à faire en ce moment. Comme tout le monde.

La musicienne finit par se relever en appuyant ses mains contre les meubles de sa cuisine. La plupart de leurs portes étaient ouvertes et avaient comme vomi leur contenu par terre. Les pas de la fille étaient ralentis, elle craignait de marcher sur quelque chose de dangereux, ou sur des paquets de nourriture. Mais après tout ce temps, Brunhild atteignit enfin la porte, elle posa une main sur la poignée, l’autre sur les clefs.

- Bist Sie noch hier?
Murmura-t-elle avant de se forcer à la fois à parler plus fort, et en anglais malgré son accent bien pire que d’habitude. Vous… Vous êtes encore là ?

Pourtant, aussi prudente soit-elle en temps normal, elle n’attendit pas de réponse pour ouvrir sa porte d’entrée. Elle n’eut même pas réellement honte de laisser voir son état de cadavre sur pied, ses cernes, ses yeux rouges, ses joues creusées, ses os trop saillants, son bras ensanglanté, ses cheveux décoiffés, son pyjama resserré au maximum par l’élastique et qui pourtant semblait trop grand. De toute façon, au point où elle en était…
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I'd rather feel pain than nothing at all EmptyMar 9 Juil - 21:42

Isaac Callum

Brunhild Kraft

Chaos and earthquakes


Les murs et le plafond commencent à s’effriter, sûrement pas assez pour s’écrouler, mais suffisamment pour qu’une petite poudre blanchâtre me tombe sur le pied. Je relève la tête, légèrement inquiet, même si les microfissures que je peux apercevoir ne me semblent être qu’en surface, sur la couche de peinture. Je soupire tout bas en ramenant ma jambe vers moi, juste au cas où un morceau de béton tomberait… J’ai déjà perdu la moitié des capacités de mes mains, je n’aimerais pas en plus perdre une jambe !

J’entends alors des bruits, derrière moi. Derrière la porte. Mon cœur bondit à chaque nouveau « Boom » que j’entends, mais je ne m’excite pas trop. Ça a l’air d’être des livres qui tombent au sol… S’il faut, ce n’est qu’une étagère qui est en train de se péter doucement la gueule… Si c’était Brunhild, je l’aurais sûrement entendue… Alors je reste là, contre la porte, fermant les yeux tout en serrant les poings, écoutant les bruits qui se succèdent à l’intérieur de l’appartement, les objets lourds qui tombent, puis les couverts qui s’entrechoquent, puis les… Clés…

« Bist Sie noch hier ? » Ai-je l’impression d’entendre. Enfin, je ne comprends rien, mais je crois qu’une voix me parvient, de l’autre côté de la porte. « Vous… Vous êtes encore là ? » Enchaîne-t-elle.

Je sens mon cœur se retourner cent fois dans ma poitrine, il explose, il exulte. Je commence à me redresser, le plus vite possible, avant de répondre. Je me tiens à la porte pour m’aider, ayant l’impression d’être tout rouillé, tout vieux… Seulement, pendant que je prends appuie sur la planche épaisse, celle-ci s’ouvre, alors que je n’ai encore pas dit que j'étais là. Surpris, et privé de mon seul soutien, je chute en avant, à l’intérieur. Je gémis tout bas, réalisant que je viens de tomber, et me relève difficilement, en me tenant au cadre de l’entrée, cette fois-ci, en espérant qu’il ne va pas se barrer lui non plus…

Je me tourne vers la porte, inspirant profondément pour répondre, car c’est la moindre des choses. Mes yeux se posent alors sur la silhouette qui m’a ouvert, et ma gorge se serre si fort qu’aucun son ne parvient à s’échapper. Je reste figé, les lèvres entrouvertes, choqué, ému, triste, en colère, content… Tout ça à la fois. Ma poitrine aussi se serre, alors que je fixe Brunhild, muet comme un tableau. Elle est… Méconnaissable, mais pas dans le bon sens du terme. S’en est désolant… Je ne sais pas par où commencer, entre son teint, ses os qui ressortent comme si elle avait passé un mois sur une île déserte, ses yeux si rouges et si gonflés qu’on croirait qu’elle s’est fait piquer par des insectes. On croirait voir un cadavre, un mort-vivant. C’est sans doute l’un des spectacles les plus effrayant et déchirant qui m’ait été donné de voir.

Je balbutie quelque chose, je ne sais pas moi-même ce que j’essaye de dire. Je n’ai pas les mots pour m’exprimer, trop de choses se bousculent dans ma tête. Par où commencer… Je balaye son appartement du regard, cherchant quelque chose à laquelle me raccrocher. Tout au fond, au-delà de son bureau, il n’y a que la pénombre qui règne, on y voit rien… On dirait presque un décor de film d’horreur. Heureusement, dans sa cuisine, il y a une fenêtre qui laisse encore passer la lumière du soleil, tant qu’il est encore levé. Et puis, devant moi, il y a Brunhild… Enfin, pas la Brunhild que je connais, une Brunhild ravagée par… Je ne sais pas, j’espère que ce n’est pas la drogue ou quelque chose comme ça. Moi, je sais que je me suis remit à picoler pas mal, depuis notre rupture, mais elle, ça m’étonnerait…

Je me demande alors, parce que je ne peux pas m’en empêcher, comment quelqu’un peut la laisser se mettre dans cet état… Et par quelqu’un je pense bien sûr à son nouveau petit copain, à Thomas. A moins qu’il l’ait quitté, lui aussi … ? C’est pour ça, qu’elle est aussi triste, aussi faible ? Je crois que ça me tuerait encore plus de la savoir dans cet état pour quelqu’un d’autre que de la savoir heureuse avec lui… En tout cas, il n’a pas l’air d’être là, sinon il se serait manifesté, il aurait ouvert lui-même ou… Ou je ne sais pas.

Avec tout ça, je n’ai toujours pas prononcé le moindre mot, et j’en suis toujours aussi incapable. Je sens ma vue se troubler par les larmes qui me montent. Je n’ai aucune idée de ce que je devrais dire, je suis juste rassuré qu’elle soit en vie, et en même temps, quand je vois dans quel état elle est… Je… Je souffre. Alors, comme un geste vaut mieux que mille mots, et même si ce n’est pas exactement ça l’expression, je tends ma main tout doucement et viens la poser contre la sienne, pour la laisser l’attraper, la sentir, et peut-être, si elle ne m’a pas déjà oublié, reconnaître ses cicatrices… En espérant qu’elle ne sera pas déconcertée par la petite nouvelle, encore un peu douloureuse d’ailleurs, causée par un certain cadre en verre.
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I'd rather feel pain than nothing at all EmptyMar 9 Juil - 22:42
Il y eut un autre bruit de chute. Mais ce n'était pas pareil que les autres, ce n'était pas un meuble, ça ne pouvait pas en être un puisque ça venait de... Devant elle ? Quelqu'un venait donc de tomber dans sa cuisine, à ses pieds. Brunhild recula d'un pas, un peu inquiète. Elle manqua de tomber en se prenant les pieds dans quelque chose qui traînait là mais resta bien debout. Il y eut un gémissement, même, pour corroborer sa théorie... Eh bien, au moins elle n'était plus seule apparemment. Même si elle ne pouvait pas savoir qui était là. Même si c'était peut-être un inconnu, en fait. Qu'importe au fond. Elle entendit balbutier, sans reconnaître de mots, sans comprendre. Alors Brunhild baissa la tête, mal à l'aise, perdue. Elle n'osa pas dire le moindre mot: elle n'aurait pas su lequel choisir.

La personne qui était là ne dit rien non plus et la demoiselle se demanda si elle n'était pas tombée sur un muet. Ce serait gênant pour se comprendre, quoique, avec le téléphone de Brunhild qui pouvait parler, ils devraient s'en sortir. Ou alors il était aussi choqué, effrayé, fatigué qu'elle. Peut-être qu'il n'avait pas compris qu'elle était aveugle. Peut-être qu'il lui tendait une main qu'elle ne pouvait pas voir.

Non. Parce que la main de son visiteur vint directement se placer tout près de la sienne et trembler contre elle. Brunhild sursauta. Ça ne pouvait pas.... Ça ne pouvait pas être Isaac. Ses deux mains se précipitèrent contre celle de l'homme, pour la saisir, la caresser, sentir les cicatrices et s'assurer que c'était lui. Il y avait quelque chose d'étrange. Une ligne qui ne lui disait rien. Elle fronça les sourcils. Est-ce qu'elle l'avait déjà oublié ? Est-ce que deux mois étaient suffisants pour que ces mains là lui deviennent étrangères ?

Brunhild relâcha brusquement les doigts d'Isaac. Elle recula encore, son pied se posa sur un emballage plastique et le sang des coupures de verre la fit glisser dessus. Elle se retrouva par terre, assise bon gré mal gré, et... Elle fondit en larmes.

Isaac était là. Il était là et ses lèvres tremblaient trop, elle ne savait pas quoi dire. Elle avait tant rêvé de cette entrevue, de ces quelques secondes qu'elle était en train de gâcher à pleurer sur les débris de sa cuisine et sur des paquets de gâteaux et de bonbons. Elle aurait presque aimé le mettre dehors au fond, parce que maintenant qu'il était là son coeur battait trop vite et elle avait peur. Peur d'entendre encore les mêmes mots que les derniers qu'il lui avait adressés. Ce serait idiot. Il ne serait pas venu jusqu'ici un jour pareil juste pour le plaisir de lui rappeler tout le mal qu'elle lui avait fait. Mais elle ne pouvait pas s'en empêcher.

- Isaac...
souffla-t-elle finalement.

Elle ne chercha même pas à se relever. De toute façon c'était mieux d'être assis. Ça tanguait moins. Brunhild se recroquevilla un peu, encore plus perdue maintenant qu'elle savait qui était là mais qu'elle ne savait pas pourquoi. Ses doigts s'agitèrent sur son poignet mais pour la première fois depuis sept semaines elle s'affaira à se contenir.

- Je... Tu... Qu'est-ce que...
commença-t-elle sans cesser de pleurer. Je suis contente de voir toi, termina-t-elle sans réussir à se concentrer assez pour faire taire son accent ou pour éviter une faute pourtant évidente pour quelqu'un comme elle. Mais elle porta surtout ses mains à ses yeux pour pouvoir pleurer plus facilement. Oui elle était contente. Mais pas soulagée. Parce qu'elle aurait tué pour le prendre dans ses bras mais qu'elle ne le pouvait pas. Parce qu'il pensait encore qu'elle l'avait trahi. Pour elle ce n'était pas son ex, c'était l'homme qu'elle aimait. Mais comment se sentir bien, quand elle entendait encore dans son crâne qu'il ne voulait plus jamais la revoir ?
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I'd rather feel pain than nothing at all EmptyMar 9 Juil - 23:28

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Brunhild Kraft

Chaos and earthquakes


J’avale ma salive lorsque Brunhild prend ma main dans les siennes. J’ai peur, peur qu’elle ne me reconnaisse pas, ou au contraire, peur qu’elle me reconnaisse, mais qu’elle n’ait pas envie que je sois là. Je tremble encore plus que d’habitude, même si j’essaye de tout mon cœur de me calmer, j’en suis incapable. C’est sans doute l’émotion qui m’empêche de me ressaisir… Sans doute que, même sans mes problèmes nerveux, je serais tout aussi incapable de ne pas trembler.

Soudain, elle me relâche, comme si elle avait sursauté. Elle recule un petit peu, et tandis que je l’observe, je la vois partir en arrière. J’écarquille un peu les yeux, je sens mon cœur remonter jusque dans ma gorge alors que je m’avance, par réflexe. « Attention ! » parvins-je à dire, en tendant les bras pour la rattraper, sans y parvenir. Rapidement, Brunhild se retrouve par terre, sur les fesses. Je soupire, soulagé qu’elle ne se soit pas fait mal, avant de l’entendre fondre en larmes…

Cette fois-ci, ça me fend le cœur, ça me le déchiquette, ça me tue. Je ne peux juste pas le supporter, à tel point que je me mets moi aussi à pleurer, mais plus silencieusement. L’émotion m’accable, je me laisse tomber à genoux devant elle, les mains sur la poitrine en laissant couler mes larmes et en laissant un ou deux hoquets se manifester… Je me sens tout à coup soulagé, ça… Ça fait du bien. J’ai l’impression de me retenir depuis bien trop longtemps.

« Isaac… » souffle-t-elle doucement.

Je renifle le plus discrètement possible avant de relever la tête et de la regarder… Enfin, d’essayer. Toute ma vue est trouble à cause des larmes qui coulent comme l’eau d’un robinet. Je m’essuie les yeux avec ma manche, afin de mieux la distinguer, afin d’écouter ce qu’elle a à me dire. Je crois que je ne suis pas prêt, je ne pourrais sans doute pas survivre si elle me disait de dégager, ou pire que ça. Je ne m’en remettrais pas, ça c’est certain… Alors, je ne sais même pas pourquoi j’y pense. Sûrement parce que c’est tout ce que je mérite, vu la façon horrible donc je lui ai parlé la dernière fois que nous nous sommes vus…

Elle balbutie quelques mots, même un début de phrase entre deux pleurs. C’est incompréhensible, et malgré toutes les émotions qui me secouent, je grimace en lui demandant « Quoi ? »… Elle me répond alors qu’elle est contente de me voir… Ou plutôt, de voir moi. La faute est importante, parce qu’elle me ferait presque sourire… Presque. Son accent me semble bien plus prononcé qu’avant, mais je ne sais pas si c’est moi qui ait perdu l’habitude, ou elle. Enfin, l’erreur dans sa phrase me laisse penser que c’est plutôt elle qui a oublié comment parler anglais… Je n’arrive pas vraiment à croire qu’on puisse oublier la langue commune du pays dans lequel on vit en si peu de temps, mais… Mais pourquoi pas, après tout.

La rouquine se cache alors le visage avec ses mains, sanglotant de plus belle. Une fois encore, je sens mon cœur s’émietter dans ma poitrine, sans savoir la meilleure façon de réagir… Qu’est-ce que je suis censé faire ? La prendre dans mes bras, comme avant ? Je ne peux pas, si elle a un nouveau copain, elle me repousserait immédiatement, et ça m’achèverait. Pourtant, je ne peux pas la laisser comme ça, elle est en larmes, sans doute effrayée à cause des secousses qui ont l’air d’avoir ravagé son appartement à elle aussi… Je commence à m’avancer, un peu timide, en tendant ma main vers elle. Je me racle la gorge, comme j’en ai l’habitude… Comme j’en avais l’habitude, afin qu’elle se rende compte de la distance qui nous sépare, et qu’elle ne soit pas trop surprise en sentant mes doigts se poser sur son épaule… Maintenant, il faut que je dise quelque chose, n’importe quoi. Non, pas n’importe quoi, justement… Il faut que je choisisse mes mots avec une attention toute particulière…

« Moi aussi, je suis… Content de te voir. Je suis tellement… Tellement désolé, pour tout… »

Je me pince les lèvres, déçu de moi. J’aurais vraiment pu lui dire autre chose, essayer de lui remonter le moral, mais… Mais non, la honte a prit le dessus. Je commence à baisser la tête et à fermer les yeux, n’osant pas la regarder si jamais elle dévoilait son visage. J’ai trop peur de l’expression que je pourrais y voir.

« Je suis là… Parce que j’avais peur… Peur pour toi. » Ajouté-je d'une voix tremblante, en espérant qu’elle comprendrait tout ce que ces paroles impliquent.
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I'd rather feel pain than nothing at all EmptyMer 10 Juil - 0:18
Entre ses pleurs elle entendit distinctement Isaac se racler la gorge, comme il le faisait souvent quand... Quand ils étaient ensemble. Il approcha sa main, ses doigts se glissèrent sur l'épaule de Brunhild. Elle aurait voulu poser ses mains sur la sienne, les glisser le long de son bras, pour aller l'étreindre. Mais s'il en avait eu envie il l'aurait fait, pas vrai ? C'était déjà inespéré qu'il soit là et qu'il ne semble pas décidé à la blesser davantage qu'il avait pu le faire. Brunhild ne pouvait rien attendre de lui, elle ne méritait rien, elle avait compris la leçon. Mais elle aurait aimé enfouir son visage dans son cou, respirer son odeur, se laisser aller dans ses bras. Elle savait à quel point ça l'aurait soulagée. Elle savait à quel point c'était impossible.

« Moi aussi, je suis… Content de te voir. Je suis tellement… Tellement désolé, pour tout… »


Désolé ? Il pouvait l'être. Il n'imaginait sans doute pas tout le mal que ses derniers mots avaient pu lui faire. Il n'imaginait pas la violence de son silence, encore appuyée par les messages qu'elle recevait bien, ceux de Thomas. Il n'imaginait pas la violence que ça avait été de se dire que des mois de relations ne valaient même pas la peine qu'on discute une minute entre adultes pour se dire les choses. Peut-être imaginait-il la solitude, cependant. La douleur. Mais malgré tout ça, Brunhild n'aurait jamais espéré entendre des excuses de la part d'Isaac. Elle ne les méritait pas. Tout était de sa faute. Elle ne parvenait pas à regretter tout à fait d'avoir voulu garder son secret, c'était bien son droit, ce n'était jamais facile à raconter, ce genre de choses. Mais elle avait fait souffrir Isaac, elle l'avait plus ou moins obligé à la quitter en agissant comme elle l'avait fait...

« Je suis là… Parce que j’avais peur… Peur pour toi. »

Peur ? Pour... Elle ? Les mains de Brunhild finirent par tomber doucement de son visage. Si elle avait pu voir quelque chose elle aurait sûrement cherché à croiser le regard d'Isaac. Ce n'était pas une blague, hein ? Il n'oserait pas. Pas dans un moment pareil. Mais quoi alors ? Ça voulait dire qu'il ne l'avait pas oubliée. Qu'il tenait encore assez à elle pour s'inquiéter, pour venir la retrouver... Impossible d'y croire. Il l'avait laissée tomber. Et elle, elle avait bêtement cru qu'elle recevrait un sms un jour, de la part d'un homme qui l'avait ignorée plus d'une semaine sans soucis quand tout allait bien. Elle aurait aimé répondre quelque chose d'intelligent, de pertinent, de gentil. Mais dans sa tête c'était la panique. Si elle lui disait qu'elle l'aimait, est-ce qu'il allait la planter là ?

- Tu me manques.

Elle aurait voulu avoir le courage de tout balancer, de tout avouer, de tout mettre au clair. Elle aurait aimé le remercier de s'être inquiété, d'être venu. Elle aurait aimé le rassurer aussi, lui dire que tout allait bien. Mais ce n'était pas vrai, et le mensonge serait absolument évident. Il avait peut-être envie d'entendre ça, pourtant. Que ça allait, qu'il pouvait aller se mettre à l'abri... Mais Brunhild, elle voulait qu'il reste, elle voulait le serrer dans ses bras, elle voulait qu'il lui pardonne. Non, il n'y avait rien à pardonner, elle n'avait rien fait de mal. Elle voulait qu'il apprenne la vérité. Et qu'il revienne...

À chaque fois qu'elle voulait entamer une phrase elle lui semblait mauvaise. Elle ne pouvait pas décemment lâcher "je t'ai pas trompé je te le jure"... Il ne la croirait jamais, encore moins sans les explications. Elle aurait peut-être dû tout lui dire dans le sms qu'elle avait envoyé mais... Elle avait eu trop peur qu'il prenne tout ça pour une ruse, un mensonge de plus pour essayer de le faire revenir. La même peur l'étreignait à présent. Pourtant, elle avait des preuves. Sa déposition, qui avait dû voler quelque part dans son bureau avec tout le reste. Et... Son portable. Les messages échangés avec Thomas. Ceux échangés avec Rowena au sujet de la plainte et du commissariat.

Brunhild se mit à paniquer, sa respiration accéléra mais elle ne semblait pas sombrer dans les larmes à nouveau. C'était un peu comme son réveil après son cauchemar, la première nuit qu'ils avaient passé ensemble. Isaac ne pouvait pas s'en aller avant d'avoir vu ça. Elle craignait plus que tout qu'il s'éclipse, qu'il l'abandonne, qu'il la laisse là, toute seule, dans les décombres de son appartement. Alors elle fit finalement ce qu'elle s'était interdit jusque là. Ses mains tremblantes remontèrent le long du bras d'Isaac, avant qu'elle vienne l'enlacer, le serrer dans ses bras. Il allait sûrement la rejeter. L'insulter. Elle n'aurait peut-être pas dû faire ça, c'était trop, c'était... Pas bien. Elle respirait si fort, sa poitrine se soulevait si haut à chaque fois qu'elle inspirait, sa gorge la brûlait, ele tremblait toute entière.

- Pitié, reste...


S'il fallait supplier elle le ferait sans hésiter. S'il fallait s'humilier elle y consentirait. Mais elle ne pouvait pas vivre davantage en se disant qu'elle n'avait pas saisi cette chance pour tenter d'en faire quelque chose. Et elle était encore trop choquée pour penser plus loin que la peur qu'il l'abandonne. Encore.

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I'd rather feel pain than nothing at all EmptyMer 10 Juil - 19:56

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Brunhild Kraft

Chaos and earthquakes


J’expire bruyamment après avoir dit à Brunhild que j’avais eu peur pour elle. Bien sûr, ça sous-entendait bien d’autres choses, notamment que je pensais toujours à elle, ou encore que je ne voulais pas qu’il lui arrive de mal, malgré… Malgré ce qui est arrivé entre nous. Malgré la rage qu’elle m’a fait ressentir et qui m’a fait devenir… Monstrueux. Il n’y a pas d’autre mot, j’ai été un monstre avec elle, même si une part de moi pense toujours qu’elle le méritait… Peut-être pas de manière aussi virulente et irrespectueuse, cela dit.

Mes doigts commencent à glisser de son épaule, tout doucement. Je ne peux pas la prendre dans mes bras, même si j’en ai envie, car ce serait encore plus déchirant ensuite de la quitter. Je ne dois pas trop profiter de cet instant, parce que quoi qu’il arrive, je ne pourrais jamais me remettre avec une femme qui m’a trahit, et de toute évidence, je suis bien trop attaché à elle, bien trop amoureux de cette rouquine pour qu’on reste seulement amis… Alors, la seule option qu’il nous reste…

« Tu me manques. » Dit soudain la fille, me faisant relever la tête pour la regarder avec un air triste. Profondément triste.

Ma main s’immobilise sur son bras, je la fixe en ouvrant la bouche, mais sans rien dire. Que répondre à ça ? A moi aussi elle me manque, c’est un fait, mais… Est-ce bien raisonnable de le lui avouer ? Je vois qu’elle commence à respirer de plus en plus vite, elle se met à paniquer… Cet état ne m’est pas inconnu, même si je ne l’ai pas souvent vu comme ça. En général, Brunhild était plutôt apaisée lorsque nous étions ensemble… Je ne sais pas trop ce que je suis censé faire, ou dire, vu la situation. Je ne peux décemment pas rester là sans rien faire, et je ne peux pas l’abandonner non plus. Même si je pouvais le faire, je ne le voudrais pas, de toute façon. Je sens et vois alors ses mains remonter doucement le long de mon bras, mon cœur se met à battre de plus en plus fort au fur et à mesure qu’elle se rapproche, et je me sens tiraillé entre l’envie irrésistible de la serrer contre moi, et la raison qui me dit d’éviter, que ce n’est pas bien…

Comme je me laisse faire, Brunhild finit par m’enlacer et se retrouver contre moi. Je ferme les yeux le plus fort possible pour m’éviter de pleurer, je suis trop faible pour résister à l’envie de plaquer mes mains dans son dos et à l’arrière de son crâne, à l’envie de la serrer aussi fort que je peux, à l’envie de respirer l’odeur de ses cheveux, qui m’empêcheraient presque de respirer tant ils sont mal coiffés et me viennent tous dans le visage… Enfin, c’est bien peu de choses comparé au bien fou que cela me fait de pouvoir la sentir à nouveau dans mes bras, même si elle est toute fine, fragile comme une poupée de porcelaine, même si elle tremble comme une feuille, même si elle respire tellement fort et tellement vite qu’on la croirait sortie d’un marathon…

« Pitié, reste… » Supplie-t-elle avec une voix déchirante. Je lui caresse alors doucement les cheveux, sans vraiment me soucier de mes tremblements habituels.
« Chhht… Je reste, ne t’en fais pas… Je reste… » … Pour l’instant.

Je renifle doucement en essayant de la rassurer comme je peux, la gardant contre moi en espérant entendre une amélioration dans sa respiration ou dans sa voix…

« Toi aussi. » Dis-je, laissant involontairement un silence après mes paroles, le temps de respirer profondément pour ne pas fondre en larmes. « Toi aussi, tu me manques. » Lui avoué-je, la voix tremblante, sans me soucier des répercussions que ça pourrait avoir ensuite désormais.

Je la serre encore plus fort, faisant tout de même attention de ne pas lui briser un os au passage… Honnêtement, elle est si frêle que je pense que c’est réellement possible. Je me demande encore comment elle a pu finir dans cet état, n’y avait-il vraiment personne pour veiller sur elle ? Ni sa mère, ni une autre personne, ni même … Patapouf… Je me demande où il est, tiens. Ça fait déjà plusieurs minutes que je suis là, pourtant … Oh mon dieu… J’espère qu’il ne lui ait rien arrivé dans le séisme ! Et si… Brunhild serait dévastée s’il venait de lui arriver quelque chose. Ça expliquerait en partie son état, remarque… Ses joues trop rouges, ses yeux gonflés, même si la simple peur de toute la terre qui se soulève aurait pu provoquer ça, il n’y a aucun doute que la perte de son bébé aurait fait le même effet. Pourtant, je n’ose pas lui demander, si c’est vraiment arrivé, c’est trop frais pour que je prenne le risque d’en parler avant qu’elle m’annonce la triste nouvelle. Et puis, s’il faut, je m’inquiète pour rien, il est peut-être ailleurs. Chez… Chez quelqu’un d’autre. Chez un autre homme peut-être…

« Attends, Brunhild… » Dis-je en me détachant un peu d’elle et en levant les yeux vers le plafond. « Il faut pas rester là, c’est dangereux. On va aller se mettre sous la table, contre le mur… Juste au cas où. » Proposé-je en attendant son approbation avant de la faire bouger.
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I'd rather feel pain than nothing at all EmptyMer 10 Juil - 21:52
Il allait rester, il le répéta plusieurs fois en la serrant dans ses bras, en passant ses doigts tremblants dans ses cheveux décoiffés. Elle trembla un peu moins, elle, une fois qu'il la tint vraiment contre lui, comme si ce contact prouvrait ses dires, comme si cette étreinte était la garantie qu'il n'allait pas se volatiliser. Pas cette fois. Ou alors... Pas tout de suite. Sa respiration ne ralentit pas avant un bon moment, c'était trop difficile de se calmer. Isaac l'y encourageait mais les circonstances étaient... Particulières. Trop dures. Trop épuisantes.

Oui, c'était ça, elle était épuisée Brunhild. Épuisée de toujours faire des efforts, de toujours prendre sur elle, de toujours tout faire pour se hisser au niveau des autres sans jamais y parvenir. Épuisée de croire, d'espérer s'en sortir et de devoir faire face. Cécite, refus dans ses études, cambriolage, attentat. Thomas. Pour une fois il y avait un signe, il y avait ce retour inespéré d'Isaac. Pour une fois elle pouvait craquer, elle pouvait pleurer, elle se sentait... Moins seule. C'était idiot. Il ne voulait plus la voir, ou peut-être que si, mais... Elle était perdue. Elle ne comprenait plus. Mais il était là. Le seul. L'unique. L'unique personne qu'elle voulait à ses côtés depuis des semaines, avec le même égoïsme puéril des enfants qui veulent précisément le jouet qu'ils ne peuvent pas avoir.

« Toi aussi. »

Quoi ? Elle s'efforça de se calmer, de prendre sur elle à nouveau, encore une fois. Quoi elle aussi ? Qu'elle reste ? Où irait-elle de toute façon ? Si elle avait réussi à respirer plus lentement, elle aurait pu lui poser la question. Mais même si la panique semblait s'apaiser, son marathon n'était apparemment pas terminé pour autant. S'il n'avait pas repris tout seul sa phrase elle n'aurait pas eu la force de lui en demander plus. Et ce « Toi aussi. » serait resté un réel mystère.

« Toi aussi, tu me manques. »

Brunhild entendit sa voix trembler. Ce devait être dur à dire, pour quelqu'un qui l'avait tant détestée. Ce devait être vrai, être fort, pour qu'il soit venu après toutes ces semaines de silence. Il la serra plus fort. Elle le serra plus fort, en reniflant, en ravalant sa salive, en hoquetant, mais en laissant le pic d'angoisse s'éloigner doucement. Est-ce que c'était une bonne nouvelle ? Sûrement. Oui. Ça voulait dire que contrairement à ce qu'elle avait cru ou imaginé, il ne l'avait pas oubliée, il ne l'avait pas remplacée. En tout cas pas tout à fait. Sept semaines, ce devait être plus que suffisant pour qu'un homme tel que lui trouve quelqu'un. Qui ne tomberait pas sous son charme ? Elle avait compté les jours, Brunhild. Presque les heures. Mais il était là maintenant. Et si jamais c'était la dernière fois qu'elle devait le voir, ou du moins le sentir, le toucher, elle aurait au moins le réconfort de l'avoir tenu dans ses bras, de lui avoir dit qu'elle tenait à lui... Non, ce n'était pas exactement ce qu'elle avait dit. Il faudrait qu'elle le lui dise clairement. Et qu'elle lui dise la vérité. Et là, seulement là, une fois toutes ces choses dites, elle ne pourrait plus avoir de regret s'il choisissait tout de même de l'abandonner là. Et en parlant d'abandon...

« Attends, Brunhild… »

Elle le sentit reculer, s'éloigner, alors... Ses doigts se serrèrent pour le retenir, elle sentit son coeur bondir dans sa poitrine au point de lui donner la nausée. Ses larmes reprirent. Il avait dit qu'il restait... Il l'avait dit...

« Il faut pas rester là, c’est dangereux. On va aller se mettre sous la table, contre le mur… Juste au cas où. » 


Elle souffla profondément, en relâchant légèrement son emprise - de toute façon bien maigre - sur Isaac. Il ne partait pas il voulait juste qu'ils se déplacent. Brunhild ne se rendait pas bien compte de ce qu'ils risquaient et elle ne s'y intéressait même pas vraiment. Que le reste de l'appartement s'effondre, sa harpe était déjà brisée, elle n'osait pas s'inquiéter du piano. Mais qu'on lui laisse au moins Isaac...

- D'accord,
se força-t-elle à répondre en relâchant lentement Isaac de son étreinte tremblotante.

Ses doigts se posèrent autour d'elle, sur des paquets de nourriture, le sol, des éclats de verre. La table. Sous la table. Brunhild savait où elle devait se trouver, avec un peu de chance elle n'avait pas trop bougé sous l'effet du tremblement de terre. Elle rampa lentement, tendue, la tête rentrée entre les épaules pour éviter de se cogner. Ses bras semblaient la soutenir à grand peine, mais c'était peut-être surtout parce que se mettre en mouvement lui rappelait une nouvelle fois qu'elle ferait mieux d'avaler quelque chose d'autre que de l'air. Quand elle eut réussi à déterminer l'emplacement de la table, après avoir failli se prendre un de ses pieds en plein dans le visage, la rouquine se recroquevilla contre le mur pour s'asseoir. Aussi ridicule qu'une enfant, sans doute. Mais Isaac avait demandé alors elle ne pouvait pas refuser. Elle ne pourrait jamais rien lui refuser. Elle l'aimait au point de tenir sa promesse, de ne jamais avoir renvoyé de message malgré son silence insupportable, pour respecter son souhait.

- Je dois vraiment te dire quelque chose.

Sa voix tremblait comme si elle devait annoncer le décès de quelqu'un. Pourquoi c'était si dur ? Pourquoi aucun mot n'était le bon ? Elle ouvrait la bouche mais même l'air avait du mal à en sortir. Elle n'avait jamais raconté à voix haute ce qui s'était passé entre elle et Thomas, en dehors du commissariat. Elle avait voulu oublier au lieu de faire face. Plusieurs fois elle prit une grande inspiration mais ce ne fut jamais la bonne et elle finit par se laisser aller à ses larmes encore.

- Mais j'y arrive pas.


Et elle s'en voulait tellement pour ça... Ça se sentait à ses sanglots qu'elle peinait à réfréner. À ses doigts recommencèrent finalement à écorcher sa peau, sans qu'elle trouve cette fois la force de se contenir. Mais peut-être qu'elle n'était pas obligée de parler. Peut-être qu'il y avait un autre moyen. Peut-être qu'Isaac pourrait... Lire.

- Est-ce que... Est-ce que tu vois mon... Mon téléphone... S'il te plaît...?


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I'd rather feel pain than nothing at all EmptyMer 10 Juil - 23:24

Isaac Callum

Brunhild Kraft

Chaos and earthquakes


Les doigts de Brunhild s’agrippent à moi un peu plus fortement quand je commence à m’éloigner, comme pour me retenir… Pourtant, je ne la lâche pas vraiment, mes mains restent sur elle, même après que je lui ai dit que nous devrions bouger. Ses tremblements se sont un peu calmés, sa respiration aussi, elle parvient doucement à s’extirper de sa crise de panique, même si les larmes commencent à lui monter aux yeux… Elles coulent même sur ses joues, avant que je lui dise simplement que ce n’est pas sûr de rester où nous sommes.

Elle souffle et décontracte ses muscles en même temps, visiblement soulagée que je lui dise d’aller simplement nous planquer… Comme pour la rassurer, je passe ma main sur son visage, essuyant les quelques pleurs qu’elle a laissé couler à l’instant. La rouquine me répond par un petit « D’accord », avant que nous nous lâchions. Bien sûr, je n’arrive pas à la quitter du regard, je la fixe, l’examine, toujours autant ébahit par l’état dans lequel elle se trouve… Je ne me serais jamais attendu à ça. Pour moi, elle devait être… Encore plus épanouie que d’habitude. Je l’imaginais avec le teint rayonnant, avec quelques kilos en plus à cause de tout ce qu’elle engloutit à chaque repas… J’ai l’impression d’avoir une fausse Brunhild face à moi, comme si on voulait me piéger pour une caméra cachée… Une mauvaise caméra cachée.

Nous commençons à ramper doucement en direction de la table de la cuisine. J’essaye d’éviter les morceaux de verre, mais comme ils sont assez gros, je n’ai pas trop de mal à ne pas m’infliger de coupure. Je n’ai pas besoin d’aider la musicienne pour qu’elle sache vers où se diriger… Pourtant, je ne peux pas m’empêcher de lui confirmer sa trajectoire, comme une sorte d’encouragement. « C’est tout droit. » chuchoté-je presque, juste avant qu’elle manque de se prendre le pied de la table dans la figure, me faisant sursauter d’inquiétude par la même occasion.

Nous nous glissons sous le meuble, je lève alors ma main juste au-dessus de la tête de Brunhild pendant qu’elle se redresse et s’adosse au mur, pour éviter qu’elle ne se cogne en se relevant trop vite… Je ne pense pas qu’elle ait l’habitude de se mettre sous sa table, alors il vaut mieux faire attention, même si un coup sur la tête n’a jamais tué personne… Enfin, un petit coup, je veux dire… Enfin, de toute façon, elle est trop petite pour toucher le bois avec sa tête, contrairement à moi qui suis obligé de me tordre le cou pour ne pas que mon crâne touche la table. Je ramène mes mains vers moi en venant m’asseoir près d’elle, contre le mur. Un soupire m’échappe, maintenant que je sais que nous sommes à l’abri… Même si c’est un peu… Bizarre.

« Je dois vraiment te dire quelque chose. » Commence Brunhild. Ces simples paroles me font stresser, je peux sentir mon cœur battre au moins deux fois plus vite d’un seul coup.

J’avale ma salive, patient, me demandant ce qu’elle peut bien vouloir me dire… Je la regarde inspirer, puis ne rien dire, puis réinspirer, puis toujours ne rien dire… Alors je commence à me demander si elle n’aurait pas quelque chose à m’avouer, quelque chose que je saurais déjà, mais qu’elle voudrait… Assumer. Je tourne la tête pour regarder ailleurs en grimaçant, si c’est pour me raconter comment elle s’est rapprochée de Thomas ou pourquoi elle a fait ce qu’elle a fait, je préférerais qu’elle se taise. « Mais j’y arrive pas. » marmonne-t-elle entre deux sanglots, comme seule suite à sa précédente déclaration. Je soupire doucement sans prendre la peine de la regarder, me confortant dans mon idée sans me douter que je me gourre complètement.

« Est-ce que… Est-ce que tu vois mon… Mon téléphone… S’il te plaît… ? » Me demande-t-elle, alors que je peux l’entendre se griffer le bras. Je comprends un peu mieux toutes ces traces sur son poignet, maintenant. Là où elle portait son bracelet, autrefois…

Je commence à regarder tout autour de la table, je me penche un peu en avant pour essayer d’apercevoir quelque chose dans l’entrée. Il y a beaucoup de choses par terre, mais pas son portable, à priori. Enfin, comme je ne sais pas vraiment ce qu’elle a fait avec son téléphone dernièrement, c’est possible qu’il soit là, sous les paquets de sucreries encore fermés ou dans la pénombre du bureau, entre les livres qui se sont empilés en chutant de la bibliothèque, complètement renversée sur le meuble d’en-face…

« Non, il est pas là… Tu l’as utilisé où pour la dernière fois ? » Dis-je en reportant mon attention sur elle. « De toute façon, il n’y a plus de réseau. Tu le voulais pour quoi ? Si… Si c’est pas trop indiscret. » Demandé-je, sans vraiment savoir si j’ai envie de connaître la réponse à cette question… Je regrette même d’avoir demandé.
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I'd rather feel pain than nothing at all EmptyJeu 11 Juil - 0:09

Peut-être qu'elle avait cherché des encouragements, quand elle avait dit à Isaac qu'elle avait quelque chose à partager avec lui mais qu'elle n'y parvenait pas. Peut-être qu'elle aurait voulu qu'il passe à nouveau ses bras autour d'elle, qu'il lui prenne la main, qu'il lui dise qu'il l'écoutait. Mais elle savait bien, Brunhild, qu'elle n'avait pas le droit d'espérer ça. S'il n'avait pas voulu l'écouter jusqu'à présent, pourquoi changerait-il d'avis ? Pourquoi la laisser parler serait plus supportable maintenant qu'il y a cinq semaines ? Il n'y avait aucune raison pour qu'il change d'avis. Alors elle n'obtint pour toute réponse qu'un soupir qui lui donna l'impression qu'on enfonçait une lame dans son coeur.

Mais elle pouvait pas laisser tomber. Si elle laissait Isaac partir sans lui annoncer ce qu'elle avait à lui dire, il n'y aurait peut-être plus jamais d'opportunité. Alors elle fit ce qu'elle put, Brunhild, elle chercha une solution, une aide, un moyen. Elle chercha ce qui pourrait l'aider à parler, ou ce qui pourrait même l'en dispenser. Elle demanda son téléphone à Isaac. Bien sûr la rouquine le sentit bouger, il devait regarder autour d'eux...

« Non, il est pas là… Tu l’as utilisé où pour la dernière fois ? »

Merde. Brunhild essaya de réfléchir mais ses pensées se bousculaient dans sa tête. Elle se souvenait avoir tenté d'appeler sa mère, être tombée dans sa chambre, avoir trouvé sa harpe. Sa gorge se resserra brusquement. Sa harpe... Aucun mot ne pourrait la réparer, elle... Adieu. La rouquine fut incapable de répondre à la question d'Isaac, la gorge nouée par le chagrin, maintenant qu'elle se rappelait de ça aussi. Le téléphone devait gésir quelque part par là, c'était du moins l'endroit où elle chercherait. Mais elle ne pouvait pas demander à Isaac de faire ça, il faudrait passer sous la bibliothèque comme elle avait eu tant de mal à le faire. Elle soupira tout bas. Et si elle lui demandait de l'achever, est-ce qu'il le ferait ? Un coup sec derrière la nuque, une victime de plus pour un tremblement de terre sûrement déjà meurtrier...

« De toute façon, il n’y a plus de réseau. Tu le voulais pour quoi ? Si… Si c’est pas trop indiscret. » 

Elle savait très bien qu'il n'y avait plus de réseau. Si ce n'était pas le cas ça ferait longtemps qu'elle serait en train de pleurer au téléphone avec sa mère qui lui répondrait sans aucun doute quelque chose de désagréable comme elle le faisait si bien. Non, sa mère serait probablement morte d'inquiétude, ce qui l'empêcherait d'être cruelle. Brunhild avait simplement du mal à entrevoir cette possibilité. Mais alors pourquoi voulait-elle son téléphone, hein ?

Comment expliquer ça à Isaac ? Tout la ramenait à son premier aveu, celui qu'elle avait tant de mal à faire. Devait-elle seulement lui dire qu'elle avait besoin de l'appareil pour lui expliquer quelque chose ?Devait-elle aller le chercher en silence et en priant pour qu'il ait la patience de supporter ses combines ridicules ? Non. Il fallait être courageuse. Dieu sait que c'était difficile. Mais il ne fallait pas mentir. Jamais.

- Thomas...
Le mot brûla sa gorge, il la fit paniquer. Elle ne pouvait pas le dire comme ça, seul. Si Isaac croyait qu'elle voulait l'appeler ? Non. Non ! Elle serra avec plus de force ses ongles contre sa peau, ou plutôt contre ses croûtes étant donné l'état déjà pitoyable de son bras en lambeaux. C'est... C'est pas... C'est pas mon copain.

Bon. Maintenant que c'était dit il fallait poursuivre. Isaac savait qui il n'était pas, il fallait désormais annoncer qui c'était pour que l'information soit correctement modifiée. Mais ces mots là étaient encore un peu plus durs à dire. Si Isaac lui disait qu'il ne la croyait pas ou qu'elle mentait, qu'est-ce qu'elle ferait, hein ? Est-ce que son coeur battrait encore ?

- C'est mon.... Mon... Mon...
Elle sentait sa gorge se bloquer, comme si le mot ne voulait pas sortir, comme si l'air refusait de le porter. Elle se força pourtant, elle porta ses mains à sa gorge comme si le col bien trop large de son pyjama pouvait l'étouffer et qu'elle cherchait à l'écarter. Agresseur.

À peine ce mot fut-il prononcé, Brunhild se remit à trembler et à pleurer. Ça n'expliquait pas ce qu'elle comptait faire de son téléphone, certes, mais l'aveu le plus difficile avait été fait. Brunhild se recroquevilla encore, comme si elle pourrait se rouler complètement en boule et disparaître. Ses doigts relâchèrent son poignet. Même si elle craignait plus que tout la réaction d'Isaac, le fait d'avoir parlé était un soulagement. Alors elle poursuivit, sans s'arrêter de pleurer, sans savoir s'il pouvait comprendre ce qu'elle disait entre ses sanglots.

- Je voulais... Je voulais te montrer... Des... Des preuves... Parce que... Parce que...

Parce qu'elle avait trop peur qu'il la rejette encore, qu'il pense qu'elle mentait. Mais elle n'eut pas la force de finir, elle crut qu'elle allait s'étouffer dans ses larmes, elle se redressa brusquement et se frappa la tête contre la table, ce qui ne l'aida pas à se calmer.
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I'd rather feel pain than nothing at all EmptyJeu 11 Juil - 15:30

Isaac Callum

Brunhild Kraft

Chaos and earthquakes


J’ai beau regarder autour de nous, je ne vois pas le téléphone de Brunhild. Il ne doit sans doute pas être dans les parages… Peut-être qu’elle l’a laissé dans sa chambre ou dans le salon… Enfin, s’il s’est envolé avec le reste des meubles pendant les tremblements, je doute qu’elle remette la main dessus, et même si elle y parvient, je ne donne pas cher de l’état dans lequel il sera.

J’informe la rouquine que je ne trouve pas ce qu’elle voulait, puis je lui demande où elle s’en est servie récemment. Elle ne me répond pas… Elle a l’air de réfléchir, pourtant, mais elle affiche finalement un air profondément triste, désemparé, même, sans rien dire du tout. Je rebaisse les yeux alors que je lui demande pourquoi elle le voulait, regrettant aussitôt de lui avoir posé cette question…

Il lui faut quelques secondes pour me répondre, comme si elle avait besoin de retrouver sa voix avant de m’expliquer. « Thomas… » commence-t-elle en se remettant à respirer plus vite. Je serre immédiatement les poings en entendant son nom, fronçant les sourcils et détournant le regard pour ne plus la voir… Je me sens… Insulté. Comment est-ce qu’elle peut oser me demander de trouver son téléphone pour appeler ce gars-là, après ce qu’elle m’a dit ? Est-ce qu’elle cherche à se venger ? Si elle voulait me blesser, et bien… Et bien c’est gagné…

« C’est… C’est pas… C’est pas mon copain. » Ajoute-t-elle, me faisant retourner la tête vers elle, curieux.

Alors, il ne sont plus ensemble… J’imagine qu’elle ne voulait peut-être pas l’appeler, du coup… Je me détends un peu, desserrant notamment mes poings, même s’il me reste un peu d’amertume dans la gorge. Je ne comprends toujours pas où elle veut en venir, ni pourquoi elle tient à m’en parler. « C’est mon… Mon… Mon… » essaye-t-elle, sans parvenir à continuer. On dirait qu’elle est incapable de respirer, elle porte ses mains à sa gorge et tire sur son col comme si c’était ça qui lui serrait autant le cou. On dirait un animal qui essaye de se défaire de son collier, alors qu’il n’y a rien… « Agresseur. » finit-elle par balancer, avant de fondre en larmes et de se remettre à trembler de plus belle. Je hausse les sourcils en écarquillant les yeux, surpris, choqué même par ce mot.

« Quoi… ? » Demandé-je tout bas, murmurant à peine, sans vraiment attendre une réponse.

Qu’est-ce qu’elle me raconte ? Qu’est-ce qu’il lui a fait ? C’est pour cela, qu’elle est dans cet état ? Il était un si mauvais compagnon que ça ? Mais qu’a-t-il bien pu faire… Il l’a frappée ? Il l’a… Ewh, rien que d’y penser, mon corps tout entier se crispe et ma gorge se noue. Je ne peux pas imaginer qu’il lui ai fait tant de mal, des larmes de colère me montent aux yeux immédiatement. Quel petit enfoiré, s’il était là, je l’aurais jeté par la fenêtre. Même si ce ne sont pas mes affaires, au fond, mais je ne saurais supporter qu’un mec ait fait sciemment du mal à celle… Celle que… J’aimais. Non, celle que j’aime, malgré tout.

Entre ses sanglots, Brunhild balbutie quelque chose. Je ne comprends pas exactement ce qu’elle veut dire, j’entends juste qu’elle voulait me montrer des… Preuves, je crois ? Mais quel genre de preuves est-ce qu’elle peut bien conserver ? Des photos, des vidéos ? Bon dieu, je ne supporterais pas d’assister à de telles horreurs, je m’effondrerais sur place si je ne devais visionner qu’une seule seconde d’une quelconque agression envers elle…

Mais la rouquine panique, de plus en plus. Je l’entends prendre une grande inspiration, comme si elle sortait la tête de l’eau après un long moment, avant de se relever et de se heurter à la table. Je l’attrape dans un sursaut, posant ma main à l’endroit où elle s’est cognée, du moins je crois… C’est allé si vite, et je n’étais pas assez concentré pour bien voir l’action. Je la retiens contre moi, la serrant doucement en soupirant… Je ne peux juste pas m’empêcher de la rassurer… Je… Je n’ai plus la force d’ignorer ses larmes et ses supplications, comme j’ai pu le faire le jour de notre rupture.

« Calmes-toi Brunhild, calmes-toi… Tout va bien se passer, d’accord ? Oublies les preuves, je… » Je te fais confiance ? Non, mauvaise tournure de phrase… « Je te crois. » Dis-je sans la relâcher, commençant à repasser ma main dans ses cheveux pour l’apaiser. « Je suis désolé… Que ça te soit arrivé. »

Même si je ne sais pas exactement du genre d’agression dont elle me parle, j’imagine le pire et je me dis que, même elle, même avec son karma pourri jusqu’à l’os après ce qu’elle m’a fait, elle ne méritait pas de se faire frapper, ou pire… Pour qu’elle finisse aussi maigre, aussi pâle, aussi faible, il a sans doute fallu que ça soit un sacré choc, tout de même… Peut-être même que… C’est à ce moment-là que le labrador a disparu, finalement ? Quelle horreur, je ne peux même pas imaginer que j’ai raison et qu’il ait osé faire ça… Sérieusement, ça me tue qu’elle m’ait remplacé pour un type comme ça. Même avec des mains pourries, je ne vaux quand même pas moins que cette ordure !
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I'd rather feel pain than nothing at all EmptyJeu 11 Juil - 16:40
Brunhild ne comprit pas trop, elle sentit le choc contre son crâne, se rappela vaguement qu'elle était sous une table. Pleurer et respirer en même temps n'était pas évident mais elle ne pouvait s'empêcher de faire ni l'un ni l'autre. Alors elle se laissa aller dans les bras d'Isaac, qui passa une main sur sa tête et la tint contre lui. Ça faisait du bien. D'avoir parlé, de ne plus être seule. Ses tremblements durèrent moins longtemps que les précédents, la présence d'Isaac était rassurante, mais il aurait été difficile de ne pas sentir à quel point la rouquine avait été bouleversée par ses propres aveux.

« Calmes-toi Brunhild, calmes-toi… Tout va bien se passer, d’accord ? Oublies les preuves, je… Je te crois. »

Rien n'aurait pu lui faire plus de bien que ces trois derniers mots. Il la croyait. Il n'était pas en train de se dire qu'elle mentait pour retourner avec lui, il la tenait dans ses bras et... Et il la croyait. Et il passait une main dans ses cheveux... Peut-être... Peut-être qu'il restait un espoir. Un espoir que les choses redeviennent comme avant ?

« Je suis désolé… Que ça te soit arrivé. »

Brunhild ne s'attendait pas à cette réponse là. Alors... Alors c'était tout ce que ça lui faisait ? La rouquine le serra dans ses bras, autant qu'elle put, s'appuyant tout à fait contre lui sans se retenir. Peut-être que c'était trop tard. Peut-être qu'elle avait trop attendu pour que la vérité change les choses. Peut-être que plus rien ne pouvait réparer ce qui avait été brisé par Thomas. Ou peut-être qu'il ne savait juste pas quoi dire ? Elle aurait tant aimé voir son visage, essayer de deviner, de comprendre. Elle se serait attendu à un peu plus d'émotion... A ce que ça lui fasse vraiment quelque chose, à lui, pas qu'il soit juste "désolé pour elle". C'était un drôle de moment. Devait-elle se réjouir ? Être soulagée ? Elle n'en savait rien. Et si ses pleurs finirent à nouveau par se calmer, ce fut seulement parce qu'elle n'avait plus la force de continuer. Elle se contenta de renifler de son mieux sans plus bouger. Trop lasse. Ça faisait du bien d'avoir pu parler. D'avoir trouvé ce courage là, d'avoir réussi à dire ces quelques mots. Mais la réaction d'Isaac n'était apparemment pas celle qu'elle avait espérée. Et ça, ça faisait mal. Quoique... C'était peut-être encore un de leurs fameux problèmes de communication. Peut-être qu'elle devrait faire encore un effort. Parler. Dire quelque chose. Lui demander...? Et demander quoi ? "Est-ce tu m'aimes encore ?" "Est-ce que tu m'en veux toujours ?" Non... Ça ferait trop mal si les réponses étaient celles qu'elle redoutait tant.

- Je... Je suis contente de... De te l'avoir dit. Je... Je supportais pas... Que tu croies... Que j'aurais pu te tromper...


Elle parlait tout bas, dans un souffle, le visage enfoui au mieux dans le cou d'Isaac. Peut-être que les choses ne seraient plus jamais comme avant entre eux mais au moins elle avait la conscience tranquille et Isaac le savait. Et il la croyait. Alors peut-être qu'elle pourrait s'en contenter. Quelques larmes coulèrent mais celles-ci ne la secouèrent pas avec la violence des précédentes, elles glissèrent simplement sur ses joues pendant que Brunhild prenait de grandes inspirations.

- Merci de me croire Isaac.

Elle n'avait expliqué la situation qu'aux policiers. Elle n'avait eu à dire ces mots qu'une seule fois et... Et ce n'était pas pareil. Il n'y avait pas de malentendu à dissiper avec eux, il n'y avait pas ces regrets. Il n'y avait même pas la peur qu'on la croie pas, parce qu'elle avait une témoin, parce qu'elle n'était pas seule, parce que pour une fois on ne pourrait pas dire que la pauvre petite aveugle avait dû rêver ou se tromper. Ça avait été plus dur de tout dire à Isaac, il y avait plus d'enjeu au fond. Même si sa plainte aboutissait ça ne la rendrait pas forcément plus heureuse. Mais Isaac qui la croyait, peut-être que si...

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I'd rather feel pain than nothing at all EmptyJeu 11 Juil - 17:52

Isaac Callum

Brunhild Kraft

Chaos and earthquakes


Je souffre un peu plus à chaque instant qui se passe, j’ai l’impression qu’une longue aiguille s’enfonce dans mon cœur, tout doucement, pour que je la sente bien me transpercer. C’est une horrible sensation, j’ai envie de m’arracher la peau pour pouvoir aller déloger cette aiguille avec mes mains, même en sachant qu’elle n’existe pas réellement… Mais c’est juste tellement dur à supporter que ça commence vraiment à me démanger au niveau de la poitrine.

Pourtant, je garde Brunhild contre moi et je m’efforce de la calmer en caressant ses cheveux… Même si ça me blesse, même si ça me tue, je ne peux pas faire autrement, je n’ai pas la force de l’abandonner. J’aurais aimé être plus égoïste, peut-être que je souffrirais moins si c’était le cas… Ou peut-être que ça ne serait qu’une façade pour cacher ce que je ressens vraiment. Dans ce cas-là, ça ne vaudrait même pas la peine. Parce que même si j’ai horriblement mal, je peux au moins la toucher et respirer son odeur qui m’avait tant manqué, qui me rappelle de si bons souvenirs… Je ne peux pas dire que ça m’apaise vraiment, mais c’est un petit quelque chose qui permet de compenser un peu tout le mal qui peut m’assaillir.

« Je… Je suis contente de… De te l’avoir dit. Je… » Commence-t-elle, donnant un grand coup dans le pieu qui me tue à petit feu. Je me retiens de grogner et ferme simplement les yeux en serrant les dents et en grimaçant. « Je supportais pas… Que tu croies… Que j’aurais pu te tromper… »

Je rouvre les yeux d’un seul coup, mon visage se détendant instantanément. Qu’est-ce qu’elle vient de dire ? Elle affirme de nouveau qu’elle ne m’a pas trompé ? Pourtant… Pourtant ce n’est pas ce que j’ai compris. Est-ce que j’aurais loupé cette information au milieu de ses pleurs ? « Merci de me croire Isaac. » ajoute-t-elle alors que je fronce les sourcils d’incompréhension. Je suis censé encore la croire, si elle affirme toutes ces choses qui se contredisent les unes les autres ? C’est trop étrange… J’essaye de me souvenir de ses mots exacts depuis que je suis arrivé, mais je ne parviens pas à me les rappeler, il me vient seulement les faits, seulement les images que je me suis imaginé…

Je l’attrape alors doucement par les épaules, la faisant se redresser légèrement pour pouvoir la regarder, le visage toujours fermé par le flou de cette situation. « Attends, attends… » lui demandé-je en me concentrant de toutes mes forces. Il faut que je lui demande d’éclaircir tout ça, que je sois sûr qu’elle n’essaye pas de m’embobiner… Même si dans l’état où elle se trouve, je doute qu’elle ait la force de me tendre un piège. Et puis, elle n’est pas fourbe, Brunhild… Peut-être qu’elle ne réalise juste pas qu’elle m’a trompé, peut-être que pour elle, des baisers partagés avec son amant, ce n’était rien. Alors, comment savoir ce qui est vrai ? Qu’est-ce que je peux lui dire pour élucider toute cette affaire ? Quelle est la pièce du puzzle qui me manque…

« Brunhild… Quand est-ce que c’est arrivé, ce que tu me racontes ? » La questionné-je, sans pour autant avoir l’air de lui tendre un piège. On entend plutôt une forme d’inquiétude dans ma voix… J’ai l’impression d’être au bout d’un tunnel, de voir la lumière, de toucher du bout du doigt la solution, sans parvenir à faire le dernier pas… Je sens que ma question est la bonne, qu’elle fera pencher la balance d’un côté ou de l’autre, même si je n’arrive pas encore à imaginer l’épiphanie que j’aurais en entendant sa réponse, quelle qu’elle soit.
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Les mains d’Isaac quittèrent les cheveux et le dos de Brunhild pour venir se poser sur ses épaules et… Et l’éloigner. La forcer à se redresser, au moins. La rouquine n’aurait jamais eu la force d’aller contre ce mouvement et son corps de chiffon n’eut d’autre choix que de suivre l’impulsion donnée par Isaac. Ses traits étaient déformés, non seulement par la tristesse mais aussi par l’incompréhension.

« Attends, attends… »

Quoi ? Est-ce qu’elle avait dit quelque chose qu’il ne fallait pas ? Ses derniers mots, elle s’en souvenait très bien. « Merci de me croire Isaac ». Est-ce qu’il allait retirer ça, retirer cette confiance comme il avait retiré son amour ? Les larmes coulaient encore sur les joues de Brunhild mais elle n’avait plus la force d’être secouée par des sanglots trop violents. S’il comptait changer d’avis et la traiter de menteuse, qu’il l’achève. Ce serait plus rapide et moins douloureux. Ça avait été si dur de lui faire cette confidence, de trouver le courage et les mots, il n’oserait tout de même pas jouer avec elle comme ça, hein ? Il ne pouvait pas… Il n’avait pas le droit… Elle porta une de ses mains à sa poitrine douloureuse. C’était comme si quelqu’un lui enfonçait une lame dans le coeur – et elle savait très bien quel genre de douleur pouvait provoquer un coup de couteau. Mais peut-être que c’était juste une manifestation de sa faiblesse ces temps-ci.

« Brunhild… Quand est-ce que c’est arrivé, ce que tu me racontes ? »

C’était… Moins pire que ce qu’elle avait imaginé. Brunhild ne comprenait absolument pas l’intérêt de cette question. Qu’est-ce que ça pouvait faire ? L’important c’était juste qu’elle ne l’avait pas trompé, et elle venait de le lui dire puisqu’elle lui avait expliqué que Thomas n’avait jamais été son copain. Quoique, elle aurait peut-être dû ajouter jamais. Il ne lui vint pas à l’esprit qu’Isaac n’avait peut-être pas compris. Les choses étaient si évidentes pour elle…

- Qu’est-ce que ça change ?
Commença-t-elle par répondre d’un air désespéré, d’une toute petite voix. Isaac avait semblé inquiet en posant sa question, mais ce qui était fait était fait, il n’allait pas remonter le temps pour empêcher tout ça d’arriver de toute façon. Elle sentait néanmoins que ça avait l’air d’être important pour lui, pour une raison qui lui échappait complètement. Neuf semaines, et… Un jour… Deux jours… Le mardi, il y a neuf semaines.

Le mardi. Le jour de ses répétitions à l’orchestre. Le jour où Thomas avait voulu lui montrer quelque chose au violon. Elle n’avait pas envie de se rappeler de ce moment, elle avait tout fait pour l’oublier, pour le refouler. Ça n’avait évidemment pas marché, l’absence d’Isaac lui rappelait tous les jours les conséquences de cette funeste soirée, et les SMS de Thomas n’avaient fait qu’augmenter en nombre depuis les sept dernières semaines. Depuis que Brunhild l’avait accusé d’avoir chassé l’homme de sa vie, répondant pour la première fois à un de ses messages. Mais même si elle rêvait que tout ça n’ait jamais eu lieu, même si elle rêvait de le chasser de sa mémoire, Brunhild savait qu’elle répondrait à toutes les questions d’Isaac. Garder le secret lui avait déjà valu tant d’ennuis et une telle souffrance qu’elle serait incapable de résister.

Elle aurait aimé pouvoir juste tendre ses bras et l’enlacer à nouveau mais sentir les mains d’Isaac sur ses épaules la mettait mal à l’aise, elle n’osa pas recommencer. Son réflexe fut plutôt de se reculer à nouveau jusqu’au mur, pour ramener ses jambes squelettiques contre sa poitrine douloureuse et se refermer ainsi de son mieux sur elle-même. Qu’est-ce que sa réponse pouvait bien changer ? Elle ne pouvait pas arrêter d’y penser, sans voir de solution, sans voir de réponse. Est-ce qu’il comptait lui faire passer un… Interrogatoire ? Est-ce qu’il doutait finalement de ce qu’elle avait dit ou est-ce qu’il était simplement curieux de comprendre ? Il avait surtout eu l’air inquiet mais elle n’était pas si douée que ça pour comprendre les gens, ces dernières semaines l’avaient suffisamment prouvé.
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Isaac Callumvictime de cupidon
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I'd rather feel pain than nothing at all EmptyJeu 11 Juil - 18:59

Isaac Callum

Brunhild Kraft

Chaos and earthquakes


Brunhild pleure… Encore… Même si elle n’a plus l’air d’avoir assez de force pour sangloter à en trembler… Elle n’a même pas la force de résister quand je la fais se redresser, elle se laisse faire comme une grosse peluche. Elle est même aussi légère qu’une peluche, c’est presque déstabilisant. Je la fixe, les sourcils froncés, le visage fermé, surtout à cause de l’incompréhension. Heureusement qu’elle ne me voit pas, sinon elle prendrait sans doute mon expression pour de la colère. Quoique, même sans me voir, elle peut tout à fait s’imaginer ça, ou autre chose encore que je ne soupçonnerais même pas.

« Qu’est-ce que ça change ? » Commence-t-elle par me répondre, me faisant serrer inconsciemment les mains sur ses épaules, même si c’est avec mes maigres forces… Ça change tout, il faut qu’elle me réponde. « Neuf semaines, et… Un jour… Deux jours… Le mardi, il y a neuf semaines. »

Soudain, mon visage affiche une expression horrifiée, j’ai l’impression que je m’effondre et que je vis ça au ralenti, que mon cœur s’écroule sur lui-même, comme le ferait une étoile avant d’exploser… Mes mains elles aussi tombent littéralement, se décrochant des épaules de Brunhild comme si elles venaient de s’alourdir d’un seul coup. Toutes les paroles de la fille me reviennent alors en tête, celles d’il y a sept semaines et celles d’il y a sept minutes ou moins, elles s’assemblent, se mettent dans l’ordre, se coordonnent pour m’afficher enfin la violente vérité que je ne parvenais pas à voir. Elle… Elle ne m’a jamais trompé. Je me suis trompé, depuis le début… Pourtant, je lui en ait mit plein la gueule, je l’ai humiliée, j’étais même satisfait en claquant la porte de chez elle, satisfait qu’elle souffre, en me disant que ça ne devait être que du cinéma et que ça n’égalait pas un dixième de ce que je pouvais ressentir…

Mais en la regardant mieux, c’est elle qui a le plus souffert. Son état, ce n’est pas à cause de Thomas, du moins pas directement… C’est à cause de moi. Cette constatation me frappe si violemment qu’elle me fait pleurer de nouveau, silencieusement, toujours sous le choc qui m’empêche de bouger au point de ne pas arriver à trembler de chagrin, de regret, de honte… Cette horrible honte qui m’accable, d’avoir causé toute cette souffrance à Brunhild et à moi-même. Tout ça parce que je n’ai pas voulu l’écouter… Tout ça parce que j’ai cru revivre la même scène qu’avec Eve…

La rouquine se recroqueville contre le mur, s’éloignant de moi comme si je l’effrayais. Je finis par pleurer plus bruyamment, plus fort, à m’étouffer même avec mes larmes. Je tousse si fort que je crois que je vais vomir, mais ça n’arrive pas… Il ne manquerait plus que ça. Je relève alors la tête pour regarder Brunhild… Mon dieu, Brunhild… Je suis tellement désolé, si tu savais. Je ne pourrais jamais m’excuser assez pour… Tout ça. C’était trop, je ne pourrais me pardonner ce que j’ai fait. Doucement, difficilement, je tends mes bras vers elle, comme si elle était sur le point de s’envoler. Je l’effleure, à peine, j’ai peur de l’effriter, peur que ça ne soit qu’un rêve et qu’elle parte en poussière si je suis trop brusque. Et quand je sens qu’elle est bien tangible sous mes doigts tremblants, je me laisse presque tomber pour l’enlacer de nouveau et la serrer contre moi en laissant couler toutes les larmes de mon corps, toutes ces larmes que j’ai retenu pendant 7 semaines, et plus encore…

« Oh, ma chérie… Je… Je suis tell… Tellement dé… Désolé… Je croyais que… Enfin… Je m’en veux… » Essayé-je d’articuler entre mes hoquets, sans réaliser que pour la toute première fois, je venais de l’appeler autrement que « Brunhild »…
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I'd rather feel pain than nothing at all EmptyJeu 11 Juil - 19:42
Il… Pleurait. D’abord doucement, puis bien plus fort. Elle n’aurait pas imaginé l’entendre ainsi tousser, comme si les larmes emplissaient sa gorge et que c’était le seul moyen de les en déloger. Brunhild, aussi déboussolée, aussi triste, aussi épuisée soit-elle, elle aurait aimé le rassurer à son tour, comme il l’avait fait pour elle. Mais elle ne comprenait même pas ce qui était en train de se jouer. Si, elle comprenait que la vérité venait sûrement de l’atteindre, mais elle n’arrivait pas à voir ce que sa dernière question avait bien pu apporter. L’entendre pleurer lui faisait mal au coeur, elle ne savait pas quoi dire, pas quoi faire. Mais c’était déjà bien plus proche de la réaction à laquelle elle s’attendait quand elle avait fait son aveu, au lieu de ce « désolé que ça te soit arrivé ».

Elle crut, sans en être certaine, qu’il l’effleurait. Ses mains tremblantes la touchaient à peine, comme une caresse mais en plus doux encore, presque fantomatique. Elle fronça les sourcils, se demandant ce qu’Isaac était en train de faire, avant de le sentir l’étreindre à nouveau. Enfin ce n’était pas exactement ça, c’était comme s’il s’effondrait un peu, comme s’il se détendait trop vite, trop fort, pour se retrouver contre elle. La rouquine bougea maladroitement pour lui faire un peu plus de place, pour qu’ils soient mieux installés, pour pouvoir le tenir bien contre elle au lieu que ses genoux repliés les dérangent. Qu’est-ce qu’il pleurait. Ce n’était pas un reproche, Brunhild serait bien mal placé pour accuser qui que ce soit de trop pleurer. Mais elle n’était pas certaine d’avoir déjà entendu Isaac si… Emu ? Triste ? L’émotion en elle-même était assez floue. Mais la musicienne passa ses doigts dans le dos d’Isaac, le caressant doucement à son tour.

« Oh, ma chérie… Je… Je suis tell… Tellement dé… Désolé… Je croyais que… Enfin… Je m’en veux… » 

Elle eut du mal à comprendre certains des mots. Pourtant, elle était à peu près certaine d’avoir entendu qu’il l’avait appelée… « Ma chérie ». Et ces deux mots, aussi insignifiants puissent-ils paraître, lui réchauffèrent le coeur et lui tirèrent un sourire malgré les larmes qui couvraient ses joues. Ça voulait bien dire qu’il… Qu’il ne lui en voulait pas, hein ? Toute la pression sembla redescendre, quitter le corps fragile de Brunhild qui parut s’affaisser un peu, privée de la force conférée par l’angoisse. Elle remonta tout doucement une de ses mains le long du dos de… De son amoureux, pour aller caresser ses cheveux à son tour. Elle avait été apaisée par ce geste, un peu plus tôt, peut-être que ça aurait le même effet avec lui.

- Je t’aurais jamais fait ça,
se plaignit-elle tout bas, laissant paraître véritablement la souffrance que ça avait pu être qu’il ose croire le message d’un inconnu plutôt que de l’écouter, qu’il la laisse dans le silence le plus total pendant des semaines, qu’il l’insulte. Elle aurait pu lui reprocher de ne pas avoir tenu compte des mois qu’ils avaient passé ensemble, de ne pas avoir voulu lui accorder la moindre minute de son temps pour pouvoir s’expliquer, mais elle n’en fit rien. Elle laissa couler des larmes silencieuses sur sa peau irritée par tous les frottements de ses doigts pour dissiper ses pleurs ces derniers temps. Ce serait malhonnête de lui reprocher quoi que ce soit alors qu’il pouvait tout aussi bien lui rappeler qu’elle ne lui avait pas parlé de cette agression au moment où c’était arrivé. J’aurais dû t’en parler mais je… Je pensais que je pourrais gérer ça toute seule… Balbutia-t-elle, un peu plus fort, essayant de s’assurer qu’Isaac l’entende malgré la force de ses pleurs.

Et puis la main qu’elle avait dans les cheveux d’Isaac bougea doucement jusqu’à son cou, jusqu’à sa… Barbe ? Brunhild fut assez surprise. Elle n’avait pas vraiment fait attention, elle aurait peut-être dû le remarquer plus tôt en l’étreignant mais… Il avait vraiment une longue barbe par rapport à avant, à laquelle elle ne se serait pas attendue. Mais une fois l’étonnement passé, elle continua son geste, forçant Isaac à relever la tête vers elle peu importe ses larmes mais avec une grande tendresse. Elle aurait aimé le voir. Plonger ses yeux dans les siens. Elle ne l’embrassa pas – le but n’était pas de l’étouffer...

- Ich liebe dich, Isaac…
souffla-t-elle. Tu m’as manqué.
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I'd rather feel pain than nothing at all EmptyJeu 11 Juil - 20:41

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Brunhild Kraft

Chaos and earthquakes


Je m’effondre contre Brunhild, sans vraiment penser au peu de forces dont elle dispose en ce moment-même, l’esprit trop embrumé par toutes les scènes qui me reviennent en tête, mais que je vois autrement désormais. Ces scènes dans lesquelles je me révèle être… Le méchant. Je pleure sans même essayer de me retenir, trop soulagé de sentir tout ça couler, comme si ça me libérait en partie de ce poids qui m’écrase, qui me tord le cœur comme on essorerait une serviette…

Je sens les bras de la femme qui m’entourent et me serrent doucement. J’en profite pour m’enfouir un peu mieux contre elle, même si je ne me sens pas à ma place. Je ne mérite pas d’être là, je ne mérite pas sa tendresse ni sa bienveillance… Pourtant, elle ne me repousse pas… Et étant donné le début de la soirée, je doute qu’elle ait envie de me repousser ou de me chasser. Ses doigts me caressent le dos tout doucement, ça me fait même frissonner, ça me chatouille, mais ce n’est pas assez pour me déranger. Cela dit, ça aide un peu à me calmer, mais c’est peut-être parce que j’ai moins de force pour pleurer, aussi.

J’avale ma salive entre deux plaintes, qui se trouvent être de plus en plus espacées. Je reprends mon calme d’autant plus rapidement quand je sens ses doigts venir m’apaiser en jouant avec mes cheveux trop longs, qui tombent jusque sous mes épaules… Je me demande ce qu’elle en pense, de ça, de ma barbe, de mon petit ventre gonflant à cause de l’alcool, des sucreries d’Esperanza et de l’absence d’exercice physique… Je doute qu’elle en pense du bien, mais elle ne me jugera certainement pas autant que si c’était sa mère qui me voyait.

« Je t’aurais jamais fait ça. » Lance Brunhild, la voix pleine d’émotion, m’arrachant un sursaut de douleur tant elle me déchire. J’essaye de la serrer plus fort, je voudrais me mettre à quatre pattes et l’implorer de me pardonner… Mais même ça, ça ne suffirait pas. Je voudrais revenir en arrière, je voudrais tout effacer, tout oublier… Je sais que c’est impossible, que je vais devoir vivre avec ce poids, mais j’aimerais tellement… « J’aurais dû t’en parler mais je… Je pensais que je pourrais gérer ça toute seule… » Continue-t-elle, me faisant inspirer puis expirer très profondément et très longuement, comme pour mettre un stop à mes pleurs, avant de secouer tout doucement la tête contre elle. Non, Brunhild, tu n’as rien à te reprocher…

Je renifle bruyamment. Quel manque de classe… Mais bon, je me rassure en me disant que la rouquine n’est pas dans un meilleur état. Je sens ses doigts qui commencent à se balader sur mon crâne, venant caresser mon cou doucement avant de s’arrêter au niveau de ma barbe. Je n’arrive pas à sourire, mais pendant un court instant, ça m’amuse de me douter du moment exact où elle s’est dit que je ne m’étais pas rasé depuis longtemps. C’est alors que je sens sa main appuyer légèrement sous mon menton, comme pour me faire me redresser. C’est… Dur, mais je suis son mouvement, je me relève tout tremblotant jusqu’à lui faire face, jusqu’à la regarder et culpabiliser encore plus en ayant l’impression qu’elle me fixe, alors que je sais très bien que ce n’est pas possible.

« Ich liebe dich, Isaac… Tu m’as manqué. »

Ces paroles parviennent enfin à me décrocher un sourire, malgré mon expression triste et mes joues encore humides, me faisant faire une sorte de grimace cheloue. « Moi aussi. » Murmuré-je, si bas que j’ai l’impression de n’entendre qu’un sifflement sortir de ma gorge. « Moi aussi je t’aime. Moi aussi… » Me rattrapé-je après avoir toussé un peu sur le côté, d’une voix plus claire et plus nette, mais un peu cassée par les sanglots tout de même. J’aurais aimé l’embrasser, ça aurait sans doute été le meilleur moment pour cela, mais je sais d’avance qu’un baiser salé par nos larmes ne serait pas très agréable, même s’il serait sans doute… Réconfortant, pour peu qu’elle détourne pas le visage ou qu’elle n’essaie pas d’y mettre fin immédiatement.

Après tout, il faudrait sans doute faire le point sur notre relation… Est-ce qu’elle aurait toujours envie de moi ? J’espère que oui… Pour moi, il n’y a aucun doute, si elle ne me laisse ne serait-ce qu’une chance, j’y plongerais la tête la première, je me donnerais corps et âme pour la reconquérir, pour la rendre tellement heureuse que ces dernières semaines ne lui sembleront n’avoir été qu’un long cauchemar… Je serre un peu mes doigts sur ses bras, parce que j’ai peur d’avoir été trop loin, de lui avoir fait trop de mal pour pouvoir revenir en arrière. Elle m’aime, elle vient de me le dire, mais est-ce que ça veut dire qu’elle veut encore d’un homme comme moi ? Je ne peux pas en être totalement sûr… Et il est hors de question que je lui demande, comme ça, brut de pomme.

« Bruny… » Essayé-je, sous les conseils de mon amie colombienne, même si je trouve ça bizarre. « Je veux… Je veux rester contre toi… » Quémandai-je comme un enfant, tout en venant m’appuyer contre le mur, à côté d’elle, attendant un signe, une parole, n’importe quoi pour me laisser glisser contre elle.

Et je remarque alors que, face à moi, le soleil est de moins en moins haut dans le ciel, mais que l’électricité n’est toujours pas revenue… Bientôt, nous serons plongés dans le noir, mais ça m’est égal, tant que je suis avec elle… Et puis, elle pourra me donner des conseils pour me débrouiller dans le noir.
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I'd rather feel pain than nothing at all EmptyJeu 11 Juil - 22:21
Elle en avait rêvé. Elle avait tant rêvé de l'entendre lui dire à nouveau qu'il l'aimait, même un simple "moi aussi", elle avait tant eu besoin de ces mots là, venant d'Isaac, venant d'un homme sincère et qui comptait réellement pour elle. Peu importe que sa voix siffle, qu'il doive tousser pour reprendre, que ses mots tremblent tout de même. Brunhild se sentait presque bien. Presque. Parce qu'entendre tout ça l'apaisait, mais parce qu'elle ne pouvait pas oublier sa harpe brisée, les sms affreux qui reprendraient sans doute dès que le réseau serait revenu, l'état de son appartement au complet, et tout le reste. Parce qu'elle se sentait vaguement nauséeuse, dans cet état désagréable où elle ne parvenait plus à savoir si elle avait mal au ventre parce qu'elle avait faim ou si manger serait une mauvaise idée parce qu'elle avait mal au ventre. La première hypothèse l'étonnerait un peu, ça faisait longtemps qu'elle n'avait pas senti clairement qu'elle avait faim. C'était comme si cette sensation avait... Disparu.

Les doigts d'Isaac semblèrent se resserrer contre ses bras. C'était loin de lui faire mal, il n'avait pas une poigne trop féroce, mais elle sentait tout de même un changement sans comprendre s'il avait une signification particulière ou si c'était simplement un geste effectué parce qu'il en avait envie.

« Bruny… »

La rouquine rit tout bas, juste un éclat dans sa gorge nouée. Bruny ? Isaac ne lui avait jamais donné de surnoms et là, ça faisait deux. C'était bizarre, mais un peu... Mignon ? Enfin, ça la touchait surtout parce que ça venait de lui. Brunhild avait l'habitude qu'on lui donne des surnoms mais ça ne faisait généralement que cacher le fait qu'on ne savait pas prononcer son prénom correctement. La prononciation de l'homme qu'elle aimait n'était pas parfaite mais elle était correcte et respectable, il n'avait pas besoin de ce genre d'artifices... Alors pourquoi un surnom ? Pour... Se rapprocher ? Elle ne savait pas trop. Elle ne comptait pas tenter de trouver un petit diminutif à Isaac en tout cas, peut-être simplement un surnom affectueux, si elle l'osait, un jour. Probablement en allemand, puisqu'il avait dit aimer ça.

« Je veux… Je veux rester contre toi… »

Il l'avait relâchée, se plaçant plutôt à côté d'elle, contre le mur. Pourquoi ne pas avoir continué à l'étreindre s'il voulait rester contre elle alors ? Brunhild ne comprenait pas trop mais soit. Il y avait de toute façon beaucoup de choses qu'elle ne comprenait pas. Et ça ne changerait jamais. Alors la rouquine tâtonna doucement, cherchant à comprendre comment Isaac avait pu s'installer, comment lui indiquer de venir contre elle. Mais le plus simple c'était parler, comme toujours. Il avait parlé avec une toute petite voix, sa demande semblait à la fois importante et fragile, elle n'aurait pas su expliquer.

- Viens,
murmura-t-elle, en même temps qu'elle essayait de s'installer un peu mieux.

Il fallait avouer que le sol sous la table était loin d'être confortable au bout d'un moment. Ou alors elle n'avait pas assez de gras autour des os pour apprécier. Mais que faire, à part rester là, si Isaac pensait que c'était le plus sûr ? Elle l'enlança comme elle put, un peu maladroite, vraiment fatiguée. Elle aurait préféré être ailleurs c'était certain, mais elle n'aurait pas voulu être avec qui que ce soit d'autre. C'était déjà ça. Décidément, pour qu'ils se retrouvent il fallait toujours une catastrophe : un cambriolage, un tremblement de terre... Si Isaac refusait encore de la revoir il vaudrait peut-être mieux ne pas tenter le destin.

- Tu crois qu'on doit rester là encore ?
Finit-elle par demander, avec l'impression étrange d'être une enfant qui voudrait faire une cabane sous la table. C'était les souvenirs les plus drôles, les souvenirs d'enfance, les souvenirs de cabanes, de bêtises, d'aventure... Mais cette aventure là, Brunhild s'en serait bien passée. Si c'est ça, je vais nous chercher des coussins. C'est pas très confortable ici.

Brunhild devrait peut-être être en train d'expliquer tous les détails et toute l'histoire à Isaac. Mais si elle pouvait penser à autre chose elle n'allait pas s'en priver. Elle commença à bouger. Ce n'était pas qu'elle voulait quitter Isaac, mais s'ils n'étaient pas obligés d'être là autant s'installer ailleurs, et s'ils restaient là elle avait une mission. Elle rampa vers la porte pour enfiler des chaussures néanmoins: elle avait déjà plusieurs coupures aux pieds et les genoux écorchés, depuis qu'elle était tombée à genoux devant sa harpe massacrée, autant réduire le risque de se faire mal. Ça ne serait pas si dur, elle avait tout traversé une fois elle pouvait bien recommencer !

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I'd rather feel pain than nothing at all EmptyJeu 11 Juil - 23:32

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Bruny… Quel drôle de surnom, quand même. Même la concernée rit, très succinctement, quand je l’appelle comme ça, me faisant rougir de honte. Très bien, si elle se moque, je ne l’appellerais plus ainsi… Ah, je te retiens avec tes idées, Esperanza ! Enfin, ce n’est pas important… Pas dans un moment pareil, en tout cas. Je me laisse presque m’affaler contre le mur, me cognant le dos sans vraiment que ça me fasse mal. Je sens alors les mains de la musicienne qui me palpent légèrement, comme pour identifier la position dans laquelle je me suis mis. Elle finit par m’autoriser à me blottir contre elle, d’un simple mot, prononcé d’une manière si douce que je m’endormirais presque en venant poser ma tête sur son épaule…

Tandis qu’elle m’enlace, d’une manière qui ne doit pas être très confortable pour elle, je me contente de poser mes mains tremblantes sur elle, sur ses jambes, sans vraiment prendre appuie ou quoi que ce soit, juste les laisser reposer là. Je me laisse aller à un soupire, un soupire de bien-être, même si tout est loin d’être parfait, même s’il reste un millier de questions à poser, je me sens… Mieux. J’aimerais rester comme ça jusqu’à ce qu’on s’endorme, je n’ai même pas besoin qu’on discute ou qu’on s’occupe, je veux juste être avec elle…

« Tu crois qu’on doit rester là encore ? » Demande la rouquine, me faisant me questionner. Ça fait longtemps qu’il n’y a pas eu de répliques, je pense que, s’il ne s’est pas encore effondré, ça veut dire que son appartement tiendra le coup… « Si c’est ça, je vais nous chercher des coussins. C’est pas très confortable ici. » Ajoute-t-elle.

C’est vrai que ce n’est pas très confortable. Elle est drôle. J’aimerais rire, mais je n’en ai pas la force, je parviens tout juste à sourire en papillonnant des yeux. Je sens qu’elle commence à bouger, je me redresse donc, la suivant du regard en me demandant ce qu’elle fait, même si, très vite, je fais le lien avec ce qu’elle vient de dire. Elle veut sans doute aller nous chercher des coussins… Je la vois aller enfiler ses chaussures, mais je me doute que ce n’est pas pour aller les cueillir dehors. Elle est sûrement prudente à cause des éclats de verre… Je n’imagine pas l’état dans lequel doit être le reste de son appartement, vu comme se trouvent sa cuisine et son bureau, du moins ce que je peux en apercevoir.

« L’endroit le plus sûr, ce serait sûrement le refuge qu’ils ont dû faire… Mais je ne sais pas où c’est, ni si c’est loin. Les tremblements sont finis, alors… Peut-être qu’on est pas obligés de rester sous la table, ouais. » Répondis-je avec une voix un peu plus claire, alors que je commence à m’extirper de sous le meuble en analysant l’état du plafond avec la faible lumière qui nous parvient encore.

Brunhild s’approche de la bibliothèque renversée, donc je la suis, en me doutant qu’il va falloir se glisser en-dessous si on veut mieux s’installer… Quelle idée de chercher du confort dans un moment pareil. Elle s’y aventure la première, je la regarde faire, un peu sous le choc de nouveau à cause de son physique de squelette… Ça me fait soudainement penser à quelque chose. Aux paquets qui sont étalés dans toute la cuisine… Ce serait bien si j’arrivais à lui faire reprendre quelques forces. Pendant qu’elle rampe sous la bibliothèque, j’en profite pour revenir un peu arrière et récupérer un maximum de gâteaux et autres sucreries pour les emmener avec moi de l’autre côté.

Je reviens rapidement dans le bureau et lui demande si elle est passée, pour pouvoir passer à mon tour. J’attends qu’elle me dise que c’est bon pour m’allonger sur les livres renversés et commencer à ramper, difficilement, avec tous ces paquets dans les bras… J’espère qu’on aura pas à repasser par là de sitôt, parce que je ne me sens pas de réaliser cet effort plusieurs fois d’affilés. On sent que je suis plus large qu’elle, il faut que je pousse quelques livres pour pouvoir me sortir de sous cette bibliothèque menaçante… Même si elle ne bouge pas et ne fait pas le moindre bruit, c’est impressionnant d’avoir ça au-dessus de la tête et de se dire que ça pourrait nous écraser sans prévenir.

Enfin, une fois de l’autre côté, je me redresse et remarque immédiatement la différence de luminosité. On ne voit strictement rien, ici. Je demande à Brunhild d’attendre une seconde, pendant que je sors mon téléphone de ma poche pour allumer ma lampe torche et y voir un minimum. Je remarque au passage qu’il ne me reste plus beaucoup de batterie, donc je ne pourrais pas garder cette lumière-là très longtemps… Mais bon, ça fera l’affaire jusqu’à ce qu’on s’installe… Où elle veut, d’ailleurs. Je lui fais confiance, la suis et essaye au passage de la guider pour éviter qu’elle se prenne les pieds dans un des nombreux obstacles qui se sont créés à cause du tremblement de terre…

C’est dingue à quel point cette pièce est méconnaissable. Tout a bougé, les vitres ont explosées et la harpe qui trônait devant la télévision comme la pièce maîtresse de toute cette maison a … Disparue. Après quelques pas, je finis par la retrouver, étendue au sol, complètement détruite. J’ai un pincement au cœur, même si ce n’est pas mon instrument, mais j’imagine la déception de Brunhild… Et puis… Elle m’en a quand même joué à notre premier rendez-vous. Mine de rien, cet objet représentait quelque chose pour moi. Je soupire un peu tristement en redressant le visage et la lumière vers la rouquine.

« Alors, où est-ce que tu veux qu’on se mette ? »
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I'd rather feel pain than nothing at all EmptyVen 12 Juil - 0:30
Brunhild n'avait pas envie d'aller dans un refuge. Il y aurait beaucoup de monde, du bruit, elle serait perdue. Elle préférait de loin rester là, avec Isaac. Ça ne pouvait pas être si dangereux, n'est-ce pas ? De toute façon aucun des deux ne savait où ça pouvait bien se trouver alors autant rester là tous les deux. Ils avaient du temps à rattraper, aussi, et il était sûrement plus facile pour tout le monde de ne rester que tous les deux un moment pour... Intégrer tout ce qui venait d'être dit, et ce qui viendrait peut-être encore. Les choses avaient été éclaircies mais elles étaient loin d'être limpides pour autant.

Brunhild approcha donc de son bureau, avec la ferme idée de s'installer dans un endroit où ils seraient plus à l'aise. Elle avança plus doucement que d'habitude: ses chaussures faisaient disparaître la peur de se couper mais celle de buter sur un obstacle imprévu était toujours d'actualité. Sa main tendue finit par toucher la bibliothèque couchée contre le meuble d'en face. Elle n'essaya pas de la redresser cette fois, sachant qu'elle en était très largement incapable. Elle prit tout de même le temps d'indiquer à Isaac qu'elle avait déjà essayé de la remettre en place sans succès, et qu'elle avait déjà dû passer en dessous pour aller lui ouvrir.

Comme à l'aller, la rouquine ne manqua pas de se cogner un peu la tête. Le passage se passa néanmoins relativement sans encombres, et elle atteignit assez rapidement l'autre côté. Il fallait dire qu'avancer à l'aveugle n'était pas un problème pour elle, et qu'elle n'était donc pas encombrée de lampe torche ou de choses de ce genre qui ne manquaient pas de ralentir la progression des valides quand ils devaient les tenir dans une main qui leur aurait plus utile ailleurs. Après être passée, Brunhild se releva et s'éloigna un peu pour éviter de bloquer la sortie de ce drôle de tunnel à Isaac. Il n'était pas claustrophobe d'après ce qu'elle savait mais autant limiter le temps passé sous un meuble de ce poids là, même s'il n'avait pas émis le moindre craquement qui pourrait inquiéter Brunhild jusque là.

Elle entendit des bruits de pas, ainsi que d'autres qui lui évoquaient le froissement d'emballages en plastique. Qu'est-ce qu'Isaac pouvait bien faire ? Il lui demanda si elle était bien passée de l'autre côté du meuble, ce à quoi elle répondit bien sûr par l'affirmative, et comme les bruits changèrent elle en déduisit qu'il devait ramper à son tour. D'après ce qu'elle entendit ça avait l'air un peu plus laborieux pour lui que pour elle, mais il était plus grand alors ce devait être normal. Ravie qu'il l'ait rejoint, la demoiselle allait se remettre en mouvement quand elle entendit qu'on lui demandait d'attendre, ce qui, comme toujours, la stoppa net dans son élan.

Isaac finit par lui dire que c'était bon, et la rouquine se dirigea tout d'abord et avec un poids sur le coeur vers l'endroit où gisait sa harpe. Elle ne pouvait plus rien faire pour l'instrument c'était une évidence, mais elle chercha à tâtons son téléphone et ne tarda pas à mettre la main dessus. Sa batterie était encore presque pleine mais elle ne songea pas à le proposer à son amoureux pour qu'il s'éclaire. Elle ne savait pas quelle heure il était, ne se rendait pas vraiment compte qu'Isaac n'y voyait pas plus qu'elle ici, et surtout ignorait que sa lampe risquait de s'éteindre d'un instant à l'autre. Elle, elle se disait que si le réseau revenait elle aurait un appel de sa mère. Et que si Isaac posait d'autres questions elle aurait tout de même ses preuves sous la main. Serrant l'appareil dans ses doigts, elle se redressa et se tourna vers Isaac.

« Alors, où est-ce que tu veux qu’on se mette ? »

Brunhild ne répondit pas tout de suite. D'abord, elle plissa les yeux en direction de la voix. Elle aurait juré avoir aperçu... Un minuscule point plus clair... Un peu gris au milieu du noir... Ce devait être drôle à voir, un peu comme si elle était éblouie par quelque chose alors qu'elle peinait à distinguer quoi que ce soit. Si c'était vrai, la lumière devait être très concentrée. Mais ne faisait-il pas jour à cette heure ? Quelle heure était-il déjà ? Que de bonnes questions. Elle secoua la tête. Soit elle avait rêvé, soit elle avait très très très vaguement perçu de la lumière.

- Sur le canapé ?
Finit-elle par proposer.

Il ne restait qu'à espérer qu'il n'était pas trop recouvert d'éclats de verre. La couette avait protégé le lit de Brunhild mais là il n'y avait rien de tel. Enfin, il y avait bien un plaid mais il était encore plié presque correctement dans un coin du sofa, il n'avait pas protégé grand-chose. La rouquine avança doucement. Tout avait bougé mais elle s'était tellement cognée en allant ouvrir à Isaac qu'elle avait tout de même une petite idée de la disposition des objets. Ses doigts quadrillèrent lentement et doucement le tissu pour s'assurer qu'ils n'allaient pas se blesser bêtement mais après avoir chassé les quelques morceaux de verre qu'elle avait senti, ça avait l'air d'être bon. Brunhild entreprit alors de faire la même chose avec le plaid, avant de s'asseoir et de se couvrir avec la couverture tout en prenant soin de laisser un pan disponible pour Isaac.

Elle avait froid, mais c'était peut-être l'épuisement qui lui faisait ressentir ça, ou son pyjama trop large mais qui était loin de tout couvrir non plus. La demoiselle posa son téléphone contre elle, pour ne pas le perdre avant de tourner la tête vers Isaac. Il y avait quand même une chose qu'elle voulait vraiment savoir tout de suite, à laquelle elle n'avait pas cessé de penser ces dernières semaines.

- Tu as ouvert l'enveloppe que je t'avais donnée ?


À quel point l'avait-il ignorée, oubliée, repoussée ?

Isaac Callum
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I'd rather feel pain than nothing at all EmptyVen 12 Juil - 12:38

Isaac Callum

Brunhild Kraft

Chaos and earthquakes


Nous avançons tout doucement, en évitant laborieusement les obstacles, les bouts de verre et autres dangers mis sur notre passage par le séisme de cet après-midi. Je découvre petit à petit l’état dans lequel se trouve le salon de Brunhild, avec une certaine mélancolie, me rappelant à quel point cet endroit me paraissait idyllique autrefois… Désormais, il n’y a que le chaos qui habille cet appartement, le privant du charme qu’il pouvait dégager.

Je vois que la femme commence à chercher quelque chose en tâtonnant un peu partout dans une zone assez précise, près de la dépouille de sa jolie harpe. Elle finit par mettre la main sur son téléphone, un air soulagé sur le visage même si elle reste modérée. Je me souviens pourquoi elle le cherchait… Parce qu’il y a des preuves à l’intérieur. Mais quel genre de preuves ? Des photos ? Des messages ? Je ne sais même pas quel genre d’agression a subit Brunhild, au fond. Ça pourrait très bien avoir été un baiser forcé, comme ça a pu être… Bien pire… Mon cœur se serre à cette simple pensée, qu’elle ait vécu une chose aussi horrible, et qu’au lieu de la soutenir, je l’abandonne en la lynchant comme si elle était la pire ordure de la terre. Qu’est-ce que j’ai été con…

Essayant de chasser ces remords de mon esprit, je lui demande où elle souhaite qu’on s’installe. Elle se tourne vers moi, plissant les yeux comme si elle ne comprenait pas… Je hausse les sourcils et me demande où est-ce que je n’ai pas été assez clair. Enfin, après quelques secondes, elle secoue la tête, comme pour s’extirper d’une réflexion beaucoup trop intense, avant de me proposer de nous mettre sur le canapé. Je souris très légèrement, comme j’en avais l’habitude aux balbutiements de notre relation, quand je commençais très doucement à m’ouvrir aux autres, et à elle en particulier.

Je lui dis que ça me convient et dirige alors ma lumière vers le sofa. Avant même que je ne la prévienne, Brunhild commence à chasser les quelques morceaux de verre qui ont été projetés jusqu’ici. Je pose tout ce que j’ai dans les bras depuis tout à l’heure au pied du canapé afin de l’aider et pouvoir nous installer plus vite, même si elle est bien plus efficace que moi. La rouquine s’installe alors dans le divan en se recouvrant avec le plaid, malgré que nous soyons en plein été et que les températures soient encore très élevées…

Je m’assois à mon tour, de manière à être face à la fille, en laissant un certain espace entre nous, un peu timide de me rapprocher. J’ai l’impression d’avoir encore la gorge un peu nouée, mais… C’est moins étouffant que tout à l’heure. Evidemment, il y a toujours la culpabilité qui m’enserre, ainsi qu’une part de stress dû à nos retrouvailles, mais je me sens quand même mieux qu’avant de venir la voir… Juste un peu.

« Tu as ouvert l’enveloppe que je t’avais donnée ? » Demande Brunhild subitement.

J’ouvre grand les yeux, surpris et un peu honteux aussi. J’avais complètement oublié cette lettre, depuis le temps… Mais c’est peut-être mieux comme ça. Si je m’étais souvenue de son existence, elle serait sans doute partie à la poubelle, ou je l’aurais brûlée… Là, elle doit encore être dans le sac que j’avais ce jour-là, même si elle est peut-être un peu froissée depuis le temps… Je baisse la tête tout de même, avalant ma salive avant de lui répondre avec de l’hésitation dans la voix.

« Non, je… Je l’ai pas ouverte. Mais je l’ai encore, elle est chez moi… » Dis-je en me triturant les doigts, juste avant que mon portable ne s’éteigne et ne me laisse dans le noir le plus total, m’arrachant un soupire. Immédiatement, je relève ma tête, la tourne vers la fille, enfin là où je crois qu’elle est, et lui explique pour qu’elle ne pense pas que je suis agacée par sa question. « J’ai soupiré parce que la lumière a disparu… Pas à cause de l’enveloppe, hein… »

N’y voyant plus rien, je me recroqueville un peu sur le canapé. Je bouge la tête tout autour de moi, comme si le fait de regarder ailleurs me permettrait d’y voir plus clair, mais à part un léger voile lumineux qui provient de la cuisine, il n’y a rien sur quoi je puisse poser mes yeux. Rien, à part mon imagination, à part l’image de Brunhild, toute maigre, qui me revient en tête. A part l’idée de Brunhild se faisant agressée, verbalement, physiquement, ou sexuellement… Un frisson me parcourt, une sorte de terreur et de dégoût mêlés… Pas un dégoût envers la femme, bien sûr, mais plutôt contre celui qui a osé lui infliger ça, ou qui s’est au moins imaginé le faire. Je laisse doucement tomber ma tête, venant la cacher un peu entre mes épaules et mes bras croisés. Je souffle tout bas, pas mal à l’aise, mais un peu tendu tout de même.

« Brunhild… Depuis combien de temps… Tu n’as pas mangé ? » Osé-je lui demander, en susurrant, à la fois pour savoir à quel point son appétit s’était coupé, mais aussi dans l’idée de lui proposer quelque chose à grignoter dans tout ce que je me suis embêté à ramener. Même si je serais incapable de lui dire ce que j’ai pris, vu que je ne peux pas lire ce qu’il y a sur les paquets...
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I'd rather feel pain than nothing at all EmptyVen 12 Juil - 14:44
La réponse ne vint pas tout de suite, Isaac sembla réfléchir. Avait-il oublié ce qu’elle contenait ? Brunhild préférerait encore qu’il ne l’ait pas lue, vu le temps qu’elle avait passé à tracer toutes ces lettres, vu la patience qu’il lui avait fallu, vu la persévérance que cette entreprise avait réclamé. Ce n’était pas toujours simple d’écrire des mots d’amours, ça l’était encore moins quand on devait utiliser un alphabet dans lequel on avait rien écrit depuis plus de quinze ans, et qu’on ne pouvait même pas voir. Rien que trouver un crayon avait nécessité un peu de recherche… Ce n’était pas un objet très courant chez elle.

« Non, je… Je l’ai pas ouverte. Mais je l’ai encore, elle est chez moi… » 

Évidemment ça lui serra le coeur. Pendant toutes ces semaines, elle avait prié pour qu’il la lise, pour qu’en voyant les mots qu’elle lui adressait il consente à lui laisser quelques secondes de paroles. Ils auraient pu s’appeler, se retrouver n’importe où… Même s’il lui avait donné rendez-vous à l’autre bout de la ville au milieu de la nuit, elle y serait allé. Mais au lieu de ça, elle apprenait qu’Isaac n’avait pas daigné ouvrir cette enveloppe… Ça lui faisait un peu de peine, bien sûr. Mais peut-être que c’était mieux. S’il précisait qu’il l’avait encore, c’était sûrement que ça aurait pu ne pas être le cas, qu’il aurait pu s’en débarrasser… C’était déjà un soulagement d’apprendre qu’il l’avait conservée. Et puis, ce qu’elle avait inscrit n’avait pas de date de péremption.

Isaac soupira. La question le mettait mal à l’aise, peut-être ? Brunhild ne savait pas trop. Elle espérait qu’il ne lui mentait pas pour la ménager et qu’il avait toujours l’enveloppe… Elle préférerait savoir si ce n’était pas le cas, s’il avait tout brûlé, jeté, déchiré, dissolu.

« J’ai soupiré parce que la lumière a disparu… Pas à cause de l’enveloppe, hein… »

La rouquine tourna la tête, plissant effectivement les yeux à la recherche du point légèrement gris qu’elle avait cru percevoir un peu plus tôt, mais elle ne vit rien du tout cette fois. De toute façon c’était ridicule, ce n’était pas ça qui allait l’aider à voir, elle, et elle faisait assez confiance à Isaac en ce qui concernait la luminosité de la pièce. C’était lui le principal intéressé, de toute façon. Elle le sentit bouger sur le canapé, toujours un peu loin.

- Tu peux encore la lire, c’est… C’est toujours valable.

Elle aurait aimé qu’il vienne plus près, qu’ils restent l’un contre l’autre comme sous la table, qu’elle puisse passer ses doigts dans ses cheveux et sa barbe étonnamment longs et… Qu’elle soit sûre qu’il était là, que cette fois il n’allait pas s’envoler, qu’il allait rester. Pour cela le meilleur moyen était bien sûr de le toucher. Comment saurait-elle, sinon ? Quand elle entendrait du bruit il serait peut-être déjà trop tard pour le rattraper… Elle se rappelait ce moment où elle avait voulu le retenir, attraper son bras, le supplier de rester… Brunhild avala sa salive. Isaac n’allait pas refaire ça. Il savait maintenant. Il… Il la croyait. Alors ça allait bien se passer.

« Brunhild… Depuis combien de temps… Tu n’as pas mangé ? »

La première réaction de la rouquine fut de s’enfoncer un peu plus dans le canapé, remontant le plaid jusqu’à son cou comme si elle voulait disparaître en dessous complètement à l’exception de son visage. Alors, ça se voyait tant que ça ? Sa mère lui avait fait de nombreuses remarques sur son physique autant que sur son appétit, elle avait insisté pour la faire manger – ce qui n’était jamais arrivé auparavant. Brunhild n’avait pas trop fait attention. Elle ne s’était pas souvent habillée puisqu’elle ne voulait plus mettre un pied dehors, elle n’avait pas pu constater à quel point il manquait de trous dans sa ceinture pour faire tenir ses pantalons autour de ses hanches et les empêcher de glisser. Isaac aurait pu lui dire simplement qu’elle avait perdu du poids, ça elle s’en doutait. Mais au lieu de ça il avait demandé depuis quand elle n’avait pas mangé. Faisait-elle donc si pitié ? Est-ce qu’elle était devenue… Moche ?

- Je sais pas,
commença-t-elle, réfléchissant sérieusement. Mangé quoi ? Un repas ? Grignoté quelque chose ? La dernière fois qu’elle avait mangé un vrai plat c’était simple, c’était la dernière fois que sa mère était venue lui rendre visite. Elle l’avait forcée à s’asseoir devant l’assiette et elle avait attendu là jusqu’à ce que sa fille l’ait finie. Ça avait pris au moins une heure, et Brunhild avait eu envie de vomir toute la journée après ça. Depuis, elle avait un peu pioché dans un paquet de gâteaux ouvert mais sans grande conviction, alors que le même paquet n’aurait pas tenu plus de quinze minutes entre ses mains en temps normal. Elle n’avait pas envie d’inquiéter Isaac, elle n’avait pas envie non plus qu’il lui fasse la morale comme Wilhelmina. Elle n’y pouvait rien si elle n’avait pas faim, si cuisiner avec des vertiges était difficile, si elle n’avait plus eu ni l’envie ni la force. Avant-hier, je crois. Ou le jour d’avant, elle ne savait plus., mais dans le doute elle préférait écourter. Ce n’était pas vraiment un mensonge, si c’était une possibilité vraie, et ça inquiéterait moins Isaac. J’ai… J’ai un peu mal au ventre, avoua-t-elle tout de même.

Elle n’ajouta rien à ce sujet, mal à l’aise. Elle aurait préféré qu’ils n’en parlent pas, en fait. S’ils commençait à la faire culpabiliser elle savait qu’elle ne tarderait pas à se mettre à pleurer, parce qu’elle ne faisait vraiment pas exprès de n’avoir quasiment jamais faim, tout comme avant elle ne faisait pas exprès d’être un estomac sur pattes. Il fallait dire qu’elle ne réalisait pas à quel point le changement était radical.

- Tu… Tu veux pas venir près de moi ?
Finit-elle par demander d’une toute petite voix. Je t’ai laissé de la couverture exprès.

Parce qu’elle, elle frissonnait sans le plaid malgré la chaleur. Comme toujours lorsqu’elle était fatiguée, et il fallait avouer que ses nuits étaient loin d’être aussi sereines, longues et reposantes qu’elles avaient pu l’être auparavant. Alors, peut-être qu’Isaac aurait froid aussi ? Ou pas. Mais si ce n’était pas le cas elle préférait encore envoyer valser toute la couette et juste se blottir contre lui. Juste sentir sa chaleur à lui. Comme dans tous ces rêves qu’elle faisait et qui déchiraient un peu plus son coeur au réveil.

- Enfin, je… Je l’enlève si t’en veux pas… Je…


Elle préféra se taire avant d’être trop ridicule.
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I'd rather feel pain than nothing at all EmptyVen 12 Juil - 16:36

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Chaos and earthquakes


« Tu peux encore la lire, c’est… C’est toujours valable. » M’avoue Brunhild en parlant de l’enveloppe.

Je souris légèrement en devinant ce qui se trouve à l’intérieur… Ce doit être une lettre. J’espère seulement qu’elle ne sera pas en braille, sinon j’aurais dû mal à apprécier les efforts qu’elle a dû fournir pour la rédiger. Ça arrive, de faire ce genre d’erreur, je lui ai bien écrit mon numéro sur une serviette à notre première rencontre, alors…

J’acquiesce par un geste de la tête et un simple « D’accord » prononcé tout doucement, avant de lui demander depuis combien de temps elle n’a rien avalé. Je trouvais ça moins violent que de lui faire une remarque sur son physique, parce que ça ne laisse rien paraître de ce que je pense de sa perte flagrante de poids, mais en le disant, je me rends compte que ça manque un peu de tact. Enfin, c’est trop tard maintenant que je lui ai posé la question.

Je l’entends bouger, sans vraiment savoir ce qu’elle fait. Est-ce qu’elle se tourne, pour bouder ? Est-ce qu’elle se roule en boule, blessée ? Je comprends mieux à quel point ce doit être difficile pour elle de communiquer avec la moitié des informations en moins… Si ce n’est plus que la moitié. Brunhild finit par me répondre, très simplement, qu’elle ne sait pas. Je fais un peu la moue, sans savoir si elle ne se souvient vraiment plus, si elle ne fait pas d’efforts pour essayer de se rappeler, ou si elle n’a pas envie de le dire, de honte ou de peur que je la réprimande…

« Avant-hier, je crois. » Se reprend-t-elle sans que je dise quoi que ce soit. « J’ai… J’ai un peu mal au ventre. »

Pas étonnant, si elle a l’estomac vide depuis deux jours ! J’inspire profondément pour retenir un soupire, entre l’indignation et la tristesse. J’ai bien fais de ramener des paquets de gâteau avec moi… Encore faut-il que je parvienne à lui en faire manger. Immédiatement, je me penche, tâtonnant au sol à la recherche d’un paquet, n’importe lequel. « Tu… Tu veux pas venir près de moi ? Je t’ai laissé de la couverture exprès. » demande soudain la rouquine avec une petite voix, au moment où j’arrive à attraper un des paquets.

Je me redresse en souriant un peu plus, content qu’elle me le propose. Je sens que mon cœur se met à battre un peu plus vite, mais… C’est agréable, cette fois. Ça m’avait manqué comme sensation. J’aurais aimé plonger vers elle pour aller me blottir, mais comme je ne sais pas exactement où elle est, il vaut mieux que j’y aille doucement. Je commence à glisser sur le tissu lorsque je l’entends rajouter qu’elle peut enlever la couverture si je n’en veux pas. Je souffle du nez, amusé en l’imaginant rougir et gonfler les joues pour pester contre elle-même à cet instant.

« Non, ça ira ! » Lui dis-je rapidement en faisant glisser ma main jusqu’à la couverture, afin de la soulever et de venir me mettre en-dessous, tout contre elle.

J’avale ma salive et essaie de me détendre, maintenant que je peux sentir sa chaleur contre moi… Sa chaleur, c’est le cas de le dire. Entre la température estivale, elle, la couverture, j’ai l’impression d’être dans un mini four… Mais ça va aller. Je me sens bien, il me suffit de respirer un peu plus fortement et je devrais pouvoir supporter. J’espère juste que je ne puerais pas si je commence à transpirer… Je passe alors mon bras autour de ses épaules, pour la serrer contre moi en venant déposer le paquet de biscuits là où je pense que ses genoux se trouvent, vu que je sens sa jambe contre la mienne…

« Si tu as mal au ventre, c’est sans doute parce que tu as faim… Manges quelques… Trucs, c’est des cookies, je crois ? »

Je ne veux pas m’avancer, mais en tenant le sachet à moitié rigide dans ma main, j’ai cru reconnaître la forme d’un cookie… S’il faut, elle n’aime pas ça et elle n’en a pas du tout dans ses placards. Si c’est le cas, elle me corrigera ! Comme pour l’encourager, je me blottis un peu plus contre elle et descend mon bras dans son dos pour pouvoir atteindre le paquet avec ma deuxième main et ainsi commencer à l’ouvrir. Involontairement, même si c’est loin de me déplaire, je la serre très bien contre moi en faisant cela, tandis que je me concentre pour ne pas lâcher le plastique et tirer de mes maigres forces pour l’ouvrir.
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I'd rather feel pain than nothing at all EmptyVen 12 Juil - 17:30
Brunhild était intriguée. Il y avait un peu de bruit, sans qu’elle comprenne précisément de quoi il pouvait s’agir, et elle avait senti qu’Isaac bougeait. Peut-être qu’il cherchait quelque chose ? Mais quoi ? Il ne devait rien y avoir de particulièrement intéressant autour du canapé et s’il avait besoin d’un objet ce serait sûrement plus simple de lui demander à elle. Déjà parce qu’ils étaient chez elle, mais surtout parce qu’il avait annoncé qu’il n’y avait plus de lumière, ce qui devait bien prouver qu’il ne voyait pas grand-chose. Et il avait moins l’habitude de cet état que Brunhild, c’était une évidence.

Il ne tarda pas à se rapprocher d’elle, et elle sentit la couverture bouger en même temps qu’il indiquait que ce n’était pas la peine de s’en séparer. Ce ne fut alors qu’une question de secondes avant qu’Isaac ne s’installe contre elle, passant son bras autour de ses frêles épaules. La rouquine ne se fit pas prier, elle se blottit contre lui en soupirant de bonheur, trop heureuse de le sentir juste là. Elle le serra contre elle autant qu’elle put – c’est-à-dire pas très fort malheureusement – et remarqua qu’il ne faisait pas exactement la même chose. Elle sentait ses bras autour de son corps mais pas ses mains sur elle… Il déposa quelque chose sur ses genoux, un genre de sachet en plastique.

« Si tu as mal au ventre, c’est sans doute parce que tu as faim… Manges quelques… Trucs, c’est des cookies, je crois ? »


Peut-être. Peut-être que c’était un genre de faim. Elle n’avait pas envie de manger, cependant. C’était… C’était bizarre. Mais quand elle essayait d’avaler quelque chose, elle avait comme l’impression que c’était soudainement bien trop gros pour sa bouche, que ça lui bloquait la gorge, presque comme si on lui faisait avaler des cailloux et ça avait fini par la dégoûter un peu. Elle devait bien reconnaître pourtant qu’après la date qu’elle avait indiquée à Isaac, elle était bien obligée de faire un effort… Alors la rouquine desserra un peu son étreinte, curieuse de savoir s’il avait bien apporté des cookies et comptant bien toucher le fameux objet pour obtenir la réponse…

Glissant son bras un peu plus bas, Isaac se serra encore un peu mieux contre elle et… Et Brunhild sentit son coeur battre plus vite. Elle rougit un peu, même si personne ne pouvait le voir, même si ça se remarquait sans doute à peine sur ses joues encore bien rouges de ses larmes. Elle avait tant rêvé de le sentir encore tout près, tout contre elle. Sans aucun respect pour la mission qu’il s’était donnée, à savoir ouvrir le paquet - ce qu’elle aurait compris si elle en avait fait l’effort- Brunhild laissa tomber sa curiosité. Pour une fois. Il y avait quelque chose de bien plus intéressant que de savoir quel genre de sucrerie Isaac avait posé sur ses genoux. Elle le serra à nouveau, comme si elle craignait qu’il s’en aille. Elle craignait toujours qu’il s’en aille. Et elle remonta ses doigts dans son dos.

Il y avait quelque chose qui lui manquait bien plus que n’importe quelle nourriture. Brunhild passa ses doigts dans les cheveux d’Isaac, dans son cou, sans se demander une seconde si elle était en train de le déranger. Elle toucha à nouveau sa barbe, ce qui la fit rire parce qu’elle n’y pensait plus, et puis elle avança tout doucement ses lèvres pour venir capturer les siennes avec toute la délicatesse dont elle était capable, commençant par les effleurer avant de les sceller, espérant qu’Isaac ne la repousserait pas. Peut-être… Peut-être que ce n’était pas le moment. Peut-être qu’il n’en avait pas envie. Mais cette fois elle n’avait pas pu résister, elle n’avait pas pu se résoudre à attendre. Elle en avait rêvé… Craignant tout de même une mauvaise réaction de sa part, une qui serait du genre à lui briser le coeur, Brunhild recula très vite son visage, desserra son étreinte, avec la même vitesse que si elle réalisait qu’elle devait enlever sa main du feu. Si elle s’en allait si vite, c’était pour qu’il n’ait pas le temps de la repousser. Parce que ça ferait trop mal.

Gênée, elle rabattit ses doigts sur le paquet pour l’ouvrir ou, s’il était déjà ouvert, pour se faire une idée du contenu. Mais ce qu’elle venait de faire lui avait de toute façon bien trop noué l’estomac pour qu’elle ait faim.

- Non c’est… C’est pas des cookies,
se contenta-t-elle de dire, la gorge serrée.
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I'd rather feel pain than nothing at all EmptyVen 12 Juil - 18:56

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Je force sur le plastique afin d’ouvrir le paquet de gâteaux, mais il me glisse à chaque fois entre les doigts et je n’ai pas assez de force pour le retenir plus que ça. J’essaye plusieurs fois, sans succès, et je commence à me déconcentrer et à y mettre un peu moins du mien quand je sens que Brunhild me serre plus fort contre elle. Ses doigts me caressent les cheveux, puis le cou, puis la barbe… A ce moment-là, je m’arrête complètement, immobilisant mes bras pour profiter de ses caresses et de son petit rire. Je comprends bien que c’est bizarre et qu’il faudra que je me rase, aussitôt que possible.

Soudain, alors que je ne m’y attends pas le moins du monde, je sens son souffle contre ma bouche, puis ses lèvres se poser sur les miennes. J’ai un léger sursaut, je gonfle mes poumons d’un seul coup, par réflexe, et mes yeux se ferment naturellement. Mon cœur se met aussi à battre plus rapidement, de part la surprise, mais aussi le plaisir. C’est… Si… Bon. Je lâche le paquet de biscuits instantanément, venant plutôt poser mes mains sur la rouquine pour la garder contre moi, mais ça ne suffit visiblement pas à prolonger notre embrassade. J’avance un peu mon visage quand elle commence à se retirer, comme pour la retenir, mais elle s’échappe trop vite et se recule au fond du canapé comme si elle venait de faire une bêtise. Je souffle du nez en me demandant si c’est à cause du goût trop salé de nos lèvres, à cause de toutes les larmes versées… En tout cas, quand elle m’a embrassé, ça m’a amusé de sentir tout ce sel.

J’avale ma salive et me pince un peu les lèvres pour essayer de continuer à ressentir cette sensation dont j’avais oublié le bien fou. Je ne sais pas trop où elle se trouve, exactement, sinon je serais directement allé l’embrasser en retour, alors je me replace moi aussi, sans pour autant m’éloigner. « Non c’est… C’est pas des cookies. » dit-elle, comme pour détourner l’attention. Je souris légèrement, venant poser ma main tout doucement sur son épaule, évitant d’être trop brusque pour ne pas la cogner. Je fais ensuite glisser mes doigts jusqu’aux siens, prenant mon temps, caressant son bras sur toute la longueur jusqu’à pouvoir lui serrer la main.

« Ah ? Et qu’est-ce que c’est ? » Demandé-je, faussement intéressé.

Je la laisse répondre et je me concentre pour repérer au mieux d’où provient sa voix… Je ne suis pas aussi doué qu’elle à cet exercice, mais j’entends suffisamment bien pour me faire une idée de là où se trouve sa bouche. Un sourire en coin se dessine alors que je m’avance à mon tour, sans prévenir, pour tenter de venir capter ses lèvres. Comme souvent, mon premier essai est infructueux, je l’embrasse plus sur la joue que là où je visais, mais heureusement, à partir de là, c’est très facile de me replacer…

Je viens donc capturer ses lèvres pour un nouveau baiser, espérant que… Que je fais bien. Je réalise seulement maintenant que si elle s’est éloignée de moi, ce n’était peut-être pas à cause du goût de notre baiser, mais pour d’autres raisons. Du dégoût, de la déception… Que sais-je encore. Enfin, au moins, elle sait que… Que ça ne me gène pas, et que j’en ai envie. Alors, par précaution, je me recule, mais je reste suffisamment proche pour qu’elle m’entende respirer près d’elle et qu’elle puisse… Si elle le souhaite… Reprendre. Je reste tout de même attentif aux sons et à ses gestes, au cas où je sentirais qu’il vaut mieux que je m’éloigne…
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