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Nemza Samnos
Nemza Samnosvictime de cupidon
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Freak Like Me EmptyMer 11 Sep - 17:26
Tu sais que c’est une mauvaise idée. Tu leur as dit. Le problème c’est que votre bande c’est pas une dictature alors quand tous les autres décident de faire quelque chose, t’es plus ou moins obligée de les suivre. Souvent, c’est surtout pour éviter que ça dérape. T’es pas si vieille, mais t’as vécu pas mal de trucs, plus que la plupart de ceux qui dorment dans votre squat. Ils sont plein de bonnes intentions mais ils sont trop naïfs. Tu sais pas quoi dire pour qu’il comprennent, peut-être que les mots ça suffit pas pour ça. Ils se rendent pas compte de la haine que les humains éprouvent pour vous, sinon ils seraient pas si heureux de participer à une marche pareille. L’idée vient pas de toi, ça c’est sûr, toi t’aimes rester cachée, t’aimes qu’on te laisse tranquille. Tu recueilles les gens comme vous mais même si la vengeance t’appelles jusque là t’as résisté. Ils veulent changer le monde. Mais toi tu sais que c’est peine perdue.
*

Nemza regarda sa main. La coupure était minime, il ne fallut pas plus de quelques secondes pour qu’elle disparaisse tout à fait, laissant à peine une ou deux gouttes de sang séché. Ça allait être l’heure. Alors elle se releva de son espèce de lit, un amas de couvertures un peu crades plus qu’un vrai lit, le meuble était trop cassé quand elle avait pris possession des lieux, elle avait fini de tout briser pour le virer de là. L’excitation était palpable dans la vieille maison en ruines, elle entendait les voix des autres sans même avoir à ouvrir la porte.

- Nemzaaaaa !


La rouquine eut à peine le temps de se baisser pour serrer dans ses bras une enfant alors qu’elle venait de passer la porte de la pièce qu’elle s’était appropriée rien que pour elle. Un luxe, dans un endroit pareil. Ses boucles blondes lui chatouillèrent le nez alors qu’elle l’étreignait doucement, mal à l’aise. Les contacts physiques c’était… C’était pas son truc. Elle sentait les blessures, les maladies, ce genre de choses peu ragoûtantes, sans même avoir besoin d’y réfléchir. Difficile de se concentrer sur la douceur d’une main, sur un parfum suave, sur l’intensité d’un câlin. Mais Isabel, la petite, était justement trop petite pour qu’on lui refuse ce genre de gestes. Alors Nemza, comme tous les autres, se laissait faire tant bien que mal.

- Moi aussi je veux y aller, hein ! Hein je viens ? Il a dit que je venais pas, mais moi, moi j’ai dit que je serai là !
*

Tu la regardes. Elle te fait de la peine. Peut-être qu’elle, elle ira jamais dans le même genre de « pensionnat » où tes parents t’ont collée. C’est bien. Personne devrait aller là dedans, c’est encore une idée de ces abrutis d’humains « normaux » qui ont trop peur pour vous écouter et qui viendront se plaindre quand ça tournera mal pour eux. Mais elle, comme toi, n’a plus de parents. Plus de famille. Si elle est là c’est parce que tu l’as retrouvée en train de pleurer avec des petites fleurs voletant autour de sa tête. Télékinésie. Ses parents l’ont chassée. Alors tu la regardes, pendant qu’elle te serre dans ses bras. Tu sens un début de fièvre dont tu pourrais la débarrasser mais tu n’en fais rien. Elle devrait pas venir. Elle est trop jeune pour participer à une manifestation qui, tu en es sûre, tournera mal. Mais tu vas pas l’en empêcher parce que t’as jamais le courage de lui dire non, malgré tes airs de dure à cuire et la frayeur que t’inspires aux autres. T’aimerais te dire que c’est juste du respect mais tu sais très bien qu’ils baissent le ton quand t’entres dans la pièce. Tu sais tout aussi bien que tu fais rien pour les rassurer. C’est pas ta faute. Au moins tu sais qu’ils s’en prendront pas à toi.

*

- Oui tu viens, mais tu restes toujours avec moi, ok ?

La petite avait l’air si heureuse. Un gars lança un regard noir à Nemza, probablement déçu de ne pas avoir obtenu son soutien cette fois. Mais quand elle le regarda à son tour, quand il vit son œil blanc, sa cicatrice, et l’air sombre qui ne la quittait jamais… Bah, il baissa les yeux. Comme tout le monde. Comme tous les autres.

- Vous êtes tous prêts ?
Demanda-t-elle froidement.

Quelques hochements de tête lui répondirent, tout simplement. Elle prit le temps de réaffirmer sa position, la vanité de ce genre de marche, la dangerosité de s’exposer. Elle expliqua encore ce qui allait leur arriver si les gens normaux prenaient peur. Ils enverraient la police, l’armée peut-être. Ils seraient tous enfermés, bêtes de foire à soigner ou dangers à détruire. Nemza aurait pu leur décrire ce qu’on lui avait fait. Elle aurait pu décrire l’endroit où elle avait passé tant de temps, et ce qu’elle y avait subi. Mais elle n’aimait pas parler d’elle, encore moins à ce sujet. Alors elle se contenta de les regarder, tous convaincus que ce qu’ils faisaient était la meilleure chose à faire, la seule manière de faire entendre leurs revendications. Alors elle soupira, Nemza, en passant en revue sa petite bande. Elle avait ses couteaux à la ceinture, elle, et elle savait s’en servir. Les autres croyaient peut-être qu’elle pourrait réduire un bâtiment en cendres ou noyer quiconque se dresserait sur leur route. Ils se trompaient. Mais elle n’avait pas peur de souffrir, pas grande chance de mourir, et une détermination à toute épreuve pour préserver ceux que les « gens normaux » auraient voulu voir disparaître.
*

Vous avancez. Dans les rues, une cohorte de gens comme vous, des gens unis. Pas besoin de vous connaître, pas besoin de savoir quoi que ce soit les uns sur les autres à part que vous êtes semblables. Alors les slogans fusent dans tous les sens mais tu les écoutes pas trop, tu tiens la main d’Isabel dans la tienne pendant que vous suivez les autres. Vous êtes pas en tête du cortège, c’est toujours l’endroit le plus dangereux, et tu la sens pas cette manifestation. Les autres, tu les as un peu perdu de vue mais ils sont grands, tu sais qu’ils sauront se débrouiller. Ou alors ils reviendront pleurer dans tes jupons, en disant que la prochaine fois ils t’écouteront. Parce que t’as raison. T’as toujours raison quand tu leur expliques à quel point les humains te haïssent. Vous haïssent. Alors tu regardes autour, tu cherches les moyens de fuir comme un animal traqué, et tu ramènes ton œil sur le crâne de la petite que tu tiens avec toi. Elle a l’air contente, elle, de crier avec les autres que vous n’êtes pas dangereux, que vous méritez d’être traités comme les autres. Parfois, elle ajoute que vous devriez avoir le droit d’avoir des parents et des amis, et ça te fait sourire. Ouais, tu pourrais crier avec tous ces gens. Mais toi, même si tu sais que tu mérites ce que vous réclamez, tu sais que vous ne l’aurez jamais. T’espères juste que personne s’enfuira directement jusqu’au squat avec la police aux trousses, t’as pas envie de dormir à la belle étoile comme les sans-abris pour éviter de te faire coffrer.
*

Et elle avait raison, Nemza. Leur marche ralentit bien vite, pas dur de comprendre que les « gens normaux » avaient effectivement d’autres plans que de les écouter sagement. Mais si elle avait organisé ça, elle aurait expliqué à tout le monde qu’il fallait se montrer normal. On lui aurait répondu que ce serait nier ce qu’ils étaient et elle aurait été d’accord. Elle leur aurait dit que c’était pour éviter de se faire avoir, de faire encore plus peur, éviter de finir en prison ou en hôpital psychiatrique. Elle se serait dégoûtée toute seule en disant encore une fois ces mots. Elle aussi, elle aurait voulu être elle-même. Mais ça faisait longtemps qu’elle avait compris que pour vivre heureuse, il fallait vivre cachée. Aussi inoffensive soit-elle. Aussi bénéfique aurait-elle pu être pour les autres.
*

Tu sais pas ce qui se passe exactement, mais tu vois tout le monde s’agiter autour. Les slogans ne retentissent plus, maintenant c’est d’autres cris. Tu sens la peur, tu en vois qui courent. Tu sens la petite main d’Isabel qui serre la tienne plus fort, enfin ton gant, parce que t’aimes pas trop toucher les gens. Tu l’entends pas, y a trop de bruits, mais tu vois ses petites lèvres bouger et t’as pas trop de mal à comprendre. Elle a peur aussi, elle.

- Viens,
voilà ce que tu lui dis, mais tu sais même pas si elle t’entend non plus.

Vous vous mettez à courir. Vous savez pas où vous allez, c’est pas grave. Le but c’est de se retrouver le plus loin possible de cette foule, et c’est pas facile. T’as même pas le temps de t’inquiéter pour les autres, toi tu penses qu’à vous deux, et à un léger « je vous l’avais bien dit » que t’as envie de hurler à la face du monde. Mais c’est dur de fuir. Vous vous bousculez tous, parce que vous voulez tous la même chose, parce que les rues sont trop étroites pour tout ce monde. Peut-être même que certaines sont bloquées, t’en sais rien, t’y penses juste.

Et là, tu sens la main d’Isabel glisser entre tes doigts. Tu t’arrêtes brusquement, mais même comme ça c’est impossible de la voir. Tu paniques. Il doit rien lui arriver. Tu t’en veux de l’avoir emmenée, t’aurais dû être raisonnable, t’aurais dû être une bonne grande sœur. T’as merdé. Alors ton œil cherche, il cherche encore, mais tout ce qu’il voit c’est que vous êtes divisés. Il y a ceux qui fuient, comme vous jusque là. Et il y a ceux qui se battent. Tu vois des pierres, des flammes, t’entends crier et cette fois ce n’est pas de la peur.

- ISABEL !


Tu hurles, alors que d’autres te poussent encore. Mais tu partiras pas avant de l’avoir retrouvée. Tu te le promets, tu le lui promets dans ton crâne. Tu commences à remonter, à contre courant, aussi vite que tu peux. Et tu cries encore son nom, sans savoir si elle t’entendra. Tu peux pas la laisser tomber. Trop de gens t’ont laissée tomber, elle doit pas vivre comme ça, elle. Alors tu cherches, mais tout ce que tu vois, c’est des affrontements que tu prends pas la peine de comprendre. Tu sais même pas qui a commencé mais au fond de toi t’es persuadée que c’est ces « gens normaux ». Tu hurles encore mais il y a de la fumée, tu sais pas d’où ça vient mais ça emplit tes poumons, ça te fait suffoquer, c’est pas agréable. Tu t’accroupis pour respirer, tu cries encore une fois ce prénom sans que personne te réponde, et tu finis par te précipiter dans le premier bâtiment ouvert que t’aperçois, dans la rue d’à côté. T’as l’impression qu’il va s’effondrer mais tu sais qu’Isabel ferait pas attention à ça. C’est une enfant.
Ghiss D'Amour
Ghiss D'Amourvictime de cupidon
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Freak Like Me EmptyJeu 12 Sep - 12:31

Ghiss

Nemza

I am powerless


Il faisait si froid, ce soir-là… Je n’ai jamais eu aussi froid de toute ma vie, j’ai cru que j’allais finir par geler sur place. Ça faisait déjà des mois que je vivais à la rue, mais c’était la première fois que je devais affronter l’hiver. Heureusement que je n’étais pas seule, on essayait de se réchauffer entre personnes différentes, on arrivait à vivre plus convenablement que les sans-abris humains qui eux n’ont véritablement rien. Nous, on se réunissait en groupe et on avait de la chance d’avoir chacun une particularité différente, certains pouvaient s’occuper de nous doucher, d’autres nous rapportaient de la bouffe pour au moins un repas par jour, et enfin certains apportaient un peu de gaieté, un peu de bonheur, comme moi avec ma musique.

J’ai toujours eu ce don là, aussi loin que je m’en souvienne. Quand j’étais petite, je pouvais jouer moi-même des berceuses pour ma petite sœur, c’était mignon… Mais quand je voulais me faire entendre, quand je me mettais à pleurer, ça l’était tout de suite moins. Je poussais des hurlements incroyables, on aurait dit une alarme de voiture, tous les voisins ont mal dormi pendant des mois, jusqu’à ce que je fasse mes nuits. Je ne suis pas désolée pour autant, ils me détestaient tous, enfants comme adultes, alors je suis bien contente de leur avoir cassé les pieds ! Quoique, si je ne les avais pas dérangés, peut-être qu’ils ne m’auraient pas haït comme cela … ?

Enfin bref, tout ça pour dire que j’avais froid, ce soir-là, bien plus froid que n’importe quel autre soir, et je m’imaginais déjà ne pas passer la nuit. Ça n’aurait pas été très étonnant, j’avais entendu plein d’histoires sur d’autres mutants qui étaient morts dans la rue, parce que l’hiver était trop rude, surtout pour la jeune adulte que j’étais à l’époque… C’est alors qu’elle est apparue. Quand je raconte cette histoire, je dis toujours que la première fois que je l’ai vu, j’ai cru voir un phénix dans la brume, mais c’est juste pour enjoliver les choses. En vérité, j’ai bien vu qu’elle était humanoïde et que les flammes qui l’entouraient n’étaient pas naturelles, mais c’est moins classe de le dire comme ça. Elle, c’est June, ma meilleure amie depuis ce soir-là, depuis son premier soir à la rue…

***

Aujourd’hui est, je l’espère, un grand jour ! Les mutants ne se taisent plus, ils revendiquent leurs droits et on peut sentir leur colère gronder. C’est excitant, et un peu flippant aussi, quand on sait de quoi certains sont capables… C’est vrai qu’écouter les infos ou suivre les faits divers ne font que montrer la mauvaise partie de la communauté, mais d’un certain côté, je peux comprendre la peur des humains quand on leur dit qu’un mutant a fait explosé toute une patrouille de police pour se venger…

C’est aussi pour cela, pour montrer au monde que nous ne sommes pas tous comme ça, que cette journée me tient à cœur. Que cette marche me tient à cœur. Cela fait déjà plusieurs années que cette manifestation existe, mais ça n’avait pas réellement d’ampleur, autrefois. Même l’an dernier, on en parlait à peine, mais il paraît que cette année, il y aura cinquante fois plus de mutants que d’habitude, grâce à tous les débats qui ont lieu au court de l’année ! Les rues vont être remplies de gens, venus pour faire la paix…

C’est normal que je sois toute excitée, alors ! Même Catherine, qui n’est pas directement concernée, est contente pour moi. Comme d’habitude, alors que c’est elle la petite sœur, elle m’a préparé mon déjeuner pour manger dans le métro, pour que je puisse arriver sur place un peu en avance et retrouver June avant d’aller manifester. Elle aurait bien voulu venir, elle aussi, mais elle a déjà autre chose de prévu, avec sa meilleure amie à elle. Tant pis, peut-être la prochaine fois !

Je quitte l’appartement en sautillant presque sur place, pressée de rejoindre mon arrêt, et surtout pressée d’arriver au centre-ville. Même si je n’arrive pas à avoir une place assise dans les transports, je dévore mon sandwich comme si c’était le met le plus savoureux de ma vie. En même temps, même le plus basique des sandwichs français vaudra toujours mieux que n’importe quelle bouffe américaine !

***

C’est l’heure. J’ai retrouvé mon amie il y a un certain moment déjà et nous venons seulement d’arriver sur place. La marche a déjà commencé, alors on se glisse comme on peut au milieu de la foule, dans le cortège de tête… C’est là que se trouent les manifestants les plus déterminés, pas seulement ceux qui sont venus s’amuser. C’est toujours comme ça, il paraît, on a la manifestation devant, et les autres derrière qui font le show avec leurs pouvoirs, sur des chars qu’ils ont mit des jours à monter.

Alors on marche, et on crie, et on marche, et on crie… Je me sers de mon don pour amplifier nos voix, pour hurler nos slogans plus forts. D’autres le font aussi, même si certains exagèrent un peu, à mon goût… Il y en a un par exemple qui peut générer de la fumée comme il veut et qui s’amuse à faire des fumigènes de couleur… Il nous emmerde plus qu’autre chose, à vrai dire, tous ceux qu’il approche se mettent à tousser en essayant de chasser la fumée ailleurs. Enfin, il est jeune, c’est normal qu’il cherche à attirer l’attention.

Je regarde autour de moi pendant les moments un peu plus calmes et je remarque que quasiment tout le monde est masqué. C’est normal, vu qu’il y a des caméras partout, on n’a pas envie de se faire traquer ensuite. Et oui, même moi j’ai un petit quelque chose sur le nez et la bouche, juste au cas où. On a aussi des noms de codes, comme des noms de super-héros… June, elle a décidé qu’on devait l’appeler Fire Heart, quant à moi, je me présente sous le nom de… Acoustic woman. Oui, c’est claqué, je sais…

Jusque là, tout se passe bien, mais une atmosphère particulière commence à peser sur nous. Peut-être parce qu’il y a de plus en plus d’humains agglutinés aux balcons pour nous regarder, il y en a de plus en plus qui nous répondent, qui nous insultent, qui jettent leurs canettes de bières sur nous… Il y en a un qui s’est énervé quand je l’ai rendu muet, je ne l’entendais plus, mais je l’ai vu devenir rouuuge comme une tomate ! Je crois qu’il a essayé d’entrer dans la marche pour me poursuivre, mais il s’est fait dégager.

C’est alors que tout bascule, d’un seul coup. Au loin, je commence à entendre des coups de feu, puis immédiatement après, l’ensemble de la foule se met à fuir dans tous les sens. C’est aussi le reflexe que j’ai, avec June. On se met toutes les deux à courir vers l’arrière, pour nous éloigner des tireurs. Je me mets à crier en amplifiant ma voix pour prévenir tout le monde, je leur dit de fuir ou de se cacher. Certains le font, évidemment, mais d’autres, un peu trop casse-cous, préfèrent en mettre plein la gueule à nos assaillants… J’en vois quelques uns, foncer vers le bruit des balles en utilisant leurs dons, il y en a un qui aura toutes ses chances, puisqu’il recouvre sa peau de métal, mais d’autres n’iront sans doute pas loin.

Je tente de bifurquer dans une rue parallèle à celle où nous marchions il y a quelques instants, emportant June avec moi, mais on se retrouve nez à nez avec un mec armé, comme si… C’était une embuscade. On ne se dégonfle pas, je me mets à lui hurler dessus si fort qu’il lâche son arme et se tient les oreilles en tombant. On le dépasse en jetant son fusil automatique dans les égouts, et on continue de courir, de fuir, on se dépêche, on…

*BOOM*

Je me retrouve allongée par terre, un sifflement désagréable dans les oreilles. Je suis déboussolée, je ne comprends pas ce qu’il s’est passé… J’ai mal. J’ai mal un peu partout, mais surtout au niveau du buste et des épaules. J’essaye de lever mon bras pour voir ce qui ne va pas, mais j’ai l’impression d’avoir été vidée de mon énergie. Qu’est-ce qu’il s’est passé ? Quelque chose a explosé, je crois… Je vois un peu trouble, il y a de la fumée noire partout, mais j’ai l’impression que… Que le mur du bâtiment a sauté.

Je commence à reprendre conscience, à cause de ma toux qui se fait de plus en plus forte. Il faut que je sorte de là, que je trouve un autre endroit où je pourrais… Respirer. Je commence à me relever, mais à peine ma poitrine quitte le sol qu’une douleur fulgurante me prend à ce niveau-là. Je me laisse retomber en portant mes mains à mon torse, et je sens tout de suite que mon t-shirt est… Humide. Pire que ça, il est complètement imbibé. Je n’ai pas la force de regarder la couleur de mes vêtements, mais j’imagine que ça doit être mon sang…

Je me mets alors à pleurer, bruyamment, sanglotant comme un enfant qui se serait fait mal. Il n’y a pas que la douleur qui me met dans cet état, bien sûr, il y a aussi le choc, la tristesse de l’échec de cette marche, toute la haine que ces humains doivent ressentir pour nous avoir attaqués… Qu’est-ce qu’on a bien pu faire pour mériter autant de violence ? On a rien fait…

Je sens alors qu’on me soulève d’un seul coup, et je hurle à cause de la douleur. J’entends une voix d’homme qui me dit que ça va aller, mais je ne sais pas vraiment qui c’est. Vu l’aisance avec laquelle il me porte, il ne doit pas être humain. Sa peau est glacée, en plus de ça, encore plus que la mienne, qui perd pourtant de sa chaleur à chaque minute qui passe… Je suis secouée par sa course, ça me fait un mal de chien à chaque pas qu’il fait, je ne peux pas me retenir de crier, ou au moins de gémir et de pleurer.

Je sais pas combien de temps ça dure, mais je pense qu’il me porte pendant plusieurs minutes avant de me lâcher. On est entrés dans un magasin qui était ouvert, j’ai pas vu exactement ce que c’était, mais il a décidé qu’on allait se réfugier là-dedans, apparemment. D’ici, on entend encore la panique à l’extérieur, mais au moins on est à l’abri… Pour l’instant, du moins. Je ne me sens pas au mieux de ma forme, je ne vois déjà presque plus rien, et j’entends à peine ce que le gars est en train de me dire, comme si on était sous l’eau ou quelque chose comme ça… « Elle a des morceaux de verre dans la poitrine... Je sais pas si on peut la sauver. » dit-il. Je sais pas pourquoi il me dit ça, je… Je sais même pas de qui… De qui il parle… Sans doute que je saisirais mieux l’ampleur de la situation si je savais qu’il y a d’autres personnes qui se sont réfugiées ici, et que c’est de moi qu’il parle.
notes
Nemza Samnos
Nemza Samnosvictime de cupidon
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Freak Like Me EmptyVen 13 Sep - 12:30
Tu la trouves pas. Ça t’angoisse, ça te panique, tu pensais pas que ça te mettrait dans un état pareil mais tu peux pas t’en empêcher. Il doit rien lui arriver. T’as pas envie qu’elle croie que tu fais pas ton maximum pour elle, t’as pas envie qu’elle croie que tu l’abandonnes. Alors tu cours, dans ce bâtiment délabré, tu hurles encore et encore son prénom. Ta voix déraille un peu, entre la fumée et la puissance de tes cris, mais tu tiens bon, tu continues. Tu sais que si t’attrapes un truc, ça durera pas longtemps de toute façon.

Tu ressors vite fait parce que personne te répond, et tu continues à chercher. La peur t’étreins, t’es même pas sûre qu’elle soit partie par là au fond. Mais tu te raccroches au fait que tu la connais bien, et que tu lui as appris quelques petits trucs. T’as toujours été claire sur ce qu’il fallait qu’elle fasse en cas de danger : se cacher et attendre dans un endroit sûr. T’aimerais qu’elle pense quand même à te donner des indices mais tu dois avouer que ça faisait pas partie du plan de départ alors tu peux même pas lui en vouloir.
*

Nemza dépassa plusieurs bâtiments abîmés par l’explosion. Par une des explosions. Apparemment la marche pour les droits des mutants n’avait pas fait que des admirateurs et leur réponse ne s’était pas faite attendre. Certains avaient prémédité leur action, sans doute heureux d’avoir une occasion de frapper si fort, et sans trop de risque d’atteindre les « gens normaux ». A moins que le simple fait que les humains présents soutiennent les mutants suffise à justifier qu’on veuille leur mort à eux aussi. Certains endroits avaient pris feu sans qu’on puisse déterminer s’il s’agissait de la riposte des mutants acculés, attaqués, effrayés, ou des conséquences de ladite attaque. Nemza, elle ne craignait pas de se brûler. C’était douloureux mais pas bien grave. En revanche, elle craignait pour la vie de sa protégée, se demandant si elle saurait se sortir de ce genre de situation malgré son jeune âge, son insouciance. Chaque cri qui restait sans réponse déchirait son âme, et elle continuait de courir dans tous les sens.

*

Tu la vois. Elle est là, prostrée dans un espèce de vestibule qui menace de lui tomber dessus. Tu vois qu’elle a compris le danger, que ça a déjà failli se produire, parce qu’un bloc de pierre a l’air de flotter un peu au dessus de sa tête. C’est ça qui a retenu ton attention. C’était pas forcément elle, d’autres ont peut-être les mêmes aptitudes télékinésiques, t’as juste eu de la chance. Mais putain. Tu  peux pas empêcher des larmes de couler sur tes joues alors que tu la serres fort dans tes bras. Tu retiens les sanglots bruyants, c’est pas ton genre de te laisser aller à ces démonstrations là, mais la petite est littéralement en train de son moucher dans ta veste. T’oses pas te plaindre. C’est pas le moment. Tu lui demandes si elle va bien mais tu prends pas le temps de vérifier toi-même, il faudrait que t’enlèves tes gants et si la petite te dit rien c’est que ça en vaut pas la peine. De toute façon, tu comptes pas utiliser ton pouvoir devant elle, sur elle, ni avec elle. T’as une réputation à tenir, alors à moins que sa vie soit en danger tu dois continuer de faire comme si tu pouvais cramer tout le monde sur place, et pas comme si t’étais un médecin à la con. Personne a peur des médecins, et toi, t’as besoin qu’ils te craignent. Pour qu’ils te laissent de l’espace. S’ils t’approchent pas trop, ils peuvent pas te laisser tomber, pas vrai ? Et en même temps que ces pensées effleurent ton esprit, t’as l’impression d’avoir déjà laissé Isabel approcher trop près. Mais t’y peux rien. C’est qu’une gamine.

Vous partez au son des sirènes. C’est pas les secours, c’est même pas les pompiers, tu reconnais la police. Alors tu tiens fort la main d’Isabel pendant que vous sortez de ce cauchemar et pendant plusieurs minutes vous tracez votre route sans vous retourner. Pendant ce temps là, toi, tu réfléchis. Tu sais pas ce que sont devenus les autres, tu sais pas si votre refuge est encore en état de vous accueillir, tu sais rien du tout. Mais avec Isabel, tu peux pas te permettre de les chercher. Tu dois la mettre en sécurité, ce qui veut dire mettre au-dessus de sa tête un toit qui va pas l’écraser et lui donner à manger. Tu dois lui apprendre à quel point ce monde vous est hostile pour la préparer, pour qu’elle sache se débrouiller, pour qu’elle devienne une femme forte et indépendante. Mais pour le moment, tu dois la tirer de là et trouver où vous passerez la nuit, le temps que ça se calme. Parce que tu sais qu’au moindre flic qui vous tombera dessus, vous serez enfermées. Vous avez peut-être rien fait mais ils ont besoin de coupables pour ce qui vient de se passer, ils oseront jamais dire que c’étaient les gens comme eux qui avaient tout orchestré, ils accuseront les vôtres. Tu les laisseras pas faire, toi, t’as pas peur de te prendre une balle. Mais t’as peur pour Isabel.

Alors quand vous croisez un magasin ouvert qui a l’air aussi dévasté que vide, vous hésitez pas. Tu tires la petite avec toi, vous entrez en trombes et tu lui laisses quelques secondes pour reprendre sa respiration. Aucune de vous n’a la moindre idée de ce qui s’est passé ici mais quand tu lèves la tête tu vois des rayons saccagés, d’autres qui tiennent encore un peu debout. Tu vois que tout ce qui a l’air électronique est dans un sale état, aussi, alors t’en déduis vite qu’un mutant avec de sacrés pouvoirs a dû passer par là et tout mettre hors jeu. Tu vois des traces de flammes, des endroits où le sol est recouvert d’eau. T’as pas de temps à perdre, néanmoins, alors tu peux pas te laisser aller à cette curiosité. Isabel te suit, elle lâche pas ta main. Alors t’attrapes un genre de sac qui traîne, tu le lui donnes, et tu lui dis de mettre tout ce qu’elle veut dedans. Personne pourra prouver que vous avez volé quoi que ce soit, avec sa télékinésie elle peut réduire le poids de l’objet dans ta main, sans trop attirer les soupçons. Un plan parfait.

Mais la vérité, c’est que t’as aperçu un truc dans un autre rayon et que t’as envie d’aller voir sans la petite dans tes pattes. T’avances, t’enjambes quelques trucs qui traînes, tu pousses ce qui te dérange trop, et t’arrives sans trop de peine dans le rayon « médical » du magasin. Et tu la vois.

Il y a du sang partout, ça a dégouliné par terre. La fille a l’air d’avoir la poitrine ouverte sérieusement mais tu vois pas trop, parce que des gens ont visiblement essayé de stopper ça avec des compresses. Le paquet est ouvert, déballé à la va vite, balancé par terre à côté, et tu vois encore le contenu désormais bien imbibés sur la fille. Depuis combien de temps elle est là ? Tu sais pas. Ce que tu sais, ou du moins ce dont tu te doutes, c’est qu’ils l’ont laissée là parce qu’ils pensaient pas la sauver et qu’ils avaient trop peur de se faire chopper par la police avec un cadavre.

T’hésites. Tu devrais pas te mêler de ça. Tu devrais peut-être faire comme si t’avais rien vu, faire demi-tour, appeler Isabel, et vous tirer de là. Mais au moment où tu veux tourner la tête, tu vois un truc bouger. Et là, tu comprends. Elle est pas morte, la fille, pas encore. Un frisson parcourt ton dos, tu fronces les sourcils et tu te décides à approcher, en faisant le tour pour éviter de marcher dans son sang, comme si ça allait te contaminer. Mais c’est surtout que tes chaussures sont trouées, et t’as pas envie d’avoir les pieds trempés dans le sang d’une inconnue. Alors tu t’accroupis en silence, pendant que t’entends encore les bruits d’Isabel qui fait tomber quelques objets et qui s’exclame parfois avec joie quand elle a trouvé un paquet des gâteaux qu’elle préfère ou autre denrée rare.

- Dépêche toi Isabel !

Tu cries un peu, t’as pas envie de t’éterniser là parce que c’est dangereux, mais tu peux pas quitter l’inconnue des yeux. Mutante ? Humaine ? T’essaie de te dire que si tu la tires de là elle aura aucune raison de vouloir ta mort mais t’arrives pas à t’en persuader. Ce serait pas la première à profiter de ton don mais à haïr encore un peu plus fort les tiens après en avoir profité. Pourtant, t’enlèves tes gants. Parce que tu sais, au fond de toi, que si tu la laisses mourir là tu t ‘en voudras toute ta vie. Et tu sais aussi que si tu l’abandonnes là alors que t’aurais le pouvoir de la sauver, tu vaudras pas mieux que tous ces gens que tu détestes, ces humains inhumains qui vous torturent et vous regardent souffrir sans y voir de problème.

Tu serres les dents, alors que t’enlèves doucement une des compresses trop rouge. Tu devrais peut-être lui parler, lui demander de cligner des yeux ou de serrer tes mains, mais les premiers secours classiques c’est pas ton truc et t’as pas envie qu’Isabel se doute de quelque chose. Alors tu dis rien. Tu remontes un peu le t-shirt de la fille, et tu poses tes mains sur sa peau directement. Tu sais que ça va faire mal, t’as l’habitude, t’as déjà ressenti ça et sûrement bien pire. Mais tu t’y feras jamais.

Les plaies se referment doucement, mais c’est plus compliqué que ça. T’es pas en train de fermer le tout pour cacher la misère, tu répares soigneusement la moindre blessure, tu fais sortir les morceaux de verre de là. Et tu grognes. Tu grognes parce que pour chaque millimètre que tu soignes, tu sens que c’est ta poitrine qui se déchire. Tu sens les plaies s’ouvrir, tu sens le sang qui commence à couler contre le tien, de t-shirt. Ta respiration accélère, ta vue se brouille, t’enlèves une main pleine de sang de la peau de la fille pour l’appuyer sur le carrelage sale du magasin. Et tu continues. Même si tu serres les dents, tu continues à grogner. Ça fait un mal de chien. Mais t’as bientôt fini.

- J’ai fini, Nemzaaaaa !

Et tu l’entends crier. Isabel. Tu tournes la tête un peu trop vite, ta vue semble se dédoubler mais c’est bien sa petite silhouette que t’aperçois au bout de l’allée. Elle crie parce que c’est plein de sang, parce qu’elle a peur, parce que t’en as plein les doigts. T’ouvres un peu plus la bouche mais aucun mot n’en sort, juste un gémissement de douleur alors que tu relâches tout à fait l’inconnue pour te laisser aller en arrière contre un rayonnage de pansements à moitié éventré. Tu rabats le pan de ton manteau sur ta poitrine pour éviter qu’elle voie que cette fois c’est toi qui te vide de ton sang. Tu sais que ça va pas durer. Mais qu’est-ce que tu souffres.
Ghiss D'Amour
Ghiss D'Amourvictime de cupidon
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Ghiss

Nemza

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« Laissons-la », qu’ils ont dit, « de toute façon, elle s’en sortira pas, elle ferait que de nous ralentir ». Je n’ai pas vraiment compris ce qu’il se passait, mais j’entendais plusieurs voix qui semblaient débattre, je sentais leurs mains toucher ma blessure, mettre des choses dessus et puis d’un seul coup, plus rien… Le silence complet. J’ai cru que j’étais devenu sourde ou que j’avais perdu mon don, alors je l’ai activé dans la panique. Je me suis rendu compte que ce n’était pas ça le problème, puisque je pouvais toujours percevoir le bruit des balles, dehors, ainsi que les explosions et les bruits un peu moins communs qu’on ne peut entendre qu’avec des mutants dans les environs, surtout dans une grande ville. J’entendais aussi mon sang se déverser au sol, je me suis presque mieux rendu compte de l’ampleur de ma blessure en écoutant qu’en sentant cette douleur et tout ce liquide qui coulait le long de mes côtes pour former une flaque dégoûtante autour de moi…

J’étais seule… Je suis seule… Abandonnée, déjà morte, mais pas encore tout à fait. J’aurais presque préféré qu’ils m’achèvent, que je n’ai pas le temps de réfléchir, ni de souffrir. Là, je n’ai que ça à faire, pour ainsi dire. Attendre de mourir, en ressentant cette douleur atroce, en pensant à mes proches, à ma sœur, à ma petite nièce… Moi qui espérais que cette marche fasse bouger les choses, je me suis bien trompé. Au final, ça nous a tous précipités dans le plus profond des gouffres… Et si encore ce n’était « que » cet attentat… Mais je sais très bien que certaines personnes vont vouloir se venger, et ça n’en finira plus, humains et mutants vont juste… S’entre-déchirer. Et June, où est-ce qu’elle est ? Pourquoi elle m’a laissé tomber, elle aussi… ?

Soudain, de nouveaux sons me parviennent. Des voix, des gens qui ont l’air un peu paniqués… Par réflexe, j’essaye de crier ou de bouger, pour qu’on vienne m’aider, même si je n’ai plus vraiment d’espoir qu’on me sauve… Si les autres m’ont laissé tomber, c’est que c’est forcément trop tard. De toute façon, je n’ai plus aucune force, c’est à peine si j’arrive à ouvrir les yeux tant mes paupières me paraissent lourdes. Je voudrais bien me laisser aller, m’endormir pour toujours, mais la douleur est trop vive, elle me maintient en vie, paradoxalement. Et puis de toute façon, qui me dit que cette personne voudrait m’aider ? Si c’est une humaine, elle voudrait sans doute m’achever, et si c’est une mutante… Elle me prendrait peut-être pour une humaine et voudrait m’achever aussi.

« Dépêche toi Isabel ! » entendis-je de loin. Ou pas si loin que ça, je ne sais pas, je commence un peu à perdre la notion de la distance, surtout avec mon don à moitié actif. Je recommence à avoir mal, d’un seul coup, comme si on m’arrachait la peau au niveau de la poitrine. Peut-être quelque chose qui avait commencé à coller à ma blessure et qui a été enlevé… Je sais pas trop, mais la douleur me réanime un peu, mon buste se soulève sur le coup, avant que je me mette à respirer plus fort, en serrant les dents pour mieux supporter. Je peux même pas dire que c’est pour me retenir de crier, parce que je n’en aurais pas la force de toute façon.

Je sens alors que la personne relève mon t-shirt, et ça me gêne un peu. J’espère que c’est pas un pervers qui m’est tombé dessus… Ce serait vraiment la cerise sur le gâteau de merde. Heureusement, ça n’a pas l’air si grave que ça, puisque les mains de la personne viennent plutôt se poser sur mon ventre, sans bouger de là. J’inspire profondément, une première fois, puis une seconde. Ça me semble bien plus simple, tout à coup, pourtant ça me fait toujours aussi mal. Quoique, ça fait de moins en moins mal, comme si j’étais en train… En train de partir ? Ou de me réveiller d’un mauvais rêve, soit l’un, soit l’autre. Mes sens semblent revenir petit à petit, je peux entendre des petits grognements, comme quelqu’un qui souffrirait, puis ma vue est de moins en moins trouble. Je ne trouve pas encore la force de relever la tête pour voir qui est à mes côtés, mais je peux sentir de plus en plus distinctement ses doigts contre mon ventre, et un frisson me parcourt alors que je commençais à ne plus avoir froid.

« J’ai fini, Nemzaaaaa ! » Dis une petite fille, avant de se mettre à crier. Peut-être en voyant l’état dans lequel je suis ?

Je me relève presque d’un seul coup pour lui dire de ne pas s’inquiéter, et j’écarquille alors les yeux en réalisant que je me sens… Beaucoup mieux. C’est presque miraculeux, je baisse les yeux vers ma poitrine et voit à travers mon t-shirt déchiré que je suis en sang, mais je ne vois plus la moindre blessure. Comme s’il ne s’était jamais rien passé. Je tourne alors la tête sur le côté, parce que j’ai encore toute ma tête et que je me souviens qu’il y avait quelqu’un qui me touchait il y a encore une seconde, et je l’ai entendu tomber sur le côté. C’est là que je la vois, cette fille un peu effrayante, avec la gueule défigurée et le corps tout ensanglanté. J’ai un haut-le-cœur, surtout à cause de tout le sang que je vois et que je sens lorsque je pose mes mains par terre. J’ai l’impression de nager en plein cauchemar, c’est juste affreux.

Ni une, ni deux, je m’approche de la rouquine en marchant rapidement à quatre pattes, essayant de l’examiner en paniquant un peu. Qu’est-ce que je suis censé faire ? Et qu’est-ce qu’il s’est passé surtout… ? Est-ce que tout ce qui s’est passé n’était qu’un genre d’illusion ? Ou elle a effectué une sorte de… De transfert ? Mais pourquoi est-ce qu’elle aurait fait ça ? Surtout si elle est avec une gosse… D’ailleurs, je me tourne vers la petite, je pense que c’est trop tard pour éviter de la traumatiser, mais je peux peut-être éviter que ça ne soit pire. Je tends une main vers elle en lui souriant malgré les larmes qui me montent aux yeux, faisant baisser pour elle uniquement tous les sons effrayants de l’extérieur pour ne lui faire parvenir que ma voix, douce et un peu tremblante malgré moi.

« Bonjour toi, n’aies pas peur, ça va bien se passer… Ferme les yeux pendant que je m’occupe de ta… De ton amie, s’il te plaît. » Dis-je, sans oser affirmer que ce soit sa mère ou sa sœur…

Je reporte immédiatement mon attention sur l’autre fille, n’osant pas la toucher pour l’examiner mieux. Il le faut pourtant, si elle m’a bel et bien aidé, je ne peux pas la laisser là sans rien faire. Alors je commence par la faire s’allonger pour éviter que le sang ne coule trop vite. Je sais qu’il y a deux choses auxquelles je dois faire attention, l’hémorragie, puis l’hypothermie… Alors je regarde une fois de plus la fille en ne lui faisant parvenir que ma voix.

« Elle va avoir froid, est-ce que tu peux aller chercher si tu trouves des pulls, des couvertures ou ce genre de truc dans le magasin ? » Lui demandé-je, en me disant que je pourrais profiter de son escapade loin de ce rayon pour découper les vêtements de la fille et mettre quelque chose sur ses blessures. Il y a plein de paquets de compresses et de pansements qui sont déjà ouverts, je pourrais mettre ça… En attendant… En attendant je ne sais pas quoi. Les secours vont finir par arriver, j’espère. Je tends l’oreille, aidée par mon pouvoir, pour essayer d’entendre une sirène de pompiers ou d’ambulance, mais la plus proche me paraît tellement loin que je ne suis pas très optimiste. Enfin, il faut que j’essaie.
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Nemza Samnos
Nemza Samnosvictime de cupidon
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Elle a des bleus partout. C’est pas les bleus que tu peux te faire quand tu tombes, quand tu joues trop, quand on t’a tapée un peu trop fort en jouant aux chevaliers. Quand t’approches ta main, elle recule. Elle a sûrement peur que tu la frappes, c’est peut-être ce qu’ils lui font. Tu sais pas. T’entends souvent crier mais tu vois jamais ce qu’ils font aux autres. Toi, ils te tapent pas vraiment. Ils essayent d’autres techniques, ils te disent que c’est pour ton bien, ils t’électrocutent et te brûlent en te répétant de pas t’inquiéter, que ça va partir. Mais on t’a jamais demandé si tu voulais que ça parte. Alors tu tends doucement la main, Nemza, encore un peu, jusqu’à effleurer la peau de la petite fille du bout des doigts pour qu’elle comprenne que tu lui feras pas mal. Tu lui souris, même, parce que tu sais que si elle est encore là c’est juste parce que le mur derrière elle l’empêche de fuir. Et tu te concentres. Alors les bleus disparaissent de sa peau pour venir colorer la tienne, et tu comprends à quel point ils lui ont fait mal alors que ton corps entier subit les coups en accéléré.

La fille d’en face, elle écarquille les yeux, elle prend peur, elle se masse un peu plus contre le mur comme si elle allait passer au travers. Mais quand le contact se rompt, tu vois dans ses yeux toute la reconnaissance que tu lui inspires. Tu fais pas vraiment ça pour ça toi, c’est juste… T’aimes pas voir les gens souffrir. Tu le supportes pas. Alors même si ça doit te donner l’impression qu’on te donne des coups de barre en fer sur tout le corps, t’as aidé cette fille. C’est peut-être ça qu’ils lui ont fait. Tu sais pas. Vous avez pas trop le droit de parler. Mais ce que tu sais, c’est que quand ils verront qu’elle n’a plus rien, ils sauront que c’est toi. Ils savent toujours. Est-ce qu’ils vous observent tout le temps ou est-ce qu’ils déduisent simplement que ça ne peut être que toi ? Mystère. Mais tu sais que tu vas payer pour ce que tu as fait. Ils te diront que tu as encore utilisé la magie du Diable, que tu dois te repentir, retrouver le droit chemin, abandonner ce que tu sais faire. Mais toi, t’as jamais eu l’impression de faire quelque chose de mal… C’est eux les monstres. Et plus le temps passe, plus tu les hais.

*

Ça fait mal. Tu pourrais presque croire que tu vas mourir, si tu savais pas que c’était impossible. En tout cas pas comme ça. T’as senti la peau se déchirer sans trop savoir si c’était du ralenti ou de l’accéléré cette fois, tu t’en fiches un peu. Tu sais que ça va passer, ça passe toujours, la douleur s’estompe à chaque fois. Des fois c’est plus long, ça dépend de la difficulté que tu as à te soigner. Ça se fait tout seul, tu contrôles pas, mais c’est plus long quand tu t’ouvres en deux que quand tu t’es mordue la langue, logique. Et là… Tu sais pas trop.

Peut-être que ça fait si mal parce que tu t’en sers pas assez, de ton « don ». Tu sais pas. Est-ce que tu peux t’habituer à souffrir ? T’as pas envie de le faire, en tout cas. T’en peux plus. Tout ça pour des ingrats, de toute façon. T’espères que cette fille vaut le coup, que t’as pas fait ça pour une abrutie qui le mérite pas. Tu vois trop flou pour suivre, t’entends pas bien, t’as sous-estimé ce qu’elle endurait, cette fille. Tu t’attendais pas à te sentir si mal, t’as envie de crier, de hurler mais tu peux même pas faire ça, tu te sens presque partir et pourtant… Pourtant t’es encore là. Tu sens encore le sang qui coule le long de ta peau, qui tache tes fringues. Ta tête tient droit, mais c’est uniquement parce qu’elle est appuyée contre un rayonnage. Et tu vois la fille qui se redresse et qui approche.

T’as juste besoin d’un peu de temps, mais ça elle le sait pas. Tu t’en moques un peu de lui faire peur ou pas, tu la connais pas et elle te doit sûrement la vie alors elle a intérêt à te foutre la paix. Mais t’as peur pour Isabel. Parce que tu l’as vue, tu l’as entendue crier, tu sais qu’il y a trop de sang par terre, tu sais qu’elle voit aussi tout ce sang sur tes vêtements. La petite, elle bouge même pas, elle vous regarde avec de grands yeux trop ouverts, à moitié hypnotisée par cette scène qui la terrifie en même temps.

« Bonjour toi, n’aies pas peur, ça va bien se passer… Ferme les yeux pendant que je m’occupe de ta… De ton amie, s’il te plaît. »


Tu vois la fille qui s’agite devant toi, ses mots ont du mal à atteindre ton cerveau, t’es un peu longue à comprendre. Tu sais qu’Isabel fermera pas les yeux, tu lui as appris que c’était dangereux de le faire, et tu sais que… Qu’elle te voit, pleine de sang, à côté d’une inconnue. Tu sais ce qu’elle va penser. Elle va penser que cette fille t’as fait du mal. Si tu pouvais voir ses yeux t’aurais pas de doutes. Isabel, elle laisse tomber son butin par terre et elle fronce les sourcils, maintenant. Faut pas que l’autre fille approche. Parce que si elle fait un seul pas vers elle, Isabel a déjà prévu de lui envoyer des objets au visage et de s’enfuir. C’est le plan que vous avez élaboré ensemble. Pourtant, même si tu lui as dit de toujours fuir en cas de problème, t’espères qu’elle va pas le faire cette fois. Parce que tu sens déjà les bords de tes plaies se resserrer, tu sais que tu seras vite sur pieds. Et qu’elle craindra plus rien.

« Elle va avoir froid, est-ce que tu peux aller chercher si tu trouves des pulls, des couvertures ou ce genre de truc dans le magasin ? »

Mais Isabel bouge pas. Elle… Elle vous regarde et elle se met à pleurer, un peu comme si les images lui parvenaient à nouveau, comme si elle comprenait vraiment le sens de ce qui se passe. T’entends qu’elle t’appelle, qu’elle est inquiète, elle répète ton prénom. T’aimerais lui dire que tout va bien mais t’as pas encore la force de la rassurer. Doucement, pourtant, tes plaies continuent de se refermer. Tu sens, ça tire, tu t’y feras jamais. Alors tu grognes, et Isabel a l’air de prendre ça pour une consigne ou un avertissement. Elle disparaît sans un mot dans les allées du magasin dévasté, sans rien prendre de son butin. T’espères qu’elle fuit pas. Pas trop vite. Pas trop loin.

Et tu vois la fille approcher encore de toi. T’as l’impression qu’elle veut déchirer tes fringues et ça c’est vraiment hors de question. T’en as pas beaucoup, t’as pas envie d’en perdre, tu les aimes bien. Tu prends une grande inspiration, tu fermes les yeux quelques secondes mais tu te redresses aussi brusquement que si tu revenais d’entre les morts. C’est peut-être un peu ça, au fond. T’attends pas, tu peux pas attendre plus, tu te relèves, tu te tiens aux rayons pour te mettre debout, tu chancelles, ça tire encore mais c’est pas grave. T’es un peu à l’ouest mais c’est qu’une question de secondes pour que ça revienne dans l’ordre. Putain. Ouais c’est vulgaire mais toi ça te gêne pas, et puis t’as pas d’autre mot pour exprimer tout ce qui te vient.

- Isabel !
Tu parles fort, t’as besoin qu’elle t’entende. Reviens !

T’es un peu enrouée, comme si tu venais de courir, mais en dehors de ton visage ravagé et de tes vêtements tachés, impossible de croire que t’as vécu ce que t’as vécu. Alors tu tournes enfin la tête vers cette fille que t’as presque ramenée à la vie. Elle a été assez sympa pour s’inquiéter pour toi en retour de ton geste, et tu sais pourtant que beaucoup se seraient pas gêné pour se tirer sans un regard en arrière, sans chercher à comprendre. Pourtant t’arrives pas à lui dire un truc un peu gentil. Pourquoi tu le ferais, d’ailleurs ? Cette fille tu la connais pas et tu viens déjà de lui rendre un beau service.

- Parle de ça à personne.

T’as l’habitude qu’on t’obéisse, personne veut se mettre à dos une fille comme toi, ta cicatrice les effraie assez. Elle a intérêt à tenir sa langue, parce que tu te gêneras pas pour lui créer des ennuis si c’est pas le cas. Ton petit monde tient bon en partie parce que les autres croient que tu peux les brûler du regard, et même si t’as pas l’intention de lui présenter qui que ce soit tu préfères être claire. Et puis tu détournes ton regard, parce que t’as rien d’autre à lui dire, et parce que tu dois expliquer ce qu’il vient de se passer à Isabel.

- Isabel !


T’as peur qu’elle soit loin alors tu marches, en même temps que tu te remets complètement. Personne aurait pu croire que tu te vidais de ton sang sur le carrelage il y a quelques secondes, quelques minutes, et pourtant c’est bien ce qui s’est passé. Toi, tu sais ce qui se passe, tu trouves ça normal, alors tu t’attardes pas sur l’incident. Tu fonces juste à la recherche de la petite, parce que tu veux pas qu’elle ait des ennuis, tu veux pas qu’elle soit seule, tu veux pas l’abandonner.
Ghiss D'Amour
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Ghiss

Nemza

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La petite fille n’a pas l’air de vouloir me faire confiance… Comment le pourrait-elle, en me voyant ainsi à côté de son amie qui a été mortellement blessée tout à coup. Je comprends qu’elle ne ferme pas les yeux, je n’avais que très peu d’espoirs qu’elle le fasse de toute façon, avec le choc de ce qu’elle est en train de voir. Je peux lui couper l’ouïe, mais malheureusement, je ne suis pas capable de lui enlever la vue. Cependant, je ne m’attendais pas à ce qu’elle lâche son sac en fronçant les sourcils, avec cet air… Menaçant. C’est bizarre de dire ça, mais dans notre monde, même le plus innocent des enfants peut tenir tête à un adulte, s’il a un don qui le lui permet… C’est aussi pour cela que les mutants sont décelés le plus tôt possible, avant d’être répertoriés par l’état et d’autres structures comme l’église, par exemple…

Tant pis, ça ne doit pas m’empêcher d’essayer de sauver ma sauveuse. Quel drôle d’idée d’échanger nos rôles alors qu’on ne se connaît même pas… Quoique, maintenant que j’y pense, la petite a l’air trop surprise pour l’avoir déjà vu faire… Alors cette femme, ce n’est peut-être pas ce que je pense. Peut-être qu’elle n’a pas sciemment « absorbé » mes blessures, peut-être même que ce n’est pas elle qui a fait ça, mais quelqu’un d’autre qui a opéré le transfert. Mais bon, ça ne change rien, dans tous les cas, je ne peux pas la laisser là et m’enfuir, surtout que le chaos a l’air de continuer, à l’extérieur.

Alors que je force la rouquine à s’allonger, j’essaye de faire la conversation à l’enfant qui ne nous lâche pas des yeux, pour qu’elle n’ait pas peur, mais aussi pour qu’elle m’aide. Parce que j’aurais vraiment besoin de ces couvertures, si jamais j’arrive à stopper l’hémorragie… Bien que je n’aie pas la moindre idée de comment je vais réussir à faire ça en étant ici. La petite fille ne bouge pas, pour l’instant. Elle se contente de pleurer, alors je lui jette un regard un peu désolé, comme si c’était de ma faute. Enfin, d’un autre côté, je me dis qu’au moins elle ne regardera plus, avec toutes ces larmes, et si ça tourne mal, elle ne verra pas son amie mourir… Elle a l’air de l’appeler, plusieurs fois, mais avec tous ces sanglots, je ne comprends pas très bien. C’est… Nemssa ?

Soudain, la blessée grogne, alors je tourne la tête vers elle rapidement. Aussitôt, la gamine détale, elle disparaît de là sans même que je ne vois par où elle s’est enfuit. Enfin, étant donné qu’elle court, je sais exactement où elle se trouve, il me suffit de suivre le bruit de ses pas pour deviner vers où elle se dirige. Je ne suis pas trop inquiète, puisqu’elle ne va pas vers l’entrée. Je ne sais pas s’il y a une sortie à l’arrière du magasin, ni même si elle sera empruntable sans avoir besoin d’un trousseau de clé ou d’un code, mais si jamais j’entends une porte s’ouvrir, j’essaierais de la rattraper. Pour l’instant, il vaudrait mieux que… Que j’essaye de sauver la borgne.

Alors que je m’approche et que j’effleure à peine son haut avec mes doigts, elle se redresse d’un seul coup en inspirant profondément, comme un zombie qui se relèverait. Je sursaute en hurlant et en basculant en arrière, tombant sur mes fesses. Je la regarde, bouche bée, les yeux grands ouverts, à moitié effrayée, et à moitié épatée de la voir se relever et se redresser en se tenant aux étagères. Comment est-ce qu’elle peut trouver la force de se lever ? Elle pourrait… Elle pourrait être déjà morte.

Je me redresse presque d’un bond quand elle commence à crier le nom de la petite. Elle n’a pas de réponse, bien sûr, je ne crois même pas qu’elle l’entende, puisque la dénommée Isabel ne fait pas un seul bruit en guise de réponse. Je m’approche d’elle et lui dit qu’elle ne devrait pas se lever, que c’est trop dangereux. Je n’ose pas vraiment la toucher ou la forcer à se rasseoir, parce qu’elle a pas l’air commode, cette nana… Elle pourrait m’envoyer valser avec une gifle. Tout à coup, elle se retourne vers moi, elle me regarde avec son seul œil valide. Je me fige, comme si elle m’avait transpercé avec son regard. Je dois avouer qu’elle me glace un peu le sang, même si elle m’a peut-être sauvé la vie…

« Parle de ça à personne. »

De quoi, « ça » ? De la fuite d’Isabel, du fait qu’elle m’a sauvé, qu’elle s’est relevée comme si elle n’avait rien, alors qu’une seconde avant j’avais la même chose et que j’étais persuadé d’y rester ? Maintenant que j’y pense, elle n’a plus l’air de saigner autant… Même dans sa posture, dans sa voix, elle a l’air d’aller… Mieux. Je déglutis en hochant doucement la tête, même si je ne sais toujours pas exactement ce que je suis censé garder secret. Je n’irai pas crier sur tous les toits ce qu’il m’ait arrivé, de toute façon, et puis il n’y a pas grand-monde à qui je pourrais le raconter, à part Catherine et… Et June…

« Isabel ! » Hurle-t-elle de nouveau en essayant de suivre la piste de la petite, sans aucune réponse, cette fois encore.

Je la regarde qui s’éloigne, toujours sous le choc de la voir se remettre sur pied aussi vite… C’est incroyable, même dans un monde remplit de mutants. J’entends qu’Isabel est en train de bidouiller quelque chose, je n’arrive pas à reconnaître si c’est une serrure, un jouet ou si elle se barricade, mais je sais à peu près où elle se trouve, et je sais que la rouquine ne se fera pas entendre à moins de crier plus fort… Et si l’enfant est en train d’ouvrir une porte au fond du magasin, et qu’elle arrive à sortir, elles risquent de ne plus se retrouver…

« Parles plus fort. » Murmuré-je, ma voix n’osant pas sortir comme d’habitude, sans doute à cause du charisme de la fille.

Même si elle est impressionnante, et c’est le moins qu’on puisse dire, j’ai le courage de m’approcher d’elle et de poser deux de mes doigts contre sa gorge, comme si je venais prendre son pouls. La seule différence, c’est que mes doigts vibrent très légèrement et qu’ils vont amplifier sa voix la prochaine fois qu’elle dira quelque chose, comme si elle parlait dans un mégaphone ou quelque chose comme ça… La déformation en moins. Je lui souris légèrement et lui fais un signe de tête pour l’encourager, puisqu’elle ne sait pas de quoi je suis capable, elle ne doit pas comprendre pourquoi je fais ça en lui disant quelque chose d’aussi idiot que « Parles plus fort »… Elle doit me trouver folle, et elle a bien raison de le penser, parce que je me serais sans doute dit la même chose. C’est un peu maladroit, comme façon de faire…
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Elle est pas méchante, l'autre fille. Elle s'inquiète. C'est pour ça qu'elle te dit que c'est dangereux de te relever et de t'agiter comme ça, ça part d'une bonne intention... Même si ça te soule un peu. Tu sais pas exactement ce que tu penses de cette situation, tu regrettes pas d'avoir aidé cette fille mais tu regrettes qu'Isabel ait assisté à ça. Même sans parler du fait qu'elle pourrait vendre la mèche - consciemment ou non - tu sais qu'elle a vu un truc que les enfants de son âge devraient jamais voir. Que personne devrait jamais voir, tiens, maintenant que t'y penses. T'as peur que ça la traumatise. Elle a assez de problèmes dans sa vie, la petite, elle a plus de parents, elle va plus à l'école, et c'est pas avec ce que tu sais que tu vas lui faire une éducation correcte. Les autres lui apprennent des trucs, toi tu la protèges. Enfin, t'essaies, et aujourd'hui ça a lamentablement échoué. Tout ça pour une inconnue.

T'aimerais réussir à te dire que cette fille n'y est pour rien mais ton esprit t'empêche de reconnaître que c'est la réalité. Si elle avait pas été là tu serais déjà dehors avec Isabel et les affaires que vous aviez prévu d'emporter pour aller vous cacher le temps que ça se calme. Parce que même si les petits vols que t'as commis ne permettent pas de te compter au nombre des criminels, tu sais qu'un séjour au poste permettrait à certaines personnes de remonter ta trace. Et dans ces cas là, ne pas mourir sous tes blessures serait la pire des malédictions. Alors tu marches, de plus en plus vite, la cadence augmentant au fur et à mesure que tes blessures disparaissent, au fur et à mesure que tu retrouves ton souffle. Tu dois retrouver Isabel et vous devez fuir. Tu cries. Encore. Et elle ne répond pas.

« Parles plus fort. »

Qu'est-ce qu'elle te veut ? Tu t'arrêtes net dans ta marche avant de tourner la tête vers elle et de la dévisager avec le seul oeil qui te reste. Elle a murmuré. Elle ne voulait pas que tu l'entendes ? Peut-être qu'elle se moque de toi. Peut-être qu'elle sous-entend que c'est impossible de parler plus fort que ce que tu fais - et donc que tu l'ennuies en vain à t'époumoner comme ça. C'est sûr que là, t'as pas l'air aimable Nemza, quand tu la regardes. T'aimes pas qu'on se moque de toi. Alors ton regard la menacerait presque et puis tu décides que t'as mieux à faire, que retrouver Isabel est bien plus important que ce que cette fille peut penser de tes méthodes. Tu lui tournes le dos et tu continues. T’en as frappé pour moins que ça. T’as pris un peu de plomb dans le crâne avec les années, maintenant t’essaie de réfléchir plus que de cogner mais tu dois avouer aussi que ça fait du bien, parfois. Faut juste éviter de le faire sur des gens. Ou alors, être sûre qu’ils le méritent.

Mais elle te lâche pas, elle. Elle a pas l’air de comprendre que tu lui as déjà fait une sacrée fleur en l’empêchant de se vider de son sang sur le carrelage. Quand on connaît ton don, on mesure à quel point t’aurais peut-être été cruelle de la laisser là, mais au fond personne ne l’aurait su. Si t’avais pas eu peur de ce moment où tu te retrouverais toute seule avec ta conscience, à devoir vivre avec tes choix, elle se serait éteinte là, la fille. Tu te demandes si t’as vraiment l’air d’une fille qu’on peut embêter en toute impunité, parce qu’elle a posé sa main sur ton cou. Tu l’avais pas vue venir, ta main attrape tout de suite son poignet et le serre avec force, comme si t’avais peur qu’elle t’étrangle. Et ouais, ça te passe par la tête. Tu vois pas tellement ce qu’elle pourrait faire d’autre, à vrai dire, et t’as du mal à te retenir de l’incendier pour son ingratitude.

La seule chose qui fait que tu te tais encore, même si tu la lâches pas, c’est que tu sens que ses doigts… Vibrent ? Tu le sens, ça chatouille un peu, c’est une sensation bizarre, y a jamais rien qui vibre par ici d’habitude. Tu te demandes si elle a pas un truc bizarre dans la main, un instrument dangereux. Tu te demandes si elle veut te trancher la gorge parce que ça, effectivement, t’es pas sûre d’y survivre. Mais tu peux pas baisser les yeux, tu peux pas voir, et puis t’es sûre que c’est ses doigts que tu sens. Tu comprends vraiment pas ce qu’elle te veut celle là. Et pour couronner le tout, elle te fait un signe de tête, comme si ça allait te faire comprendre quelque chose.

- Qu’est-ce que tu fous ?

Ta voix n’est pas déformée, mais elle jaillit bien plus fort que ce que t’avais imaginé, ça te fait sursauter, ça résonne entre les murs du magasin. Quand t’écoutes, t’as même l’impression que tu t’entends respirer alors que t’es même pas malade. Elle… Elle amplifie ta voix ? Tu desserres doucement tes doigts de son poignet. Bon. Tu l’as peut-être un peu mal jugée. D’un autre côté, il faut te comprendre. C’était quand même pas hyper clair.

T’oses pas la remercier, t’aimes pas t’entendre parler trop fort et puis elle a sûrement autre chose à faire que te filer un coup de main. Peut-être que ça la fatigue de faire ça, t’en sais rien, mais elle le fait certainement pas pour le bonheur d’entendre un « merci » à moitié hurlé au milieu de cet endroit, par dessus les bruits de la guerre civile qui a pris place dans les rues de la manifestation et des sirènes des forces de « l’ordre ».

- ISABEL!

Y a pas à dire, ça continue de te surprendre alors même que cette fois tu savais ce qui allait se passer. Tu sais pas si ça suffit, cela dit, parce que t’as aucune idée de l’endroit où peut se trouver la petite. Peut-être qu’elle est déjà loin, tu regardes vers la sortie. Si elle est partie par là t’as aucune chance de la retrouver, et toute seule dehors… Tu donnes pas cher de sa peau. Alors tu recules un peu, Nemza, pour te soustraire au contact de la fille. C’était pas trop désagréable, après tout tu viens de récupérer le moins de ses problèmes de santé alors ça pouvait pas t’agresser trop violemment. Mais t’es quand même pas fan de ce genre de trucs, et puis tu vois pas ce que tu pourrais vouloir dire de plus à ce volume là. Si la petite t’entend, elle va revenir hein ? Si elle t’entend pas… Bah, autant économiser ta salive.

Tu marches vers la sortie sans te douter qu’elle est pas là. T’approches de là où vous êtes venues, sans même remarquer que ça y est c’est bon, tu sens vraiment plus rien de douloureux. T’as vu les sacs qu’elle a rempli, ça te serre le coeur de penser qu’elle a bien fait son job et que t’as tout fait foirer. A chaque bruit suspect que t’entends t’as peur qu’il lui arrive quelque chose, là, dehors, à quelques mètres à peine, déjà trop loin pour que tu prennes les coups pour elle.
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