Just be still and pray, and let the noise just fade away

Brunhild Kraft
Brunhild Kraftvictime de cupidon
Avatars : Julia Johansen
Messages : 534
Date d'inscription : 18/02/2019
Profil Académie Waverly
Just be still and pray, and let the noise just fade away  EmptyDim 13 Oct - 18:48
Il jouait mal. Enfin, pas si mal que ça, il fallait le reconnaître, mais leur duo était voué à l’échec. Brunhild jouait toujours avec application et sa carrière – bien qu’ayant été malheureusement écourtée sur les conseils de son compagnon – prouvait bien qu’elle était très loin d’être une débutante. Thomas n’avait apparemment pas le même respect pour les partitions, et quand il ne se trompait pas à cause d’une bête erreur d’inattention ou de lecture il choisissait souvent des interprétations… Discutables.

Brunhild avait déjà essayé de lui donner des conseils, surtout au début. Même s’il n’envisageait pas de candidater comme harpiste – ce qui aurait été des plus ridicule étant donné qu’il ne savait rien jouer sur cet instrument là – les conseils de quelqu’un qui avait pu faire partie de l’orchestre qu’il souhaitait rejoindre n’étaient sans doute pas vains. Il avait cependant beaucoup de mal à écouter la critique, et leurs séances musicales avaient bien vite changé d’ambiance. Petit à petit, la rouquine avait fini par se taire. Elle n’aimait pas l’entendre crier. Elle n’aimait pas non plus la manière qu’il avait de toujours remettre la faute sur elle. Dans beaucoup de domaines, la musicienne n’aurait pas eu l’audace de le contredire alors qu’il la traitait d’idiote, et elle aurait sans doute fini par se ranger à son avis. Mais la harpe c’était différent. Elle avait des preuves qu’elle ne jouait pas mal.

Alors désormais, elle se contentait de bouger ses doigts fins de corde en corde, respectant à la lettre les partitions que Thomas lui lisait parfois, celles – plus rares – qu’elle avait en braille, ou écoutant de nombreuses fois les morceaux jusqu’à parvenir à les jouer. Il n’était cependant jamais satisfait. Il s’arrêtait après chacune de ses fautes pour faire des remarques à Brunhild. S’il avait manqué son enchaînement, c’était bien sûr parce qu’elle avait joué en suivant un tempo trop rapide. S’il s’était trompé de note, c’était parce qu’elle l’avait induit en erreur d’une manière ou d’une autre. Jamais, pourtant, il ne se demandait s’il n’avait pas choisi un morceau trop difficile pour lui. Il aurait peut-être dû… Mais s’il avait choisi quelque chose de plus simple, Brunhild aurait sans douté été obligée de lui faire comprendre que ce choix serait insuffisant pour atteindre son objectif.

Et il ne pouvait pas l’accepter. Alors encore une fois, au moins la dixième de cette soirée, les deux musiciens étaient obligé de reprendre depuis le début. Brunhild ne disait rien. Il lui ordonnait de recommencer et elle s’exécutait avec la même docilité qu’un lecteur CD. Ça commençait tout de même à l’agacer sérieusement, il fallait l’avouer, parce qu’elle aurait bien aimé pouvoir finir ce morceau une bonne fois pour toute et aller se coucher. Un soupir lourd franchit ses lèvres avant la première note. Et elle sut tout de suite qu’elle aurait mieux fait de se contenir un peu plus.

- Pardon ?
S’énerva tout de suite Thomas, déjà bien à cran à cause de tous ses échecs successifs. Non seulement tu ruines tous mes efforts avec tes erreurs, mais en plus ça t’agace ?

Ces mots coupèrent Brunhild dans son élan et une note imprévue résonna trop longtemps dans l’air. Ce ne serait pas la première fois qu’ils se disputaient à ce sujet. Enfin, que Thomas la disputait à ce sujet. Parce que même si la rouquine avait un avis bien tranché sur la question, elle n’oserait jamais en dire quoi que ce soit. A la place elle baissa la tête, reposa doucement la harpe un peu plus loin. Il était déjà lancé, de toute façon, et il ne tarda pas à élever la voix. Il avait toujours eu du mal à s’exprimer calmement.

- L’audition est proche, et personne d’autre que toi ne peut m’accompagner ! J’ai besoin que tu fasses un effort ? Tu en es capable, pour une fois  ?! Je te demande pas grand-chose, quand même ! Juste de jouer un seul putain de morceau à peu près correctement !


Il faisait les cent pas dans le salon, sans doute pour apaiser sa frustration. Brunhild détestait quand il faisait ça. Il marchait trop vite, elle avait du mal à savoir où il se trouvait précisément. C’était inquiétant. Elle n’aimait pas non plus l’entendre crier comme il le faisait, d’ailleurs. Mais encore une fois elle ne dit rien, ce n’était pas le moment de le contrarier. Ce n’était jamais le moment de le contrarier, à vrai dire.

- Mais dis quelque chose !
S’énerva-t-il un peu plus encore, agacé cette fois par l’absence de réponse de la part de Brunhild. Elle ouvrit la bouche, consciente qu’il valait mieux éviter de le faire attendre, mais aucun son ne sortit parce qu’elle n’en eut vraiment pas le temps. Ça te plairait que je me rate, hein ? Ouais ça te plairait ! T’es tellement égoïste que t’attends que ça, c’est pour ça que tu fais aucun effort !

Brunhild se fendit d’un petit « Mais non, pas du tout... » qui ne sembla pas le satisfaire. Thomas, passant à côté d’elle, saisit ses cheveux à la base de son crâne et la força à se relever de son siège en tirant d’un geste brusque. Un léger cri de douleur échappa à la rouquine qui n’eut pas d’autre choix que celui de suivre le mouvement. Maintenant son visage proche du sien, peut-être pour l’intimider davantage, Thomas se remit à crier. Il ne hurlait pas vraiment mais sa voix portait facilement – Brunhild avait souvent pensé qu’il aurait fait meilleur chanteur que violoniste.

- Tu me tires vers le bas, tu sais ça ?

Il relâcha les cheveux de sa compagne qui s’était mise à pleurer. En la regardant, il la trouvait un peu pitoyable. Et c’était agaçant. Qu’est-ce qu’elle cherchait à faire ? Passer pour la victime ? Mais c’était lui qui risquait de rater la chance de sa vie. Il ne pensait même pas au fait qu’il l’avait poussée à abandonner son rêve à elle. C’était lui le véritable égoïste, même s’il n’avait pas la capacité de l’admettre.

- Alors tu vas t’asseoir, respirer un bon coup, et ARRÊTER DE FAIRE N’IMPORTE QUOI !

La rouquine redoubla de pleurs, bien évidemment, et se rassit sur son tabouret en tremblotant. Thomas n’était pas calmé non plus, et la regarder geindre lui était apparemment insupportable. La gifle partit toute seule, sans qu’il puisse s’empêcher de penser que comme ça au moins, elle aurait une vraie raison de pleurer.

- Pardon, je te demande pardon…
gémit Brunhild en se massant la joue.

Thomas ne faisait jamais rien de pire qu’une gifle sur son visage. Elle n’aurait pas voulu lui laisser de trace trop visible, sans doute. Mais la harpiste savait qu’il pouvait faire bien pire que ça, qu’il ne s’empêcherait jamais de la frapper ailleurs, et qu’il valait mieux abdiquer que combattre.

- Cesse donc de geindre ! Tu sais quoi ? J’ai même plus envie de jouer.


Il attrapa avec brutalité le poignet de Brunhild pour la forcer à le suivre, avant de la pousser assez violemment pour qu’elle se prenne le coin de la table dans l’aine et étouffe un gémissement de son mieux. C’est-à-dire pas beaucoup, puisque l’élan la força presque à s’étaler sur le bois du meuble.

- Je peux te demander de tenir la maison au moins, ou t’es trop aveugle pour ça aussi ?
Hurla-t-il presque avant de claquer la porte de la cuisine pour aller passer ses nerfs ailleurs.

Pendant que la rouquine pleurait encore à chaudes larmes. Elle n’aurait qu’à le rejoindre quand tout serait impeccable, quand elle aurait prouvé l’intérêt qu’il pouvait avoir à la garder auprès de lui encore un peu. Ou il viendrait sans doute la mettre dehors.
Isaac Callum
Isaac Callumvictime de cupidon
Avatars : Keanu Reeves
Messages : 375
Date d'inscription : 20/02/2019
Profil Académie Waverly
Just be still and pray, and let the noise just fade away  EmptyDim 13 Oct - 20:14

Isaac Callum

Brunhild Kraft

My roots, my roots run deep into the hollow


Il est assez tard, ce soir-là, lorsque je sors de ma douche en entendant du bruit à travers les murs fins de mon salon. Ce soir encore, les voisins décident de jouer de leurs instruments. Ce n’est souvent pas très dérangeant, parce qu’ils jouent plutôt bien (surtout celui qui tient la harpe) et que je ne les entends pas très fort, surtout quand je mets la télé ou ma propre musique sur mes enceintes. Par contre, ce qui est très gênant, c’est de les entendre jouer encore et encore et encore le même morceau, sans jamais le finir… J’imaginais bien que des répétitions demandaient du temps, mais à ce niveau-là, c’est impressionnant… Dans le mauvais sens du terme.

Même s’il est tard, je mange seulement maintenant et je suis accompagné, pendant tout mon dîner, par la même musique qui ne se termine jamais, ainsi que par les cris de Thomas sur sa compagne, à chaque fois qu’une fausse note vient casser leur prestation. Je ne peux pas m’empêcher de soupirer quand je les entends s’arrêter pour qu’il puisse se mettre à crier, j’ai juste envie de leur répondre de la fermer, mais pas sûr qu’ils m’entendent, à travers le mur, pendant qu’eux-mêmes sont en train de se disputer… Enfin, lui plus qu’eux. Brunhild, elle, je ne l’entends jamais dire un mot.

Une fois n’est pas coutume, une fausse note se fait entendre et les deux instruments s’arrêtent aussitôt de jouer. Je roule des yeux rien qu’à l’idée de les entendre repartir du début… Mais cette fois, c’est différent. Ils ne se remettent pas à jouer, et le ton monte encore plus haut que d’habitude. Intrigué, je pose mon plat sur la table basse en me levant pour m’approcher du mur. J’entends presque distinctement ce que mon voisin est en train de hurler à la rouquine. Il lui dit qu’elle aimerait qu’il se rate, qu’elle le tire vers le bas… Comme si elle essayait de saboter son travail. Je fronce un peu les sourcils en entendant la fille répondre, pour une fois… Peut-être parce que je suis collé au mur, cela dit. Elle pleure, elle demande pardon… Je serre les poings par réflexe, malgré la douleur qui me saisit immédiatement.

Les cris de Thomas s’éloignent, je n’entends presque plus rien, si ce n’est un claquement de porte assez violent qui semble mettre fin à la dispute de ce soir… Eh oui, celle de ce soir, parce que j’ai bien compris qu’il était plus rare d’avoir le droit à une soirée calme plutôt qu’à une soirée mouvementée… Plus le temps passe et plus je me dis que la fille qui vit dans l’appartement voisin est en danger. Malheureusement, je n’ai aucune preuve concrète, à part son copain qui lui crie dessus, alors je ne peux rien faire. Une petite boule au ventre, je retourne m’asseoir à ma table basse pour finir mon assiette, malgré mon manque d’appétit…

*Quelques jours plus tard*

« Oui, oui, j’arrive ! »

J’approche de la porte où m’attend déjà Rambo et m’accroupis à côté de lui pour accrocher sa laisse à son collier. Je mets un peu de temps, parce que cela demande une dextérité que je n’ai pas et j’aimerais éviter de lui coincer les poils ou la peau, au pauvre chien. Je pourrais totalement me passer de cette laisse, quand on y pense, tant elle ne sert à rien. Avec mes mains, je ne pourrais pas le retenir s’il commence à s’échapper, mais la loi m’oblige à lui mettre, et je me dis que je rassure les autres qui pourraient en avoir peur, comme ça. Comme d’habitude, juste avant d’ouvrir la porte de chez moi, j’enfile ma paire de gants en cuir. Elle ne me quitte jamais, où que j’aille, je les enfile, pour des raisons évidentes…

Un second intérêt de la laisse, c’est que je peux donner des ordres à Rambo sans avoir à parler. Il sait très bien que si elle se tend, il doit revenir vers moi, et que si je la laisse tomber, c’est qu’il a le droit de gambader. Heureusement qu’il est obéissant comme ça, parce qu’un aussi gros chien qui n’écoute pas, ça ne m’aurait causé que des ennuis… Nous passons la porte d’entrée et croisons immédiatement mademoiselle Kraft qui quitte elle aussi son appartement. Le Terre-neuve s’apprête à lui foncer dessus, mais il revient aussitôt que la laisse se tend et se contente de lui aboyer dessus, comme pour que ce soit elle qui approche.

« Bonjour Brunhild. » Lui dis-je en fermant la porte de chez moi, sans vraiment chercher à faire la conversation, souhaitant juste être poli avec elle.

Je m’avance vers l’entrée avec Rambo, qui profite de notre proximité pour aller quémander deux ou trois caresses à la rouquine qui a l’air de sortir elle aussi. Alors que j’ouvre la porte, je me plaque presque contre le mur, comme pour être sûr qu’elle ne m’effleurera pas.

« Je vous tiens la porte, allez-y. »
notes
Brunhild Kraft
Brunhild Kraftvictime de cupidon
Avatars : Julia Johansen
Messages : 534
Date d'inscription : 18/02/2019
Profil Académie Waverly
Just be still and pray, and let the noise just fade away  EmptyDim 13 Oct - 21:19
Brunhild s’arrêta devant sa porte d’entrée. Ses doigts passèrent sur ses manches, vérifiant qu’elles étaient assez longues, sur son col, vérifiant qu’il était assez haut. Hors de question qu’on puisse apercevoir la moindre trace de ce qui se passait chez elle. Hors de question qu’on la dévisage sans même qu’elle le sache. Elle enfila alors une veste par dessus, parce qu’il faisait peut-être froid, parce qu’elle ne savait jamais quelle température il faisait dehors. Elle sortait peu, Brunhild, Thomas n’aimait pas qu’elle traîne dehors. Elle n’avait de toute façon jamais d’autre argent que ce qu’il voulait bien lui confier, et il vérifiait toujours la monnaie quand il la chargeait d’une course. Il disait qu’elle ne savait pas gérer l’argent, et puis c’était un genre de cercle vicieux de toute façon. Elle ne sortait pas, parce que c’était dangereux dehors pour une femme seule et aveugle. Mais sans même la possibilité de s’acheter un croissant, d’aller visiter quoi que ce soit, de faire du shopping ou de se payer un ticket de bus… Elle sortait encore moins, parce qu’elle n’avait tout simplement rien à faire dehors. Impossible dans ces conditions d’aller retrouver des amis en ville, de rendre visite à ses parents, d’aller voir un médecin. Parce que même si aucune des deux catégories n’aurait refusé de lui payer un thé et un ticket de bus, elle n’aurait jamais pu leur avouer pourquoi elle, elle ne le pouvait pas. Brunhild savait bien que ce n’était pas normal, elle n’était pas idiote. Mais elle n’avait pas vraiment compris à quel moment tout avait basculé, et elle se sentait incapable de reconquérir ses droits face à Thomas. Et puis, ce n’était pas si grave. Ses amis l’avaient sûrement oubliée et remplacée depuis longtemps, et quant à ses parents…

Alors la rouquine enfila ses chaussures, se baissant avec difficulté à cause de la douleur des coups qu’elle avait reçus. Elle récupéra son sac, le passant à son bras en fronçant les sourcils parce que l’anse appuyait sur un bleu, sur son épaule. Aujourd’hui elle avait une raison de sortir, parce que c’était mardi, et que le mardi c’était la journée des courses. Comme tous les mardis. Elle connaissait la liste de ce dont elle aurait besoin par coeur, parce qu’à vrai dire elle ne changeait jamais beaucoup, et elle savait à quel endroit se rendre pour avoir l’aide d’un employé sympathique qui avait toujours le temps de lui lire quelques étiquettes et de la guider dans les rayons les plus dangereux. Alors elle récupéra aussi sa canne blanche, regrettant le temps béni où elle avait un chien guide. Le pauvre Patapouf n’avait pas eu une vie bien longue, il était tombé malade lui aussi, comme sa maîtresse, et ils avaient été séparés par la vie. Ou par la mort, plutôt. La musicienne tourna les clefs, ouvrit la porte, sortit dans le couloir et referma avec soin derrière elle, suivant des étapes claires et toujours identiques.

Mais maintenant elle avait un voisin, et les choses n’étaient plus tout à fait identiques, justement. Parce que lorsqu’elle sortit, elle fut accueillie par les aboiements joyeux d’un chien. Bien sûr, Brunhild ne savait pas vraiment différencier ceux d’un chien ou d’un autre, surtout en les connaissant si peu, mais elle savait qu’il n’y avait pas d’autre canidé dans leur petit immeuble que Rambo. Un sourire se peignit sur son visage, plus authentique que l’ersatz de joie qu’elle avait arboré jusque là. Elle avait toujours aimé les chiens. Ce bruit la coupait un peu de certains de ses repères, comme le cliquetis de sa canne sur le carrelage de l’entrée, ses pas qui résonnaient, le brinquebalement de ses clefs qu’elle rangeait dans son sac. Mais Rambo était un gentil chien, elle doutait qu’il fasse ça de manière agressive, et il ne pouvait sans doute pas s’en empêcher. Alors qu’elle, elle n’avait qu’à se concentrer un peu plus.

Intriguée tout de même, se demandant ce qui pouvait pousser l’animal à tant d’expressivité, la jeune aveugle avança plus doucement que d’habitude, prenant soin de serrer son sac contre elle même si c’était désagréable pour éviter de cogner quoi que ce soit avec, et passant avec autant de diligence sa canne sur le sol. Autant éviter de faire de quelconques dégâts cette fois.

« Bonjour Brunhild. »

Un énorme sourire se dessina instantanément sur le visage de la musicienne. Elle s’était douté qu’Isaac devait être là, puisqu’il y avait son chien, mais ne sachant pas où il pouvait se trouver elle avait plutôt décidé de faire profil bas et de le laisser parler s’il en avait envie, lui. Elle n’aimait pas passer pour une idiote. Mais en plus de l’avoir salué – ce qui faisait toujours plaisir – il avait utilisé son prénom. C’était assez rare pour être souligné, assez rare pour l’emplir de joie, et elle ne put pas s’empêcher de répondre avec un enthousiasme qui avait autrefois été le sien, mais qui désormais ne l’habitait que par intermittence. Et jamais auprès de Thomas.

- Hallo Isaac! Und auch dir ein Hallo, Rambo!

Rambo n’avait d’ailleurs pas l’air de se trouver bien loin. Brunhild sentit assez rapidement sa truffe humide et un peu froide se glisser contre sa main, ce qui maintint son sourire alors qu’elle passait sa canne blanche dans son autre main pour grattouiller ce bon chien plus agréablement. Il méritait bien ça non ? Un chien si gentil…

La musicienne n’avait d’abord pas remarqué qu’elle avait répondu en allemand à la salutation qu’on lui avait adressée. Loin d’elle l’envie d’être impolie ou de ne pas se faire comprendre ! C’était juste qu’il n’y avait que les germanophones qui l’appelaient par son prénom désormais – et qu’elle en côtoyait peu. Ça lui était venu tout seul… Et maintenant qu’elle s’en rendait compte, il fallait avouer qu’elle se trouvait toujours aussi idiote que d’habitude. Est-ce qu’elle devrait s’excuser ? Ses joues prirent une couleur bien rouge tandis qu’elle baissait la tête, comme elle le faisait souvent pour échapper au jugement de Thomas lorsqu’elle savait qu’elle avait fait quelque chose de répréhensible. Ils avancèrent tous les trois vers la porte, néanmoins, ce qui lui laissait encore le temps de choisir ce qu’elle devrait dire pour se faire pardonner.

« Je vous tiens la porte, allez-y. »

Oh. Brunhild prit une grande inspiration, un peu… Tendue. A vrai dire, elle espérait ne pas bousculer Isaac en passant la porte puisqu’elle n’avait aucune idée de l’endroit exact où il pouvait se trouver. Essayant de garder ses affaires le plus près d’elle possible, elle ramena aussi sa canne vers elle pour éviter de donner un coup à son voisin sans le vouloir. Elle avança alors tout doucement, tâtonnant pour mettre la main sur l’encadrement de la porte et s’y coller le plus possible pour éviter un incident qui serait fâcheux à n’en point douter. Un soupir de soulagement lui échappa avant de prendre une grande inspiration d’air bien pollué de la ville une fois à l’extérieur. Pas d’accident cette fois. Elle était dehors et n’avait bousculé personne.

- Merci
, dit-elle doucement même si ça ne lui avait pas franchement facilité la tâche. Et… Désolée pour l’allemand, j’ai… Je n’ai pas fait exprès.

Elle espérait que ça suffirait, et qu’il ne lui en tiendrait pas rigueur. Soucieuse d’être la plus aimable possible, la rouquine se demanda alors si elle n’était pas censée lui faire un peu la conversation. Il avait été gentil avec elle, elle voulait l’être avec lui… Mais c’était difficile de savoir si pour cela il valait mieux simplement ne pas l’embêter, ou au contraire s’intéresser à lui, quand on ne pouvait pas voir son interlocuteur ni se faire la moindre idée de son état d’esprit.

- Vous allez bien ?
Tenta-t-elle alors à voix basse, lui laissant l’opportunité de faire comme s’il ne l’avait pas entendue si jamais ça l’ennuyait de lui répondre. Et puis c’était un classique comme question, non ? Il devrait bien le prendre, et il pourrait même ne répondre que « oui » avant de la laisser plantée là si jamais il trouvait qu’elle était trop stupide et impolie de demander ça.
Isaac Callum
Isaac Callumvictime de cupidon
Avatars : Keanu Reeves
Messages : 375
Date d'inscription : 20/02/2019
Profil Académie Waverly
Just be still and pray, and let the noise just fade away  EmptyMar 15 Oct - 20:45

Isaac Callum

Brunhild Kraft

My roots, my roots run deep into the hollow


« Hallo Isaac ! Und auc dir ein Hallo, Rambo ! » Répond ma voisine avec un enthousiasme que je n’aurais pas cru voir un jour de sa part.

Surpris, je hausse les sourcils et tourne la tête vers elle pour la regarder avec de grands yeux. Je me rappelais vaguement qu’elle avait un accent assez tranché, mais là c’est à un tout autre niveau. Je suis pourtant sûr qu’elle parle anglais, mieux que beaucoup de gens que je connais même, alors je ne comprends pas vraiment pourquoi elle me parle en allemand tout à coup… Est-ce qu’elle aurait oublié que je ne comprends pas ? A force de rester tout le temps dans son appartement avec l’autre type bizarre, je m’imagine qu’elle a parfois du mal à revenir dans le monde normal, si je puis dire… Quoique, si je me souviens bien, ils parlent anglais chez eux aussi… Du moins, quand ils crient.

Je ne lui fais pas de remarque, je ne réponds rien non plus. Je ne parle pas un mot d’allemand (en fait c’est faux j’en connais quand même deux ou trois), pourtant je me doute qu’elle nous a plus ou moins salués moi et Rambo. Ça y ressemblait, en tout cas. Silencieusement, comme il me semble que je n’ai rien d’autre à lui dire, je me dirige vers la porte d’entrée, que je lui tiens bien ouverte pour qu’elle puisse sortir plus facilement. L’aveugle se fait toute petite, comme si elle avait peur de me bousculer. Elle se colle même à l’encadrement de la porte, alors qu’elle est tellement maigre qu’il y avait peu de chance pour qu’elle dérange qui que ce soit.

« Merci. » Me dit-elle une fois que je la rejoins à l’extérieur. « Et… Désolée pour l’allemand, j’ai… Je n’ai pas fait exprès. »
« Oh, c’est pas grave. » Lui répondis-je simplement, ne voyant pas l’intérêt de faire tout un plat pour ça.

Rambo, impatient de faire ses besoins, se rapproche rapidement d’un petit arbre entouré d’un carré de terre qui se trouve sur notre trottoir. Je passe devant Brunhild en faisant attention de ne pas bloquer son chemin, afin qu’elle ne se prenne pas les pieds dans la laisse du chien qui se trouvait parfaitement en travers de sa route.

« Vous allez bien ? » L’entends-je demander tout bas.
« Ça va bien, merci, et vous ? »

Je la regarde par-dessus mon épaule, préférant me fier à la tête qu’elle fera ou à l’expression qu’elle arborera plus qu’à sa réponse elle-même. Parce que c’est très facile de mentir avec des mots, mais le corps, lui, a un peu plus de mal… Même si je suis loin d’être mentaliste, je commence à avoir un certain instinct pour cela, à force de parler à des gens qui me mentent…

C’est alors que Rambo, après avoir fait son premier pipi, revient vers la rouquine pour lui redire bonjour. Visiblement, il a apprécié les quelques caresses auxquelles il a eu le droit à l’intérieur. Je souris très légèrement en le regardant faire, lui qui n’a pas souvent le droit à des papouilles de qualité, à cause des mains de son maître… Je relève alors la tête vers la jeune femme, à la recherche de… Je sais que ça ne se fait pas, mais je veux être sûr que les bruits que j’entends de temps en temps ne sont pas ce que je crois. Avec tous les vêtements qu’elle porte, c’est peine perdue, c’est à peine si je peux voir ses mains… Mais bon, je serais mal placé pour faire une remarque si elle portait des gants, n’est-ce pas ?

« Vous alliez quelque part ? Il faut que je promène un peu Rambo, je peux peut-être faire la route avec vous ? » Proposé-je, pour bouger de là et dégourdir un peu les pattes de mon compagnons.
notes
Brunhild Kraft
Brunhild Kraftvictime de cupidon
Avatars : Julia Johansen
Messages : 534
Date d'inscription : 18/02/2019
Profil Académie Waverly
Just be still and pray, and let the noise just fade away  EmptyMar 15 Oct - 21:39
« Ça va bien, merci, et vous ? »

Brunhild était presque surprise qu’il lui réponde. Ou qu’il lui retourne la question. Ou les deux, peut-être. Faire la conversation était loin d’être sa spécialité. Ça avait toujours été difficile pour elle, parce qu’on ne pouvait pas comprendre aussi bien quelqu’un que les autres quand on était incapable de le voir. Privée du sens de beaucoup de silences, incapable de voir si on riait d’elle ou avec elle, ne pouvant pas saisir une main tendue, ne sachant même pas, parfois, si elle était seule ou accompagnée… Converser, c’était faire face à des obstacles nombreux quand on était aveugle. Brunhild avait toujours fait de son mieux, parce que sa mère avait toujours énormément insisté pour qu’elle se débrouille seule et aussi bien que n’importe qui d’autre, mais il fallait avouer qu’à force de vivre un peu recluse elle avait beaucoup perdu de toutes ces années de mise à niveau.

- Bien aussi, merci,
répondit-elle en baissant instinctivement la tête.

Elle n’avait pas le sentiment de mentir. C’était si automatique comme réponse, même si elle avait attrapé une pneumonie et qu’elle traînait au fond de son lit, il était fort probable qu’elle aurait répondu de la même manière. Sa voix n’était cependant ni convaincue ni convaincante, et on entendait clairement qu’il s’agissait d’un réflexe plus que d’une vraie réponse. Les gens n’aimaient pas qu’on leur réponde « non », de toute façon, et même si Isaac avait été en mesure de l’entendre, même si elle avait réalisé qu’elle ne pouvait pas sincèrement considérer sa situation comme « acceptable », la rouquine n’aurait jamais osé développer et ça aurait été plus gênant qu’autre chose.

La musicienne aurait aimé ajouter quelque chose, mais elle ouvrit la bouche en vain et se contenta de la refermer d’un air gêné, rougissante. Elle n’avait aucune idée de ce que les gens pouvaient avoir à se raconter quand ils ne se connaissaient qu’à peine. Ils parlaient du temps, peut-être, mais elle serait bien mal placée pour commenter le nombre de nuages qui peuplaient le ciel ce jour là. Elle ne sentait ni pluie ni neige, mais pas vraiment le soleil non plus. Et puis il fallait être honnête : tout le monde se moquait bien du temps qu’il pouvait faire ! Autant se taire. Et ça, Brunhild savait très bien le faire.

Elle grattouilla encore Rambo, bien évidemment, quand il revint glisser sa truffe contre sa main. Son sourire s’agrandit. C’était plus facile avec les animaux. Généralement, ils appréciaient Brunhild, probablement parce qu’elle ne passait pas son temps à leur courir après pour les caresser. Comme elle les laissait volontiers tranquilles, ils ne rechignaient pas à venir réclamer son attention quand ils en avaient envie, et manifestement le Terre-neuve ne dérogeait pas à la règle. C’était vraiment un bon chien, il avait l’air en pleine forme d’après ce qu’elle avait pu en juger, il avait les poils tout doux… Et la langue bien baveuse, elle l’avait appris plus ou moins à ses dépends.

Enfin. Elle ne pouvait pas passer la journée à papouiller ce gentil animal, même si elle mourait d’envie. Elle avait des courses à faire, et Isaac ne sortait probablement pour rien non plus. Quoique, son objectif était peut-être simplement de sortir son chien. En tout cas, elle ne poserait pas la question. Ce n’était vraiment pas ses affaires. A la place, elle retira doucement sa main des poils de Rambo qui couina un peu comme pour en réclamer davantage, et elle entreprit de replacer son sac sur son épaule en grimaçant à cause de son bleu, avant de saisir un peu mieux sa canne. Elle avait de la marche à faire, ce n’était pas si loin mais ce n’était pas tout à fait à côté non plus.

« Vous alliez quelque part ? Il faut que je promène un peu Rambo, je peux peut-être faire la route avec vous ? »


Le sourire de Brunhild s’agrandit un peu. Elle aimait bien l’idée d’avoir de la compagnie, même si elle craignait également que ça devienne un peu gênant. Elle n’était vraiment pas sûre d’être quelqu’un avec qui une promenade pouvait être agréable, ça faisait bien longtemps que même Thomas ne lui avait plus proposé ce genre de choses. Mais il ne fallait sans doute pas tant s’inquiéter. Ils marcheraient sûrement un peu ensemble, Isaac aurait l’occasion de la trouver idiote et ennuyeuse, il ne ferait plus l’erreur de lui proposer quelque chose comme ça, et l’équilibre du cosmos serait rétabli. Alors même si une petite voix lui disait que Thomas n’apprécierait pas – parce qu’il n’appréciait pas vraiment leur voisin, de toute façon – Brunhild hocha la tête. Timide mais ravie.

- J’allais faire quelques courses, oui. Si vous voulez marcher un peu avec moi, c’est avec plaisir…

Bien évidemment la demoiselle attendit sa réponse pour se mettre en route, craignant de lui mettre un coup de canne par inadvertance s’il choisissait de ne pas aller dans le même sens qu’elle, finalement. Ou s’il se glissait à côté d’elle et quelle balayait le sol avec un peu trop d’envergure, peut-être. C’était difficile de marcher avec quelqu’un, quand on ne le voyait pas. Difficile de tenir une conversation quand on devait compter les pas, écouter les bruits, les voitures… Ça faisait longtemps qu’elle n’avait pas pratiqué cet exercice, il fallait l’avouer, et elle se sentait un peu tendue à l’idée qu’il se produise un incident, ou qu’elle paraisse impolie parce qu’elle avait besoin de se concentrer, ou quelque chose de ce genre.

Ses manches de pull et de veste trop grandes tombèrent tout naturellement sur ses doigts alors qu’elle prenait un peu mieux sa canne en main. Pour la main qu’elle avait posée sur la anse de son sac, néanmoins, la manche dégagea un peu son avant bras en glissant vers son coude, laissant voir quelques traces bleues et violettes, témoins des dernières fois où Thomas l’avait attrapée un peu fort. Elle ne le remarqua pas. Si ça avait été le cas, elle se serait sans doute précipitée pour dissimuler sa peau trop pâle.

- Vous pouvez me tutoyer, si vous voulez
, proposa-t-elle toujours très bas, toujours très timide.

Isaac était gentil. Il n’avait pas l’air si vieux que ça, même si sa voix donnait parfois l’impression qu’il était un peu ronchon, mais ça lui faisait bizarre qu’il la vouvoie parce qu’il n’avait pas non plus l’air plus jeune. Il était sûrement simplement poli. Mais Brunhild se moquait bien de ce genre de choses, et puis il l’appelait déjà par son prénom, alors…
Isaac Callum
Isaac Callumvictime de cupidon
Avatars : Keanu Reeves
Messages : 375
Date d'inscription : 20/02/2019
Profil Académie Waverly
Just be still and pray, and let the noise just fade away  EmptyMer 16 Oct - 12:29

Isaac Callum

Brunhild Kraft

My roots, my roots run deep into the hollow


« Bien aussi, merci. » répond la jeune femme, en baissant toutefois la tête… Je la fixe pendant quelques secondes, réfléchissant à si je devrais la croire ou non, avant de soupirer en me disant que de toute façon, je ne pourrais rien faire pour elle, même si j’étais persuadé qu’elle allait mal. Avant ça, il va falloir que je mène ma petite enquête… Et ça ne devrait pas être compliqué, vu comme mes voisins sont bruyants.

Voyant qu’elle s’arrête de caresser le chien en s’apprêtant à reprendre son chemin, je lui propose de l’accompagner, l’idée me venant sans trop que je réfléchisse. De toute façon, Rambo et moi n’avons pas encore de parcours très établi pour ses promenades, on va un peu où le vent nous porte, et comme ça j’apprendrais peut-être un peu plus à la connaître… Elle n’a pas l’air méchante, cette voisine, ce serait dommage de me renfermer alors que je risque de la recroiser souvent… Et de l’entendre encore plus souvent. Au moment de ma proposition, je vois que le sourire de la rouquine s’élargit, illuminant son visage. Ça me rend un peu triste, parce qu’elle est clairement mieux quand elle est joyeuse et… De ce que j’ai cru entendre et voir, ce n’est pas si souvent que ça.

« J’allais faire quelques courses, oui. » Commence-t-elle après avoir hoché la tête. « Si vous voulez marcher un peu avec moi, c’est avec plaisir… »
« Bien sûr. Je vous suis. » Répondis-je très simplement.

Je la laisse ouvrir la marche avant de me mettre plus ou moins à ses côtés, juste un peu en arrière pour ne pas gêner ses mouvements de canne. Rambo semble avoir compris que l’on se baladera un petit moment à trois, alors il suit naturellement la direction de Brunhild, même s’il s’arrête de temps en temps pour laisser sa marque contre un arbre ou un muret. Enfin, il nous rattrape très vite après ça à chaque fois, je n’ai pratiquement pas besoin de faire de pauses pour l’attendre.

« Vous pouvez me tutoyer, si vous voulez. » Dit-elle alors sans parler très fort.
« Comme vous voudrez. » Commencé par lui répondre. « Tu peux me tutoyer aussi, si tu veux. » Ajouté-je.

Brunhild n’a pas l’air très vieille, en tout cas pas autant que moi, mais j’avoue que me verrais mal la tutoyer si elle ne le fait pas en retour. Ce serait un peu trop… Gênant. Soit on est formels, soit on ne l’est pas ! Alors que nous marchons pas loin l’un de l’autre, je remarque que, pour une fois, son bras est un peu découvert… Et je comprends pourquoi il ne l’est pas plus souvent. Elle a des marques sur le bras, pas hyper voyantes, mais très clairement identifiables. A moins que ça ne soit l’habitude… En tout cas, je devine très facilement que c’est quelqu’un qui l’a serrée un peu trop fort au niveau du bras, je n’ose pas imaginer pourquoi. J’avale ma salive en regardant ailleurs, presque gêné d’en voir autant, alors que je m’efforce de ne pas tirer de conclusion trop rapidement en me disant que ce doit être son compagnon… Pourtant, tous les signes concordes, mais… Il n’y a pas de preuve.

Je réfléchis à ce que je pourrais lui dire pour évaluer un peu la température et aborder le sujet sans mettre les deux pieds dans le plat. Et puis si on ne discute pas, à quoi bon faire un bout de chemin ensemble, n’est-ce pas ?

« J’ai cru entendre que tu faisais de la musique. Tu joues bien d’un instrument, pas vrai ? »
notes
Brunhild Kraft
Brunhild Kraftvictime de cupidon
Avatars : Julia Johansen
Messages : 534
Date d'inscription : 18/02/2019
Profil Académie Waverly
Just be still and pray, and let the noise just fade away  EmptyMer 16 Oct - 14:33

Isaac ne sembla pas opposé à l'idée de la tutoyer et cela rassura Brunhild: elle se serait sentie vraiment très gênée s'il avait préféré décliner sa proposition, même si elle aurait sans doute pu le comprendre. Il marchait un peu derrière elle, d'après ce qu'elle croyait entendre quand les bruits de la ville ne se faisaient pas trop présents, ce qui la rendait un peu nerveuse à l'idée de parler trop fort. La rouquine n'aurait pas osé tourner la tête vers lui de peur de se tromper d'angle et de rendre la situation gênante, mais parler sans se tourner vers son interlocuteur était relativement impoli également... Voilà qui ne la rendait guère bavarde, si bien que lorsqu'il l'autorisa à le tutoyer également, la demoiselle se fendit simplement d'un timide "D'accord", sans rien ajouter.

Oh, elle aurait aimé discuter. Mais aucun sujet ne lui avait traversé l'esprit depuis quelle avait éloigné la météo des possibilités de conversation. Aussi, elle préféra se concentrer sur la route à suivre pour ne pas se perdre. Elle ne marchait pas bien vite, évidemment, mais Isaac devait sûrement s'y attendre puisqu'il connaissait son handicap... Et ça ne devait sans doute pas gêner un chien aussi curieux que Rambo d'avoir un peu plus de temps pour observer les environs de sa nouvelle maison. Brunhild aurait pu marcher un moment comme ça, en silence, si elle avait été seule. Mais au fur et à mesure que le silence s'étendait elle se sentait plus mal à l'aise qu'Isaac l'accompagne pour qu'ils ne se disent rien du tout. Il avait l'air gentil, pourtant. Elle devrait dire quelque chose, n'importe quoi...

« J’ai cru entendre que tu faisais de la musique. Tu joues bien d’un instrument, pas vrai ? »


La musicienne serra ses doigts un peu plus fort sur sa canne blanche, gênée. Il y avait évidemment un sentiment de honte à l'idée d'avoir pu déranger son voisin ne fusse que part sa musique, mais il y avait aussi la crainte qu'il n'ait pas entendu que ça. Brunhild savait que Thomas criait fort, personne n'aurait été mieux placé qu'elle pour le remarquer... Isaac n'avait pas à entendre ça. C'était gênant pour tout le monde, et puis ce n'étaient pas ses affaires. En vérité, elle se doutait bien qu'il avait dû au moins entendre quelques haussements de voix de son compagnon. Elle préférait néanmoins se dire que ça n'avait pas pu être à chaque fois et qu'il n'avait rien entendu de plus honteux que ça. Elle préférait vivre un peu dans le déni, espérer qu'ils passaient encore pour un couple normal. Peut-être un peu trop amoureux mais normal.

- Oui, c'est vrai. Je joue de la harpe et du piano, quant à Thomas il joue du violon. Il prépare une audition importante, c'est vrai que nous avons joué un peu fort et sûrement un peu tard... Je lui en parlerai, nous serons plus discrets, je vous prie de nous excuser.


Et comme toujours Brunhild baissa la tête. Elle voulait le tutoyer mais il l'avait surprise et gênée à la fois et elle avait un peu perdu ses moyens. Elle ne remarqua toujours pas la manche qui avait découvert son bras... Ses vêtements étaient trop grands pour la plupart, elle n'avait jamais été très grosse mais elle avait maigri depuis qu'elle vivait avec le violoniste et il n'avait jamais été du genre à l'emmener faire du shopping pour arranger les choses. Peut-être se disait-il qu'elle attirerait moins les regards des autres, perdue sous des couches de vêtements trop larges... Toujours est-il que Brunhild se sentait extrêmement mal à l'aise après la remarque d'Isaac, et que sa gêne se voyait sans doute sur ses joues trop rouges, son air fuyant, la tension qui était la sienne en règle générale. Elle tâcha d'en faire abstraction pour reprendre la conversation, cependant, craignant de paraître impolie et espérant que son interlocuteur ne reviendra pas sur le sujet de ce qu'il avait entendu.
- Et toi ?
Reprit-elle en le tutoyant bien, cette fois. Tu... Tu aimes la musique ? Tu en joues, peut-être ?

Isaac Callum
Isaac Callumvictime de cupidon
Avatars : Keanu Reeves
Messages : 375
Date d'inscription : 20/02/2019
Profil Académie Waverly
Just be still and pray, and let the noise just fade away  EmptyMer 16 Oct - 15:08

Isaac Callum

Brunhild Kraft

My roots, my roots run deep into the hollow


Sur le coup, Brunhild semble gênée par ma question. Elle a l’air de se tendre un peu, l’espace d’une seconde, et ses joues virent au rose, voire au rouge… Il faut dire qu’avec une peau aussi pâle que la sienne, le moindre changement est flagrant, qu’il soit rouge ou violet… Cela dit, ce n’est pas la première fois que j’ai l’impression de la voir virer au ton pivoine, et pourtant je ne l’ai pas souvent croisée. Cette femme a l’air d’être facilement gênée, ou honteuse, je ne sais pas exactement…

« Oui, c’est vrai. Je joue de la harpe et du piano. » Commence-t-elle. Alors comme ça, c’est elle, la joueuse de harpe… « Quant à Thomas il joue du violon. Il prépare une audition importante, c’est vrai que nous avons joué un peu fort et sûrement un peu tard… Je lui en parlerai, nous serons plus discrets, je vous prie de nous excuser. »
« Oh non, ne l’embête pas avec ça. La musique ne m’a pas trop dérangé… » Dis-je, préférant que son compagnon n’ait pas vent de ce genre de remarque.

Malgré mon sous-entendu, je ne veux pas m’aventurer plus loin sur le sujet. Il est encore un peu tôt pour lui parler de ce que j’ai entendu d’autre depuis que j’ai emménagé… Et puis, ce n’est pas en la mettant mal à l’aise que je l’aiderais. Cela dit, la rouquine baisse de nouveau la tête et rougit de plus belle, mais je serais incapable de savoir si elle est simplement gênée à cause de la musique, ou si elle a peur que je me sois rendu compte de… Quelque chose.

Ce n’est pas la première fois que j’ai des voisins bruyants, ni même la première fois qu’ils sont musiciens. Je me souviens, dans mon ancien appartement, mon voisin du dessus jouait de la batterie tous les après-midi. Ça ne me dérangeait pas plus que cela, il me suffisait de mettre des écouteurs pour ne plus l’entendre, et puis il était quand même gentil, ce gars-là. Cela dit, c’est bien la première fois que je me retrouve dans une situation pareille, où mon cœur me dit qu’il y a un danger, quelque chose de limite pressant… Je ne saurais pas dire si c’est réellement cas ou si c’est juste le métier qui commence à me manquer, allez savoir.

« Et toi ? » Demande-t-elle alors, attirant mon attention vers elle tandis que je commençais à me perdre dans mes pensées. « Tu… Tu aimes la musique ? Tu en joues, peut-être ? »

Si elle savait.

« Non, je n’en joues pas. Je n’en ai jamais joué. Mais j’aime beaucoup ça, oui, surtout les musiques de compositeurs. En fait, je suis très fan de cinéma, donc j’aime la musique de film, je l’avoue… » Avoué-je, avalant ensuite ma salive en me demandant si ce serait pertinent de lui demander si elle est amatrice de films, elle aussi… Je sais bien qu’elle est aveugle, mais peut-être qu’avec l’audio description, elle a pu écouter les grands classiques.

Je me racle un peu la gorge, préférant éviter de lui poser une question à ce sujet pour le moment. Peut-être qu’elle me tendra une perche pour que je puisse aborder le sujet sans faire de bourde, mais en attendant, il vaut mieux que j’évite. Je jette un coup d’œil à Rambo, un peu par gêne, pour éviter de regarder la rouquine, et il me regarde avec la gueule la plus heureuse qui m’ait été donné de voir. J’esquisse un léger sourire, ce petit bonhomme étant à peu près la seule chose qui parvienne à me rendre encore heureux, depuis… Longtemps. Et étrangement, traîner avec ma voisine me provoque un petit quelque chose que j’avais oublié, depuis le temps. Je ne sais pas si c’est parce qu’elle est gentille, ou parce qu’elle ne me regarde pas comme les autres le font avec mes gants, ni même si c’est l’excitation de retomber un peu dans ce que je faisais avant avec mon enquête, mais… J’apprécie ce moment, plus que je n’oserais l’avouer.
notes
Brunhild Kraft
Brunhild Kraftvictime de cupidon
Avatars : Julia Johansen
Messages : 534
Date d'inscription : 18/02/2019
Profil Académie Waverly
Just be still and pray, and let the noise just fade away  EmptyMer 16 Oct - 20:22
Brunhild était soulagée de ne pas avoir à parler de ce dérangement à Thomas. Elle l'aurait fait, bien sûr, si Isaac n'avait pas annoncé que la musique n'avait pas été trop dérangeante : elle était bien obligée de tenir compte de son avis et puis, il était gentil, elle n'avait pas envie qu'il se mette à les détester à cause d'un événement aussi bête. Mais elle savait que Thomas avait plus de mal qu'elle à accepter la critique. Il lui aurait dit que c'était de sa faute, parce que c'était toujours de sa faute. Et ils se seraient peut-être disputés. Et ça aurait peut-être été plus bruyant qu'un morceau de musique. Alors Brunhild n'ajouta rien, parce qu'elle n'avait aucune pensée qu'elle puisse décemment répondre. Isaac ne savait pas - du moins elle tentait de s'en convaincre parce qu'il ne devait pas savoir. Ce n'était rien. Elle se débrouillait. Au lieu de poursuivre sur ce terrain qu'elle devinait glissant, la musicienne lui demanda donc s'il partageait sa passion.

« Non, je n’en joues pas. Je n’en ai jamais joué. Mais j’aime beaucoup ça, oui, surtout les musiques de compositeurs. En fait, je suis très fan de cinéma, donc j’aime la musique de film, je l’avoue… »

  - Oh !
Ne put s'empêcher d'ajouter la harpiste d'un air enthousiaste.

C'était dommage qu'il n'en joue pas, certes, mais elle était heureuse de savoir qu'il partageait au moins en partie son intérêt. Les musiques de films étaient souvent très intéressantes, elle aimait en jouer, surtout au piano. C'était même un instrument généralement plus facile pour les reproduire. Leurs compositeurs étaient parfois de véritables génies et, quand on était aveugle, d’une aide précieuse pour comprendre l'ambiance d'une scène, sa légèreté, sa gravité, sa tension. Quand on y prêtait attention, on pouvait y entendre de nombreux indices. Brunhild le faisait naturellement.

  -  Certains morceaux composés pour des films sont de véritables chef-d'œuvres. J'y suis très sensible, pour des raisons évidentes j'imagine...


Brunhild, elle ne pensait pas seulement au fait qu’elle était aveugle. Ce n’était même pas vraiment ce qui avait motivé sa réponse à Isaac. Elle, elle songeait qu’elle était musicienne, et qu’il était évident, dans ces conditions, qu’elle portait une attention particulière à la musique dès qu’elle pouvait en avoir l’occasion. Sa voix mourut assez vite, même si sa phrase se conclut par un très léger éclat d’un rire un peu trop nerveux. Elle n’avait pas pour habitude de donner de nombreux détails sur elle, encore moins quand on ne les lui demandait pas. Ce n’était pas qu’elle refusait absolument d’informer les autres de ses goûts ou quelque chose comme ça. C’était juste qu’on lui avait plutôt appris la discrétion, on lui avait souvent répété qu’elle n’avait rien à dire qui soit plus intéressant que ce que quelqu’un d’autre pourrait dire. Elle en avait déduit que ses paroles n’avaient que peu d’importance, et encore moins quand ce n’était que pour parler de quelque chose d’aussi insignifiant que sa propre personne.

Pourtant, elle avait peut-être quelque chose à dire qui pourrait intéresser Isaac. Le rendre curieux. Peut-être que ce n’était pas très bien de se mettre en avant, alors Brunhild hésita tout de même. Elle n’était pas du genre à ce venger. Mais si son voisin appréciait les musiques de films, ça lui disait peut-être quelque chose, peut-être qu’ils s’étaient croisés sans même le savoir. Ce serait drôle. Cette idée la poussa à prendre la parole, donc. Mais d’une voix minuscule, sans doute étouffée au moins en partie par les bruits de voitures, des pas des autres passants, des couinement d’un chien en face qui avait remarqué Rambo ou des cris enthousiastes d’un enfant. Si Isaac n’y faisait pas attention, il ne l’entendrait peut-être pas. Et s’il y faisait attention… Peut-être qu’il ne la trouvait pas encore trop ennuyeuse.

- J’ai… J’ai eu l’occasion de jouer pour un concert de reprises de musiques du Seigneur des Anneaux, il y a deux ans. Tu y étais peut-être ?


Brunhild ralentit. Sans faire attention, elle s’était éloignée de plus en plus d’Isaac et sa canne lui apprenait désormais qu’elle était tout au bord du trottoir. Elle s’en voulait un peu. Elle n’avait pas voulu fuir son voisin, elle le trouvait au contraire très sympathique, c’était plutôt… Un genre de réflexe. Elle se força néanmoins à se décaler un peu pour éviter de finir sous les roues d’une voiture sans le vouloir.
Isaac Callum
Isaac Callumvictime de cupidon
Avatars : Keanu Reeves
Messages : 375
Date d'inscription : 20/02/2019
Profil Académie Waverly
Just be still and pray, and let the noise just fade away  EmptyVen 18 Oct - 15:11

Isaac Callum

Brunhild Kraft

My roots, my roots run deep into the hollow


« Oh ! » s’exclame la musicienne avec un certain enthousiasme qui me surprend assez pour que je tourne la tête subitement vers elle. Je la regarde en attendant de savoir ce qu’elle a à dire sur le sujet, curieux de connaître la raison de cet engouement soudain, aussi léger soit-il.

« Certains morceaux composés pour des films sont de véritables chef-d’œuvre. J’y suis très sensible, pour des raisons évidentes j’imagine… » Dit-elle, finissant par un petit éclat de rire qui mourut presque aussitôt, mais qui eut le temps de faire apparaître un rictus sur mes lèvres.

Des raisons évidentes ? Pas si évidentes que ça, si elle veut mon avis… Est-ce qu’elle dit cela parce qu’elle est aveugle et qu’elle se concentre donc plus que les autres sur le son et la musique ? C’est sans doute ça, je ne vois pas vraiment d’autre explication… Je commence par approuver en hochant la tête, avant de réaliser que ce n’est pas correcte de me contenter de ça, parce qu’elle ne me voit pas faire.

« Je suis d’accord avec toi, il y a des musiques exceptionnelles qui sont composées pour le cinéma. Pour les jeux vidéo, aussi, mais comme je ne joue pas, j’en connais moins. » Dis-je, me surprenant moi-même de donner une information aussi anodine. Ce n’est pas vraiment dans mes habitudes, en général j’ai plutôt tendance à écourter les conversations…
« J’ai… J’ai eu l’occasion de jouer pour un concert de reprises de musiques du Seigneur des Anneaux, il y a deux ans. Tu y étais peut-être ? » Demande alors la fille, si bas que j’ai peur d’avoir mal compris certains de ses mots.

Un concert de reprises ? Honnêtement, ça a l’air génial, mais je ne suis jamais allé à un concert, que ce soit d’un artiste en particulier ou pour écouter des reprises… Ça devait être joli, cela dit, le Seigneur des Anneaux possède de très belles musiques, bien qu’il n’y ait que le thème principal qui me vienne en tête sur le coup. Je me demande si elle a joué de la harpe, à ce concert. Maintenant, j’ai envie de savoir ce que ça donne, ces musiques reprises par une harpe, ou même par un orchestre ! Ça doit être… Grandiose.

« Malheureusement non, je n’y étais pas… » Répondis-je en remarquant que la jeune fille avait ralentit. Je la suis du regard pour m’assurer que tout va bien, jusqu’à ce que je la voie revenir vers moi à son rythme normal. « Mais je ne savais pas que c’était ton métier ! » Ajouté-je, m’imaginant, en l’entendant dire qu’elle a joué à un concert, qu’elle gagne sa vie avec ça, sans même penser au fait que je la croise trop peu en dehors de chez elle pour qu’elle puisse avoir ce genre de travail.

Nous continuons de marcher, notre promenade que j’imaginais durer quelques minutes à peine, se transforme en une balade de presque un quart d’heure, déjà. Que le temps passe vite, quand on s’amuse. Comme je ne connais pas encore parfaitement les environs, j’en profite pour faire un peu de repérage, je remarque une boulangerie où je n’irai sans doute jamais, car je préférerais toujours faire un peu plus de chemin pour aller voir mon amie Esperanza, il y a aussi un parc qui a l’air sympathique, mais je ne sais pas si les chiens y sont autorisés, et pour finir, un supermarché qui, je crois, est le plus proche de notre immeuble… C’est sans doute là que Brunhild compte aller faire ses achats. Je ne sais pas si je viendrais ici quand mes placards seront vides, ça me paraît assez loin, si je dois porter plus de deux sacs et qu’ils sont un peu lourds, je n’y arriverais pas. Malheureusement, même si cela fait très flemmard, je sens qu’ici aussi, je vais devoir me faire livrer mes courses à domicile…
notes
Brunhild Kraft
Brunhild Kraftvictime de cupidon
Avatars : Julia Johansen
Messages : 534
Date d'inscription : 18/02/2019
Profil Académie Waverly
Just be still and pray, and let the noise just fade away  EmptyVen 18 Oct - 16:33
Brunhild réfléchissait à ce qu’Isaac lui avait dit, au sujet des jeux vidéos. Elle n’en connaissait pas, à part de nom, parce qu’elle n’avait pas vraiment souvenir d’y avoir déjà joué. Quand elle voyait encore, ce n’étaient pas le genre de choses que ses parents regardaient avec bienveillance, et depuis qu’elle ne voyait plus rien elle n’avait pas cherché à s’y intéresser. Dans jeux vidéos, il y avait « vidéo » et c’était le genre d’indice fort subtil qui indiquait à la rouquine que ce n’était pas fait pour elle. Sa curiosité était parfois un peu déçue, mais il était difficile de regretter ce qu’on n’avait jamais pu expérimenter alors elle ne pouvait pas vraiment dire que ça lui manquait vraiment. Mais si Isaac disait que certains morceaux valaient le coup, ça lui donnait tout de même envie de se renseigner un peu au moins sur la musique qui accompagnait ce genre de divertissement.

La musicienne préféra néanmoins revenir sur les films, tout simplement parce qu’elle avait quelque chose à en dire – contrairement aux jeux vidéos. Elle n’osait pas vraiment demander de conseils ou de recommandations à Isaac de peur de passer pour une fille plus stupide qu’elle ne l’était déjà. Elle n’osait qu’à peine lui parler de ce fameux concert où elle avait eu l’occasion, la chance même, de participer.

« Malheureusement non, je n’y étais pas… »

Malheureusement, disait-il. Brunhild fut assez soulagée de voir que ça avait tout de même eu l’air de l’intéresser, elle se serait sentie vraiment gênée s’il lui avait fait comprendre qu’il s’en moquait bien. Si les musiques de film lui plaisaient vraiment, la rouquine songerait sûrement à lui en jouer quelques unes puisqu’apparemment il l’entendait jouer. Ça aurait probablement été plus correct de l’inviter chez elle pour lui faire une véritable démonstration, mais la rouquine n’aurait jamais osé avoir cette audace sans l’accord préalable de Thomas… Et elle n’était pas certaine de l’obtenir, alors autant s’abstenir d’une telle proposition. Brunhild aurait pourtant apprécié d’avoir un peu de visite.

« Mais je ne savais pas que c’était ton métier ! »

La jeune femme sentit son coeur se serrer, c’est pourquoi elle choisit de laisser passer quelques secondes avant d’ajouter quoi que ce soit. Ça avait été son métier, oui, ça lui avait infiniment plu. Mais ce n’était plus le cas désormais, et il ne se passait pas une semaine sans qu’elle le regrette. La musique avait toujours été toute sa vie, ce qu’elle avait de plus cher, et atteindre ce poste avait été une consécration, surtout dans un orchestre aussi prestigieux. Mais Thomas avait insisté pour qu’elle arrête, il avait voulu fonder une famille et quoi de plus naturelle que la femme s’en occupe, n’est-ce pas ? Il n’y avait cependant jamais eu d’enfants, mais de plus en plus de disputes, et la perspective de revenir sur scène s’était éloignée au point de disparaître.

- Ça l’a été, oui,
se contenta-t-elle de répondre.

* plus tard *


Le voisin ne sortait pas beaucoup. Les portes de l’immeuble faisaient beaucoup de bruit et Brunhild les entendait à chaque fois. Elle aurait probablement pu être une indicatrice précieuse pour la police, parce qu’à force de rester chez elle et d’entendre tout ce concert de portes, d’escaliers, de clefs et d’animaux, elle connaissait vraiment bien toutes les habitudes de tout le monde. Elle aurait même pu reconnaître la démarche de certains voisins, pour les plus anciens. Mais ce qui l’intéressait ce jour là, ce n’était pas ça du tout. C’était juste de savoir que le fameux voisin qui ne sortait pas beaucoup était effectivement chez lui.

Elle se souvenait de la conversation qu’ils avaient eue quand ils avaient marché ensemble. Elle avait médité certains de ses mots, notamment la manière qu’il avait eu de lui faire remarquer qu’ils faisaient du bruit avant d’insister bizarrement sur la musique. Brunhild avait retourné ça dans tous les sens, essayant de comprendre s’il avait compris, s’il avait entendu autre chose, ou si c’était simplement elle qui se faisait des films parce qu’elle avait honte et peur. Sans réponse, elle avait décidé de faire comme si de rien n’était. Et comme il avait refusé qu’elle en parle à Thomas – ce qui l’avait tout de même bien arrangée – Brunhild avait décidé de trouver une manière de lui faire plaisir pour le remercier de sa tolérance.

Et ce serait un gâteau. La rouquine n’était pas la plus douée en pâtisserie, ça pouvait se comprendre, alors elle avait choisi de réaliser quelque chose de simple : un gâteau au chocolat. Il n’était pas spécialement raté mais pas spécialement réussi non plus. Le haut avait peut-être un peu trop cuit dans le four, c’était la partie la plus délicate de la recette, mais ce n’était pas non plus une catastrophe. Brunhild n’avait cependant aucun moyen d’en être assurée : elle n’avait pas dit un mot de son entreprise à Thomas et n’avait donc pas pu lui demander son avis. Elle espérait plutôt qu’il ignorerait tout de ce gâteau d’ailleurs, parce que jaloux comme il était il pourrait sans doute se faire des films. Surtout qu’il n’appréciait pas tellement Isaac, même si elle n’avait pas tout à fait saisi ce qu’il pouvait bien lui reprocher. Il lui avait donc fallu un peu de courage pour se décider à offrir ce plat qu’elle ne voyait pas.

Alors la rouquine avait enfilé ses chaussures puisqu’elle devait sortir. Le gâteau trônait dans un joli plat blanc décoré de peintures de fleurs et sans doute un peu vieux, elle le tenait de son mieux mais d’une seule main. L’autre s’affaira à fermer sa porte à clef derrière elle, avant qu’elle ne la fasse glisser contre le mur jusqu’à sentir sous ses doigts la porte d’Isaac. Elle connaissait le nombre de pas avant les petits escaliers, avant la boite aux lettres, avant la porte d’entrée… Mais pas celui qui menait à l’appartement d’à côté, où elle n’était jamais entrée. C’était tout de même assez facile à trouver pour qu’elle ne s’encombre pas de sa canne : de toute façon elle lui offrirait le gâteau et elle rentrerait chez elle, pas besoin de trop de matériel.

L’aveugle prit bien le temps de se placer tout à fait en face de la porte. Elle arrangea d’une main ses cheveux puis les manches de son pull, avant de bien relever le col du vêtement pour être sûre. Ils… Ils avaient été un peu bruyant la veille, mais c’était de sa faute, elle n’aurait pas dû casser ce verre, elle aurait dû faire plus attention. Peut-être que sa poigne avait laissé de nouvelles traces. Peut-être que le coup qu’il n’avait pas retenu en avait fait de même. Mais la rouquine était là pour offrir un gâteau, pas pour autre chose. Enfin si, pour se faire pardonner pour tout ce boucan. Isaac était gentil, il ne méritait pas d’être ennuyé. Alors la demoiselle prit une grande inspiration et frappa enfin à la porte, arborant un sourire toujours aussi forcé mais qu’elle espérait crédible La vérité, c’était qu’elle était très fatiguée, mais qu’il valait mieux pour tout le monde qu’on puisse fermer les yeux là-dessus.

Dès qu’elle entendit la porte s’ouvrir, elle ne put s’empêcher de bafouiller.

- Bon… Bonjour Isaac !
Isaac Callum
Isaac Callumvictime de cupidon
Avatars : Keanu Reeves
Messages : 375
Date d'inscription : 20/02/2019
Profil Académie Waverly
Just be still and pray, and let the noise just fade away  EmptyMar 22 Oct - 22:32

Isaac Callum

Brunhild Kraft

My roots, my roots run deep into the hollow


Un mois, déjà, que je suis dans mon nouvel appartement. On s’habitue vite, même s’il y a encore certains matins où je ne suis pas très sûr d’être dans ma chambre ou dans celle d’un inconnu… J’avais un peu peur quand je suis arrivé, surtout lorsque j’ai vu l’état du hall d’entrée, mais finalement, on n’est pas si mal ici. Si on omet le bruit… Les soirées sont assez lourdes, la plupart du temps, même si ça pourrait être pire, au moins il n’y a pas de pleurs de bébé toute la nuit. La journée, même si j’entends pas mal de musique provenant de l’appartement d’à-côté, ça a au moins le mérite d’être de la jolie musique et ma voisine a la délicatesse de ne pas répéter ses morceaux en boucle… Ce qui m’embête le plus, pour être honnête, ce n’est pas d’entendre mes voisins, c’est plutôt ce que j’entends… Mais bon, je vais vivre ici un moment, alors il vaudrait sans doute mieux que je trouve un moyen de faire avec. Peut-être que je pourrais agrafer des oreillers aux murs, pour étouffer le bruit ? Rien que l’idée d’avoir des coussins sur tous les murs me donne envie de rire.

Aujourd’hui, c’est très calme, comme s’il n’y avait personne d’autre que moi. Ça me fait presque bizarre, de me dire que je me sens enfin seul chez moi alors que je ne vis avec personne, mais je me dis que je devrais peut-être en profiter. Alors je décide de m’installer dans mon canapé et de regarder un film, en mettant le son un peu plus fort que d’habitude, sans pour autant exagérer.

C’est alors que quelqu’un tape à ma porte, au beau milieu de mon long métrage. Rambo saute du canapé et se rue vers l’entrée en aboyant aussitôt… Il faut dire qu’il n’est pas bien habitué à ce qu’on reçoive de la visite. Je dois dire que je suis un peu étonné moi aussi, je mets plusieurs secondes à trouver la télécommande qui est pourtant sous mes yeux, afin de mettre pause avant de me lever. « Chut, Rambo, tais-toi ! » lui dis-je pour qu’il cesse d’aboyer. Bien évidemment, ça ne l’arrête pas, jusqu’à ce que j’ouvre enfin la porte et qu’il se faufile à l’extérieur pour faire gentiment la fête à… Brunhild.

Je hausse les sourcils, surpris de la voir, avec quelque chose à la main en plus. Un gâteau, on dirait. Je me demande pourquoi elle est là, même si ça a peut-être un rapport avec la veille… Il était un peu plus tard que d’habitude, quand je l’ai entendu se disputer avec son compagnon… Ou plutôt quand j’ai entendu son compagnon la disputer elle. Cette simple pensée me serre un peu le cœur, mais je fais mine de rien.

« Bon… Bonjour Isaac ! » Bafouille-t-elle légèrement.
« Bonjour Bre… Brunhild. » Me repris-je avec un léger sourire, attrapant Rambo au passage alors qu’il lui tournait autour en la reniflant. « Tu vas bien ? Tu… Tu veux entrer ? »

Je n’ose pas lui parler du gâteau qu’elle a dans les mains, mais je ne serais pas très étonné qu’elle soit venue pour me proposer une part. Alors je tire le chien vers l’intérieur pour libérer le passage, attendant tout de même de savoir si elle a le temps pour se poser et prendre peut-être un café avant de rentrer, ou si elle fait simplement le tour des appartements pour proposer à tous les voisins de goûter à sa pâtisserie. Je n’ai jamais connu personne qui fasse ça, mais peut-être que ça lui fait plaisir, à elle.
notes
Brunhild Kraft
Brunhild Kraftvictime de cupidon
Avatars : Julia Johansen
Messages : 534
Date d'inscription : 18/02/2019
Profil Académie Waverly
Just be still and pray, and let the noise just fade away  EmptyMar 22 Oct - 23:43
Rambo était apparemment heureux de revoir Brunhild. Le pauvre, il devait être déçu ! La rouquine tenait avec application son assiette, veillant à ne pas faire tomber son gâteau. C’était difficile, parce qu’elle ne pouvait pas le voir et avait donc du mal à estimer si elle penchait un peu trop le plateau ou non… Alors elle ne pouvait pas se permettre de le lâcher d’une seule main pour grattouiller le pauvre animal qui ne devait pourtant attendre que ça. Elle sentait qu’il lui tournait autour néanmoins, avec un certain enthousiasme, fourrant sa truffe contre son jean comme pour sentir les quelques taches de pâte qui étaient tombées là pendant la préparation laborieuse de l’en-cas qu’elle destinait à son voisin.

« Bonjour Bre… Brunhild. »

Elle sourit. Ce n’était pas grave qu’il se trompe, elle avait bafouillé elle aussi, et puis il se donnait toujours la peine de l’appeler par son prénom et ça suffisait à lui faire vraiment plaisir. C’était rare, et donc précieux, ça lui faisait chaud au coeur. Il ne pouvait pas comprendre, sans doute. Tout le monde devait l’appeler par son prénom, lui. Après tout ce n’était pas bien dur à dire Isaac. Quoique, elle ne devrait pas s’avancer, peut-être qu’il n’était pas satisfait de sa prononciation à elle, peut-être qu’elle appuyait un peu trop fort sur le son k. Elle n’osa pas demander. Elle devrait, peut-être. Elle avait envie de lui faire plaisir. Et cette pensée la fit se sentir un peu bête : bien sûr qu’elle voulait lui faire plaisir, sinon elle ne serait pas plantée là comme une idiote avec un gâteau peut-être raté, et l’objectif de le lui offrir.

« Tu vas bien ? Tu… Tu veux entrer ?

La musicienne fut un peu surprise, et comme elle ne sut pas tout de suite quoi répondre elle se contenta de détourner un peu la tête, comme si elle voulait fuir. C’était sûrement son réflexe le plus courant. Donner l’impression qu’elle n’était pas là. Se faire discrète. Disparaître. Parfois, quand Thomas la disputait, elle n’était même plus vraiment là. Elle se sentait ailleurs. Comme si elle contemplait la scène d’un autre point de vue, spectatrice – ou plutôt auditrice – de ce qu’elle subissait sans pouvoir agir. Ça lui faisait un peu peur. Elle n’avait aucune idée de ce que ça voulait dire néanmoins, ni de ce qu’elle devrait faire pour que ça change, pour que ce soit normal. Mais peut-être que c’était normal de vouloir s’évader dans ces cas là, de prendre de la distance. De ne pas vouloir tout à fait le vivre.

Alors, elle se rendit compte qu’elle avait peut-être laissé trop de temps s’écouler, qu’elle s’était un peu perdue dans ses pensées, qu’elle aurait dû répondre avant. Bien sûr, ça ne fit que la gêner un peu plus et ses joues devinrent plus rouges encore, et elle dut prendre une inspiration un peu plus profonde avant de se décider à parler. Elle devait paraître si idiote. Si bizarre. Et pourtant, elle repensait à ce que dirait Thomas s’il apprenait qu’elle avait fait un gâteau pour Isaac. Elle repensait au risque qu’elle avait pris. Et elle se sentait encore plus bête. Elle n’avait même pas envisagé qu’Isaac lui proposer d’entrer chez lui. Elle avait simplement voulu lui offrir ce gâteau et rentrer chez elle. Et pourtant il y avait la possibilité d’une discussion, d’un moment peut-être agréable comme elle n’en avait pas vécu depuis longtemps. Alors même si elle savait ce que Thomas en penserait – rien de bon – elle hésita.

- Euh je… Je ne veux pas te déranger…[/]
Elle fut obligée de se racler la gorge pour qu’il puisse espérer l’entendre. Je suis juste venue t’amener un gâteau.

Eh oui. Pas du gâteau, mais un gâteau entier, rien que pour lui. Peut-être que c’était ça qui était idiot. Peut-être qu’elle aurait mieux fait de lui en amener une part, tout simplement. Ou deux, pour qu’il puisse se resservir s’il était bon. Mais non, elle avait ramené la pâtisserie entière sans même avoir pu la goûter, et se rappeler de ce détail là ne l’aida pas à se détendre.

- Je voulais… Je voulais te demander de m’excuser, pour le bruit. Je veux dire, la musique, hier soir.

Et sentant qu’elle ne ferait que s’enfoncer davantage si elle ajoutait le moindre mot, sentant qu’Isaac risquait de comprendre bien plus que ce qu’elle voulait expliquer, la demoiselle se contenta de tendre un peu mieux l’assiette vers lui en espérant qu’il la saisisse. Et sans savoir vraiment si elle avait envie de rentrer chez lui ou non.
Isaac Callum
Isaac Callumvictime de cupidon
Avatars : Keanu Reeves
Messages : 375
Date d'inscription : 20/02/2019
Profil Académie Waverly
Just be still and pray, and let the noise just fade away  EmptyJeu 24 Oct - 11:59

Isaac Callum

Brunhild Kraft

My roots, my roots run deep into the hollow


Brunhild ne me répond pas immédiatement, et je sens que ma question l’a surprise. Elle détourne le regard, l’air de réfléchir à ma proposition, tandis que je fais rentrer Rambo à l’intérieur. Il préférerait rester à l’intérieur à faire la fête à notre voisine, mais j’ai un peu peur qu’il la gêne, ou qu’il essaye de lui monter dessus et la fasse tomber… Maigrichonne comme elle est, et sans le voir arriver, je doute qu’elle parvienne à rester sur ses deux jambes.

« Euh je… Je ne veux pas te déranger… » Répond-t-elle finalement après de longues secondes de silence, un peu gênantes, qui me faisaient même hésiter à décliner mon offre pour que ce soit réglé. « Je suis juste venue t’amener un gâteau. » Poursuit-elle, un peu plus fort.

Bien que ce soit la première interrogation qui me vient en tête, je n’ose pas lui demander pourquoi elle a voulu m’offrir un gâteau. Je suis un peu gêné, je ne suis pas sûr de le mériter… C’est un peu bizarre comme sensation, c’est comme si j’étais convaincu qu’elle s’était trompée de porte, pourtant elle l’aurait su immédiatement, ne serait-ce qu’en sentant Rambo tourner autour d’elle.

« Oh, c’est gentil… Mais je ne vais pas le manger tout seul. Entres, tu ne me déranges pas. » Répondis-je, en repensant au film que je ne pourrais sans doute pas finir tout de suite… Est-ce qu’on peut appeler ça un dérangement ? « Attends, je te prends le gâteau. » Lui indiqué-je en attrapant le plat de mes deux mains et en le soulevant légèrement pour qu’elle le sente. « Fais attention, il y a une table juste devant l’entrée, tends tes bras ! » Ajouté-je, un peu plus plaisantin et détendu que j’ai pu l’être lors de nos dernières rencontres.

Je rentre alors à l’intérieur et dépose le plat sur la fameuse table dont je viens de parler. Je me retourne ensuite vers le meuble qui est à l’entrée pour récupérer les gants qui sont posés dessus et les enfiler… Je sais bien que Brunhild ne peut rien voir, qu’elle ne me jugera donc pas, mais je préfère les mettre au cas où… J’avale ma salive en regardant, un air un peu triste, mes mains disparaître dans ces épais camouflages en cuir. Un soupire m’échappe une fois que je suis couvert, avant que je ne sorte un couteau d’un de mes tiroirs, ma cuisine étant aménagée juste à l’entrée.

« Je voulais… Je voulais te demander de m’excuser pour le bruit. Je veux dire, pour la musique, hier soir. » Fait alors la rouquine, me faisant me retourner rapidement.

Pour la musique, hein ? Je me retiens de soupirer à nouveau, mais j’ai le cœur serré en sachant très bien ce qu’il en est. Ce que j’ai entendu hier, ce coup… Je ne dirais pas que j’étais horrifié, mais pas loin, je me souviens encore que mon sang n’a fait qu’un tour, et que j’ai eu beaucoup de mal à me calmer après ça… D’ailleurs, ça me reprend un peu, je sens que je serre un peu les dents… Alors j’essaye de me détendre, je respire calmement. Il faudrait que je l’aide, qu’au moins je lui dise que je suis là, si jamais. Mais comment aborder ce sujet-là ? C’est difficile…

« Il n’y a pas de soucis… Toi, je te pardonne pour le bruit. » Lui dis-je, en insistant un peu sur le fait qu’il n’y avait qu’elle que je pardonnais, et pas son compagnon. « J’espère que je n’en fais pas trop moi non plus, avec mes films et ma musique… » Fis-je, essayant de gagner un peu de temps pour réfléchir à un moyen d’aborder le sujet fâcheux en douceur.

Je me rapproche alors de la table, prêt à couper le gâteau… Mais mes mains tremblent, je n’arriverais jamais à faire de belles parts. Ce n’est pas très grave, remarque, puisque la fille ne s’en rendra pas compte… Ce qu’il faut surtout, c’est que j’évite de me couper. Heureusement, je porte mes gants, alors ça devrait aller. J’inspire profondément, avant de planter le couteau dans la pâtisserie et de commencer à le découper, à mon rythme – c'est-à-dire lentement.

« Tu peux t’asseoir, il y a des chaises autour de la table… » Lui indiqué-je, trop concentré dans ma découpe pour la guider plus efficacement…
notes
Brunhild Kraft
Brunhild Kraftvictime de cupidon
Avatars : Julia Johansen
Messages : 534
Date d'inscription : 18/02/2019
Profil Académie Waverly
Just be still and pray, and let the noise just fade away  EmptyJeu 24 Oct - 13:32
Brunhild était entrée dans l’appartement d’Isaac un peu par la force des choses. Il avait insisté, elle n’avait pas trouvé le courage de dire non, et là voilà qui avait avancé d’un pas ou deux, juste assez pour qu’il puisse fermer la porte derrière elle. Et elle resta là. Il avait parlé d’une table qu’elle n’osait même pas vraiment chercher. Elle craignait qu’il la regarde, qu’il la trouve ridicule. L’endroit lui était inconnu, et sans canne ni chien pour la guider il en était donc presque hostile. Le moindre mouvement pouvait la faire heurter un meuble ou pire, un objet fragile qui risquerait de se casser par sa faute. Et Brunhild, elle ne voulait rien casser. Surtout pas. C’était sa hantise. Même chez elle. Surtout chez elle.

Alors elle restait debout, les bras bien contre elle, presque comme si elle avait peur. Ce n’était pas à ce point là, certes, mais elle était très clairement mal à l’aise. Ça faisait vraiment longtemps qu’elle n’avait pas été invitée ou que ce soit – et encore moins chez des inconnus. Bon, Isaac n’était pas vraiment un inconnu non plus, ça devait faire au moins un mois qu’il était son voisin, mais l’endroit ne lui était pas familier, disons, et ça suffisait à la rendre…Nerveuse. Tendue. Elle se contenta d’expliquer son geste, d’annoncer pourquoi elle avait amené ce gâteau, immobile. Et puis Rambo revint rapidement lui tourner autour et la rouquine reprit son sourire. Déjà parce qu’elle adorait les chiens – et celui-ci ne faisait absolument pas exception – mais surtout parce que c’était une bonne excuse pour ne plus bouger d’un centimètre. Elle grattouilla l’animal avec beaucoup d’attention, le laissant se déplacer sous ses doigts quand il préférait qu’elle caresse un autre endroit.

« Il n’y a pas de soucis… Toi, je te pardonne pour le bruit. »

La phrase était déjà bizarre, mais l’insistance sur le « Toi » mit Brunhild horriblement mal à l’aise. Qui ne pardonnait-il pas ? D’autres voisins qui le dérangeraient ? C’était vraiment improbable et la musicienne le savait, les autres étaient discrets, elle habitait là depuis assez longtemps pour le savoir… A moins que le bruit de son foyer ne couvre celui de tous les autres. Alors s’il insistait, il ne restait qu’une seule possibilité : il ne pardonnait pas Thomas. Et même si elle se doutait déjà de ce qu’Isaac avait pu entendre, ça faisait un peu… Mal, de se rendre compte qu’elle n’avait pas rêvé, qu’il avait effectivement entendu. Compris, sûrement. Elle eut si honte. Si honte de devoir supporter ça, si honte que quelqu’un soit au courant. Si honte d’être si faible. Peut-être qu’elle ne devrait pas rester là. Thomas serait mécontent s’il apprenait qu’elle fait avait ce gâteau, encore plus si il apprenait qu’elle était restée pour en manger, et elle ne pouvait même pas demander à Isaac de garder ça pour lui parce que serait louche et qu’elle devrait s’expliquer. Vraiment, la musicienne était tendue, et elle ne sut pas quoi ajouter ou répondre du tout.

« J’espère que je n’en fais pas trop moi non plus, avec mes films et ma musique… »

Lui, faire du bruit ? Non seulement il n’en faisait absolument pas mais en plus Brunhild n’aurait jamais osé faire la moindre remarque à ce sujet en sachant à quel point Thomas et elle pouvaient être insupportables pour ceux qui vivaient à côté.

- Non, non ! Pas du tout.

La voix de la rouquine avait tremblé un peu, signe de son malaise. Elle entendit encore des pas, ce qui la dissuada un peu plus de bouger tant elle craignait de bousculer Isaac en plus de passer pour une idiote ou d’abîmer quoi que ce soit. Il y eut un bruit qui attira son attention néanmoins, le bruit d’un objet – sûrement son assiette – qu’on posait quelque part. Sur la table ? C’était soit ça, soit le plan de travail de la cuisine, sans doute. Mais Isaac avait dit que devant elle, c’était une table, alors ce devait être la première option. Le meuble ne devait pas être si loin…

« Tu peux t’asseoir, il y a des chaises autour de la table… »


Hmmm. C’était tout de même moins facile que ça en avait l’air, cette histoire. Brunhild finit tout de même par prendre une grande inspiration et avancer tout doucement. Ses mains, estimant à peu près quelle hauteur pouvait faire une table, cherchaient devant elle pour éviter qu’elle se cogne. Après la soirée d’hier, ce serait vraiment très désagréable pour elle. Après quelques longues secondes pendant lesquelles elle priait qu’Isaac ne soit pas en train de l’observer tant elle se sentait ridicule et abrutie, la demoiselle sentit le rebord d’une table contre ses doigts et elle la serra doucement, heureuse d’avoir trouvé un repère dans cet endroit. Fut-il une simple table.

Trouver une chaise maintenant. Les doigts de Brunhild glissèrent le long du rebord de la table comme si elle voulait en faire le tour – et c’était un peu ce qu’elle comptait faire. Si les chaises étaient bien rangées, leur dossier devait toucher le rebord et dépasser, elle devrait pouvoir en saisir un. C’était du moins sa technique habituelle, mais elle avait un certain nombre de défaut dont le plus courant était qu’il ne permettait pas de remarquer les chaises un peu en retrait. Comme celle dont le dossier fut heurté par les côtes de Brunhild alors qu’elle cherchait où s’asseoir. La rouquine serra les doigts sur la table, serra les dents sur sa langue, et étouffa un léger gémissement de douleur. Ça faisait vraiment mal, et ce n’était pas parce qu’elle marchait vite. C’était parce que c’était là qu’il avait frappé, cette fois. Un peu tremblante, la rouquine choisit donc de s’asseoir rapidement sur la chaise qu’elle avait fini par trouver. D’abord elle ne dit rien, puis elle se fendit d’un timide :

- Je ne me suis pas assise à ta place, j’espère ?


Comment pourrait-elle le savoir ? Il n’avait pas donné d’indication, elle avait fait de son mieux. Mais de son mieux, c’était rarement suffisant. Elle enroula doucement un de ses bras autour d’elle, passant ses doigts là où elle avait mal. Le pull avait pourtant dû atténuer le choc. Se cogner n’était jamais drôle, mais se cogner sur des bleus déjà existants était encore bien pire.

- J’espère que le gâteau sera bon, je ne suis pas très douée en cuisine
, ajouta-t-elle comme pour éviter qu’Isaac ne lui fasse de remarquer sur la grimace qui avait un temps occupé son visage suite à ce petit incident.
Isaac Callum
Isaac Callumvictime de cupidon
Avatars : Keanu Reeves
Messages : 375
Date d'inscription : 20/02/2019
Profil Académie Waverly
Just be still and pray, and let the noise just fade away  EmptyJeu 24 Oct - 16:07

Isaac Callum

Brunhild Kraft

My roots, my roots run deep into the hollow


« Non, non ! Pas du tout. » Répond Brunhild rapidement, avec une voix un peu tremblante.

Je relève rapidement la tête, constatant alors son malaise, sans doute à cause de mon insistance sur le fait que je ne la pardonnerais qu’elle… J’essaye de faire comme si de rien n’était, pour ne pas remuer le couteau dans la plaie, bien que le mal soit déjà fait… Enfin, au moins elle va se douter que je ne suis ni aveugle ni sourd, et que j’ai bien conscience de son problème.

Je lui propose plutôt de venir s’asseoir, pendant que je m’attèle au découpage du gâteau. Heureusement pour moi, elle met autant de temps à trouver une chaise que moi à détacher deux parts suffisamment jolies pour lui en servir une. Je l’entends se cogner à une chaise qui n’était pas complètement contre la table et relève rapidement la tête pour m’assurer que tout va bien. La fille ne dit rien et s’installe comme si de rien n’était, alors j’imagine que c’est bon, même si… Même si elle grimace un peu. Un peu trop pour le petit choc qu’il y a eut. Je ne dis rien et dépose un morceau de gâteau, celui qui est le moins de travers, devant elle, avec un bout de sopalin en dessous. Je la préviens qu’il se trouve juste devant sa main, avant qu’elle ne prenne la parole, encore tout doucement…

« Je ne me suis pas assise à ta place, j’espère ? »
« Oh non, je n’ai pas de place attitrée, t’en fais pas ! » Répondis-je en haussant les sourcils, trouvant sa question un peu… Etrange, bien que je me doute qu’elle espère ne pas s’être installée là où je comptais moi-même me mettre.

A mon tour, je m’assois, en évitant de me mettre juste à côté d’elle. Je regarde le gâteau, je l’examine un peu… Je ne pense pas me tromper en affirmant qu’il est au chocolat. Ça m’amuse intérieurement, parce que je me dis qu’elle n’a pas pris trop de risque en choisissant cette saveur-là. « J’espère que le gâteau sera bon, je ne suis pas très douée en cuisine. » avoue-t-elle, alors que je me disais justement qu’il avait peut-être un peu trop cuit. Un léger sourire se dessine sur mes lèvres alors que je relève les yeux pour la regarder, cessant de sourire immédiatement en voyant qu’elle se tient les côtes.

« C’est l’intention qui compte… C’est déjà très gentil de m’avoir préparé quelque chose. Merci beaucoup. Est-ce que je peux te proposer quelque chose avec ? Un café, peut-être ? » Demandé-je, me rendant compte seulement maintenant que je ne lui avais rien proposé avant de m’asseoir, maladroit et malpoli que je suis.

Je baisse un peu les yeux vers sa main, celle qui lui tient le ventre, ou plutôt les côtes. Je souffle du nez en me demandant pourquoi est-ce qu’elle pourrait avoir aussi mal. Je ne veux pas connaître la réponse, pour être honnête… Quoique non, je voudrais que ce soit une autre réponse que celle que je devine, et qu’elle sait.

« Est-ce que… Tu t’es fait mal ? Il ne faut pas hésiter à le dire… » Lui dis-je, un peu cash, tout en sachant qu’elle pourrait saisir l’occasion d’esquiver cette question en disant simplement qu’elle s’est cognée un peu trop fort, ou en inventant une excuse si ça la gêne trop de parler de ses autres soucis.
notes
Brunhild Kraft
Brunhild Kraftvictime de cupidon
Avatars : Julia Johansen
Messages : 534
Date d'inscription : 18/02/2019
Profil Académie Waverly
Just be still and pray, and let the noise just fade away  EmptyJeu 24 Oct - 16:37
« C’est l’intention qui compte… C’est déjà très gentil de m’avoir préparé quelque chose. Merci beaucoup. Est-ce que je peux te proposer quelque chose avec ? Un café, peut-être ? »

Brunhild hésita. Déjà, elle avait nettement entendu les bruits d’une autre chaise, et en avait logiquement déduit qu’Isaac était installé à table avec elle désormais : il serait sûrement malpoli de le faire se relever pour boire quelque chose. Mais aussi, elle se disait qu’accepter de boire quelque chose en plus de manger une part de gâteau, ça risquait d’allonger leur conversation. Et elle n’était pas tout à fait sûre d’en avoir envie. Isaac était sympathique mais aujourd’hui la discussion avait déjà commencé à la mettre mal à l’aise. Elle n’avait jamais été des plus extravertie avec lui, c’était certain, mais c’était pire, elle avait l’impression qu’il ne faisait que la juger en la regardant et qu’elle s’enfonçait un peu plus à chaque fois qu’elle lui répondait. Il savait. Elle savait qu’il savait. Alors… Alors ça ne pouvait pas être tout à fait comme avant, quand ils venaient de se rencontrer. Maintenant ce serait toujours gênant, parce que maintenant elle vivrait dans la crainte qu’il veuille en parler.

- Oh, euh… Est-ce que tu as du thé ?
Finit-elle par demander.

Elle espérait qu’il ne la trouverait pas… Malpolie, d’avoir osé demander ça directement. C’était simplement ce qu’elle préférait boire, et elle ne pouvait pas tourner les yeux pour essayer d’apercevoir des indices comme un paquet de thé ou une bouilloire qui traînerait dans un coin. Elle aimait bien le café, mais ce n’était pas pareil. Et puis, elle n’avait pas vraiment soif. Elle aurait peut-être juste besoin d’un peu de liquide pour faire passer le gâteau s’il n’était pas très réussi.

« Est-ce que… Tu t’es fait mal ? Il ne faut pas hésiter à le dire… »


Elle n’avait plus faim. Elle devint livide. Sa main descendit tout de suite de ses côtes malgré le maigre soulagement que ça pouvait lui apporter, consciente qu’elle avait dû se trahir d’une manière ou d’une autre. Elle mentait mal, Brunhild, alors elle s’était toujours arrangée pour ne pas avoir à le faire, pour dissimuler avant qu’on lui pose des questions auxquelles elle ne pourrait pas répondre de manière satisfaisante et convaincante. Elle comptait parfois aussi sur la mauvaise foi de ses interlocuteurs, qui posaient des questions sans vouloir faire face à la vérité, sans vouloir voir ce qui se cachait derrière ses mots. Mais Isaac n’avait pas l’air d’être de ce genre là. Parce qu’il savait, et elle savait qu’il savait, et pourtant il posait la question. Elle aurait aimé qu’il se taise. Alors elle se retint de repousser la part vers le milieu de la table. Elle n’avait plus envie de manger. Elle avait rarement envie de manger. Mais ce n’était pas le genre de choses qu’elle devait montrer à Isaac, elle devait se rappeler que lui il pouvait la voir et elle devait… Elle devait faire bonne figure.

Alors Brunhild, elle s’appliqua à sourire, et elle bougea sa main comme pour dire que ce n’est rien. Elle ne pouvait pas faire croire qu’elle n’avait pas eu mal, parce qu’il avait dû le voir. Mais elle n’était pas obligée de mentir. Elle pouvait s’en tenir à la réalité, à ce qui venait de lui arriver, à ce dossier de chaise qui s’était trouvé sur sa route.

- Je n’avais pas vu la chaise, je me suis cognée dedans avant de m’asseoir, je pensais que tu l’avais vu…


La musicienne avala sa salive, toujours aussi mal à l’aise, avant de tâtonner contre la table pour saisir sa part et la rapprocher un peu. Elle n’avait pas faim mais si elle mangeait elle aurait une excuse pour répondre moins vite à ses autres questions s’il continuait sur ce sujet assez particulier.

- Il est bon ?
Demanda-t-elle avant de goûter le gâteau, cherchant à avoir l’avis d’Isaac et à le détourner le plus subtilement qu’elle le pouvait de ce sujet. Elle ne savait pas s’il serait sensible à cette tentative ou si sa curiosité le pousserait à la questionner encore un peu avant de lâcher l’affaire. Ou encore beaucoup. Elle ne le connaissait pas assez pour savoir ce qu’il pouvait penser de tout ça, à vrai dire, ni de quelle manière il pourrait réagir à son silence autant qu’aux confidences qu’elle lui ferait peut-être un jour.
Contenu sponsorisé
Profil Académie Waverly
Just be still and pray, and let the noise just fade away  Empty